LXIV LOUISE DE COUGNY
Ce langage, si nouveau pour elle, alla au cœur de la princesse. Maurice la vit résolue.
— Seulement, insinua-t-il , il faudroit que vous prissiez la peine d'en parler à M. de Barneveldt. Si j'ai son consentement et son assistance, comme j'ai les vôtres, à coup sûr parviendraîje à mes fins. Mais à personne autant qu'à vous il n'en dira librement ses sentiments pour le respect qu'il vous porte.
Là-dessus, il prit congé*.
11 n'était pas plutôt parti que Louise de Coligny courut chez l'homme, dont au dire de Maurice, dépendait la réalisation de ses vœux.
Jean de Barneveldt était Grand Pensionnaire de Hollande, charge équivalente à peu près à celle de Grand Chancelier de France. C'était un beau vieillard de 68 ans, dont la longue barbe blanche, le port majestueux, non moins que l'éloquence, la prudence consommée et d'importants services rendus à la patrie*, font involontairement penser à « cet autre censeur Caton' », Michel de L'Hôpital, l'une des gloires de notre magistrature, jeannin l'estimait le plus grand politique de son temps*. 11 avait été l'un des premiers à conseiller la trêve de douze ans; il s'en était même suivi entre lui et Maurice une brouille de quelques mois, qui n'avait pas été apaisée sans peine \
Une vieille amitié l'unissait à la princesse d'Orange. En entendant Louise développer les projets du prince Maurice, il secoua la tête.
— La plupart des hommes se détruisent par des désirs contraires à leur propre bien et par l'ignorance de leurs vrais intérêts, répliqua-t-il ; et il lui démontra que le prince, en souhaitant la couronne, souhaitait sa ruine \
* Du Maurier, p. 183 et 1S4.
^Ibid.y p. 332 et 333.
* Brantôme, t. 111, p. 306.
4 Du Maurier. p. 184.
« Jeannin au Roi et à Villeroy, 30 novembre 1608 (Négoc. de Jeannin). — Du Maurier, p. 264-266.
* Du Maurier, p. 184-188.