‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 28 sur 48 · ÉTUDE SUR SA VIE LXI · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR SA VIE LXI

crudité. En se retrouvant dans son paisible hôtel de La Haye*, la princesse d'Orange éprouva le triste soulagement d'un malade qui a passé de l'état aigu à l'état chronique.

A la faveur de la faiblesse et de l'incapacité de Marie de Médicis, l'ère des guerres civiles s'est rouverte. L'ambition des rebelles se colore d abord d'un prétexte superbe : chasser l'étranger, le Concini, à présent maréchal et duc-pair. Mais, quand le pistolet de Vitry nous en délivre, on apprend ce que vaut cet étalage de beaux sentiments. De 1613 à 16 18, il y eut quatre révoltes distinctes, chacune terminée par un traité où les grands se disputèrent les débris du trésor public.

Voyez en quel état est aujourd'hui la France,

Hors d'humaine espérance.

Les peuples les plus fiers du couchant et du nord Ou sont alliés d'elle ou méditent de l'être ;

Et ceux qu'elle a fait naître Tournent tout leur conseil pour lui donner la mort !

s'écrie Malherbe ', mieux inspiré ce jour-là par l'indignation que lorsqu'il rature Ronsard. De La Haye lui répond, écho lamentable, cette exclamation de Louise : « Tout ce que j'ouïs par parole et par « écrit, ne me chante que présages de malheur pour ma pauvre « patrie. Cela n'est pas pour me faire prendre envie d'y « retourner ; aussi n'en ai-je nulle, mais d'user ici doucement « le reste de mes jours à prier Dieu '. »

« Je suis si bien en Hollande ! » écrit-elle encore au mois de juillet 16 15*. Deux ans après, date pour date, elle a bien changé de langage*. La note mélancolique, de plus en plus accentuée de ses lettres, nous amène à détourner nos regards attristés des discordes qui déchirent la France pour les porter sur celles dont les Pays-Bas sont à leur tour devenus la proie.

* Le palais du Voordeinde, auj. résidence royale [Corrcspofidanc/, p. 277, n. 3).

• Malherbe, Fragments j 111.

8 Correspondance, n» CLXl ; cf. n« CLXll.

4 Ibid., n« CLXlll.

» Ibid.y n« CLXXVl.

. Un historien, dont nous aimons à citer les obser\'ations judicieuses, a tracé du prince Maurice le portrait suivant : « Ce grand capitaine a démenti le proverbe : Les enfants de héros sont des gens de rien; car, quoiqu'il soit le fils d'un excellent père, il ne Ta pas seulement égalé en prudence, il Ta surpassé par ses exploits*. » Dès ses débuts dans la carrière des armes, il s'était révélé général de premier ordre. La guerre, c'était sa vie. 11 y apportait une précision inconnue jusqu'alors; de plus, un sang-froid imperturbable, qui se retrouvera plus tard chez le grand Condé et Bonaparte. Quelque périlleuse que fût sa situation, « d'abord qu'il se mettoit au lit et avoit la tête sur le chevet, il dormoit si fort qu'à grand peine l'éveilloit-on*. » Le sommeil de Rocroy et d'Austerlitz! Au physique, gros et court', toujours vêtu avec une simplicité étudiée \ L'absence de toute sensibilité, le mépris de toute affection, achèveront de nous donner la physionomie morale de l'homme qui pendant quarante ans « fut le principal entretien de l'Europe et fit plus de bruit, seul, qu'ensemble toutes les têtes couronnées*. »

D'après cts données'succinctes, on comprendra aisément qu'en affrontant le choc de la puissance espagnole son mobile n'était pas, comme chez le Taciturne, le dévoûment à une grande cause. Ce qu'il cherchait dans les opérations militaires, c'était un aliment à sa passion dominante, un moyen de venger les injures de son père, un piédestal enfin à sts mystérieuses ambitions.

Le vulgaire ne voyait pas si loin . Maurice était son idole. Où il allait, on le suivait aveuglément et le premier échec de son influence fut la signature de la Trêve de dou;(e ans. On se rappelle combien il combattit toute proposition d'accord, comment il fut obligé de céder aux impérieuses sollicitations de Henri IV. « M. le prince Maurice recherche de s'accroître et d'être en

* Du Maurier, p. 215.

» Ibid., p. 254.

s Id.

* Ibid.f p. 243.

» Ibid,f p. 216

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