ÉTUDE SUR SA VIE LXVII
au fond parfaitement indifférent n'y avait entrevu le moyen de venger ses mécomptes.
La direction de l'Eglise de La Haye, fondée en 1 590 par la princesse d'Orange, était confiée au docteur Wtembogaert, l'un des.ministres les plus influents de l'école opposée à la prédestination, des Arminiens, ainsi qu'on appelait ses adeptes du nom de leur chef. Une fois qu'il prêchait en présence de Louise de Coligny, du prince Maurice et de Frédéric-Henri et qu'il développait sa thèse en magnifique langage, Maurice se lève de son banc au milieu du sermon :
— Docteur, s'écrie-t-il d'un ton irrité, vous et vos pareils, vous êtes des ennemis de Dieu. — Et il sort du temple \
Ce fut la déclaration de guerre entre les antiprédestinationistes et les prédestinationistes. Ces derniers, disciples de François Gomar, ayant Maurice dans leurs rangs, se trouvèrent du jour au lendemain la faction prépondérante. Ils convoquèrent à Dordrecht un synode national pour statuer sur Ybérésie Arminienne^. « Ici , « mande douloureusement Louise de Coligny, tout est si « embrouillé pour ces affaires de religion, que je crains bien qu'il « n'en advienne mal. 11 y a tant d'aigreur et d'animosité de part « et d'autre, qu'il n'y en eut, je crois, jamais davantage entre les « papistes et nous*. » Elle tenait du reste virilement tête à l'orage qui grondait contre ses amis. Wtembogaert, naguère si écouté n'avait plus d'auditoire, tant on craignait de déplaire à Maurice en ayant l'air de professer des opinions qu'il condamnait; mais au banc de la famille de Nassau il voyait toujours la princesse d'Orange, recueillie et sympathique, l'encourageant du regard. Comme il lui marquait un jour l'intention de se démettre de ses fonctions, elle le pria instamment de continuer son ministère.
* Brandt, Hist, der reformatie.,, chap. L. — Pour la duplicité de Maurice en cette circonstance, cf. Correspondance , n" CLXXIV.
« Brandt, Du Maurier, loc. ct'L
» Correspondance, n» CLXXVI (la juillet 1617); cf. ibid., n» CLXXVII (38 décembre 161 7) et lettre de Du Maurier à Du Plessis-Mornay (M^m. et Cor* risp. dé Du PlessiS'Afornay ; éd. in-4°, 1. 111, p. 1204; l'édition în-8» s'arrête à Tannée 1614).