ÉTUDE SUR SA VIE LXIII
« état de ne dépendre absolument de la volonté des peuples qui <c se lassent de ceux qui les ont le mieux servis », écrivait alors le président Jeannin'. 11 ne croyait pas si bien dire. Toutefois il le supposait simplement préoccupé de se faire accorder de fortes pensions*; Maurice visait plus haut.
L'inexplicable éloignement qu'il avait toujours professé à regard de sa belle-mère ne s'était pas médiocrement accru des démarches de celle-ci en faveur de la trêve. Et pourtant depuis lors, il lui témoignait moins de froideur ; il affectait même de lui faire honneur de sa conversion à la politique de paix qui triomphait'. Ce qui semblait bizarrerie d'humeur ou caprice n'était au fond que calcul. Il avait tout à coup découvert une chose dont il ne s'était jamais douté, que la princesse d'Orange était une puissance dans les Pays-Bas. Dès ce moment, il s'appliquait à se ménager en elle une alliée.
L'année 1617 à laquelle nous sommes arrivés, était l'époque où il allait démasquer ses batteries. Certain jour, il la vint trouver en son logis et à brûle-pourpoint :
— Madame, verriez-vous inconvénient à ce que je fusse souverain de ce pays?
Elle demeura muette de surprise. Il expliqua son dessein. En quels termes? cela est resté le secret des deux interlocuteurs. Tout ce que nous savons, c'est qu'après un court entretien Louise l'assura de sympathie et lui promit son concours.
— Je vous remercie , Madame, répliqua Maurice. Je n'attendois pas moins de vous, de votre affection. Au reste en cette affaire vous avez le principal intérêt. Car je n'ai qu'un héritier, votre fils, que j'ai élevé et que j'aime comme mon enfant; ne voulant pas me marier, je n'en aurai pas d'autre. Ce sera donc lui qui profitera de mes travaux.
' Lettre du 39 mai 1607 (Nêgoc, de Jeannin),
' Ihid.; cf. lettre de Du Plessis-Mornay à Rivet du 4 avril 1609 (Mém. et Corresp. de Du Plessis-Momoy ; éd. in-4», t. 111, p. 300-301 ; éd. in-8*, t. X,
* Voy. notamment une lettre de Jeannin à Villeroy du 8 novembre 1608 {Négo^' de Jeofmin).