‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 27 sur 48 · ÉTUDE SUR SA VIE , LIX · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR SA VIE , LIX

parente de cette Catherine dont la mémoire reste chargée devant l'histoire d'un exécrable forfait; l'homme s'appelait Concino Conciniet l'avait suivie de Florence; Yammanaio était Henri IV*.

È amma;(j(aio ! ce mot produit en Europe l'effet d'un coup de tonnerre. La Ligue que Ion croyait abattue s'est relevée. La Maison d'Autriche respire librement. Une seconde fois un assassinat la sauvée. En 1572, la balle de Maurevel; en 1610, le couteau de Ravaillac! Le Ciel a de nouveau manifesté d'une façon éclalante la protection dont il couvre le « Roy catholique des Espagnes ». — Et la France va expier par 10 ans de troubles intérieurs son audace d'avoir refusé pour souverain Philippe II, le roi des auio-da-fé, de s'être soumise à un prince dont la conversion n'était que de surface.

Louise de Coligny arriva à Paris le 26 juin', juste à temps pour assister aux funérailles de son Roi'* et voir commencer l'agonie du royaume. Le cavalier servant de la Reine, le messager de la bonne nouvelle, l'intrigant Florentin dont le dos gardait la marque des houssines de la valetaille du Parlement \ était gorgé d'or, comblé d'honneurs, soûlé de dignités. L'épargne de 43 millions que recelaient les caves de la Bastille "^ était partagée «entre la bande ». Epernon, ex-mignon de Henri III et Guise, fils du bèros des Barricades, en eurent la plus grosse part*. L'économe ministre auquel les grands devaient indirectement cette curée, Sully, tombait en disgrâce. Un jour même, en plein conseil, le duc de Bouillon, son obligé depuis les événemenis de 1606, l'accabla d'injures et sans l'intervention de Marie' de Médicis, il l'aurait frappé au visage.

> Michelet, Hist, de France, Henri IV et Richelieu, chap. Xll et XIV. 'Jacques de Caumont à son père le duc de La Force, 27 juin 1600 [Mém..et Corrâsp, du duc de La Force et de sesfilsy t. II, p. 283-286).

• Claude Morillon, L'ordre de la pompe funèbre observée aux convoj/ et funà^ railles du Très-Cbrestien Rojf Henri-le-Grand, faictes à Paris et à Saint-Denys les 2p-yojuinet i^* juillet (Paris, 1610, plaquette in-8").

^ Michelet, op. cit., chap. XII.

• «État des fonds pour l'entretenement des armées du Roy», dressé le 10 janvier j6io [Œconomies royales, chap. CCIIl).

• Michelet, op, cit., chap. Xlll.

Le cœur soulevé de dégoût, la princesse d'Orange se sauve à Lierville* : sa présence y était nécessaire, disait-elle afin de sauvegarder les apparences. Mais le silence est souvent la plus éloquente des protestations. A la lacune de trois ans qu'on remarque dans sa correspondance, lacune qui correspond exactement à son séjour en sa patrie, on sent combien elle se retient pour ne pas éclater en imprécations contre ceux que la marquise de Verneuil qualifiait de : marchands du temple^.

Nous connaissons la pensée qui l'amenait en France. Elle était accompagnée de Frédéric-Henri que la seule attente d'une guerre avec l'Espagne avait tout l'hiver tenu « pied à boule' », espoir évanoui dès la première nouvelle du meurtre de Henri IV. Dans cette société la princesse voyait pour ses projets un favorable augure qui la distrayait un peu de ses douloureuses appréhensions sur le sort de la grande famille Française, privée de son chef. Mais le jeune homme ne goûta pas sa proposition de le marier, que ce fût à M"° de Rohan ou à une autre. Il se modelait sur son frère Maurice \ qui ressentait à l'endroit des liens conjugaux une insurmontable aversion^ II lui fallait donc dire adieu au dessein nourri tant d'années de rattacher de près ou de loin Frédéric-Henri à la France. C'était cette noble chimère qui lui donnait le courage de subir le spectacle des ignominies. Envahie à la fin par le découragement en constatant l'inanité de ses efforts, elle regagna la Hollande ^

Un malheur éloigné de nos yeux perd quelque chose de sa

' Elle était encore à Paris le 25 septembre 161 1 (Lestoile, Journal de Louis XUl à cette date).

» Michelet, op, ciL, chap. Xlll.

' CorrespondancCy n" CXLIX.

* « Mon fils est un vrai singe de son frère » (Correspondance^ n* CXI).

'^ Ibid, — Anne de Rohan à la duchesse de La Trémoille, 29 décembre 1617 (Autographe conservé au Cbartrier de Tbouars)

• Elle pensait à y retourner dès octobre 161 2, fut retenue par « un mal qui n'est pas honnête », dit-elle, et faisait alors état de partir vers la mi-novembre [Correspondance f n® CLUI — 25 octobre 16 12); elle retarda son départ jusqu'au printemps suivant et arriva à La Haye le 5 mai 1613 (Jhid,, n° CLIV).

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