ÉTUDE SUR SA VIE LXXI
avec le secret espoir que Dieu prendrait pitié d'elle et lui donnerait la consolation de rendre le dernier soupir près des lieux où elle avait vu le jour.
Le délabrement de sa santé la contraignit d'attendre le printemps. Elle partit à la fin d'avril 1620^. Son itinéraire était marqué par Delft. Avant d'entreprendre ce long voyage, elle voulait faire un pieux pèlerinage à la ville où elle avait jadis « reçu son affliction' ». Là encore, la fatalité la guettait au passage. Son carrosse fut entouré, renversé, c*vert de boue, et les murs qui avaient bu le sang du Taciturne répétèrent les basses injures proférées contre sa veuve par une populace en délire».
Tels furent les adieux de la Hollande à la femme qui, pendant 3^ ans, avait identifié son sort au sort de sa patrie d'adoption!
Sur l'invitation pressante de Marie de Médicis*, Louise de Coligny s'installa au château de Fontainebleau*. Elle y languit cinq mois, s'acheminant lentement, mais sûrement vers la tombe. Les nouvelles que Ton recevait d'outre-Rhin lui faisaient beaucoup de mal. La guerre de Bohême venait d'éclater. Frédéric- Henri de Nassau était parti pour l'Allemagne avec des instructions du prince Maurice. Une pensée obsédait Louise et elle y revenait sans cesse dans ses fréquents entretiens avec Etienne de Courcelles, pasteur de l'église réformée de Bois-le-Roy :
— On l'y a envoyé pour le faire tuer* !
Au commencement de novembre, l'épuisement de la princesse ne laissa plus de doute sur l'imminence du dénoûment fatal.
* Ibid. — Brandt, loc, cit.
» Correspondance, n»» IV et Vil.
» Brandt, loc, cit.
^Nous avons dit plus haut, après bien d'autres, les graves soupçons de complicité dans le meurtre de Henri IV qui pèsent sur cette princesse. — Louise de Coligny les tenait probablement pour calomnieux ; sans cela on comprendrait difficilement l'expression de « belle et bonne reine » dont elle se sert pour la désigner (Correspondance^ n<> CLIV) et en dernier lieu cette acceptation d'hospitalité.
B Anne de Rohan à la duchesse de La Trémoille, 30 octobre et 5 novembre» (Lettres autographes conservées au Cbartrier de Tbouars),
* Brandt, loc. cit. — 11 tenait ces détails d'Etienne de Courcelles lui-même.
LXXII LOUISE DE COLIGNY
La barque battue par tant d'orages entrait enfin au port. Le 9 *, elle s'éteignit doucement.
Sur cette tombe entr ou verte, qu'il nous soit permis de jeter quelques mots d'adieu.
Au cours de sa longue vie, Louise de Coligny ne s'est mêlée aux choses de ce monde que pour encourager, consoler*. <( C'étoit une âme sincère, indigne des souplesses ou plutôt des fourberies de ce temps », disait d'elle Du Plessis-Mornay en manière d'oraison funèbre *. En annonçant la triste nouvelle à sa vieille amie M"** de Rohan, il ne trouve dans son cœur de plus bel éloge à adresser à la morte que de la proclamer la digne fille de l'Amiral*.
Sur elle comme sur son père la fatalité sembla s'acharner. Toutes ses espérances furent déçues; tous ses efforts se tournèrent contre elle. De là ce voile de souffrance résignée épandu sur ses traits. Miereveldt a su admirablement saisir cette nuance dans le beau portrait où il les fixés*. 11 nous a bien rendu la douce martyre dont les épreuves pieusement supportées inspirèrent
* Le 9 novembre et non le 9 octobrây comme le dit Brandt (Joe, ciL) ; le 8 novembre, elle fit son testament (impr. à la suite de la Correspondance) ; cf. les lettres de Du Plessis-Mornay citéees ci-après, n 3 et 4.
s Voy. entre toutes sa belle lettre au comte Jean de Nassau sur la mort de la femme (Correspondance, n^ XXll). — Cf. sa persévérance à réconcilier le prince Maurice avec Tune de ses sœurs (Ibid., n"» LXXV, XCVll, CXI, CLXll et notes).
* Du Plessis-Mornay à Du Maurier, 23 novembre 1620 (Mém.et Corresp, ; éd. in-4P, t. VI, p. 474).
* Lettre du 30 novembre (Ibid,, p. 478). — Cet éloge revient très fréquemment dans sa correspondance ; cf. ses lettres citées dans nos précédentes notes; cf. encore le mot de Michelet (Hist. de France, La Ligue et Henri IV, chap. IX) qui sert d'épigraphe à cette notice.
' Gravé par son gendre Delff, en 1627; une reproduction de cette gravure figure en tête de notre livre; le tableau original} peint sur cuivre (hauteur,