ÉTUDE SUR SA VIE LVII
pour objet de dissuader les villes de prêter les mains à un accord *. Henri IV, indigné de la duplicité de son allié, lui adressa une lettre sévère*. Simultanément Sully mandait à la princesse d'Orange : « S*il ne change pas, il perdra les Provinces avec sa « réputation ' ».
La leçon suffit. A dater de ce jour, il n'est pas de dépêche où Jeannin ne réunisse les noms de Louise et de Maurice dans les mêmes témoignages de « bonne volonté au service du Roy ^ ». En décembre, la conclusion d'une trêve à longues années, était certaine. Henri IV ne voulut pas attendre le fait accompli pour remercier chaleureusement sa fidèle auxiliaire d'une si belle campagne diplomatique".
La liquidation de la succession du Taciturne *, une cure aux eaux de Spa « pour sa rate' » retiennent encore Louise un an hors de France. Elle ne voulait du reste y rentrer qu'appuyée au bras de son fils auquel M"* de La Trémoille venait de trouver la femme « vertueuse » et vraie Française, que la princesse rêvait pour Frédéric-Henri". « je veux trouver moyen de les faire voir, « écrit-elle, et j'y apporterai tout ce que je pourrai. Il n'y a ^ chose que ie désire tant : alors je serois contente de mourir' ».
• Impr. ibid,
• Impr. dans Lettres miss, de Henri ly, t. VI, p. 625-631). ' Villeroy à Jeannin, 23 octobre {Négoc. de Jeannin).
^jeannin à Villeroy, 8 et 13 novembre; à La Boderie, son collègue en Angleterre, 13 novembre; au Roi et à Villeroy, 20 novembre (Ibid,),
• Elle ne se trouve pas dans la collection des Lettres missives. Le Roi la cite dans une autre à Jeannin du 19 décembre. — Celui-ci répondit le 4 janvier 1609 à son maître : « Les lettres pour M™« la princesse d'Orange lui ont « été données, dont elle est fort contente » [Négoc, de Jeannin),
« Correspondance, n«« CXL, CXLl et CXLlll. — L'acte départage en date du 27 juin 1609, est impr. dans les Négoc, de Jeannin,
7 Ibid, n°» CXXXI, CXL, CXLl et CXLlll. — Cf. ibid., n» CLXIII (juillet 1615).
• Anne de Rohan [Ibid., n« CXL). — Elle avait d'abord pensé pour lui à la plus jeune des filles du connétable de Montmorency ; mais ses ouvertures n'avaient pas été accueillies (Marbault à Du Plessis-Mornay, 4 août 1601 ; Autographe; Archives du château de La Forêt-sur- Sèvre, appartenant à feu M. Léon Aude) et celle-ci épousa, le 17 mai 1609, le prince de Condé.
• Correspondance, n« CXLV.
LVIII LOUISE DE COLIGNY
Précisément, il devenait de jour en jour plus douteux que Frédéric-Henri pût « s'aller promener' ». Si la signature de la trêve de 12 ans' le lui avait fait espérer un instant', la mort sans héritiers directs du duc de Clèves, les prétentions adverses des Maisons d'Autriche et de France pour le partage de ses états, remettaient tout en question. Louise de Coligny comprenait que les « affaires de Clèves » offraient à Henri IV l'occasion cherchée et qu'à bref délai l'Europe serait en feu \
Revenant donc sur ses précédentes résolutions, elle s'apprêtait,au commencement de février 16 10, à retourner près du Roi, quand elle fut atteinte d'une bronchite aiguë qui « l'attacha à la chambre et au lit » durant six semaines. « Sans cela, je serois « déjà à Paris, mande t-ejle le 6 avril. Je me suis résolue à passer « Pâques ici et de partir deux ou trois jours après ** ».
Elle présumait trop de ses forces. Sa faiblesse la retarda d'un grand mois^ Comme elle allait enfin se mettre en route, arriva à La Haye cette nouvelle : Henri IV est mort!
<c Èammaiiato II est assassiné » ! C'est le mot qu'un homme au front pâle jeta à la reine de France, le 14 mai 16 10 sur les 4 heures du soir. La reine avait nom Marie de Médicis, proche
• Correspondance^ n» CXLV.
• ' 9 avril 1609.
5 Correspondance t n» CXLV. — « On me mande de Paris qu'on y attend Madame votre belle-mère et Monsieur votre jeune frère», écrivait M™« de Rohan à la duchesse de La Trémoille, le 9 décembre de cette année (Lettre autographe conservée au Cbar trier de Tbouars),
♦ Ihid,, no CXLV111.
» Ihid., n» CL (6 avril 16 10).
® Voy. infràf p. ux.