‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 36 sur 48 · VENIAT REGNUM TUUM · texte numérisé non relu

VENIAT REGNUM TUUM

LETTRES

DE

LETTRES

DE

A magnifiques seigneurs , messieurs les avoyer et conseil de la ville et canton de Berne.

Bâle, 10 juin 1573 (1).

AGNiFiQUES Scigncurs, s*en retournant par devers vous M. d'Erlac (2), qui m'a fait cette faveur de m'accompagner par votre commandement jusques en ce lieu, je n'ai voulu faillir de vous en remercier très humblement, ayant une

(1) Louise de Coligny se trouvait à Paris au moment de la Saint-Barthélemy. Échappée par miracle au massacre, on ne sait que très imparfaitement ce qu'elle devint entre le 24 août 1572 et la mi-mars 1573, époque de son arrivée en Suisse, où ses frères François, seigneur de Châtillon, et Odet, marquis d'Andelot, son cousin Guy-Paul, comte de Laval, dont nous retrouverons le nom dans la suite de cette correspondance, et sa tante AnnedeSalm, s'étaient réfugiés dès septembre 1572. Voy. François de Cbastilhfif comte de Coîignjfj par M. le comte Jules Delaborde (Paris, Fischbacher, 1 886, in-8<»), chap. n et iii. Les lacunes que nous constatons après bien d'autres dans la vie de Louise seront comblées, il faut l'espérer, par M. Delaborde dans l'étude approfondie qu'il prépare sur cette digne fille de l'amiral.

(2) Au moment où avait éclaté la première guerre de religion, en 1562, l'amiral « nourrissoit » en son château de Châtillon-sur-Loing un gentilhomme bernois, le jeune Erlach. Quand les réformés, à la suite de la surprise d'Orléans

telle assurance en votre bonté et en raflfection qu'il vous plaît porter à mes frères et à moi que vous vous contenterez, s'il vous plaît, si pour tant d'obligations que nous recevons de vous ne vous pouvons offrir maintenant qu'une bien bonne volonté, attendant que Dieu nous fasse la grâce d'en faire paraître quelques effets et témoignages, comme nous espérons bien qu'il fera. Et cependant nous vous supplions de nous continuer toujours cette amitié, s'il vous plaît, laquelle nous tenons et tiendrons toujours bien chère comme nous ayant été notre principal refuge en notre affliction après Dieu, lequel je prie, après m'être humblement recommandée à votre bonne grâce, multiplier de plus en plus en vous, magnifiques Seigneurs, ses grâces très saintes, et vous maintenir en sa sainte garde.

A Baie, ce lo de juin.

Votre très humble et très affectionnée à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Archives municipales de Berne. — Impr. par M. Gaberel au t. VIII (1859) du Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français ,

envoyèrent des ambassadeurs dans les différents États de l'Europe pour justifier leur prise d'armes, Erlach reçut cette mission de confiance pour les cantons Suisses par lettres, en date du 12 avril, du prince Louis de Condé, généralissime des religionnaires. Ayant bientôt après rejoint son protecteur, il fut rappelé dans ses foyers au mois d'octobre par les magistrats de Berne sur les instances de sa famille ; mais Coligny ne voulut pas l'exposer aux dangers d'un si long voyage en pleine guerre civile et le retint auprès de lui jusqu'à ce que l'édit d'Amboise, promulgué le 29 mars 1563, eût « remis les affaires du royaume en un estât plus tranquille». — Ces renseignements sont tirés du grand ouvrage de M. le comte Delaborde sur Gaspard d$ Coligny^ amiral de France {Paris, Fischbacher, 1879- 1882, 3 vol. in-8«) qui les a lui-même empruntés à une lettre de son héros du 15 avril 1563, dont il a imprimé (t. II, p. 86 et 259) des extraits étendus.

Nous ne savons si c'est cet Erlach ou un membre de sa famille qui conduisit Louise de Coligny de Berne à Baie.

PRINCESSE d'orange

A messieurs les advoyer ei conseil de Berne,

Bâle, 25 août 1573.

OBLES, puissants et magnifiques Seigneurs, d'autant que par la lettre que Madame l'amirale (i) écrit à Vos Excellences, qu'elle a adressée à M. de Bonsteten (2) pour la leur présenter, vous entendrez, s'il vous plaît, l'état pitoyable auquel elle est et la très humble requête qu'elle leur fait, je n'en ferai ici aucune redite ; mais seulement je vous supplie très humblement, nobles, puissants et magnifiques Seigneurs, qu'en continuant

(i) «Jaquette (Jacqueline) d*Antremonts, courageuse dame de Savoie, prit {vers la fin de 1570) un tel désir d^épouser Tamiral {veuf en 1568 de Charlotte de Laval, mère de tous ses enfants précités) que, contre les défenses et prescriptions de son duc, qui à plat avoit refusé au Roy de souffrir ce mariage, elle s'en vint à La Rochelle {février 1571) pour avoir nom avant de mourir, ainsi qu'elle disoit, la Martia de Caton. » (Agrippa d'Aubigné, Histoire universelle, t. II, liv. I, ch. 1.) — Elle était restée à Châtillon, tandis que son mari assistait aux noces de Henri de Navarre et de V.arguerite de Valois. A peine avait-elle reçu la nouvelle des Matines parisiennes, à peine avait-elle eu le temps de faire partir pour la Suisse les fils de Coligny, que les archers du roi arrivaient et s'assuraient de sa personne. Sur son refus d'abjurer la religion réformée, l'ordre vint de la conduire à la frontière... de Savoie. Craignant sans doute qu'elle ne tentât de chercher un refuge à Genève, le duc Emmanuel-Philibert lui expédia « l'assurance d'un bon et gracieux traitement»; mais, au mois de février suivant, il la fit arracher de sa retraite de Saint-André de Briord et emprisonner; elle mourut captive le 6 juillet 1600. — Elle a fait l'objet de deux intéressants travaux qui se complètent l'un par l'autre : Madame l'amirale après la Saint-Baribélemy par le comte Jules Delaborde (Paris, Fisch bâcher, 1867, in-S") et La veuvj de Pamir al de CoVgny par M. Henri Bordier (Paris, Fischbacher, 1875, in-8»).

(2) Ce gentilhomme est surtout connu pour avoir commandé en 1587, d'abord en second, puis en chef, après la mort du colonel Bernard Thielmann (fin de septembre), le contingent bernois des auxiliaires du roi de Navarre; voy. les

votre accoutumée bonté envers la mémoire de Monsieur Tamiral mon père et ceux qui lui ont appartenu, vous vouliez, s'il vous plaît, inclinant à la requête de Madame Tamirale, prendre une cause si pitoyable en main et vous rendre, s'il vous plaît, intercesseurs de sa délivrance, selon la confiance et assurance qu'elle et nous avons en Vos Excellences, qui en cela feront un œuvre vraiment digne de princes chrétiens et pour une famille qui de tout temps a été nourrie en une affection singulière au bien et service de votre État et qui se tiendra à jamais obligée d'employer et leur vie et tous les moyens que Dieu leur donnera pour la conservation, grandeur et accroissement d'iceux; me recommandant en cet endroit très humblement à vos bonnes grâces et priant le Créateur, nobles, puissants et magnifiques Seigneurs, qu'il vous veuille longuement et heureusement conserver pour servir à sa gloire.

A Bâle, ce 25 août.

Votre très humble et bien affectionnée amie à vous faire service.

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. de Berne. — Impr. par M. Jules Bonnet, ibid,, t. I (1853^

Mémoires de Michel de la Huguerye, publiés par M. le baron A. deRuble sous les auspices de la Société de l'histoire de France (Paris, Renouard, 1877- 1880, 3 voL in-S*»), t. III, p. 213, et le Discours de ce qui s'est passé en V armée étrangère qui venoit au secours du rojf de Navarre contre la Ligue, envojfépar le sieur de Cbastillon audit sieur roy de hiavarre, publ. par M. Delaborde dans sa vie précitée de François de Coligny (Appendice, XXXI V).

A monsieur le comte Jean de Nassau (2),

Anvers, 12 juillet 1583.

ONSIEUR, je VOUS supplie de m'excuser si je ne vous ai encore écrit depuis que j'ai eu cet honneur de vous être alliée, car je n*en ai point eu l'occasion commode jusques à cette heure par le retour de votre secré-

(1) Dix ans entiers séparent cette lettre de la précédente. Durant cette période, la vie de Louise de Coligny est très effacée. Elle séjourna en Suisse jusqu'au joui où redit de Beaulieu (1376) termina la cinquième guerre de religion. Revenue alors en France, elle s'enferma dans une retraite absolue dont elle ne sortit que pour aller épouser, le 12 avril 1583, Guillaume de Nassau, dit le Taciturne^ prince d'Orange.

(2) Jean de Nassau était le second des cinq fils de Guillaume le Vieux, père du Taciturne, chef de la famille de Nassau-Dillembourg, branche cadette de la maison souveraine de Nassau, issue au x* siècle d'un frère aîné du roi de Germanie Conrad l'^'.

Jean de Nassau quittait peu ou point ses domaines d'Allemagne, mais il aidait Guillaume de toute son influence dans la grande œuvre de la libération des Pays-Bas que ce dernier avait entreprise et dans laquelle lui prêtèrent appui ses trois jeunes frères, Louis, Henri et Adolphe, qui périrent les aimes à la main, celui-ci à la bataille d'Heiligerlee (1568), ceux-là au combat de Mookerhcide (1574).

Il est à propos pour l'intelligence des lettres qui vont suivre d'esquisser ici l'état de la famille du Taciturne au moment où il convola en quatrièmes noces avec Louise de Coligny. De sa première femme (1550), Anne d'Egmont, fille de Maximilien, comte de Buren, morte le 24 mars 1558, il eut Philippe-Guillaume, et Marie'' dt la seconde (25 août 1561), Anne de Saxe, « d'un cœur traître comme son père », dit Michelet (A/w/. de France, La Ligue et Henri IV, ch. ix), répudiée en mai 1575, Marie, Anne et Emilie; de sa troisième (1575), Charlotte de Bourbon-Montpensier, morte le 5 mai 1582, Louise-Julienne, Elisabeth, Catherine- Belgie, Charlotte- Brabantine, Flandrine et Emilie- y4ntwerpienne, (Joseph de la Pise, Tableau de Histoire des princes et de la principauté d^Orange ; La Haye, 1638, in-f»»; p. 352). — Le sort d'aucun de ses enfants n'était encore

taire (i), par lequel je n'ai voulu faillir vous faire entendre que, me sentant tant honorée de Dieu que d'avoir mis au cœur de Monseigneur le Prince de me prendre pour sa compagne, j'ai reconnu n'être des moindres faveurs qu'il lui a plu de me faire de m'avoir alliée à tant de seigneurs de grande qualité, et principalement qui ont la crainte de Dieu, entre lesquels. Monsieur, comme vous tenez le premier rang, aussi je me tiens la première en volonté de vous faire bien humble service ; vous suppliant qu'en cette qualité j'aie cet honneur d'avoir part en vos bonnes grâces, que je tiendrai infiniment chères et que je m'essaierai de conserver par tous les services que je penserai vous être agréables. En cette volonté, craignant de vous être importune de trop longs discours, je vous baiserai très humblement les mains et prierai Dieu, Monsieur, vous donner très heureuse et très longue vie.

D'Anvers, ce 12 de juillet.

Votre humble et obéissante sœur à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Autographe, Archives privées de la Maison d'Orange à La Haye. — Impr. par Groën van Prinstercr dans Archives ou correspondances inédites de la Maison d'Orange-Nassau (Leydc et Utrccht, 1835-1860, 14 vol. in-S», divisés en deux séries, chacune pourvue de sa table), I" série, t. VIII, p. 228.

fixé. L'aîné, Philippe-Guillaume, était prisonnier en Espagne depuis juin 1567. Le dixième, Flandrine, était déjà confié à Madeleine de Longwy, abbesse du Paraclet d'Amiens, cousine germaine de sa mère qu'elle avait convertie au protestantisme et qui s'y convertit elle-même vers 1585; ce que voyant, Henri III lui fit enlever Flandrine et la livra d'autorité à sa tante maternelle, Jeanne de Bourbon, abbesse de Jouarre et de Sainte-Croix de Poitiers, auprès de qui la jeune fille abjura la Réforme le 15 août 1588 et prit le voile en 1595 ; elle devint en 1605 abbesse de Sainte-Croix de Poitiers, à la suite de la résignation formelle de Jeanne. (Ces détails sont empruntés à la préface et à la note terminale des Lettres de Flandrine de Nassau à la duchesse de la Trémoille, publ. par M. Marchegay au t. 1 (1872) des Archives historiques de Poitou; il y a eu un tirage à part à 25 exemplaires.)

Sur les quatre mariages du Taciturne on consultera avec fruit et on lira avec plaisir un article de M. Ch. Rahlenbeck paru dans la Revue de Belgique (no du 15 juillet 1884), traité d'une façon à la fois très érudite et très littéraire, deux qualités qui ne se contredisent pas

quoiqu'on die,

(1) Il s'appelait Philippe Engel. C'était l'intermédiaire ordinaire entre Jean de

Au comte Jean de Nassau.

Delil, 26 juillet 1584.

ONsiEUR mon frère, j'ai senti si avant et sens encore Taffliction qu'il a plu à Dieu m'envoyer (i) que j'ai oublié tout devoir vers mes parents et bons amis, ne me donnant la tristesse aucune relâche ni loisir de penser à autre chose quelconque. Je vous supplie donc. Monsieur mon frère, de m'excuser si jusques à présent je ne vous ai écrit aucunes lettres, comme je connois que c'étoit mon devoir; mais je n'ai su encore penser ni à cela ni à quelconque autre affaire de ce monde, et

Nassau et le prince d'Orange; voy. Ârcb» de la Maison d'Orange, i""» série, t. Vlll, passi'm.

(1) Le prince d'Orange venait d'être assassiné sous ses yeux.

On a dit souvent — et tout récemment encore — (G. Gandy, Vingt-cinq années duxvi^ siècU ; Revue des questions historiques, livraison du i«p avril 1886) que Philippe II était à tort accusé d'avoir soudoyé le meurtrier, qui avait simplement assouvi une rancune personnelle. C'est mauvaise foi ou ignorance. Car le regretté Louis Gachard a publié, sous le titre de Documents sur la proscription de Guillaume le Taciturne, au t. VI de la Correspondance du prince d'Orange (Bruxelles, 1850-1867, 6 vol. in-8®), une foule de pièces originales d'où résulte ce qui suit :

Dès la Saint-Barthélémy, l'assassinat du prince est la préoccupation constante des agents du roi d'Espagne dans les Pays-Bas; en 1580, voyant échouer toutes les tentatives, Philippe rend officielle sa décision à cet égard en promettant dans une proclamation datée du 15 mars, « en parolle de roy et comme ministre de Dieu », rémission de tous crimes passés, 25000 écus d'or et des lettres de noblesse héréditaire à qui tuerait Guillaume; celui-ci n'échappa le 18 mars 1582 au pistolet du Biscai'en Juan Jaureguy, en 1583 aux coups de Pedro Ordoôez, du capitaine Got, de Hans Hanssen, d'un Madrilène dont le nom est resté inconnu, que pour tomber le 8 juillet 1 584 sous la balle du Franc-Comtois Balthazar Gérard.

VOUS supplie derechef que ce mien défaut n'empêche la continuation de la bonne amitié que je sais qu'il vous a plu de me porter pour l'amour de feu Monseigneur. Et, comme maintenant cette pauvre famille, tant moi que tous les enfants, n'avons en ce monde autre père que vous, aussi je vous prie bien humblement de nous vouloir, en nos affaires , montrer votre affection paternelle et espère que Dieu me fera la grâce de vous rendre telle obéissance toute ma vie que je ne donnerai occasion à cette bonne amitié qu'il vous plaît de nous porter en quelque façon diminuer. Sur quoi, m'étant bien humblement recommandée à vos bonnes grâces, je prierai Dieu, Monsieur mon frère, vous maintenir en sa sainte garde.

Votre bien humble et obéissante sœur à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Delft, ce 26 de juillet 1584.

Original signe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. — Impr. loc, cit., i^» série,

t. VIII, p. 447.

A monsieur le comte Jean de Nassau, mon frère,

Delft, 5 septembre 1584.

HONSiEUR mon frère, j'ai reçu les lettres qu'il vous a plu de m'écrire par le messager qui vous avoit été envoyé par les seigneurs du conseil de feu Monseigneur (i).Je vous remercie bien humblement des honnêtes offres qu'il vous plaît de me faire; et pour le regard de mon fils (2), je prie Dieu qu'il

(1) Cette lettre est imprimée dans les Arcb, de la Maison d'Orange, 1" série, t. VIU, p. 439-44 »•

(3) Frédéric-Henri de Nassau, né le 30 janvier précédent (Délibération des états Généraux de cette date, impr. ap. Corresp, dupr, d'Orange, 1. 11, p. 354),

lui plaise nous faire la grâce à tous deux de vous faire en récompense humble service. Mais je me sens beaucoup davantage votre obligée pour les bonnes et fructueuses consolations que vous me faites, tant pour sentir par icelles combien cette calamité commune vous touche en particulier que principalement pour le fruit et consolation que j'en ai reçus ; car, comme je n*ai jamais senti un si grand mal, aussi je vous confesse. Monsieur mon frère, que j'ai eu bien besoin de consolations extraordinaires ; et comme vous êtes celui qui touchez de plus près à feu Monseigneur, aussi je n'ai reçu de personne meilleure instruction que de vous. Je prie Dieu qu'il me la fasse profiter.

je ne vous écris rien touchant les affaires de cette maison ni pour les miennes en particulier, car j'en ai communiqué suffisamment avec les seigneurs présents porteurs vos conseillers, desquels il vous plaira l'entendre et me faire cet honneur de croire, que je vous serai toute ma vie bien humble sœur et obéissante. Sur ce, m'étant humblement recommandée à votre bonne grâce, je prie Dieu, Monsieur mon frère, vous donner, en parfaite santé, heureuse et longue vie.

Votre bien humble et obéissante sœur pour vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

DeDelft, ce 5 de septembre 1584.

Original signe, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. — Impr. hc. cit., l'o série»

t. VllI, p. 469.

baptisé le 12 juin (autre de cette seconde date, ibid,) — c'est-à-dire le jour même où partait de Château-Thierry Balthazar Gérard, déguisé sous un faux nom, chargé par Noël deCaron, l'ambassadeur des États auprès du duc d'Anjou, frère de Henri 111; auquel il s'était attaché, d'annoncer au Taciturne la mort de ce dernier, décédé l'avant-veille (Confession de Balthazar Gérard, ibid., p. 168). — Frédéric- Henri avait pour parrains les rois de Danemark et de Navarre dont il portait les noms.

A monsieur le comte Jean de Nassau,

Deift, 38 octobre 1384.

|nnn| ONSiEUR mon. frère, j'ai eu grande occasion de vous Gn^l ^^^^^^^^^> c^ que je fais encore présentement, de ce EB^Oi qu'il vous plut donner charge dernièrement à vos conseillers venant par deçà, d'avertir les conseillers de feu Monseigneur que votre avis étoit que Ton me fît jouir de mes conventions matrimoniales et principalement de mon douaire (i). Mais combien que j'aie sollicité de tout mon pouvoir ceux qui ont été ordonnés pour la conduite des affaires de la maison, si est-ce que jusques à présent je n'en ai pu obtenir aucune réponse. Je fais ce que je puis poiir me maintenir avec la dignité de la maison en laquelle j'ai eu cet honneur d'être alliée, et le ferai encore tant qu'il sera en ma puissance, tant pour mon regard que des petits enfants que j'ai retirés près de moi ; suivant quoi (combien que c'est avec grands frais, même pour la longueur du chemin) j'ai retiré de France quelques moyens, sans lesquels il m'eût été du tout impossible de soutenir une telle dépense que celle qu'il me faut faire ; mais, iceux moyens venant à me faillir, si je ne puis avoir autre provision de deçà, je vous supplie bien humblement, Monsieur mon frère, de m'excuser si je suis contrainte d'obéir à la nécessité,

(i) Le prince d'Orange lui avait constitué par contrat de mariage (impr. par du Bouchet dans ses Prouves de Vbisioire de la maison de Coligny; Paris, 1661, in-f> ; p. 582) un douaire de 8000 livres, monnaie flamande, et la jouissance des châteaux de Berg-op-Zoom et de Grave en Brabant ainsi que d'une autre maison seigneuriale qui lui serait assignée au pays et comté de Hollande.

qui sera plus forte que ma volonté, qui a été et est encore de demeurer en ces pays, si Dieu m'en fait la grâce, et d'y élever mon fils. De quoi. Monsieur mon frère, je vous ai bien voulu avertir et ensemble vous supplier, si votre commodité ne vous permet de vous trouver par deçà où néanmoins sans votre présence je ne prévois que confusion générale, à moins qu'il vous plaise écrire auxdits commissaires Tordre que vous entendez qui soit suivi pour ce regard et leur ordonner, s'il vous plaît, bien expressément de le faire, d'autant que leur principale réponse est qu'ils n'ont pas puissance de ce faire. Ce me sera. Monsieur mon frère, une nouvelle obligation à votre service, auquel vous me trouverez toute ma vie très affectionnée.

Mon fils Monsieur le comte Morice(i)se porte bien, Dieu merci, et est sur le point d'aller en Zélande. Mes filles Mesdemoiselles d'Orange (2) et Anne (3) sont à Buren (4).La petite Catherine-Belgique (^) est avec la comtesse de Schvatsbourg, ma sœur (6). Le reste est avec moi, qui se portent fort bien comme fait mon fils, excepté Louyse (7), qui est extrêmement malade depuis six semaines, tellement que les médecins en ont mauvaise opinion et en font très mauvais jugement. J'y fais et ferai, Dieu aidant, tout ce qui sera en ma puissance.

Et sur ce, après vous avoir bien humblement baisé les mains,

(i) Maurice de Nassau, fils du Taciturne et d'Anne de Saxe; voy. ci-dessus, p. 5, note 2.

(3) Marie de Nassau, fille aînée du Taciturne et de sa première femme, Anne d'Egmont {ibid.),

(3) Anne de Nassau, fille du Taciturne et d'Anne de Saxe {ibid.).

(4) Capitale d'un comté échu au Taciturne par son mariage avec Théritière de celui-ci, Anne d'Egmont, et qui fait aujourd'hui partie intégrante du royaume de Prusse.

(5) Cathcrine-Belgie, troisième fille du Taciturne et de Charlotte de Bourbon (td.); elle avait eu pour parrains les États Généraux qui, par une résolution en date du 3 1 septembre 1578 (impr. dans Corresp, du pr, d'Orange, t, VI, p. 313 et 314), avaient fait don du comté de Lingen au père de leur filleule.

(6) Catherine de Nassau, l'une des sœurs du Taciturne et marraine de sa. nièce; elle avait épousé Gunthcr, comte souverain de Schwarzbourg.

(7) Voir p. 13, n. 2.

je prierai Dieu, Monsieur mon frère, vous donner en parfaite santé heureuse et très longue vie.

Votre bien humble et obéissante sœur à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Delfhe, ce 28 d'octobre.

{De sa main). Monsieur mon frère, je vous supplie me permettre que Madame votre femme (i) trouve ici que je lui baise bien humblement les mains, lui faisant toujours offre de mon humble service. J'en dis autant à ma fille Mademoiselle Emyllye (2).

Original. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. — Impr. Joe. cit., l'e série, t. VIII,

A Monsieur, monsieur le comte Jean de Nassau.

Leyde, 19 décembre 1584.

HONSiEUR mon frère, j'ai été fort aise de la résolution qui a été prise de vous envoyer ce messager, afin que par son retour nous puissions apprendre de vos nouvelles, desquelles nous sommes extrêmement en peine pour n'avoir rien entendu de votre part depuis qu'il vous plut d'envoyer de deçà deux de vos conseillers. Cependant, Monsieur mon frère, les affaires de cette désolée maison sont en si piteux état que, si par votre prudence et bon conseil il n'y est bientôt pourvu, je prévois une bien grande confusion. Par quoi je vous

(1) Sa seconde femme, Cunégonde-Jacqueline de Bavière, fille de l'Électeur palatin Frédéric lU.

(2) Emilie de Nassau, fille cadette du Taciturne et d'Anne de Saxe ; voy. ci-dessus, p. 5, n. 3.

PRINCESSE d'orange 1}

supplie bien humblement, Monsieur mon frère, au nom de l'amitié qui étoit entre feu Monseigneur et vous et de l'honneur que je sais que vous portez à sa belle et très digne mémoire, qu'il vous plaise de prendre soin de ses enfants et de moi, qui avons tous aujourd'hui l'œil sur vous comme sur notre Père commun et que, si vos affaires ne peuvent permettre que vous preniez la peine de venir ici, qu'au moins il vous plaise d'y dépêcher quelqu'un bien instruit de votre intention sur l'état que Ton vous a fait entendre où sont les affaires de cette maison, afin que par votre autorité il y puisse être pourvu. Je suis tenue et obligée de désirer voir qu'il y soit mis un bon ordre pour le général de la maison ; mais pour mon particulier la nécessité me presse de telle façon que — comme je vous ai mandé. Monsieur mon frère, par une autre de mes lettres (i) — , la nécessité à la longue forceroit ma volonté pour me retirer en lieu où j'aurois plus de commodité que je n'ai ici ; car il y a cinq mois que je suis avec quatre de mes belles-fiUes (2), mon fils et moi, avec un grand train, sans que les enfants ni moi ayons reçu un seul denier de la maison, etsommes tous remisa quand il vous aura plu mettre ordre aux affaires de la maison.

Nous sommes venues, vosdites nièces, votre petit neveu et moi en cette ville de Leyde, où j'ai désiré de venir pour m'ôter du lieu où j'ai reçu ma perte (3), bien qu'en tous lieux je porte mon affliction et la porterai toute ma vie, le changement de de-

(1) Celle du 28 octobre, qui porte le n^ VI dans notre recueil.

(2) Louise-Julienne, Elisabeth, Charlotte-Brabantine et Émilie-Antwerpienne, première, deuxième, cinquième et sixième filles du Taciturne et de Charlotte de Bourbon; voy. ci-dessus, p. 5, n. 2. — Nous avons déjà vu que la troisième, Catherine-Belgie, était auprès de sa marraine la comtesse de Schwartzbourg (p. ii,n. 5).

C^étaient les États de Flandre, qui avaient porté par procureur celle-ci sur les fonts du baptême, comme ceux de Brabant portèrent sa sœur Charlotte-Brabantine, comme la ville d'Anvers porta Émilie-Antwerpienne. Les trois princesses reçurent chacune de leurs parrains respectifs un titre de rente annuelle de 2000 florins (Résolutions des 17 octobre 1579, 6 décembre 1580, et 20 août 1583, impr. ap. Corresp. du pr. d^Orange^ t. VI, p. 320 et 321, et XI, p.349'353)'

(3) Delft, où le prince d'Orange avait été assassiné.

meure ne pouvant y apporter de diminution ; mais toujours ce lieu-là me sera odieux sur tous. J'attendrai donc. Monsieur mon frère, mon petit train et moi, ici de vos nouvelles, que je prie Dieu être telles que nous puissions espérer de vous voir bientôt. Cependant je vous baiserai bien humblement les mains et prierai Dieu, Monsieur mon frère, vous donner très heureuse et très longue vie.

Votre bien humble et obéissante sœur pour vous faire service,

LOUYSE DE COLLiGNY.

A Leyde, ce 19 décembre.

{De sa main,) Je vous supplie, Monsieur mon frère, que Madame votre femme trouve ici que je lui baise bien humblement les mains, lui faisant offre de mon bien humble service. Avec votre permission je dirai, s'il vous plaît, le semblable à ma fille Mademoiselle Emyllye. j'ai reçu des lettres que mon frère M. de Chastillon vous écrit (i) par des gentilshommes par lesquels il ma envoyé visiter, que vous trouverez avec celle-ci.

OrigmaU kxch. de la Maison d'Orange à La Haye. — Impr. loc. cit., i" série^ t. VIÏI,

(i) Cette lettre, datée de Montpellier le 9 octobre 1584, est impr. d^ns Ârcb. de la Maison d^OrangCf !'• série, t. VIII, p. 470; François de Coligny. en adressa une autre le même jour dans le même sens aux États Généraux (impr. dans la Corresp, dupr. d^Orange, t. VI, p. 21 1-2 14), auxquels il avait du reste écrit dès la première nouvelle du meurtre de son beau-frère (Lettre datée de Montpellier le 29 août, impr. ibid.y p. 204-206). Ces trois lettres avaient le même but : recommander sa sœur et la jeune famille qui Tentourait.

Monsieur Hugues ( i ), secrétaire au conseil d'État d*Utrechi, à Utrecht.

Leyde, 14 janvier 1585.

EiGNEUR Hugues, j'ai connu par votre lettre que m'a apportée ce messager le bon soin qu'avez eu en l'affaire que je vous avois recommandée pour Utrecht et la peine qu'avez prise pour la mettre en si bon train, dont je vous en remercie bien fort, vous priant de continuer en sorte que l'issue en soit bientôt telle que me le promettez et me l'envoyez par la première voie ; savoir, assurez-vous que, là où j'aurai moyen de reconnaître ce plaisir que me faites, je m'y emploierai de fort bonne volonté. Quant au portrait que me demandez, je l'ai mis entre les mains d'un peintre de cette ville, qui est bon maître, pour m'en faire quelque quantité ; quand ce sera fait, je vous en donnerai un. Si en quelque autre chose je vous puis faire plaisir, vous me trouverez toujours Votre bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Leyde, le 14 janvier 1585.

Original signé. Arch. de ia Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. CampbeH, directeur de la Bibliothèque royale de La Haye.)

(1) Christian Huygens. 11 avait d'abord été secrétaire du prince d^Orange et devint par la suite secrétaire du conseil d'Etat des Provinces-Unies. Son fils Constantin, seigneur de Zuylichem, homme d'État et littérateur, a donné sur lui quelques détails .dans ses De vitâ propriâ sermones, — Christian Huygens eut pour petit-fils le célèbre astronome Christian Huygens van Zuylichem, seigneur de Zeelhem, second fils de Constantin.

l6 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

A monsieur Hugues, secrétaire du conseil à'Èlat dHJtrechi, à Utrecht.

Leyde, 4 février 1585.

gMg EiGNEUR Hugues, je vous ai ci-devant écrit une lettre pour H^H réponse à celle que m*avez écrite; laquelle doutant que PhBfll vous ayez reçue pour n'en avoir eu nouvelles de vous, je vous ai bien voulu faire cette recharge pour vous prier bien fort de parachever ce que m'avez mandé être bien acheminé, voire comme fait touchant l'expédition de la créance de mon fils et la pension d'Utrecht, de quoi je vous prie de me certifier ce qui en est, que si elle n'est expédiée, y tenir la bonne main, et vous m'obligerez de plus en plus à reconnaître le plaisir que me ferez pour m'y employer où j'en aurai le moyen d'aussi bonne volonté que je me recommande à vous et prie Dieu vous avoir, Seigneur Hugues, en sa sainte et digne garde.

De Leyden, ce 4 février 1585.

{De sa main,) Si les lettres de mon fils ne sont encore expédiées, je vous prie tenir la main qu'elles soient passées en même forme que ceux de Hollande et Zélande me les ont accordées, dont la minute leur fut donnée et à Messieurs d'Utrecht aussi par le commandement de feu Monseigneur ; je crois que monsieur Floris Tin a ladite minute. Je demeurerai toute ma vie,

Votre bien bonne et assurée amie.

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. CampbcH.

PRINCESSE D ORANGE l^

Au seigneur Hugues, secrétaire du conseil d*État d'Uirecht, à Utrecbt.

Leyde, 37 mars 1585.

EiGNEUR Hugues, le sieur Bruninck (i), passant par ici à son retour d'Utrecht, me dit qu'à son partement de là il parla au sieur Flores Tin, qui étoit arrivé ce jour même à Utrecht, pour la lettre de la rente de mon fils, qui lui fit réponse qu'elle étoit faite et qu'il ne restoit qu'à la faire cacheter, ce qu'il lui promit faire, tellement que maintenant, s'il a eu souvenance de sa promesse, elle sera, j'espère, expédiée, je vous prie donc le savoir dudit Flores Tin et la retirer, si elle est toute expédiée, pour la bailler à M. le docteur Joseph, qui me l'apportera; et vous me ferez bien plaisir, avec obligation de le reconnaître d'aussi bon cœur que je me recommande à vous et prie Dieu, Seigneur Hugues, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. A Leyden, ce 27 mars 1585.

Votre bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

(Au dos, d*une autre main:) Receptâ 29* martii 1 585.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

(i) Nicolas Bruninck, ex-secrétaire du Taciturne. On a de lui une lettre qu'il écrivit le 27 juillet 1584 au comte Jean de Nassau où il lui parle longuement et en termes touchants de la mort de son maître ainsi que de la triste situation de la famille de celui-ci ; elle a été impr. par Groën van Prinsterer dans les ^rcb, de la fnaisoft d* Orange^ !'• série, t. VIII, p. 454-459.

l8 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

AU seigneur Hugues, secrétaire du conseil d'Etat d'Utrecbt,

à Utrecbt.

Leyde, avril 1585.

1^^^ EiGNEUR Hugues, suivant votre mémoire j'ai incontinent BsSMI dépêché ce porteur par lequel j'écris à Messieurs des îS^MI États et du Magistrat d*Utrecht(i). Je vous prie donc de tenirlamainà cefait;etme mandez s'il sera besoin que j'envoie là homme exprès de ma part et m'avertissez soigneusement, par homme s'il en est besoin, de ce qui se passera et je vous en aurai d'autant plus d'obligation devous reconnaître un jour de tant de peines que prenez pour moi. En attendant de vos nouvelles, je me recommanderai à votre bonne grâce, priant Dieu, Seigneur Hugues, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

De Leyden, ce... jour d'avril 1585,

Votre bien bonne et assurée amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. CampbelL)

(i) C'est-à-dire à l'autorité législative et à l'autorité executive de la province.

PRINCESSE^ d'orange 1 9

A monsieur Floris Tin, pensionnaire de la ville d'Utrecbt.

Leyde, 18 mai 1585.

|r^R7[ ONsiEUR Floris Tin, étant contrainte de pourvoir à mes HfiJral affaires et à celles de mon fils, je me suis avisée d'en- E^V^ voyer le sieur de Tondorf, mon maître d'hôtel, exprès pour vous, Messieurs des États et du Magistrat d'Utrecht, pour savoir s'ils sont en volonté de continuer à mondit fils la rente qu'il leur a plu lui donner dès son baptême, afin qu'ils m'en donnent l'assurance que je n'ai encore pu obtenir jusques ici, qui est l'expédition des lettres authentiques requises en tel cas ; et, d'autant que je suis bien persuadée de l'ancienne amitié qu'avez eue à cette maison, je m'adresse plus privément à vous. Monsieur Floris Tin, pour vous prier bien affectueusement de tenir la bonne main à ce que je puisse à ce coup obtenir ladite expédition par le retour de ce porteur, M'assurant qu'il ne tiendra en vous, je ne vous en ferai plus longue prière. Me recommandant bien affectueusement en vos bonnes grâces, je prie Dieu, Monsieur Floris Tin, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

De Leyden, le XVIIP jour de mai ! 585.

Votre bien fort affectionnée et fidèle amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. d'Amsterdam, collection J. Baart de la Faille. (Copie transmise

par M. Campbell.)

Monsieur Hugues, secrétaire au Conseil d'État d'Utrecbt,

à Utrecbt.

Flessingue, 34 août 1^8^.

IB^HHI EiGNEUR Hugues, envoyant ce porteur en Hollande pour ■IsSB| avancer mes affaires, je lui ai commandé d'aller vers ffn^™ vous à Utrecht, espérant qu'aurez reçu la demi-année de la rente de mon fils, suivant ce qu'en avez mandé au sieur de Tondorf, mon maître d'hôtel, et dont je vous ai ci-devant envoyé un blanc signé de ma main pour faire la quittance. Je vous prie donc, si l'avez reçue, mettre ces deniers es mains de cedit porteur, mon sommellièr; vous me ferez plaisir, que serai toujours bien prête reconnaître où j'en aurai le moyen, d'aussi bon cœur que, me recommandant à vous^ je prie Dieu vous avoir. Seigneur Hugues, en sa sainte et digne garde.

De Flessingue, ce 24 août 1585.

Votre meilleure et plus assurée amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Orijinal signé, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (G)pie transmise par M. CampbelL)

PRmG£SSE b*ÔkÀNG& ' 2\

AU seigneur Hugues, secrétaire au conseil d'État d'Utrecht.

Flessingue, 22 octobre 1585.

EiGNEUR Hugues, j'ai reçu par M. de VilHers (i) les 300 livres tournois que m*avez envoyées pour la demiannée de la rente de mon fils échue le 12 juin devant^ et vous remercie bien fort de tant de peines qu'en avez prises; si en récompense j'ai moyen de vous faire plaisir en quelque endroit, faites état assuré que je m y emploierai toujours d'aussi bonne volonté que, me recommandant à vous, je prie Dieu qu'il vous ait, Seigneur Hugues, en sa sainte et digne garde. De Flessingue, le 22 octobre 1585.

Votre bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

(i) Pierre L'Oyseleur de Villiers, né à Lille, d'abord avocat à Paris, se réfugia pour cause de religion à Genève où il se livra à l'étude de la théologie sur les instances de Théodore de Bèze. Il devint ministre à Rouen, d'où il s'enfuit après la Saint-Barthélémy auprès de Guillaume le Taciturne, qui l'admit dans sa maison en qualité de chapelain (Daniel Gerdes, Scrinium aniiquarium ; Brème, 1748-1765, 8 vol. in-4'; II, I, 391 et suiv.). Il devint rapidement l'un des conseillers les plus intimes de celui-ci. « Nul n'a plus de crédit que lui auprès du Prince, » écrivait même un des meilleurs et plus fins diplomates du temps (Huberti Langueti epistolce politicce et bistoricœ ad Pbilippum Sydneium; 1633, in- 12"; p. 447). Ce fut lui (Grotius, Annaïes de rbisioiredes Pays-Bas^ cité par Gachard, Corresp, du pr, d'Orange^ t. VI, préface, p. xcni), qui rédigea V Apologie que le Taciturne publia Tan 1580 en réponse au ban du roi d'Espagne. (Voy. suprày p. 7, n. i). Après l'assassinat de son maître, il continua ses fonctions évangéliques auprès de la veuve de ce dernier jusqu'à sa mort arrivée à la fin de novembre 1590 (Lettre de Louise de Coligny du 30 novembre infrà, n- XLII).

[/lu comte de Leicester (i).]

Flessingue» 24 octobre 1585.

ONSiEUR, VOUS ferez, s'il vous plaît, cet honneur à mon fils Monsieur le comte de Nassau {2) et à moi de voir les articles que nous avons prié M. Davidson (3) de vous communiquer; et espérons que par la privauté et hardiesse que nous prenons pour vous importuner vous serez aussi, Monsieur, assuré de la grande confiance que nous avons en vous, à savoir de la continuation de la bonne et sincère amitié qu'il vous a plu porter à feu Monseigneur le Prince. Et comme jamais toute cette maison n'aura plus de besoin de la faveur de gens de bien qu'elle a de présent, aussi. Monsieur, je vous prie non seulement de ne prendre à importunité notre requête, mais de nous faire part de la faveur que Dieu vous a fait la grâce d'avoir près de Sa Majesté et de nous faire cet honneur de vous employer

(i) A la mort du Taciturne, « le duc de Parme, gouverneur et capitaine général des Pays-Bas pour le roi d*Espagne, emporta d'abordée Bruges, Gand, Dendeimonde, Deventer, Nimègue, Grave, avec quantité d'autres places, enfin Anvers mesme qu'on tenoit imprenable. » (Louis Aubéry du Maurier, MémoirdSj pour servir à Pbistoire de la Hollandey éd. de 1680; Paris, in-8«; p. 219.) Ce fut alors que la reine Elisabeth d'Angleterre, ayant conclu le 10 août 1585 avec les états Généraux un traité qui lui assurait la suzeraineté des Pays-Bas, envoya au secours de ses alliés un corps de troupes sous la conduite de son &vori le célèbre lord Robert Dudley, comte de Leicester. Voy. là-dessus une lettre publiée par Wright, Queen Elisabeth and bere timis (Londres, 1838, 2 vol. in-8*) et du Maurier, loc. cit.

(2) Maurice de Nassau n'avait que 17 ans quand la mort de son père l'appela à diriger les opérations des révoltés des Pays-Bas.

(3) William Davidson, secrétaire du conseil privé d'Angleterre. Wright a publié plusieurs lettres de lui (op, cit., t. II).

pour nous. Vous n'acquesterez point en nous de nouveaux serviteurs, mais vous obligerez davantage ceux sur lesquels déjà vous aviez puissance pour les précédentes obligations, qui demeureront, Monsieur, très affectionnés à vous faire humble service d'aussi bon cœur que, m'étant .humblement recommandée à vos bonnes grâces, je prierai Dieu, Monsieur, vous tenir sous sa sainte garde et protection.

A Flessinghe, ce 24* jour d'octobre 1585.

Votre très affectionnée à vous faire humble service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. British Muséum, fonds Cotton, Galba, C. VIÎI, f» 187. (Copie transmise par M. Gustave Masson, professeur au collège d'Harrow-Hill.)

[/l Davidson.]

Flessingue, 24 octobre 1585.

MONSIEUR, il me semble, vu l'ancienne amitié que vous avez portée à Monsieur Tamiral mon père et à feu Monseigneur le Prince, que j'aurois tort si j'usois de longues prières en votre endroit défaire cet honneur à mon fils Monsieur le comte de Nassau et à moi d'avoir pour recommandées les affaires desquelles nousavons supplié M. le comte de Leycestre voulo ir faire tant pour nous et toute la maison d'en témoigner à Sa Majesté ; car je me tiens pour assurée que vous nous honorerez tant que de les avoir en singulière recommandation; de quoi. Monsieur, je vous prie humblement. Ce me sera une singulière consolation en ma viduité de voir que la mémoire de si grands personnages auxquels j'ai cet honneur d'avoir appartenu est demeurée engravée au cœur des gens de bien, qui me fait derechef vous prier de les avoir pour recommandées; et vous m'obligerez à vous en faire

humble service, qui sera d'aussi bon cœur que, m étant humblement recommandée à vos bonnes grâces, je prie Dieu vous avoir. Monsieur, en sa sainte protection et sauvegarde.

Flessinghe, ce 24 octobre 1585.

Votre très humble et affectionnée à vous faire service.

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Ibid., fo i8S. (Copie transmise par M. Masson.)

A monsieur Hoiman,

Leyde, 11 novembre 158$.

ONSIEUR Hotman (i), je vous suis redevable de trois lettres et veux croire que vous avez trop bonne opinion de moi pour penser que ce soit paresse qui m'ait empêchée d'y faire réponse. Aussi ne commets-je jamais telle erreur à l'endroit de mes amis. Mais certes aux unes et autres il m'a été impossible d'en prendre le loisir pour l'incommodité que m'a apportée ce petit voyage auquel, Dieu merci, j'ai eu plus de peur que de mal. j'ai beaucoup d'obligation à Son Excellence (2) de ce que je vois par votre lettre qu'il a eu soin de moi et de ma petite

(1) François Hotman, humaniste distingué et seclateur ardent de la Réforme, fut un des principaux ambassadeurs des protestants auprès des cours allemandes. Rodolphe Dareste a écrit en 1876 dans la Revue historique sa biographie, pour laquelle il a utilisé non seulement le recueil bien connu des Hotomemorum epistolœ (Amsterdam, 1700, in-40), mais un dossier de 215 lettres inédites copiées par lui dans différentes bibliothèques ou archives de France, d'Alsace, de Suisse, d'Angleterre, de Wurtemberg, de Bavière, de Prusse et dont il a fait don depuis à la Bibliothèque du protestantisme français. — François Hotman mourut le 12 février 1590.

(2) Leicester.

troupe. Aussi certes céderons-nous à peu de personnes en l'honneur que nous lui portons ; et vous assure que mon petit fils a sans cesse son nom à la bouche. Je suis à Leyde, où je demeurerai quelques jours pour reposer mon fils et moi, et aussi pour attendre quelque beau temps pour retourner à Flessingue.

J'ai reçu des lettres de M. de Wilbi (i) que j'envoie à M. de Sydney (2). Vous les verrez s'il vous plaît, et prendrez la peine, comme je vous en prie, continuant vos bons offices, d'en parler ensemble à Son Excellence suivant ce que j'en écris à mondit sieur de Sidney. J'envoie même celui que M. de Wilbi m'a envoyé, afin qu'il lui porte la résolution de Son Excellence ; car je ne lui fais autre réponse par mes lettres sinon que je me remets du tout à ce que M. le comte de Lecestre en ordonnera.

11 est bien certain que l'on m'avoit assurée que le comte Grymaldy étoit un bon prisonnier et que le duc de Parme (3) en fai-

(i) Lord VVilIoughby. Il dirigeait une partie des contingents britanniques commandés en chef par Leicester. C'est en le dégageant à la bataille de Zutphen que périt Sidney quelques mois plus tard. (Cf. la note suivante etin/rày p. 37, n. i).

(2) Philippe Sidney, fils d'une sœur de Leicester, homme d'Etat supérieur et brillant littérateur en prose et en vers. Elisabeth l'appelait « le plus beau joyau de sa couronne » Correspondant assidu des Hubert Languet, des Henri Estienne, des François Hotman, des Pibrac, telle était sa renommée diplomatique qu'à la mort d'étienne Bathori les Polonais l'élurent leur roi. Mais sa souveraine lui défendit d'accepter ce trône, ne pouvant se résigner à être privée de celui qu'elle considérait comme l'illustration de son règne. En 1585, il prit part à l'expédition de son oncle en Flandre et y trouva la mort. (Voy. ïnfràf p. 37, n. i). — Fulk of Groat a composé en 1652 une Li/e of sir Pb, Sidnev (Londres, in-8°), Bourne en 1808 des Memoirs of sir Pb, Sidney (York, in-8*>). Ses œuvres ont été réunies en 1829 par W. Gray sous le titre de Miscellaneous works of sir Pb. Sidney (Londres, in-8») ; sa correspondance l'avait été dès 1752 (Londres, 2 vol. in-S") par Collius {Letters and fermoirs of siate written and coUected bjf Henrv, Pbilip and Robert Sidney),

(3) Alexandre Farnèse, duc de Parme, l'un des plus illustres généraux du xvi® siècle. Il en sera souvent question par la suite dans les lettres de la princesse d'Orange, Gachard a publié en 1885 sa Correspondance. Le jésuite Bolonais J. Dondini a écrit sur lui un livre très curieux, le De rébus in Galliâ gestis ab Alexandro Farnesio, au sujet duquel nous renverrons à une récente brochure de M. A. Dufour, Relation du siège de Corbeil en i^po avec introduction et notes (Fontainebleau, E. Bourges, 1886, in-8»).

soit grand état, ce qui m'en avoit fait faire grande instance au baron de Wilby; et sur ces promesses j'en avois assuré M. de La Noue (i), qui en fait à cette heure état pour son fils (2); ce que je vous prie de faire entendre à Son Excellence et que je le supplie qu'il y avise devant que d'en mander sa résolution audit sieur de Wilby, et vous prie me faire savoir quelle elle aura été.

Si vous avez quelques nouvelles de France, vous me ferez extrême plaisir de m'en faire part. Il y a des points en vos lettres sur quoi je vous répondrois plus volontiers de bouche que par écrit. Ce sera occasion que je finirai après m'étre recommandée à votre bonne grâce et prierai Dieu, Monsieur, vous avoir en sa très sainte garde.

A Leyde, ce 1 1 novembre.

Faites-moi ce bien d'entretenir mon petit fils et moi aux bonnes grâces de Son Excellence.

Votre bien affectionnée et bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Autographe. Bibliothèque Nationale à Paris, fonds français, voK 15950, fo 25. (Copie transmisepar M.'Sandret, directeur de la Revue historique, nobiliaire et biographique.)

( 1) François de La Noue, dit Bras-de-fer, Vun des plus vaillants soutiens de la cause calviniste. Tombé au pouvoir des Espagnols le 30 juin 1580 en guerroyant pour le compte des révoltés flamands, il subit au château de Limbourg la plus dure des captivités et ne fut rendu à la liberté que le 28 juin 1585 ; ce fut pendant cette longue détention quil rédigea ses célèbres Discours politiques et militaires qui furent livrés à l'impression deux ans plus tard (Bâle, 1587, in-40). La Correspondance de La Noue pendant son séjour dans les Pavs-Bas (i 570- 1585) a été publiée par M. Ph. Kervynde Volkaersbeke (Gand, 1854, in-8^) ; on a sa yie (avec pièces à Tappui insérées dans le texte) par Moïse Amyrault (Leyde, 1661, in-4»). François de La Noue avait épousé en premières noces Marguerite de Téligny, sœur du premier mari de Louise de Coligny, et en avait eu deux fils, Odet (voir la note suivante) et Théophile. Au moment où sa bellesœur parle de lui, il était retiré à Genève à cause de l'édit de Nemours (voy. in/ràj p. 37, n° 2). Veuf vers 1578, il s'était remarié avec Marie de Juré.

(2) Odet de La Noue, seigneur de Téligny, fils aîné du précédent. Il avait fait ses premières armes sous les ordres de son père, dans la campagne qui coûta la liberté à celui-ci et était lui-même quatre ans après (21 décembre 1584), fait prisonnier. — Il occupa les loisirs de sa captivité à taire des vers qui virent le jour en 1594 (Genève, in-8*) — La négociation pour l'échanger contre le

Page 1