‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 37 sur 48 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

A monsieur le comte de Leicester.

La Haye, 22 novembre 1585.

MONSIEUR, si la maison de Flessingen étoit mienne, j'en ferois très volontiers offre à Votre Excellence, et de si peu que j'y ai je ne trouverois jamais mauvais qu'il vous plaise vous en servir; mais quant à ce que Votre Excellence m'écrit que j'ai plusieurs maisons, tant en Hollande qu'à la Vère ( i ), je crois que, par l'état quia été communiqué à Votre Excellence, elle a pu voir qu'il n'en reste une seule à la maison de feu Monseigneur le Prince mon mari où je puisse me retirer : car à la Vère il n'y en a d'autre qu'une petite que l'on a fait accommoder pour Monsieur le comte mon beau-fils, et non pour moi ; et puisque je n'ai autre commodité, je serai contrainte de m'y retirer, combien que je ne voie point comment moi et mes belles-filles y pourrons êtrelogées; et quant en Hollande, je ne sais. Monsieur, qui a dit à Votre Excellence que j'y voulois demeurer, car je n'ai jamais eu autre intention sinon de retourner en Zélande, pour être lieu plus propre à mes affaires que j'ai en France et pour y ouïr plus souvent nouvelles des parents et amis que j'y ai maintenant, exposés aux périls de la guerre (2), ainsi. Monsieur, que j'ai donné charge à un

comte Grimaldi à laquelle sa tante fait ici allusion échoua : le 16 mai 1599, Villiers écrivait au prince Maurice (Ârcb, de la maison d'Orange^ 2* série, t. II, p. 135 et 136) que les Espagnols ne voulaient plus entendre parier de sa rançon; il ne sortit de prison qu'en 1591, quelques jours avant la mort de son père quMl n'eut pas la consolation de revoir. Consulter sur lui la publication précitée de M. K. de Volkaersbekc.

(1) Terre située dans la province de Zélande, qui avait appartenu au Taciturne et lui donnait le titre de marquis.

(2) La guerre civiie, étouffée en France par le traité de Fleîx (1581), venait de

gentilhomme que j'envoyai hier à Flessingue de faire entendre à Votre Excellence, laquelle je supplie, Monsieur, vouloir toujours honorer mon petit fils et moi de ses bonnes grâces, que je salue de mes bien humbles recommandations et prie Dieu, Monsieur, donner à Votre Excellence très heureuse et longue vie.

A la Haye, ce 22 de novembre.

Votre très affectionnée pour vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

autographe. Collection van Dam van Noordeloos à Rotterdam. — Impr. par le docteur J. ab Utrecht Dresselhuis dans son opuscule De Waahche gcmeenten in Zeeîand voortn na de berroeping van !et edictvan Nantes (Berg-op-Zoom, 1S48, in-S").

[Au comte de Uicesler.]

Middelbourg, 9 janvier 1586.

HONSiEUR, je n'ai point eu ce bonheur de voir Votre Excellence depuis avoir reçu les beaux portraits dont il vous a plu m 'honorer, desquels ne pouvant faire à Votre dite Excellence un assez digne remercîment, je la supplierai de croire qu'ils seront à jamais tenus de moi pour un des plus chers et précieux trésors de mon cabinet, et que Votre Excellence n'en eût su faire don à personne qui en fît plus d'estime que je ferai toute ma vie. J'ai aussi, Monsieur, à vous remercier bien humblement pour mon fils de la belle chaîne qu'il vous plut lui envoyer par M. de Sidney à votre partement. je la lui garderai avec la médaille du portrait de Sa Majesté dont il a plu aussi à Votre

se rallumer à la suite du traité conclu à Nemours entre le Roi et les Guises, qui livrait à ceux-ci et au parti de la Ligue dont ils étaient les chefs la prépondérance dans l'État, remettant en vigueur toutes les dispositions abrogées des anciens édils proscripteurs de la liberté de conscience.

Excellence de lui faire présent, afin que, quand il sera grand, il reconnoisse par là Thonneur que Votre Excellence lui a fait dès ses premiers ans ; qui lui sera, Monsieur, une particulière obligation à votre service, volonté que j'espère si bien graver dans sa petite âme que, quand elle sera capable de raison, je m'assure que ses effets rendront témoignage et à Votre Excellence et à tout ce qui lui appartient, qu'il est vrai héritier de l'honneur, du respect et de l'amitié que vous ont portés tous ceux dont il est issu.

Je vous supplie, Monsieur, que votre absence de ce pays ne me prive de l'honneur qu'il vous a plu me promettre de votre bonne grâce et que, suivant l'assurance qu'il a plu à Votre Excellence me faire, j'aie ce bonheur, par son moyen, d'être reconnue de Sa Majesté pour très humble servante, qui est un des principaux honneurs dont je suis ambitieuse et dont je ferai à jamais plus grande gloire.

J'ai été très aise. Monsieur, d'avoir entendu comme il a plu à Dieu d'avoir heureusement favorisé votre voyage. J'espère aussi qu'il aura continué à Votre Excellence la sainte intention en laquelle elleétoit àson parlement de procurer tout bien à ces pauvres pays, nonobstant les raisons qui la pou voient émouvoir au contraire. Ce sera en cela, Monsieur, plus que jamais que vous ferez reconnoître votre vertu, qui en sera louée de tous les gens de bien et de moi particulièrement honorée comme de celle qui sera à jamais.

Votre bien humble et affectionnée à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Midelbourg ce 9 de janvier.

Monsieur, je vous supplie que par votre moyen je soie favorisée des bonnes grâces de Madame votre femme (i), à laquelle

(i) Sa troisième femme. Leicester s'était en effet marié trois fois : la première fois, publiquement avec Amy Robsart qu'il fut accusé d'avoir assassinée en 1360, moment où sa faveur auprès d'Elisabeth était telle que cette union semblait le seul obstacle qui s'opposât à ce qu'il devînt l'époux de la reine. Déçu de ses rêves d'ambition, grâce surtout à l'opposition de lord William Cecil, baron de Burghley, grand-trésorier d'Angleterre et l'un des conseillers les plus

je baise humblement les mains et la supplie de croire que je suis fort désireuse de lui faire service.

Autographe. Archives du Ministère des Affaires Étrangères à Paris, correspondance de Hollande, t. IV, p. 233.

écoutés d'Elisabeth, il contracta vers 1572 une union sâcrètâ avec lady Douglas, baronne douairière de Schefïield ; elle lui donna en 1^73 un fils, qu'il fit élever avec le plus grand soin, mais sous un nom supposé ; il la chassa Tannée suivante d^auprès de lui et par ses violences la contraignit d'épouser sir William Staflford. Peu de temps après, il reçut sa souveraine au château de Kenilworth, dont elle lui avait fait présent (1575). — On reconnaît dans ces trois épisodes — la mort d'Amy Robsart, la femme avouée, la liaison régulière quoique clandestine avec lady Scheffield et les fêtes de Kenil worth — les éléments d'un des romans les plus justement estimés de Walter Scott, le château de Keniboorth, Épris en 1577 des charmes de Lettice Knollys, comtesse d'Essex, il l'épousa après s'être, dit-on, débarrassé du mari à l'aide du poison. Il ne tint pas à lui que cette nouvelle union ne demeurât secrète. Il comptait sans Jean de Simier, favori du duc d'Anjou (François de France, frère de Henri III), qui aspirait à la main de la reine, à laquelle celui-ci, pour mieux frayer la voie à son maître, dévoila un beau jour le mystère. C'en fut fait dès lors à jamais des hautes visées de Leicester, qui ne fut plus qu'un favori ordinaire, non un mari éventuel pour « la belle vestale assise sur le trône d'Occident », comme Shakespeare appelle Elisabeth ; et lady Leicester put paraître à son rang dans les cérémonies de la cour.

Sur toutes ces intrigues lire : Leicester's commonaalthf pamphlet attribué au jésuite Parsons, paru en 1587 et souvent réimprimé sous divers titres, notamment sous celui de Secrets Memoirs of sir Robetr Dudle^ ; Camden, Histoire d'Elisabeth ^traduction française, Paris, 1727, in-4<>) et Les Projets de mariage de la reine Elisabeth par le comte H. de la Perrière (Paris, C. Lévy, 1882, in- 18).

PRINCESSE d'orange }l

 monsieur Hotman.

Middelbourg, a8 avril 1586.

Ik^j^â ^^^^^^^ Hotman, le vent contraire au partement du sieur E^il V^l^""s ^^ donne moyen de vous faire cette nouvelle f^in recharge pour vous dire que j'ai reçu celle que m'avez écrite par M. du Fay (i), que j'ai été extrêmement aise de voir pour apprendre par lui beaucoup de particularités de personnes que j'honore le plus en ce monde. Il poursuit son voyage, et pour cet effet partit hier d'ici. 11 s'attend que M. de Sidney le suivra bientôt. Vous dites que devez être de la partie, au moins qu'en êtes requis. Je vous prie que celte volonté-là vous prenne et la donnez à M. de Sidney de passer par ici, car il me semble par la lettre qu'il m'écrit qu'il n'est pas résolu quel chemin il prendra. Pour moi, il me semble qu'il n'en peut prendre d'autre que celui-ci ; et s'il fait autrement je croirai que lui et vous fuirez la vue de vos amis. Ne permettez que je conçoive cette opinion et croyez, je vous prie, que rien ne m'a empêché de vous écrire que le troublement d'esprit que j'ai eu des mauvaises nouvelles de France et ne me croyez, s'il vous plaît, si manque de jugement que je fasse porter la pénitence à ceux qui n'en peuvent mais des fautes commise par autrui. Je vous recommande toujours le prisonnier et prie Dieu de si bien inspirer

(1) Michel Hurault-de-I'Hôpital, seigneur de Belesbat et du Fay, second fils de Robert Hurault et de Madeleine de THôpUal, fille unique du célèbre chancelier de ce nom. — Il servit utilement Henri III et Henri IV dans plusieurs ambassades et mourut en juin 1 592 de chagrin d'avoir été relevé par ce dernier du commandement de la place de Quillebœuf qu'il lui avait confiée (P. Anselme, t. VI, p. 501 et suiv. ; Histoire généalogique et chronologique de la maison de France et des grands officiers de la couronne; Paris, 1726-33, 9 vol. in-f»).

M. le comte de Leicester qu'il continue en sa volonté que me mandez que pensez qu'il prendra, si Champagne ne fait autre démonstration d'entendre à l'échange de M. de Téligny (i), et, s'il TefiFectue et qu'il lui plaise le mettre entre mes mains, j'espère que nous en aurons meilleure fin que s'il demeure en Engleterre. Je vous prie, ne vous lassez en cette poursuite et me tenez pour amie non variable qui se recommande affectionnément à votre bonne grâce et prie Dieu, Monsieur Hotman, vous avoir en sa sainte garde.

A Midelbourg, ce 28 d'avril.

Votre affectionnée et bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Je vous prie prendre la peine d'expédier la lettre que je vous adresse.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (G>pie transmise par M. dmpbelL)

Monsieur Hugues,

Flessingue, 4 juin 1586.

W^ UGUES, ci-devant il vous a été baillé une quittance pour S;l recevoir une demi-année de la pension de mon fils qu'il ^Sl plaît à Messieurs les Etats d'Utrecht lui donner. Et pour ce que le sieur Jacques Belée s'en va par delà, je l'ai chargé de ce mot et prié de prendre de vous le paiement de ladite demi-année de ladite pension échéante au 12° de ce mois, vous priant vouloir solliciter le paiement d'icelle et faire en sorte, s'il vous est possible, qu'il lui soit délivre pendant le séjour qu'il fera par delà.

(1) Odet de la Noue. Voy., suprà, p. 26, n. 2.

PRINCESSE D'OMNGE 33

Ce me sera beaucoup de plaisir, et viendra ce secours autant à propos que je le pourrai souhaiter. Je m'en adresse à. vous pour l'assurance que j'ai que vous vous y emploierez volontiers, comme vous avez toujours fait pour les autres affaires de cette maison, ce que je reconnaîtrai aflfectionnément où l'occasion s'en offrira et d'autant bonne volonté que je prie Dieu, Hugues, vous donner en bonne santé longue vie.

De Flessingue, ce 4 juin.

Votre meilleure et plus assurée amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

 monsieur le comte Jean de Nassau^ mon frère.

Flessingue, 29, juillet 1586.

ONSiEUR mon frère, il y a quelque temps que ma fille Mademoiselle d'Orange (i) m'avertit que par quelque bruit elle avoit entendu qu'il avoit plu à Dieu retirer à soi Madame ma sœur votre bonne partie (2), et comme nous croyons le plus tard que nous pouvons ce que nous craignons, 2ussi je n'ai voulu prendre résolution de vous écrire sur ce bruit incertain. Mais depuis peu de jours, ayant eu plus certain et

(i) C'est Anne de Nassau, 1 une des filles du Taciturne et d'Anne de Saxe, qu'elle désigne ainsi ; car nous verrons par la lettre XXXIV que sa sœur aînée Marie, née de Anne d'Egmont, était maintenant appelée mademoiselle d* Egmont ; cf. ci-dessus p. 5, n. 2 et p. 1 1, n. 2 et 3. La présente lettre montre que les deux filles d'Anne de Saxe, Anne et Emilie, s'étaient retirées auprès de leur oncle le comte Jean.

(2) Sa femme. Dans cette acception nous disons encore sa moitié en style familier.

particulier avertissement, je n'ai voulu laisser aucune occasion, Monsieur mon frère, pour vous assurer du ressentiment que j'ai eudecette affliction. Car, combien qu'il aitpluàDieum'exercer en tant de sortes de visitations, tellement qu'il sembleroit que je devrois être comme endurcie, si est-ce que je dois confesser mon infirmité être telle que le^ nouvelles afflictions me remettent incessamment en mémoire les précédentes : ce que je ne vous dirai, Monsieur mon frère, pour vous renouveler vos douleurs, lesquelles je ne doute, vu le long temps, que vous n'ayez modérées par la raison de la connoissance de la volonté de Dieu qu'il lui a plu imprimer en votre cœur, mais parce que, j'espère, ce vous sera quelque consolation et partie de contentement quand vous entendrez que vos amis et vos obligés^ du nombre desquels je me tiens et des premières, ont aussi part en votre affliction, espérant que ce bon Dieu qui en tant de sortes nous visite, nous donnera aussi un jour certaine et assurée consolation, laquelle — ores que nous ne devons attendre parfaite en ce monde, sujet de tant de vanités et changements, mais en un meilleur siècle — si est-ce que celui qui nous connoît et de quelle nature nous sommes nous donnera, s'il lui plaît, quelque allégement au milieu de tant d'afflictions. Je vous supplie humblement. Monsieur mon frère, me vouloir honorer de vos lettres desquelles j'attends deux fruits : l'un d'être consolée de vous; et, en me consolant, que vous-même aussi receviez consolation de celui qui est le Père et qui nous a promis de ne nous point laisser orphelins et de nous donner son Esprit consolateur, lequel nous remplira, s'il lui plaît, de toute consolation. Au reste je ne vous écris rien. Monsieur mon frère, touchant les affaires de cette maison et les miennes en particulier d'autant que M. de Nyenbourg, qui est l'un des curateurs et qui est personnage bien suffisant, vous en instruira amplement, s'il vous plaît lui donner audience, comme je vous en supplie, et lui dire, s'il vous plaît, votre volonté sur l'ordre que l'on y doit donner ; car je vous assure qu'il est très nécessaire d'y en mettre quelque bon. Ledit sieur de Nyenbourg vous assurera aussi de la bonne santé de vos neveux et nièces. 11 me reste. Monsieur mon frère, de vous supplier me tenir au nombre de vos plus humbles et affection- .

nées parentes et amies, du tout dédiée pour vous honorer, obéir et faire service. Sur quoi vous ayant baisé bien humblement les mains, je prierai Dieu, Monsieur mon frère, vous donner heureuse et longue vie.

De Flessingue,ce 29 de juillet.

Votre plus humble et affectionnée sœur à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Je vous supplie me permettre, Monsieur mon frère, qu'en ce lieu je baise les mains à ma fille Mademoiselle Emilie. Je ne lui écris point parce que je crois qu'elle n'entend pas le françois, mais je la supplie de s'assurer qu'elle trouvera toujours en moi toute l'amitié et affection d'une vraie mère, telle que je la supplie qu'elle me reconnoisse toujours.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

A monsieur Hotman.

Flessingue, 25 septembre 1586.

ONSIEUR Hotman, depuis vous avoir écrit de naguères, j'ai reçu la vôtre du 20 de ce mois, reconnoissant tou jours la continuation de votre bonne affection et le soin et souvenance que vous avez de vos bons amis, dont je me sens de beaucoup votre obligée, étant au reste bien fâchée que les affaires de delà ne sont en meilleur train ; toutefois j'espère que Dieu pourvoiera à une meilleure direction (i). Je n'ai encore vu

(i) Hotman était à Genève, qui, ne pouvant tirer de blé ni de la Savoie dont le duc — autre complication — semblait près de lui déclarer la guerre, ni de la France à cause des troubles, était menacée de la famine. (R. Dareste, Vie àe Hotman précitée.)

M. de Villiers pour en savoir ce qu'il en aura appris; je vous prie ne vous ennuyer de m'écrire souvent, n'ayant chose plus recommandable que d'entendre des nouvelles de mes bons amis; c'est aussi grande partie de ma consolation. Et sur ce je vous présenterai mes bien affectionnées recommandations et prie Dieu, Monsieur Hotman, vous donner, en parfaite santé, heureuse et longue vie.

De Flessingue, ce 25 septembre.

Je vous prie présenter mes recommandations à M. Coptot.

Votre bien affectionnée et bonne amie,

LOUYSE DE COLLÏGNY.

Je plains la dame oubliée. Je m'assure que ce lui est autant d'affliction que à M. de Sidney et à vous de consolation, de voir souvent, comme me mandez, les belles dames.

Autographe, Bibl. nat. à Paris, f. français, 13950, fo 25. (Copie transmise par M. Sandret.)

Au comte de Leicester .

Flessingue, 3 novembre 1586.

IPgKn ONSiEUR, comme j'avois député mon maître d'hôtel le |MR|n sieur de Fondoy pour aller visiter feu M. de Sidney ESySfiJI de ma part et par même moyen le prier d'intercéder vers Votre Excellence de m'accorder une requête que je lui faisois, j'ai été avertie du trépas dudit seigneur, lequel j'ai déploré et déplorerai toute ma vie autant que si c'étoit mon propre frère pour raison de ses grandes et rares vertus, du service qu'il faisoit et pouvoit faire à Sa Majesté, du support que Votre Excellence en avoit en ses grandes affaires, et, d'autant que je m'estimois heureuse en cette misérable viduité que Dieu

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Tavoit adressé en ce pays, la vertueuse et honnête conversation duquel me faisoit porter mes ennuis plus patiemment, ce m'a été, Monsieur, une très dure nouvelle que d'entendre la perte d'un tel ami et m'est une nouvelle affliction qui m'en rafraîchit d'autres du temps passé qui ne pourront jamais passer en mon cœur. Je n'en dirai davantage à Votre Excellence, craignant de renouveler la douleur que, je m'assure, elle avoit conçue d'une telle perte et qui aura touché si avant Votre Excellence. Mais comme Dieu vous fait la grâce, Monsieur*, d'avoir sa sainte connoissance', aussi je le prie qu'il lui plaise donner à Votre Excellence consolation selon la grandeur de l'affliction, et qu'il me donne aussi cette constance qu'en renouvelant souvent en mon cœur la mémoire de son amitié je puisse par ce moyen rabattre une partie de la tristesse dont je suis remplie d'avoir perdu un. si bon et honorable ami (i). Monsieur, je baise humblement les mains de Votre Excellence et prie Dieu de donner à icelle. Monsieur, très heureuse et très longue vie.

A Flessingue, ce 3 de novembre.

Votre bien humble et obéissante fille à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Autographe» Musée Tegler à Harlem. — Impr. par le docteur K. Sybrandî dans la Notice sur quelques lettres écrites au comte de Leicester qu'il a insérée dans les Archives du musée Tegler, t. I (1868, Harlem), p. 145 et suiv.

(i) Philippe Sidney était mort peu auparavant à Arnheim des suites d'une blessure reçue à la bataille de Zutphen, le 21 septembre. 11 n'avait pas encore révolu sa ^2^ année! Son trépas fut un deuil pour l'Angleterre. Il fut le premier à être honoré de funérailles publiques. — Du Plessis-Mornay écrivit à cette occasion en janvier 1587 une lettre louchante (imprimée dans les différentes éditions de sa Correspondance, savoir : éd. in-4% t. I, p. 730; éd. in-8% t. III, p. 48 ; voy. tn/rà, la note de la page 96 au sujet de ces éditions) à Walsingham, dont il avait épousé la fille unique en 1583. Cf. suprà, p. 25, n. 3.

[Au comie de Leicester,]

Flessingue, 4 novembre 1586.

ONSEiGNEUR, les bfuits venus à diverses fois et par plusieurs personnes que vous êtes délibéré sur un voyage en Angleterre m'ont été si souvent répétés que j'ai été finalement contrainte d'en croire quelque chose, ce qui ma mise en grand souci, premièrement pour le général du pays et de toutes les églises qu'il a plu à Dieu de recueillir en ces provinces, d'autant que je ne puis comprendre comment elles auront moyen, durant l'absence de Votre Excellence, de résister, puisque par sa présence elle ne peut sans grand peine et labeur y subvenir. Mais comme il est bien raisonnable en choses que je n'entends point que je m'en remette à la résolution de plus sages que moi, aussi j'espère que la prudence et sagesse de Votre Excellence et l'expérience qu'elle a eue des affaires de ce pays remédiera en telle sorte à tous dangers qui pourroient survenir durant son absence que ces pauvres églises et pays n'en pourront souffrir aucun dommage. Ce néantmoins je ne laisserai d'avoir un soin continuel, qui m'excitera à prier Dieu pour la prospérité de Sa Majesté, de laquelle je vois que tous gens de bien jugent que la nôtre dépend, et qu'il lui plaise mettre en son cœur de renvoyer bientôt Votre Excellence par deçà avec telle autorité et moyen que nous puissions voir sous sa conduite l'état de ce pays rétabli et les ennemis de Dieu vaincus et confondus (i).

(i) Il était rappelé par Elisabeth. Mais le dommage n'était pas si grand que la princesse d'Orange paraissait le croire, du moins d'après du Maurier {loc, cit.) : « son orgueil insupportable et son ambition, dit-il, fit plus de préjudice aux provinces confédérées que les sommes qu'il porta et les troupes qu'il mena ne leur servirent. » Voy., au contraire, dans les Archives d$ la Maison d^Orange

Or si rétat public ma donné juste occasion d'avoir grand souci, mon particulier, Monseigneur, et de mon fils ne m*a guère moins touchée. Car comme l'état de la maison de feu Monseigneur mon mari est assez connu à Votre Excellence et que je ne dois avoir honte de le confesser devant tout le monde, puisque ses grands biens ont été employés pour le service de Dieu et de ces pays, et que par sa pauvreté reluit la justice de laquelle il a été couronné de son vivant et est encore après sa mort malgré tous ses ennemis et médisans, toutefois cette gloire est accompagnée, à mon très grand regret, d'épines engendrées par la pauvreté de moi principalement et de ce qui me touche, laquelle néanmoins j'ai jusques à présent. Dieu merci, soufferte avec patience, tant pour obéir à Dieu et aussi pour raison de l'espérance par moi conçue suivant les lettres qu'il avoit plu à Sa Majesté m'honorer et les honnêtes promesses qu'il avoit plu à Votre Excellence me faire, sur lesquelles je me suis reposée. Mais maintenant que je vois que Votre Excellence est prête de reprendre le voyage d'Angleterre, et que le temps m'a précipitée en beaucoup plus grande nécessité que je n etois lorsque Votre Excellence est venue par deçà, mêmement que les petits moyens que je puis avoir de France me sont partie ôtés, partie accourcis par l'iniquité des guerres et des ennemis de notre maison (i), je connois que, avec la pauvreté et nécessité qui me presse, ce qui fait soutenir aucunement les misérables assavoir l'espoir, m'est aussi ôté, tellement que je me sens surchargée d'un second mal plus pesant beaucoup que le premier. Car quand Votre Excellence sera partie de ce pays, je ne vois pas personne à qui je puisse avoir recours ; comme aussi j'avois mis entièrement mon espérance sur icelle et, comme il me semble, avec beaucoup de raisons.

Premièrement, j'étois bien informée de l'amitié et faveur qu'il

(2« série, t. I, p. 42-45) un mémoire sans date sur les « Inconvéniens qui pourront advenir si Son Excellence Monseigneur le comte de Leicester ne revient pas par deçà» ; et cf., même vol., la correspondance de Leicester avec Maurice de Nassau et çytres pendant son séjour dans les Pays-Bas. (1) Voy. supràf p. 27, n. 2.

lui a plu toujours porter à toute notre maison de Châtillon et de Montmorency; et plusieurs de ces dejux maisons, en leurs nécessités, avoient trouvé secours et assistance en vous.Jesavois aussi Tamitié qu'il lui avoitplu porter toujours à feu Monseigneur mon mari et finalement il avoit plu à Sa Majesté m'assurer de sa bonne affection et du commandement et charge qu'il lui avoit plu donner à Votre Excellence d'avoir moi et les miens en singulière recommandation ; et ce que j'estime une grande assurance, il avoit plu à Votre Excellence me promettre de le faire.

Ces raisons me font supplier humblement Votre Excellence d'avoir égard à moi et à ce qui me touche devant son partement de ces pays, car après son départ je perdrai aussi toute espérance d'être aucunement secourue et m'assurerai d'être entièrement abandonnée. Et par ce que j'ai cherché et fait chercher par ceux qui me portent affection et à la mémoire de feu Monseigneur mon mari quels moyens se pourroient trouver pour me secourir, puisque les affaires de Messieurs les Etats sont telles qu'ils ne peuvent satisfaire comme ils sont tenus et obligés de reconnoître les grands services de feu Monseigneur et que leur puissance est de beaucoup inférieure à leur bonne volonté, j'ai trouvé qu'il ne reste autre moyen que des confiscations des biens de ceux qui tiennent le parti contraire au nôtre, sur lesquelles me semble plus raisonnable que moi et mon fils ayons quelque assignation : chose usitée de tout temps quand la guerre a été entre le royaume de France et ces pays, étant les seigneurs mis en possession des biens les uns des autres, afin que la fidélité qu'ils portoient à leurs princes et pays ne leur fût tant préjudiciable que de perdre leur bien sans aucune récompense (i). Ce qui me fait humblement requérir Votre Excel-

(i) Louise de Coligny pouvait invoquer des précédents de ce lait sans sortir de sa femille. En 1521, à la confiscation du comté de Coligny (Franche-G>nité) par Charles-Quint François !•' avait riposté par celle de la principauté d'Orange, appartenant alors à Philibert de Nassau-Châlons, lieutenant de l'Empereur, dont il donna la jouissance à titre de dédommagement au maréchal de Châtillon, père de Louise; voy. l'acte confirmatifde cette cession momentanée, en date du 30 novembre 1522, dans Du Bouchet, Preuves de l'bist. delà Maison de Colignyj p. a8i.

PRINCESSE d'orange 4I

lence, — voire je prends la hardiesse sur sa bonté de Timportuner — qu'il lui plaise avant son partement non seulement de recommander, mais aussi de faire effectuer que je soie assurée de quelque partie pour moi et mon fils; laquelle je ne demande excessive ni répondante à la grandeur des biens que nous perdons, mais au moins que je puisse par ce moyen éviter cette maladie qui est la plus extrême, c'est pauvreté. Car combien que jusqu'à présent j'aie essayé d'entretenir la dignité de la maison à laquelle j'ai eu cet honneur d'être alliée, je vois maintenant que ma principale étude doit être à éviter pauvreté et nécessité. En second lieu, si Votre Excellence juge que les grands et trop connus services de feu Monseigneur méritent quelque chose, qu'il plaise à Votre Excellence déclarer à Messieurs des Etats de Hollande qu'elle n'entend point que le peu de biens qui restent à cette maison, qui est surchargée de grandes dettes qui se manifestent tous les jours, ainsi que m'avertissent les curateurs de la maison mortuaire, soit encore chargé d'impositions aucunes; car je suis avertie qu'elles sont telles de jour en jour que, les impositions étant payées, ne resteroit presque aucune chose pour subvenir ni à moi ni à aucun de la maison. S'il plaît à Votre Excellence pour donner ordre à ces deux points devant que de partir, elle obligera infiniment moi et les miens et toute la maison à lui faire juste service ; de quoi je la supplie bien humblement et me tenir moi et mon fils en ses bonnes grâces, et prie Dieu, Monseigneur, qu'il vous donne en parfaite santé heureuse et très longue vie.

De Flessingue, ce 4 novembre 1586.

Votre bien humble et obéissante fille pour vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Autographe, Musée Tcgler à Harlem. — Impr. loc, cit.

 monsieur mon frère, monsieur le comte Jean de Nassau.

Middelbourg, 20 janvier 1^88.

ngOj ONsiEUR mon frère, M. Junius(i)m*est venu voira son |R?R|I retour d'Angleterre et m*a fait entendre qu'il retourne E«&îJ en Allemagne en espoir de vous aller voir à Dillemberg (2). J'ai été bien aise d'avoir ce moyen de vous écrire et vous faire entendre de ma santé et des pe^tits enfants qui sont avec moi, étant assurée, pour l'amitié qu'il vous plaît de nous porter, que vous le prendrez à gré.

Quant à moi, je suis. Dieu merci! en bonne disposition selon le corps, étant toutefois en perpétuelle sollicitude pour le général de l'église de Dieu, qui a tant d'ennemis et si peu de support humain, que pour le particulier de mes parents et bons amis qui sont en continuel danger, tant en ce pays qu'en France, espérant néanmoins que celui qui est notre Père commun nous assistera contre l'espoir des hommes. Quant à mon fils, il se porte bien à présent, Dieu merci, après avoir eu quelque peu de maladie à notre retour de Frise. Aussi font mes petites filles, lesquelles deviennent grandes et bien apprises. J'ai laissé M. le comte Guillaume (3) en bonne santé quand je suis partie de

(1) Jacobus Junius, secrétaire du comte Guillaume- Louis de Nassau (voy. ùi/ràf n. 3). Quelques fragments de sa correspondance et son journal d'une expédition que son maître dirigea en Flandre Tan 1604 ont été publiés par Groen {Àrcb. de la Maison d'Orange, 2" série, t. II).

(3) Dillembourg, château où naquit le Taciturne en 1533, et ville sur la Dille, à 28 kilomètres de Nassau, dans l'ancien comté (duché depuis 1806 de ce nom, que la Prusse s'est annexé de nos jours.

(3) Guillaume-Louis de Nassau, fils aîné du comte Jean, que les États de Frise s'étaient donné pour statbouder ou gouverneur. Voy. ses lettres à son

Frise; j'espère que vous en aurez nouvelles plus certaines. Je vous supplierai pour la fin, Monsieur mon frère, de me continuer, et à mon fils, votre bonne amitié de laquelle je fais tant d'état que je n'estime avoir rien acquis de plus grand en l'alliance qu'il a plu à Dieu que j'aie eue en votre maison. Sur ce, m'étant humblement recommandée à vos bonnes grâces, je prie Dieu, Monsieur mon frère, vous maintenir sous sa sainte garde.

De Middelbourg, ce 20 janvier.

Votre bien humble et obéissante sœur à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

(Au dos, d'ufie autre main :) Receptâ 3 avril 1588.

Original signé, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

A messieurs les Étais de Frise.

Middelbourg, 3 juin 1588.

ESSiEURS, j'ai reçu l'honnête présent (1) que Messieurs vos députés qui sont à La Haye ont donné à M. de Villiers pour présenter à mon fils; duquel je vous remercie humblement, principalement pour deux raisons : Tune est que, n'ayant moi ni mon fils mérité aucune chose de vous.

père et au prince Maurice dans les Ârcb. de la Maison d'Orange (2* série, t. I et II). II avait épousé, le 21 novembre 1387, sa cousine germaine Anne de Nassau (voy. suprà, p. 5, n. 2), quMl devait perdre le 30 juin suivant.

(i) Des recherches faites dans les archives de la province de Frise, ainsi que dans celles de la ville de Leeuwarden, chef-lieu de cette province, pour déterminer la nature et la valeur de ce présent, n*ont pas abouti. {Communication de M, Campbell,)

je reconnois que vous avez voulu honorer en la personne de mon fils la mémoire de feu mon seigneur et mari, qui me rend très obligée à vous en rendre service; l'autre raison est que je sais que par tel présent vous avez voulu de bonne heure aiguillonner mon fils à prendre le chemin de l'honneur et de la vertu, afin que, croissant en âge, il croisse aussi en affection de s'employer pour votre service et du pays, à l'exemple de Monseigneur son père et de ses autres parents. Ce qui me donnera aussi, Messieurs, occasion selon mon pouvoir de le nourrir et élever en cette volonté, comme étant la chose que plus je désire de voir, si Dieu m'en fait la grâce, et ce aussi avec son aide, que j'espère de faire, puisque je n'ai meilleur moyen de vous faire connaître le désir de m'employer pour le service général du pays et du vôtre en particulier. Sur quoi m'étant humblement recommandée à vos bonnes grâces, je supplie Dieu, Messieurs, qu'il vous donne à tous, en parfaite santé, heureuse et très longue vie.

De Middelbourg, ce 3 juin.

Votre très affectionnée pour vous faire service,

(Au dos, d'une autre main :) Recepiâ 4 Juin 1588.

Original signé, Arch. de la Société Frisonne d'histoirci d'archéologie et de linguistique à Lccuwarden. (Copie transmise par M. Campbell.)

A monsieur mon frère, monsieur le comte Jean de Nassau.

Middelbourg, 28 avril 1^89.

nONSiEUR mon frère, je vous supplie de n'attribuer à faute de bonne volonté ni à oubliance du devoir que je vous dois le peu que vous recevez de mes lettres; mais je suis ici en lieu où il se présente si peu d'occasions pour vous écrire que je suis souvent fort en crainte que vous m'esti-

PRINCESSE d'orange 45

miez nonchalante de me ramentevoir en votre bonne grâce ; ce que je vous supplie ne penser point, car c'est chose qui m'est si chère que je la tiens en ce monde pour un de mes plus souverains biens. Faites-moi donc tant d'honneur de me la conserver, et de croire qu'il n'y a rien que je désire avec tant d'affection que de vous faire paroître que l'honneur que j'ai reçu de feu Monseigneur votre frère demeurera perpétuellement en ma mémoire, et qu'il n'y a rien qui me sera si agréable que de faire service à ce qui lui est si proche que vous. Monsieur mon frère, à qui pour toutes nouvelles je dirai que vos petites nièces et mon fils, votre petit neveu, se portent bien. Il a été tout cet hiver malade de fièvres, mais à cette heure il commence à bien se porter. J'espère que Dieu me conservera ce gage que j'ai si cher de Monseigneur son père. C'est toute ma consolation et mon unique plaisir.

Vous serez. Monsieur mon frère, assez informé par d'autres de ce qui se passe en ces quartiers^ où de nouveau nous avons fait une perte bien grande en la ville de Guertrendenbergue (i). Vous savez quel intérêt cela apporte à cette maison, qui certes est réduite maintenant à tel point que je ne sais plus comment les enfants et moi avons moyen de nous entretenir selon l'honneur de la maison : Dieu y veuille pourvoir par sa bonté, et certes nous en avons bon besoin ! Je le supplie. Monsieur mon frère, qu'il vous donne très heureuse et longue vie et vous supplie de me tenir toujours pour

Votre très humble et obéissante sœur,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Midelbourg, ce 28 d'avril 1589.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. — Impr. parGroën van Prinstercr, loc. cit., 2« série, t. I, p. 98.

(i) Liss^ Gertruydenberg. Cette place venait d'être livrée au duc de Parme par sa garnison (10 avril). Maurice la reprit le 25 juin 1593.

Monsieur, Monsieur Huygbens,

Middelbourg, 1 8 janvier 1590.

HONSiEUR Huyghens, j'écris à M. de Brade (i) pour le fait de la rente de mon fils due par Messieurs d'Utrecht, de laquelle est échue une année entière, et le prie de me faire ce plaisir et à mon fils d'en parler auxdits seigneurs et où il trouvera convenir et tant faire que je puisse recevoir ladite partie. Je lui mande aussi que je vous envoie un blanc pour donner quittance de ladite partie et le prie qu'il vous l'envoie. Vous trouverez ici-jointes ledit blanc et les lettres adressantes audit sieur de Brade. Je vous prie, Monsieur Huyghens, suivant vos précédentes diligences et bons offices que vous avez faits en cette même affaire, aussi que vous vouliez continuer et ne laisser passer aucune occasion. Ce faisant, vous m'obligerez de plus en plus à vous où vous aurez affaire de moi; et, après m'être recommandée à vous, je prierai Dieu, Monsieur Huyghens, de vous tenir en sa garde.

AMidelbourg, ce 18 janvier.

Votre bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Je ne vous envoie point d'autre blanc que celui que vous avez de moi, que vous ferez servir pour l'acquit de cette partie qui est échue le 12 de décembre dernier.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.) (1) N. Brakel.

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Monsieur Hugues, secrétaire d'État de Messieurs les États Généraux des Provinces-Unies, à La Haye,

Middelbourg, 12 février 1590.

HONsiEUR Hugues, je vous ai ci-devant écrit et prié de vouloir avoir souvenance de mon affaire envers Messieurs d'Utrecht; et aussi sur Tavis que vous m'aviez donné par les vôtres j'en écrivis par même moyen à M. le conseiller Walker et vous envoyai les lettres pour les lui faire tenir. Toutefois je n'ai depuis entendu nulles nouvelles ni de vous ni de lui, occasion que se présentant cette commodité, je vous fais cette requête et vous prie ne vous lasser en cette poursuite, laquelle je vous recommande autant et plus qu'auparavant j'aie fait, pour le besoin que j'ai d'être promptement secourue d'argent. C'est dont vous aurez, s'il vous plaît, souvenance, qui m'obligera toujours à le reconnaître, comme j'espère faire d'autant bonne volonté que je me recommande à vous et prie Dieu, Monsieur Hugues, vous donner ce que désirez.

De Midelbourg, ce 2 février.

Votre bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

A Monsieur Hugues, secrétaire au conseil d'État de Messieurs les États Généraux des Provinces-Unies.

Middelbourg, lo mars 1590.

HONSIEUR Hugues, depuis vous avoir écrit le... (1) de ce mois, j'ai reçu votre paquet dans lequel étoient les copies des deux ordonnances de MM. d'Utrecht avec copie des quittances que l'on veut avoir de moi, et sur l'avis que me donnez, j'écris présentement à M. Thin, lui remontrant qu'il semble que par le contenu desdites ordonnances et quittances, on me veuille retrancher le paiement de deux demies années, occasion que pour en savoir la vérité et l'intelligence du contenu desdites ordonnances que je le prie de m'en vouloir mander la résolution, ce qu'attendant j'ai différé d'envoyer mes quittances. C'est aussi ce dont je vous prie vouloir prendre la peine de solliciter, afin qu'après en avoir été avertie j'avise à y procéder par conseil. Et sur ce me recommandant à vous, je prie Dieu, monsieur Hugues, vous donner en bonne santé longue vie.

De Midelbourg, ce 10 de mars.

Votre meilleure et plus assurée amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Originil signé. Arch. de Brielle. (Copie transmise par M. Mûllcr, archiviste d'Utrecht.)

(l) La date est restée en blanc.

PRINCESéE D'ORANÔE 49

Monsieur Hugues, secrétaire au conseil d'État de Messieurs les États Généraux des Provinces-Unies.

Middelbourgi 12 avril 1590.

HONSiEUR Hugues, ayant vu la bonne volonté que Messieurs d'Utrecht ont de me faire payer les deux années d'arrérages qui me sont dues, suivant les lettres que le sieur Thin m*a écrites, j'ai avisé d'envoyer exprès ce porteur audit Utrecht avec les quatre quittances qu'ils demandent. Je lui ai donné charge de vous porter la présente et vous prier de ma part lui vouloir donner instruction pour négocier promptement cette affaire, qui m est d'importance pour le besoin que j'ai à présent d'être secourue d'argent. Je m'assure toujours que de votre côté vous vous y emploierez volontiers. C'est ce qui me fait vous en écrire souvent. Aussi j'ai autant bonne volonté de le reconnaître comme, après m'étre recommandée à vous, je prie Dieu, Monsieur Hugues, vous donner en parfaite santé longue vie.

De Midelbourg, ce m"" avril.

Votre meilleure et plus assurée amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (G>pie transmise par M. Campbell.)

.JO LETTRES DE HQUISE DE ÇOLIGNY

XXXIU

Monsieur HugueSy secrétaire d'État de Messieurs les États Généraux des Provinces-Unies.

Middelbourg, i6 avril 1590.

fflôNSIEUR Hugues, j'ai aujourd'hui reçu la vôtre du 12 de ce mois, vous remerciant de bon cœur de vos honnêtes offres, lesquelles j'ai toujours fort volontiers acceptées, comme je fais encore à présent, pour me voir en état d'avoir affaire en plusieurs façons de mes bons amis au nombre desquels vous vous faites paraître des premiers. Au reste j'ai reçu les trois cents florins de M. le trésorier Mannemaker et partant vous ne différerez d'envoyer mon récépissé au trésorier de M""" la comtesse de Meurs, comme vous le mandez, et autant je me recommanderai à vous et prie Dieu, Monsieur Hugues, vous avoir en sa sainte garde.

De Midelbourg, ce 19° avril.

Votre bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Gimpbcll.)

A madamqyselle, madamoyselle d'Egmont{\),

Middelbourgi 2 juin 1590.

HADEMOiSELLE ma fille, je ne vous puis dire le contentement extrême que ce me fut, il y a quelques jours, de recevoir de vos lettres pour avoir appris par icelles que vous êtes, grâce à Dieu, en meilleur état que vous n'avez été ; bien que j'eusse appris ces nouvelles de plusieurs endroits, comme c'est chose que je suis fort curieuse d'apprendre, si est-ce que vos lettres m'ont plus contentée que tout ce que j'en avois appris d'ailleurs. Or je prie Dieu de tout mon cœur vous rendre bientôt votre santé aussi parfaite qu'elle vous l'est souhaitée par celle qui vous jure qu'elle désire votre bienheur (2) et reposa régal du sien propre. J'ai été longtemps sans vous oser écrire, craignant de vous mettre en peine de me vouloir répondre et encore vous supplierai de ne vous donner ce travail, que je sais bien qui ne seroit pas propre à votre mal, mais bien vous fais-je requête de donner charge à quelqu'un de ceux ou celles qui sont près de vous de m'avertir de votre état. Car croyez, Mademoiselle ma fille, que celle même qui vous a mise au monde, si elle y étoit encore, ne seroit pas plus désireuse d'en entendre des nouvelles que moi, qui, pour ne vous occuper davantage, vous baise hum-

(i) Marie de Nassau, l'aînée des filles du Taciturne (voy. suprà^ p. 5, n. 2); on parlait dès lors de son union avec le comte Philippe de Hohenloë-Neveinsten, qui n'eut lieu que le 17 avril 160^ (cf. une lettre de la duchesse de Bouillon du 20 avril 1599, citée tn/rà); elle mourut sans postérité en mars 1606 (Moréri, Grand Dictiontiaire historique ; Paris, 1759, 10 vol. in-f; art. Orange et Hobenhe),

(2) Sic pour bonheur.

blement et prie Dieu, Mademoiselle ma fille, vous donner heureuse et longue vie.

A Midelbourg, ce 2 de juin.

Votre très affectionnée mère à vous faire service,

LOUYSE DE ÇOLLIGNY.

Autographe. Arch. d'Amsterdam, coU. J. Baars de la Faille. (Copie transmise par

M. Campbell.)

A monsieur mon neveu, monsieur le comte Guillaume de Nassau,

Middelbourg, 2 juin 1390.

HONsiEUR mon fils, j'eusse été extrêmement aise que Toccasion se fût présentée et que l'état de vos affaires et de votre gouvernement (i) l'eût permis que nous eussions eu ce bien de vous voir ici ; mais, puisque par la lettre que vous m'avez écrite parle sieur de Riswich je vois que cela ne peut être encore, ce m'est beaucoup de contentement de connoître qu'il vous plait me continuer en vos bonnes grâces, lesquelles je tiens infiniment chères et tâcherai de me les conserver par tous les services que pouvez attendre d'une mère qui vous aime, honore et estime de tout son cœur.

Je vous manderois les bonnes nouvelles que nous avons de France (2), n'étoit que je sais bien que Monsieur lé comte mon fils ne faudra de vous en faire part. Il me reste donc de vous dire que mes filles, mon fils et moi nous portons bien, grâces à Dieu,

(i) Voir suprà, p. 43, n. 3.

(2) Après avoir triomphé de l'armée de la Ligue à Iviy, après avoir repris successivement Mantes, Melun, Montereau, Provins, etc., Henri IV avait mis, au commencement de mai précédent, le siège devant Paris.

PRINCESSE d'orange 53

et tous ensemble, Monsieur mon fils, nous vous supplions de vouloir employer votre crédit envers Messieurs de Frise à ce qu'il leur plaise de nous vouloir accorder et payer leur part de la somme de neuf mille florins qu'il plut à Messieurs les États Généraux nous accorder il y a un an passé. C'est peu de chose pour eux et pour nous sera beaucoup en l'état où il a plu à Dieu me réduire, qui est tel que je ne reçois rien depuis deux ans de mon bien de France pour le misérable état où ce pauvre royaume est réduit ; et c'étoit le principal bien de quoi je m'entretenois et mon fils depuis la mort de feu mon seigneur et mari ; car de cette maison j'en ai retiré fort peu, et depuis quelque temps rien du tout, de façon, Monsieur mon fils, que cette partie de Messieurs de Frise, bien que petite, nous servira beaucoup, qui me fait vous supplier encore un coup vous y vouloir employer, et après vous avoir baisé les mains humblement de la part de vos petites cousines, votre petit cousin et de moi, je prierai Dieu, Monsieur mon fils, vous donner heureuse et longue vie.

De Middelbourg, ce 2 de juin.

Votre humble et très affectionnée tante et mère à vous faire service, . .

LOUYSE DE COLLIGNY.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (G>pie transmise par M. Campbell.)

Monsieur Hugues, secrétaire d'État de Messieurs les Étais Généraux

d'Hollande.

Middelbourg, 25 juin 1590.

EiGNEUR Hugues, au mois de mars dernier, je reçus une lettre de vous, par laquelle vous me donniez quelqu'espérance qu'en peu de temps je pourrois être satisfaite des arrivages de la rente que Messieurs d'Utrecht doivent à mon fils selon même qut M. de Brakel m'en avoit aussi écrit.

Et toutefois, cela n'ayant été effectué, j'en ai depuis deux ou trois jours ençà parlé au sieur Baks, qui m'a promis s'y employer. En outre je lui ai baillé une lettre que j'écris audit sîeur Brakel pour le même fait. J'espère qu'ils y feront leur mieux et vous prie aussi que de votre part vous y vouliez servir et entr'aider. l'ai mandé au dit sieur Brakel que vous aviez des blancs de moi. Vous les ferez servir à cet effet. Il est à présent dû trois termes de ladite rente. Si vous les recevez, vous les délivrerez au sîeur de Kinschot (i) qui me les fera tenir de deçà. Et, n'étant la présente à autre effet, je me recommanderai à vous et prierai Dieu, seigneur Hugues, vous donner en bonne santé longue vie.

De Midelboufg, ce 25 juin,

Votre bien bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. de la Maison d*Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

A monsieur Hugues, secrétaire d'État au conseil de Messieurs les États Généraux d'Hollande.

Middelbourg, 7 juillet 1390.

EiGNEUR Hugues, suivaut la vôtre je vous envoie présentement deux blancs pour servir de quittance de ce qui m'est dû par Messieurs d'Utrecht. Je vous prie les vouloir faire remplir comme vous savez bien faire; et si recevez argent, vous le délivrerez au sieur de Kinscot, qui me le fera tenir par deçà. J'estime vous avoir envoyé par ci-devant un autre blanc, outre celui que m'avez renvoyé, et toutefois n'en étant pas

(i) II fut plus tard député par la Frise aux états Généraux ; voy. différentes lettres écrites au prince d'Orange (Guillaume III) en juin 1673 dans Arcb. de la. Maison d'Orange, a" série, t. V, p. 325 et suîv.

PRINCESSE d'orange 55

bien assurée, je n'ai laissé de vous envoyer les deux ci-enclos • Vous me faites en cela beaucoup de plaisir que je reconnoîtraî toujours très volontiers ; et, m'étant recommandée à vous, je prie Dieu, Seigneur Hugues, vous donner en bonne santé longue vie.

De Midelbourg, ce 7 juillet.

Votre bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

y4 monsieur mon fils le comte Maurice de Nassau.

Middelbourg, 17 juillet 1590.

HONsiEUR mon fils, vous entendrez par Monsieur de Nassau (i), toutes les particularités de son voyage. 11 me reste à vous supplier de vouloir tenir la main quepromptement il soit pourvu à deux affaires dont il vous parlera : Tune qui touche le service du Roy, en quoi vous l'obligerez fort si vous faites que Messieurs d'Hollande lui accordent ce qu'il leur demande comme Messieurs de Zélande y sont bien disposés pour leur part, lorsqu'ils sauront que c'est votre volonté et celle de Messieurs les États (2) ; ce sera un service fort à propos à Sa Majesté et de quoi particulièrement il vous saura fort bon gré, et certes il vous oblige à affectionner à bon escient ses affaires, vu qu'il est si désireux de la prospérité des vôtres et avec tant de bonne volonté d'y aider. L'autre point vous touche et votre maison; et, puisque Dieu vous fait la grâce de vous ouvrir ce

(i) Justin, bâtard de Nassau, fils illégitime du Taciturne et de Eve Elliver, amiral des Pays-Bas.

(2) Ce que Henri IV réclamait avec tant d'insistance, c'étaient des navires : il en obtint 6 pour trois mois (lettres XXXVIII et XL).

moyen, je vous supplie, ne soyez point paresseux d'y entendre. Monseigneur votre père en eût bien fait son profit, comme je m'assure que vous ferez aussi, considérant combien vous et votre maison y avez d'intérêt. Si votre petit frère avoit dix ans davantage, il vous serviroit en cela et en autre chose. Je vous supplie. Monsieur mon fils, de commander à ceux de votre conseil que les dépêches en soient bientôt faites. Et remettant à Monsieur de Nassau à les solliciter encore davantage, je vous baiserai les mains et prierai Dieu vous avoir en sa très sainte protection.

A Midelbourg, ce 17 de juillet.

Votre très affectionnée mère à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. CampbeH.)

A monsieur mon fils le comte Maurice de Nassau

Middelbourg, 6 août 1390.

HONsiEUR mon fils, je suis très aise que votre fort soit achevé ; je le suis fort aussi de la bonne espérance que vous avez que les États accorderont au Roy la demande qu'il leur fait des navires. A ce que j'entends, il n'y aura nulle difficulté de cette part ici, mais le tout est d'user de diligence, à quoi je vous supplie tenir la main, comme aussi à la dépêche deM.deSaldaigne (i), lequel se plaint fort de la grande longueur dont on lui use. Les nouvelles sont ici que le prince de Parme partit vendredi dernier (2) de Bruxelles pour aller en France. 11 tient le chemin d'Arras. j'espère qu'il arrivera trop

(i) Intendant des finances de Henri IV.

(2) Le 3 août.

tard pour secourir Paris (i). Le 27 de Tautre mois, le Roy tenoit tous les faubourgs et battoit une des portes de la ville.

On dit pour certain que Cambray tient pour le Roy (2). 11 en est venu encore aujourd'hui lettres d'Anvers, de Valenciennes et d' Arras qui chantent toutes ce langage, et que Balagny (3) est de retour ayant ramené toutes les forces qu'il avoit menées à la Ligue. J'ai aujourd'hui baillé à José de More le paquet pour le Roy. Il m'a promis que le bateau partira ce même soir. Je l'adresse au gouverneur de Dieppe (4) et le prie en votre nom et au mien de

(i) Ce souhait ne devait pas se réaliser. « Malgré la longanimité de l'assiégeant, le fanatisme et la fermeté de l'assiégé, là lutte était près de finir quand le duc de Parme parut avec Tarmée espagnole des Pays-Bas (fin d'août). Le Roi quitte ses lignes et marche au-devant de lui ; l'escarmouche s'engage près de Claye; l'ennemi semble avoir accepté la bataille pour le lendemain; tout était prêt pour la livrer. Mais le duc de Parme, dérobant sa marche, file entre ia Marne et les hauteurs et, tandis que son adversaire, après l'avoir attendu dans la plaine, se heurte au camp retranché où il a laissé u-e partie de son armée, Farnèse enlève le poste important de Lagny (5 et 6 septembre); le blocus est levé et le secours de Paris assuré. » Nous empruntons ce passage à V Histoire des princes de Condé de M. le duc d'Aumale (t. II ; Paris, C. Lévy, 1 869, in-8®; p. 208). Fruit de longues et consciencieuses recherches, ce bel ouvrage est en outre aussi élégamment écrit que fortement pensé : c'est chose assez rare à une époque telle que la nôtre, plus féconde en érudits qu'en historiens, pour lui mériter une mention toute spéciale.

(2) C'était une fausse nouvelle ; Cambrai n'abandonna le parti de la Ligue que trois ans plus tard (Voir la note suivante).

(3) Jean de Monluc, seigneur de Balagny, fils naturel de Jean de Monluc, évêque de Valence, frère de l'auteur des Commentaires. Il s'attacha à Monsieur, duc d'Anjou, épousa Renée de Clermont, sœur de son favori Bussy fi'Amboise, et après la mort du prince fit adhésion à la Ligue. Il ne se soumit qu'en 1 593 au Roi qui lui confirma le gouvernement de Cambrai dont Monsieur l'avait investi (les premières négociations de cette soumission dataient du commencement de l'année précédente — lettre de Henri IV du i" février 1592). 11 fut créé maréchal de France en i S94. (Moréri, art. Montluc.)

(4) Aymard de Clermont-Tonnerre, de la branche des seigneurs de Chastes, chevalier de Malte, qui, quoique catholique sincère^ avait reporté sur Henri IV, dès son avènement, le dévoûment qu'il n'avait cessé de garder à son prédéce> seur malgré les excitations des agents de la Ligue (La Chesnaye Des Boi;, Dictionnaire de la Noblesse, art. Clermont-Tonnerre), Lire dans le recueil des Lettres missives de Henri IV, publ. par Berger de Xîvrey et Guadet dans la

l'envoyer par homme exprès, ayant M. de Villiers pour cet effet écrit à un marchand demeurant à Dieppe qu'il fournisse l'argent pour le voyage et que soudain qu'il aura la réponse qu'il la nous envoie. Don Diego m'a envoyé prier de vous faire une requête en son nom. Vous l'entendrez, s'il vous plaît, du maître d'hôtel de Monsieur de Nassau et y aviserez selon que vous le trouverez bon. Vos petites sœurs, votre petit frère et moi vous baisons les mains et prions Dieu vous avoir en sa sainte protection.

A Midelbourg, ce 6 d'août.

Votre très affectionnée mère à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Autographe, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. CampbcH. )

Monsieur Hugues.

Middelbourg, 8 août 1590.

HONSiEUR Hugues, j'ai reçu les 560 florins que Lobat, secrétaire de M. le comte de Meurs, vous avoit cidevant fournis, lesquels m'ont été envoyés parle sieur Kinschot. Et, pour ce que vous vous plaignez par la vôtre du déchet qui s'est trouvé en ladite somme, je suis certes très marrie de la fâcherie que vous en avez prise, vous voulant bien assurer que je vous reconnois et estime tel que, tant en mon particulier

Collection des documents inédits (Paris, Imprimerie Nationale, 1848-1876, 9 vol. in-4'») celle du 26 août 1589 (t. 111, p. 29), où le Roi raconte son entrée à Dieppe. M. le comte H. de la Perrière a reproduit dans La Normandie à l'étranger (Paris, Aubiy, 1873, in-S"), p. 260, deux billets du chevalier de Chastes à Walsingham en date des 1 1 et 2 1 janvier 1 590.

que envers ceux pour lesquels vous ferez ce bien de vous employer, je vous réputerai toujours très fidèle et assuré ami comme je lai connu une infinité de fois ; et tant s'en faut que je voulusse entrer en aucune sinistre présomption de vous qu'en outre, si j'avois quelque affaire de sérieuse importance, je ne voudrois faire élection de personne plus fidèle pour les négocier que vous. Pourtant vous me ferez plaisir de n'entrer plus en cette défiance et quant et quant continuer en la bonne volonté que m'avez toujours portée, ce que j'espère reconnoître, Dieu aidant, auquel, après m'être recommandée à vous, je prie vous donner, en bonne santé, longue vie.

De Midelbourg, ce 8 août.

Votre bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé, Arch. de la Maison d'Orange. (Copie transmise par M. Campbell )

 monsieur, monsieur de Turenne ( i ).

Mlddelbourg, 12 novembre 1590.

nE ne commencerai, Monsieur, par nulle cérémonie, car je suis si transportée d'aise de l'espérance que me donnez de vous voir qu'il faut que dès le commencement de ma lettre j'entre sur ce sujet, car c'est l'occasion aussi pourquoi je vous envoie ce laquais, ayant entendu par le secré-

(i) Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, né en 1555, avait été élevé à la cour de France. Après la Saint-Barthélemy, il s'était mis de la (action des politiques et dans les démêlés qui remplirent le règne de Henri III entre ce dernier et son frère le duc d'Anjou prit constamment parti pour celui-ci. Après sa mort, il se fit protestant et contribua au gain de la victoire de Coutras remportée le 19 octobre 1587 sur son parent le duc de Joyeuse par le roî de Navarre (voy. ses Mémoires (1555-1586) adressés à sou

6o LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

taire de M. de La Noue qui m'a apporté vos lettres qu'il est bien vrai que vous avez envie de passer par ici, mais que les autres de votre compagnie n'ont pas ce même désir, et(à ce que j'entends) chacun pour son particulier ; car de dire que vous alongiez votre voyage, je ne le pense pas ni tous ceux à qui j'en parle ici. Or premièrement, je vous prie résoudre votre esprit que le sieur Palvoysin (i) désire de vous faire embarquer là parce que c'est sa commodité et qu'il passe par ses terres; et demandez à M. de Beauvoir (2) combien l'année passée il demeura là avec M. du Fresne (3) pour attendre le vent. Quant à M. de Buzanval (4), sans doute il ne désire pas que

fik; Paris, 1666, in-f ; souvent réimprimés depuis). Ce fut sur lui que le roi de Navarre, devenu Henri IV, jeta les yeux en -i 590 pour négocier, en Angleterre et en Allemagne, les secours sans lesquels il sentait qu'il allait succomber : quelques-unes des lettres en date du 27 octobre, par lesquelles il Taccrédita auprès d'Elisabeth, du roi de Danemarck, des ducs de Saxe, de Wurtemberg et de Bavière, du prince d*Anhalt et du margrave de Brandebourg, ont été imprimées dans les Lettres missives de Henri ly (t. III, p. 273-276 ; cf., ihid.y la note de la p. 275).

(i) Horazio Pallavicini, gentilhomme génois, qui avait embrassé la Réforme et s'était réfugié en Angleterre. Elisabeth le tenait en haute estime. Elle n'avait cru pouvoir mieux faire pour recommander la cause de Henri IV au duc de Saxe que de lui dépêcher Pallavicini (Lettre d'Elisabeth au Roi s. d. Ibid., p. 259-260, note),

(2) Jean de La Fin, seigneur de Beauvoir La Nocle, un des principaux diplomates du parti huguenot, puis de Henri IV ; consulter l'article à lui consacré par les frères Haag dans La France protestante (Paris, 1846- 1847, 10 vol. in-8«), art. la fin.

(3) Philippe Canaye, seigneur de Fresne. L'édit de Nemours l'avait contraint de s'exiler; il s'était réfugié en Suisse où il avait fait la connaissance de François de La Noue (Amyrault, Vie de François de La Noue, p. 309). Le roi de Navarre le chargea à la fm de 1589 d'une mission en Angleterre de concert avec Beauvoir [Lettres missives de Henri /K, t. III, p. 60 et 61), à laquelle il çsi fait allusion ici. Le procureur-général La Guesle a publié en 1645 Lettres et ambassades du sieur de Fresne^ précédées de sa vie (Paris, 3 vol. in-8»).

(4) Paul Choars de Buzenval, seigneur de Grar.champ, gentilhomme de la chambre du roi de Navarre, très fréquemment employé comme ambassadeur par celui-ci avant et après son avènement au trône de France {Lettres missives de Henri ly, passim) ; le même jour qu'il accréditait Turenne auprès des princes d'Allemagne (p. 59, n. i), il accréditait Buzenval auprès des États Généraux [Ihid., t 111, p. 272, 275). Le professeur De Wreede-a publié les Lettres et nrgcciations

PRINCESSE d'orange 6t

VOUS veniez ici parce que votre présence ôteroit le lustre de son ambassade. De vous représenter l'incommodité d'embarquer et désembarquer et la dépense que cela apporte, je vous réponds premièrement que cela ne vous coûtera rien et que les États ne vous laisseront pas payer un liard tant que serez sur leurs terres, et trouverez vos bateaux prêts pour tout et de Hollande monr beau-fils vous fera mettre en deux jourç à Hambourg. Que si M. Palvoysin veut prendre l'autre chemin et vous celuici, je m'assure que serez aussitôt que lui à Hambourg, le viens à cette heure à l'utilité que votre passage par ici apportera au service du Roy. C'est sans doute qu'il sera très grand. Car si Sa Majesté a envie d'entretenir ces gens ici et d'en tirer du secours, il ne peut le faire si bien par personne du monde que par vous, votre réputation étant telle ici que je sais qu'ils feront pour vous ce qu'ils ne feront pour nul autre. Ils sont un peu ambitieux et veulent que Ton fasse cas d'eux. Je sais par quelques-uns d'eux-mêmes, qui me l'ont dit, que, si le Roy envoyoit vers eux quelque seigneur d'autorité, ils accorderoient beaucoup, et, si la reine d'où vous êtes à cette heure (i) n'eût été si ombrageuse et que M. de Beauvoir y eût pu faire un tour, comme souvent je lui ai mandé, je suis assurée qu'ils eussent fait toute autre chose qu'ils n'ont fait jusqu'ici. Que si le sieur de Buzanval y vient, il y sera longtemps et n'y fera guère, et une heure de vous fera plus qu'un an de lui (2). Laissez-les donc dire ce qu'ils voudront et passez en ces îles puisque le service du Roy vous y appelle. Je m'assure que vous le ferez bien trouver bon à la reine.

d^ Paul Cboars de Bu^mwjI (sic), ambassadeur ordinaire de Henri IV en Hollande^ et de François d^Aerssen, agent des Provinces-Unies en France^ en i^p8 et /39p(Leyde, 1846, in-8»).

^i) Elisabeth d'Angleterre.

(2^ Ce n'était pas une simple flatterie à l'adresse de son cousin, comme on pourrait le croire L'année précédente, Buzenval avait commis la faute de se moquer « en derrières, du déplorable accent d'Elisabeth lorsqu'elle parlait français ; ses railleries avaient été rapportées à celle-ci et l'avaient violemment irritée contre leur auteur (Du Maurier, Mém..,f p. 257). Louise de Coligny connaissait sans doute cette anecdote. De là sa méfiance des talents diplomatiques de Buzenval.

II y a un autre point que je ne veux oublier : c'est que je vous dirai qu'ils trouvent ici fort mauvais que les six vaisseaux (i) qu'ils avoient accordés pour trois mois au Roy pour aller à la côte de Bretagne empêcher la descente des Espagnols sont néanmoins toujours demeurés auprès de Dieppe. Cependant les Espagnols sont descendus, et ils disent qu'ils voient bien que c'est M. de Saldagne qui a voulu s'en servir pour favoriser les marchands de Dieppe et de Rouen et non pour autre chose, qu'on les a trompés, et crois qu'ils se repentent à demi de les avoir envoyés. J'entends par celui qui m'a apporté vos lettres que le Roy avoit envoyé le sieur de Fouqueroles (2) pour les mener à La Rochelle : ils ne feront jamais cela sans le commandement de leurs maîtres et ne demeureront pas une heure plus que leurs trois mois au service du Roy sans nouveau commandement. Pour obtenir cela, ils sont si offensés, parce qu'ils disent avoir été trompés, que je ne pense pas qu'autre que vous puisse avoir ce pouvoir. Croyez qu'ils sont puissants pour aider à Sa Majesté, mais ils ne veulent nullement être méprisés; enfin je suis sûre que votre passage ici fera du bon service au Roy.

Je laisserai à cette heure le général : je viendrai à mon particulier. Voudriez-vous montrer si peu d'amitié à une cousine (3). que vous n'avez vue il y a neuf ou dix ans et que peut-être vous ne verrez jamais, de passer si près d'elle sans la voir? Le devoir de bon parent vous y oblige. Depuis que je suis en ces pays je n'en ai vu nul, et puis dire avec vérité que cela me fait beaucoup de tort; car il semble à ces gens ici, vu le peu de cas que mes parents et mes amis ont fait de moi depuis mon affliction, que je sois tombée des nues ; et cela m'a tellement rendue méprisable parmi eux que vous seriez étonné du

(1) Voy. supràj la lettre XXXVIII et sa note 2.

(2) Agent de Henri IV souvent cité dans le recueil de ses Lettres missives,

(3) Henri de la Tour était le fils d'Éléonore, fille aînée du connétable Anne de Montmorency et sœur de Louise qui épousa le maréchal de Châtilloni père de la princesse d'Orange. Celle-ci et Turenne étaient donc cousins germains (P Anselme, t III, p. 602 et t. IV, p. 539).

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peu qu'ils ont fait pour moi. Mes frères m'ont manqué et ne se montrent tels qu'ils dévoient en mon endroit. Que mon cousin, le principal honrteur et la gloire de ma race, n'en fasse pas de même ; et donnez par votre présence contentement à cette pauvre cousine que je vous jure, depuis la perte, du bien dont la privation me rendra à jamais misérable, n'avoir senti son cœur ému de nulle joie que par l'espérance que me donnez de votre vue(i). Faites, je vous prie, qu'elle ne soit point vaine et opposez, vous, M. de Beauvois et M. de Salignac (2), mes raisons à celles que l'on vous allègue au contraire, et je m'assure que les miennes demeureront les plus pesantes. J'en serai en continuelles prières jusqu'au retour de ce laquais. Que si vous prenez résolution à mon contentement, je vous prie me le renvoyer incontinent et me mander vos volontés, afin que je

(i) Voici un tableau qui peint assez bien les mœurs du pays où elle était condamnée à vivre et dont elle avait si peu à se louer.

« Monsieur le prince Maurice, dit du Maurier {op. cit y p. 247), a conté à mon père qu'un hiver, à La Haye, y ayant quantité de princes et de grands seigneurs d'Allemagne de sa parenté, un jour ils s'assemblèrent en la principale auberge de La Haye pour s'y divertir; qu'après avoir fait la débauche jusqu'à ne voir plus goutte, un de la compagnie proposa d'éteindre les bougies et de s'entrebattre toute la nuit à coups d'escabelles. Ce qu'ayant exécuté, l'un de ces souverains se trouva un bras rompu, l'autre une jambe cassée, un autre le crâne enfoncé, les moins offensés en furent quittes pour avoir d'horribles contusions et les yeux pochés au beurre noir : ce que le prince sut de M* Luc, son chirurgien, qui étoit François et très expert dans sa profession, qui fut appelle pour les traiter et pour remettre leurs membres disloqués. Sur cela Monsieur le prince Maurice disoit à mon père, en s'éclatant de rire : ^près ce heau et agréable divertissement, Messieurs mes parents pouvaient se vanter d* avoir merveilleusement hien passé leur temps, » (!)

(2) Jean de Gontaut, baron de Salagnac. Né en 1553, il avait fait l'apprentissage des armes sous le chef de sa famille, le célèbre Armand, baron de Biron, tué en 1597 au siège d'Épcrnay. Salagnac devint en 1576 membre du conseil privé du roi de Navarre, puis son lieutenant en Limousin et Périgord. 11 accompagnait alors Beauvoir et Turenne dans leurs négociations en Angleterre et en Allemagne. Converti au catholicisme en 1596, il fut nommé en 1603 par Henri IV son ambassadeur près le Sultan, reçut l'année suivante le collier du Saint-Esprit et mourut de douleur en apprenant la mort de son maître et bienfaiteur (P. Anselme, t. VII, p. 310).

fasse donner ordre que vous trouviez prêt tout ce que désirerez, car je suis assurée que Messieurs les Etats et Monsieur le comte mon beau-fils seront extrêmement aises de vous voir et ne manqueront en chose du monde pour accommoder votre passage. Il reste que le brave M. de Turenne prenne une brave résolution. Et croyez que Dieu bénira beaucoup plus votre voyage, passant par ici, que si vous prenez autre chemin ; car je m'assure qu'il exaucera les justes prières que je lui en fais et votre petit cousin qui meurt de vous voir et non d'à cette heure qu'il vous sait près, car cela est de tout temps dans son petit esprit qu'il vous aime extrêmement. Venez, mon cher frère, et croyez que vous trouverez

Une cousine autant affectionnée et humble à vous faire service que jamais,

LOUYSE DE COLL'GNY

Pardonnez à cette barbouillée et confuse lettre. J'ai tant de peur que l'on vous fasse prendre autre chemin que je vous fais cette dépêche avec extrême précipitation.

A Midelbourg, ce 12 de novembre.

J'ai une particulière raison pour le service du Roy que je ne puis ni ose fier au papier, qui est la principale pour quoi je désire que passiez par ici et que je puisse parler à vous.

Autographe, Arch. nationales à Paris, papiers de la Êimille de Bouillon (R. 53). — Impr. en 1874 par M. S. Mûller dans De Bydragen xoor Vaderîanscbe Gescbiedenis eu Oudbeidkunde (1).

(1) Cette lettre et celles qui portent, infrà, les n»« XLII, XLIV, XLVII, XLVIII, L, LU et LUI ont été reproduites par M. Laugel dans l'appendice d'une notice sur Louise de Coligny (Paris, Fischbacher, 1877, in-8°), réimprimée en 1881 dans ses Études sur la Réforme au xv.« siècle.

A monsieur, monsieur de Turenne.

Middelbourg, 30 novembre 1590,

HONsiEUR, soudain que j'eus reçd vos lettres par mon laquais, je les communiquai ici à ceux que je reconnois être serviteurs du Roy, lesquels furent d'avis que, ne pouvant comme particuliers répondre pour la généralité, que j'envoyasse vosdites lettres à Monsieur le comte de Nassau mon beau-fils pour les montrer à Messieurs de Hollande, qui sont la grosse cloche, afin qu'ensemble ils prissent résolution de ce qu'ils vous dévoient répondre ; ce que j'ai fait et espère dans peu de jours d'en avoir réponse, car, en votre nom je presse fort mon beau-fils, lui remontrant combien la diligence est requise en votre voyage pour l'utilité du service du Roy. Cependant je n'ai voulu faillir de vous faire entendre combien le bruit et l'espérance de votre passage ici y apporte d'allégresse et combien il y a d'apparence que votre présence y servira aux affaires du Roy, voire plus que nul seigneur et personnage de quelque qualité qu'il soit qui y passera jamais. J'en ai discouru avec M. de Saint-Aldegonde (i), qui est du tout serviteur de Sa Majesté, et

(1) Philippe de Marnix, seigneur du Mont-Saint-Aldegonde, né en 1538, mort en 1598. C'était un homme actif et dévoué, l'un des plus importants facteurs de l'indépendance des Provinces-Unies et méritant de tous points les éloges que nous allons lui voir décernés par Louise de Coligny. Sa vie est l'histoire même de la lutte des Pays-Bas contre Philippe II. C'est ce qu'a fort bien compris Edgar Quinet, en faisant de ce personnage le centre — et de son nom le sous titre — de V Étude sur la fondation delà république des Provinces-Unies qu'il a donnée en 1854 et qui depuis a été réimprimée au t. V de ses Œuvres complètes (Paris, Laguerre, 1856-1870, 11 vol. in-8* et in-18). Quinet a en outre publié les Œuvres de Marnix (Bruxelles, Van Meenen, 1857 et années suivantes).

avec le pauvre M. de Villiers (peu devant sa mort) qui étoit de semblable avis que deviez, à quelque prix que ce fût, passer ici; mais le pauvre homme n'a pas eu le temps de le vous témoigner, car le même jour que je reçus vos premières lettres il tomba malade et est mort le lendemain que mon laquais retourna devers vous. Le Roy a perdu en lui un très utile serviteur en ces provinces, mais il lui reste M. de Saint-Aldegonde, qui n'a moins de capacité ni moins de volonté à son service. Je l'ai prié de vous écrire bien particulièrement son opinion sur les affaires qui se présentent. Je ne vous dirai point quel est et combien doit être estimé son jugement; car vous l'avez ouï recommander à de meilleurs que le mien; mais bien vous supplirai-je de bien considérer tout ce qu'il vous écrit et croire que si vous le pouvez ouïr et toutes ses raisons qu'il ne peut bien vous représenter sur le papier (crainte de la fortune que courent les lettres), il vous contentera infiniment, comme (i) je ne pense pas que vous puissiez de nul ai|tre mieux que lui connoître les humeurs d'Espagne, du duc de Parme, d'Angleterre, de ces pays et d'Allemagne. Et certes je donnerois de bon cœur de mon sang et que vous pussiez parler à lui. Et, si c'étoit chose que vous désirassiez le mener avec vous en votre voyage, il est tant serviteur du Roy et tant désireux de voir avancer la gloire de Dieu que bien que ce lui fût grande incommodité, mêmement pour sa santé qui est mauvaise à cette heure, si crois-je que, vous étant ici, nous le lui pourrions persuader. Mais, s'il vous plaît, tenez ceci à vous et ne le communiquez point où vous êtes; car peut-être n'y seroit-il pas approuvé et lui pourroit faire tort, encore qu'il ne m'en ait, ni moi à lui, jamais parlé. Mais je vous dirai bien que ce qu'il vous mande avoir appris de quelques particuliers touchant le service que pourriez faire ici au Roy, je l'ai appris aussi de mon côté, comme avoit fait aussi feu M. de Villiers du sien, mais parce que sont personnes particulières, bien qu'ils soient du corps de l'Etat, nous ne voulons ni ne pouvons vous en donner assu-

(i) Sic pour attendu que.

PRINCESSE d'orange 67

rance, mais seulement vous dire que, s'il y a temps propre pour obtenir quelque chose de ces gens ici, c'est à cette heure, et s'il y a personne propre pour le pouvoir obtenir c'est vous. Vous y penserez s'il vous plaît. Je vous envoie le chemin que de Hollande vous pourriez tenir par terre, et partout serez très bien accompagné. Même vous verrez par la lettre que vous écrit Semelyer les offres que vous fait le comte de Hohenloé (i); et verrez par ce que vous en écrit M. de Saint-Aldegonde, que vous serez aussitôt en Allemagne que ce fainéant Palvoysin et les autres qui voudront prendre le chemin de la grande mer, lequel tous ceux qui vous aimeront ne vous conseilleront pas de prendre puisque vous pouvez faire autrement, pour la crainte qu'il y auroit qu'un tel voyage n'apportât préjudice à votre santé. Je vous ai écrit par deux fois depuis ma première dépêche, mais le vent a toujours été contraire et n'ai pu plus tôt que cette heure vous renvoyer ce laquais, que Je fais partir soudain que le vent a favorisé mon désir, de façon que je ne puis écrire à autre qu'à vous, vous suppliant d'en faire mes excuses à M" de Beauvoys, de Salignac et de Buzanval^ avec lequel vous m'avez mis en querelle. Mais pourvu qu'il vous amène ici, je me fais fort qu'il n'est si courroussé qu'aisément nous ne fassions appointement. Je vous baise les mains humblement et vous supplie de croire qu'il n'y a rien au monde de quoi vous deviez faire si certain et assuré tant que de l'amitié de Votre humble et obéissante cousine,

A Midelbourg, ce dernier de novembre.

Autographe. Arch. Nat. à Paris, papiers de Bouillon. — Impr. par M. Mîiller (îoc. cit.)

(1) Philippe, comte de Hohenloe-Neveinsten et tige de la branche de ce nom, second fils du comte Louis-Casimir, chef de la maison de Hohenloë, né le 17 février 1550 (Moréri, art. Hobenhë) ; cf. suprà^ p. 51, n. 1.

Monsieur Huyguens, secrétaire au conseil d' État d* Hollande.

Middelbourg, 9 décembre 1590.

nONSiEUR Huyggens, d'autant qu'on m'a dit que Monsieur le comte mon beau-fils est absent de La Haye, et que je crois bien que ses gens sont avec lui, je vous prie me faire le plaisir de présenter une lettre que je vous envoie cijointe, à Messieurs du conseil provincial d'Hollande et le faire aussitôt que vous l'aurez reçue : car c'est une réponse sur une apostille qu'ils ont donnée, laquelle il faut que je fasse dedans le temps limité en ladite apostille. Aussi je vous prie me mander ce que vous aurez fait pour moi à Utrecht ; car j'en ai bien affaire. Ce faisant, vous m'obligerez de plus en plus à vous. Et sur ce je prie Dieu, Monsieur Huyguens» vous donner, en bonne santé, longue vie.

De Midelbourg, ce 9 décembre.

Votre meilleure et plus assurée amie,

Original signé, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. ûunpbell.)

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A monsieur, monsieur de Turenne.

Middelbourg, 28 février 1591.

BONSiEUR, je m'attendois de recevoir de vos lettres par le retour de la compagnie qui vous étoit allé conduire, mais j'ai été trompé en mon espérance. Depuis, le sieur de Buzenval m'a mandé en avoir reçu une par laquelle lui mandiez m avoir écrit et envoyé un paquet pour la cour qu'il dit avoir été perdu : aussi n*ai-je rien reçu de vous depuis votre partement d'Utrech. J'ai à vous demander pardon d'un autre qui a été perdu par le plus grand malheur du monde ; c'est celui que m'envoyâtes d'Utrecht par Belujon (i). L'amiral de Nassau (2) n'étant point encore ici de retour pour mettre l'ordre qu'il a mis depuis que toutes les trois semaines il va un bateau de guerre à Dieppe, il partoit une troupe de plus de trente d'ici ; je mis votre paquet dans un des meilleurs et le donnai à un marchand qui avoit force marchandises dans ledit bateau qui me promit de les rendre sûrement lui-même au gouverneur de Dieppe : car il n'y avoit nulle apparence de péril en ladite compagnie, si un grand brouillard, qui les prit en mer, ne les eût séparés et fit que deux d'iceux, dont celui-ci fut l'un, tombèrent en la rivière de Somme, où ils furent pris. Je ne sais si ledit marchand se sera souvenu de jetter ledit paquet en la mer, comme je lui avois dit en cas que tel inconvénient arrivât, mais toujours lui est pris. Je l'ai mandé à M. de

(i) Daniel de Bellujon, compagnon d'armes de Lesdiguières ; les frères Haag lui ont consacré une notice dans La France protestante fart. Bellujon). (3) Voy. suprà^ p. 55, n. i. •

Revol (i) et à celui qui fait vos affaires à la cour, et des deux autres aussi que M. de Buzanval me mande qui ont été perdus, afin que le Roy sache que ce n'est pas votre faute si souvent il n*a de vos nouvelles. Il y a plus de quinze jours qu'il y a un bateau de guerre à Dieppe qui attend le retour du laquais que dépêchâtes de Hollande ou d'autres paquets pour vous ; mais, le 20 de ce mois, il n'y avoit encore rien, et crois que c'est l'éloignement du Roy (2) qui en est cause. J'espère que sur la mer il n'arrivera plus faute de vos paquets, l'ordre y étant tel qu'il n'y aura point de faute à la promesse que l'on vous a faite, à quoi je tiens bien la main; et nos bateaux de guerre, quoi qu'il arrive, ne craignent point d'être pris; mais pour celui-là certes je ne m'en prends qu'à mon malheur et en porte un regret extrême qui me sera adouci lorsque je saurai que vous. Monsieur, sachant qu'il n'y a point de ma faute (car certes si j'eusse voulu et le plus avancé marchand d'ici envoyer cent mille écus, on les eût tenus sûrs en ce voyage) ne m'en voudrez point de mal.

Or ce malheur-là me fut suivi d'un autre. Car le même jour que je le sus je reçus lettres de M. de La Noue qui memandoitlafaute trop signalée qu'a faite un de mes proches (3), que vous saviez bien et me dites quelque mot qui me la faisoit craindre, mais je

(i) Louis Revol, né en Dauphiné vers 1531. Le duc d'Épernon, qui l'avait employé en Provence, fut l'auteur de sa haute fortune en le recommandant au Roi comme un homme sûr. Devenu secrétaire d*État à la retraite de M" de Sillery, de Villeroy et Pinart (15 septembre 1588), il entra assez avant dans la confiance de Henri 111 pour être chargé par ce prince de faire exécuter le meurtre des Guises à Blois. 11 continua ses fonctions avec beaucoup de zèle et d'habileté sous Henri IV et mourut le 14 septembre 1594. (Fauvelet du Toc, Histoire de^ secrétaires d*État de i§4'j à i6^y\ Paris, 1668 in-4»; p. 62.)

C'était lui qui avait contresigné les lettres de créance de Buzenval et de Turenne, mentionnées p. 59, n. i, et p. 60, n. 4.

(2) Henri IV venait de quitter la Picardie, où il avait tenu la campagne tout le mois de janvier, pour s'acheminer par Melun et Étampes vers Chartres, ville du parti de la Ligue dont il avait résolu le siège (Voy. le recueil de ses Lettres missives) .

(3) Charles de Coligny, le plus jeune de ses frères, avait passé à l'ennemi pendant l'investissement de Paris par Henri IV (Aubigné, Hist, Univers,, t. III, liv. IV, ch. 11).

PRINCESSE d'orange * 7I

ne pouvois croire qu'il se pût tant oublier. Je vous promets que cela touche tellement le plus vif de mon âme que je ne m*y puis résoudre. En toutes mes autres afflictions je trouve de la raison pour me consoler, mais en cette-ci je n'en trouve point; car, m'étant si proche, il me semble que c'est une partie de moi qui a faibli en son honneur et en toute chose qui m'est si sensible qu'il n'est pas possible de plus; et vous jure qu'après Dieu je n'ai rien qui me la fasse supporter avec patience que quand je mets en poids de cette perte et de ce déplaisir-là le gain et le plaisir que je reçois en une autre acquisition que j'ai faite qui seule m'apporte remède à cette heure à tous mes maux. Je vous ai dit ce que c'est. Monsieur, je m'assure que vous jugez bien combien je me dois plaire en telle position. Non, rien ne me fait vivre que cela(i).

Mon beau-fils me vient de mander qu'il a nouvelles que vous êtes arrivé à Dresde. J'en loue Dieu de tout mon cœur et le supplie de bénir tellement vos peines et votre labeur que bientôt il en puisse réussir le bien que tous les gens de bien en espèrent.

Je vous ai mandé par mes dernières lettres que le sieur de la Tour (2) étoit arrivé en Angleterre. Il y est encore et crois qu'il n'attend que le vent. Je vous envoie les dernières nouvelles que nous avons ici, que M. le président de Caen (3) m'a man-

(i) Le souvenir de la visite de Turenne et l'espoir de son prochain retour.

(2) Charles Cauchon de Maupas, baron de la Tour ou mieux du Tour, comptait parmi ses ancêtres le trop célèbre évêque de Beauvais Pierre Cauchon, ce bourreau-chef de Jeanne d'Arc. Quant à lui, Tallemant des Réaux en fait dans s^ Historiettes (Ed. Monmerqué et P. Paris; Paris, Techener, 1854-1860, 9 vol. in-8<>) le plus grand éloge. — Au commencement de 1591, Henri IV lui avait confié une mission en Angleterre (Lettre du 30 janvier ; Lettres missives, t. III, p. 335). 11 était né à Reims en 1566 (Tallemant, loc. cit.),

(3) C'est-à-dire le président du parlement de Normandie, Nicolas Groûlart, fervent royaliste. — Après la journée des barricades, le parlement de Normandie avait été transféré de Rouen — son siège normal, devenu une des forteresses de la Ligue, — à Caen. Une scission s'était alors opérée dans son sein : la plus grande partie des conseillers était restée à Rouen de gré ou de force. Chacune des assemblées s'intitulait parlement de 'Normandie, quoique celle de Caen eût seule qualité pour s'appeler ainsi. M. Floquet dans son Histoire du parlement de Normandie de nooà ijp2 (Rouen, Frère, 1840-1842, 7 vol. in-8») a raconté les vicissitudes du parlement ligueur; M. Jules Lair, celles du parlement roya-

dées. Madame de Caen (i), votre tante, me prie fort de lui mander de vos nouvelles et dit qu'elle désire fort votre retour. Aussi font bien d'autres, je vous assure.

On me presse et sollicite bien fort d'aller en Hollande, mais je dilaye et dilayerai jusqu'^ce que je sache quelle espérance il y aura de votre retour et de votre passage. Car si vous approchiez plus près de ces quartiers-là que d'ici et qu'il y eût apparence de vous pouvoir voir, je m'y trouverois en ce temps-là. je vous supplie donc, Monsieur, que je sache de vos nouvelles et me conseillez, puisque vous êtes mon premier et seul conseiller, ce que je dois faire. Votre petit cousin est fort bien guéri. Dieu merci, de sa petite vérole et ne lui en paroît point. Les marchands d'ici n'ont encore nulles nouvelles de pas un lieu que leurs lettres de change pour vous aient été acceptées, de quoi ils sont étonnés. Je suis après M. de Saldagne, qui est à Dieppe, pour qu'il fasse écrire aux marchands delà à ceux d'ici qu'ils vous fassent recevoir quelque somme : j'attends sa réponse.

Adieu, Monsieur, je vous baise bien humblement les mains et vous supplie de garder toujours la part en votre bonne grâce qu'avez promise à votre humble et obéissante cousine,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Midelbourg, ce dernier de février.

Autographe. Arch. Nat. à Paris, papiers de Bouillon. — Impr. par M. MùUer (loc, cit.).

liste dans son Histoire du parlement de 'Normandie pendant son séjour à Caen de 1^8^ à i$^4 (Caen, Hardel, 1860, in-8®).

(i) Madeleine de Montmorency, abbesse de la Trinité de Caen, dernière fille du connétable Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie ; elle mourut le 10 décembre 1598; elle était sœur de la mère du vicomte de Turenne (P. Anselme, t. III, p. 605 ; Gaîlia cbristianaj éd. de 17 15-1728, t. XI, col. 436; cf. supràj p. 62, n. 3).

A monsieur Hugues, secrétaire d'État de Messieurs des États généraux d'Hollande.

Middelbourg, 13 mars 1591.

HONsiEUR Hugues, je n'ai trouvé aucune propre occasion pour vous avertir que j'ai ci-devant reçu les vôtres, avec celles qui sont écrites à Ter-Goés (i), et depuis j'ai aussi reçu les vôtres du 4 de ce mois, sur quoi je vous dirai qu'étant ici Lobat, secrétaire de feu M. le comte de Menin, j'ai, par son avis, fait parler au sieur de Mannemaker pour savoir de lui si, au cas que M"''' la comtesse de Meurs, ou son trésorier recevroit à Utrecht les 300 florins qui me sont dûs de reste, il me fourniroit par deçà ladite somme sur ce qui est ordonné pour ladite dame comtesse par Messieurs les États. Ce que ledit Mannemaker m'a promis faire, étant averti de la réception desdits 300 florins, et dès lors je vous en écris par ledit Lobat de ladite résolution, la quelle je désire faire effectuer selon qu'elle a été proposée. C'est pourquoi je vous prie me faire ce bien de pourchasser que ladite somme de 300 florins soit reçue audit Utrecht par ladite dame comtesse de Menin ou par son trésorier et secrétaire et m'en envoyer la réception pour en avertir ledit Mannemaker, duquel je recevrai en ce faisant plus commodément ici ladite somme que à Ter-Goés, où il faudroit que j'envoyasse exprès et en danger de ne trouver le receveur ou autre telle incommodité, et après avoir oui de vous ce que vous en avez fait, je vous renverrai la lettre écrite audit Ter-Goés, laquelle je retiendrai encore par

(1) Go€s ou Ter-Goës, ville forte du royaume des Pays-Bas (province de Zélande).

devers moi en attendant votre réponse que je vous prie diligenter comme il vous sera possible, étant pressée du secours desdits deniers. Ce que m'assurant que ferez volontiers, je vous présente mes recommandations et prierai Dieu, Monsieur Hugues, vous donner en bonne santé longue vie.

De Midelbourg, ce 13 mars.

Votre meilleure et plus assurée amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. CampbeU.)

À monsieur Hugues, secrétaire (ÏÈtat au conseil de Messieurs les États généraiix des Provinces-Unies,

Middelbourgy 15 mars 1591.

|ri^KT| ONSiEUR Huygens, j*ai reçu avec la vôtre celle de Lobat, NH^I ^^^^^^^^^ de mon fils le comte de Nassau. 11 me ^^SiM mande, comme il a encore fait par une autre sienne lettre que je trouve aujourd'hui, qu'il vous a envoyé le formulaire des quittances qu'il est besoin que j'envoie par delà pour recevoir les 900 florins dont il dit avoir ordonnance. Toutefois, puisque ainsi est que vous ne les avez pas reçues, je vous prie lui envoyer incontinent celle que je lui écris, afin qu'il en envoie d'autres; car cette affaire-ci mérite une prompte sollicitation, et au cas que ledit Lobat reçoive argent pour moi, je lui mande qu'il vous le fasse tenir, ou au trésorier Kinscot, afin puis après que vous me le puissiez faire rendre sûrement par deçà avec moindres frais. Le sieur Lobat m'écrit aussi que des 300 florins qui restent des arrérages des deux années vous m'en donnerez avis. C'est ce que j'attendrai avec réponse de la présente, vous remerciant de la peine que prenez, que je reconnaîtrai toujours

très volontiers ensuite. Me recommandant à vous, je prierai Dieu vous donner en bonne santé longue vie.

De Midelbourg, ce 15 mars.

Votre meilleure et plus assurée amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. d'Amsterdam, collection Diederichs. (Copie transmise par M. Qmpbell.)

/l monsieur, monsieur le vicomte de Turenne,

Middelbourg, 15 mars 1591-

ONSIEUR, je sais que le plus grand contentement que pouvez recevoir, c'est d'entendre des nouvelles du Roy : c'est pourquoi un des plus grands que j'aie est de vous en mander. Je vous envoie donc tout ce que nous en avons ici, que je viens de recevoir présentement de M. de Beauvoyr, qui m'écrit de vous envoyer si je vous fais quelque dépêche, d'autant qu'il craint que celles qu'il vous fait, et même par M. de la Tour, ne soient si tôt à vous. Mondit sieur de Beauvoir me fait un grand discours de plaintes de M. de Buzenval avec protestation de ne l'avoir jamais offensé, et vous en appelle à témoin. Il fait ses plaintes au conseil du Roy de ce qu'étant en la qualité qu'il est en Angleterre il s'adresse à autre qu'à lui pour faire entendre ce qui est pour le service du Roy. Voilà M. de la Tour qui arrive auquel incontinent je donne du papier et une plume pour vous écrire.

M. de Thelligny, qui arriva hier, vous écrit; aussi fait M. de Saint-Aldegonde ; de façon que vous faire longue lettre parmi tous ceux-là seroit vous faire longue importunité. Seulement je vous dirai, Monsieur, que je me plains à vous de vous-même qui m'aviez tant promis de prendre la peine de m'écrire quelquefois,

et depuis que vous êtes parti d'Utrecht je n'ai reçu un seul mot de vous. Le marchand de Cologne qui vous fait tenir mes lettres a écrit ici que l'on avoit reçu des vôtres de Dresde et que désiriez savoir si on n'avoit point avis pour vous faire toucher des deniers. Mais ceux d'ici refusent de lui en donner jusqu'à ce qu'ils en aient eu, que leurs lettres de change aient été acceptées, ce qu'ils n'ont point encore. Aussi le vent a-t-il presque toujours été contraire de façon qu'il n'en est point venu de bateaux. Je fais tout ce que je peux néanmoins pour faire qu'ils vous en fassent fournir. Mais jusqu'alors il n'y a nul moyen. Je vous supplie et adjure. Monsieur, par tout ce que vous avez de plus cher, de nous faire savoir de vos nouvelles ; car croyez que ce n'est pas vivre d'en demeurer privés, mêmement étant en un lieu où on craint que votre santé n'amende pas. Toutefois j'espère que Dieu vous gardera et bénira pour faire les bons services à sa gloire et au salut de la France qui sont espérés de vous. C'est de quoi je le supplie de tout mon cœur. Vous verrez par une lettre que je vous envoie comme notre Roy se hasarde toujours ( i ). Dieu le nous préserve et tous ses bons serviteurs 1 Je viens de recevoir une lettre du prince de Dombes(2) qui me mande que les affaires du Roy commencent à prospérer plus qu'elles n'ont fait en Bretagne (3).

(i) On dirait ces lignes écrites au lendemain du combat d'Aumale, où Henri IV, entraîné par son courage au plus épais des escadrons ennemis, faillit périr. Mais Taffaire d^Aumale est de 1592. Cétait d'ailleurs pour Henri IV un péché d^habitude que la témérité. On peut lire dans les (Economies rojfoUs ou Mémoires ce qvùa fait M, Je duc de Sully les remontrances que celui-ci lui adressait fréquemment à ce sujet (V. notamment le ch. xxxiii).

(a) Henri de Bourbon, né à Mézières-en-Touraine le 13 mai 1573. Il échangea son titre de prince de Dombes contre celui de duc de Montpensier à la mort (juin 1592) de son père François, frère de Charlotte, troisième femme du Taciturne, et beau-fils de Catherine de Lorraine-Guise, l'âme de la Ligue (P. Anselme,

(3) Le prince de Dombes avait été envoyé dès la mort de Henri III pour combattre le duc de Mercœur (frère de Louise de Lorraine-Vaudemont, femme de ce prince) qui tenait pour la Ligue en Bretagne dont il espérait bien devenir souverain indépendant, en vertu des droits qu'il tenait de Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre, qu'il avait épousée. — Le caractère à la fois faible et violent du prince de Dombes ne devait pas répondre aux espérances fondées sur

PRINCESSE d'orange 77

Adieu, Monsieur, aimez toujours votre humble et obéissante cousine,

A Midelbourg, ce 15 de mars.

Je vous envoie un paquet que l'on m'a dit être de M"*" de Sardine (i).

Autographe. Arch. Nat. à Paris, papiers de Bouillon. — Impr. par M. Mûller (loc. cit.).

lui par la princesse d'Orange ; un des derniers actes de sa campagne fut le siège de Lamballe; entrepris malgré La Noue qui lui avait été subordonné et qui y périt. Cf. L. Grégoire, La Ligue en Bretagne (Paris, Dumoulin, 1856, in-80).

(i) Isabelle de Lîmeuil, qui, après avoir eu simultanément le secrétaire d*État Florimond Robertet, seigneur du Fresne, poor amant de cœur, et le prince Louis P* de Condé pour protecteur sérieux, épousa au commencement de 1566 le financier lucquois Scipion Sardini que Catherine de Médicis avait fait baron de Chaumont-sur-Loire et sur lequel courait ce quatrain :

Quand ces bougres poltrons en France sont venus, Ils étoient élancés, maigres comme sardaines (sardines) ; Mais par leurs gras impôts ils sont tous devenus Enflés et bien refaits, aussi gros que baleines.

M. de La Perrière a fort spirituellement retracé Thistoire de la liaison d'Isabelle avec le prince de Condé dans Trois amoureuses au xvi® siècle (Paris, C. Lévy, 1885, in-80).

Turenne et la Lîmeuil étaient assez proches parents : le grand-père de la seconde était le bisaïeul du premier (P. Anselme, t. IV, p. ^38).

A monsieur le vicomte de Turenne.

Middelbourg, \6 mars {avec postscriptum du 29) 1591.

■ ON frère, par la commodité de M. de la Tour il faut que je vous découvre mes peines comme à celui seul du conseil duquel je veux dépendre. Cette lettre sera donc toute pour moi, vous ayant envoyé hier par la voie de Cologne, tout ce que nous savons ici de France. Or je vous dirai donc que vous savez la promesse qui vous a été faite pour le regard de mon fils. Cependant je découvre que Ton a eu égard seulement à ne refuser rien au Roy ni à vous et à me donner aussi quelque contentement pour me faire toujours couler le temps, et cependant on se promet qu'il ne réussira rien de cela parce que Ton dit que cette promesse vous a été conditionnée lorsque la France seroit à repos, et ne voyant pas d'apparence à cela, ils sont à cette heure à me persuader que cela ne me doit empêcher d'aller en Hollande et m'en pressent et sollicitent fort. Or j'ai su par un qui le sait très bien, de qui je l'ai tiré par artifice, que lorsque je serai en Hollande il ne faut pas que je fasse état d'en partir et que l'on fera naître toujours quelque occasion — avec ce qu'il y a apparence que nos misères de France en produiront assez — pour s'excuser au Roy de laisser aller mon fils. Je suis à cette heure à combattre donc pour n'aller point là, bien que je leur dise toujours que j'irai; mais il me survient toujours quelque difficulté. Enfin ils découvriront bien que c'est que je n'en ai pas envie, s'il ne vous plaît m'y aider par ce moyen, m'écrivant une lettre que je puisse montrer, par laquelle, disant que vous avez entendu par le sieur de la Tour que je veux aller en Hollande, vous me priez de suspendre cette résolution jusqu'à ce que soyez de

retour, parce que vous avez fait entendre au Roy que j'étois ici en quelque chose utile pour son service, mêmement durant votre négociation, pour recevoir ici et vous envoyer les commandements qu'il lui plaira vous faire. Enfin ce que vous jugerez mieux qui aura apparence de raison pour leur faire connoître que ce ne sera point chose fait à dessein ; et vous supplie me l'envoyer le plus tôt que vous pourrez, car vous ne croiriez pas combien ils tâchent de m'y attirer, me proposant force commodités et de beaux moyens si j'y vais, mais je ne me veux point obliger jusqu'à ce que je sache ce que dois devenir ; car j'ai toujours le cœur à me retirer à Orange, puis principalement que je vois que vous l'approuvez. J'en viens encore à cet instant de recevoir des nouvelles : ils m'y désirent plus que jamais et ne craignent sinon que je change de volonté. Leurs divisions particulières y accroissent journellement, mais l'état du pays y est fort paisible, et disent que tous les Espagnols qui étoient en Provence sont presque tous défaits. Je sollicite fort le sieur de Serres de venir et me gouvernerai en son endroit selon votre avis : j'ai tant de peur que vous preniez un autre chemin que par ces contrées ! Mais si y passez, je vous prie, avertissezmoi de bonne heure en quel lieu je vous pourrois voir ; et lors votre beau jugement résoudra, s'il lui plaît, tous les troubles de mon esprit pour prendre la résolution que vous me conseillerez soit pour demeurer en ces pays , soit pour me retirer ailleurs ; et, vous supplie, n'ayez nul égard à me conseiller selon ma volonté, mais selon que vous jugerez le mieux.

A cette heure je reçois lettres de mon frère (i) du 4 de ce mois du camp devant Chartres (2). 11 me mande qu'il espéroit

(1) L'aîné de ses frères, François, celui dont M. le comte Delaborde a écrit la vie. Le puîné, Odet, était mort de maladie en 1 580 (Épître consolatoire du roi de Navarre à François de Coligny ap. Lettres missives de Henri If^, t. I, p. 333) ; le cadet Charles s'était donné à la Ligue. (Voy. suprà, p. 70, n. 3.)

(2) Le siège de Chartres avait commencé le 9 février ; M. E. de Lépinois {Histoire de Chartres; Chartres, 1854-1858, 2 vol. in-8*; t. II, p. 315-356) en a donné la chronique jour par jour; tous les auteurs s'accordent à reconnaître que François de Coligny y joua le principal rôle.

qu'il ne tiendroit plus guères. Il est plaisant. II dit qu'il fait fortifier sa maison de Chastillon (i)et qu'il la rendra si forte que cette seule place dans ce pays-là (2) seroit suffisante à le tenir en l'obéissance du Roy. Sa femme (3), son fils (4) et sa bellesœur (5) y sont.

Mon frère, tenez toujours en votre bonne grâce votre sœur, croyez que la grandeur de son affection est telle qu'elle ne peut être égalée de nul autre et ne peut appartenir qu'à votre mérite. Je ne fais nulle doute que Dieu ne bénisse votre voyage, mais je désire fort savoir quelle espérance vous en prenez, car vous n'aurez jamais tant d'heur, de grandeur et de contentement que vous en désire

Votre humble et obéissante cousine,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Midelbourg, ce 16 de mars.

Cette lettre m'a été rapportée, M. de la Tour étant déjà parti de Hollande lorsqu'elle y est arrivée. Depuis j'ai reçu de vos lettres pour M. de Buzenval et M. de La Fontaine, que je leur ai envoyées, et point pour moi ; mais ledit sieur de Buzenval m'a fait voir la sienne qui m'a fort réjouie pour la peine où j'étoîs de n'ouïr point de vos nouvelles. Elle étoit du 18 de février. Jésus! que je crains les longueurs, vu que n'aviez encore en ce temps vu le duc de Saxe !

(1) Châtillon-sur-Loing avait été surpris par les ligueurs, mais repris sur-lechamp par les Châtillonnais en novembre 1590 (Delaborde, Franfois de Cbâtilhn, p. 366 et 367).

(2) La Puisaye et Touest du Gâtinais restaient en effet fidèles à la Ligue. Lire là-dessus le t. II de V Histoire des guerres du Calvinisme et de la Ligue dans les contrées qui forment aujourd'hui le département de l' Yonne ^ par A. Challe (Auxerre, Perriquet, 1 863-1864, 2 vol. in-8«).

("^y Marguerite d'Ailly de Pecquigny, quMl avait épousée le 18 mai 1581. Contrat de mariage dans Du Bouchet, p. 631-635.

(4) Henri, né « vers le 5 août » 1583. (Charbonneau, Journal sur les guerres de Béi^iers)^ au t. VI des Pièces fugitives pour servir à P histoire de France, publ. par le marquis d'Aubaïs (Paris^ '739» 3 vol. in-4«>) à cette date.

(5) La femme de Philibert-Emmanuel d'Ailly, frèrede Marguerite (n. 3 ci-dessus).

PRINCESSE d'orange 8i

II faut que je vous fasse part du contentement que je possède depuis quinze jours, ayant avec moi ma cousine d'Andelot (i), qui est certes une des plus honnêtes et sages filles du monde. La vérité me contraint de lui donner cette louange encore qu'elle me soit proche. Mais je ne jouirai guère de ce bonheur, car elle veut bientôt s'en aller à Caen et de là à Vitré, où est sa belle -sœur (2), étant contrainte d'y aller pour donner ordre à ses affaires. Cependant elle me sert d'excuse tant qu'elle est ici pour n'aller point en Hollande, mais Je serai bien en peine si je n'ai de vos lettres dans les premiers jours de mai, car on ma assigné ce jour pour me trouver à La Haye pour aviser aux affaires de cette maison, invention que seulement on a trouvée pour m'y attirer; car je sais qu'en ce temps ici on n'y peut donner nul ordre. 11 me fâche de vous rompre la tête de moi parmi vos grandes affaires, mais prenez-vous en à vous-même.

Nous n'avons point su de nouvelles de France depuis le passage de M. de la Tour sinon la prise de Fécamp(3), ^^ Quoi M. de Hallot (4) a pensé enrager; car on l'avoit fait venir avec un très beau secours; et cependant on fit la composition peu devant sa venue, à ce qu'aucuns disent, assez à propos. Le bruit vient de tous côtés que Chartres est au Roy (5) ; mais à cause du vent contraire on n en peut encore bien savoir la vérité. Le duc de Parme est encore à Bruxelles et se hâte assez lentement

(1) Anne de Coligny, fille de François, seigneur d'Andelot, le vaillant frère cadet de Tamiral. La même année 1386 avait servi de linceul et le même caveau — à Taillcbourg — de sépulture aux quatre fils de ce héros (P. Anselme, t. vu, p. 154 et 155).

(2) Anne d'Allègre, qui avait épousé le i*' septembre 1583 l'aîné des fils de François d*Andelot, Guy XIX, comte de Laval (Ibid.),

(3) Fécamp, enlevé aux Ligueurs dans les derniers jours de janvier par le maréchal de Biron, avait été repris par les premiers dès que celui-ci s'était acheminé avec ses troupes pour rallier le gros de l'armée royale occupé au siège de Chartres (R. d'Estaintot, La Ligue en Normandie (1588-1594); Paris, Aubry, 1863, in-8°; p. 163 et 164).

(4^ François de Montmorency, seigneur du Hallot, lieutenant-général de Haute-Normandie. 11 mourut en 1592 des suites d'une blessure reçue la même année au siège de Rouen.

(5) Faux bruit. Cf. infrà, p. 84, n. i.

pour aller en France, mais toujours ses forces s'apprêtent et beaucoup ont opinion qu'il regarde ce que vous ferez et le chemin que prendrez à votre retour, pour empêcher, s'il se peut, votre passage ; mais je sais que le sieur de Buzenval vous avertit plus particulièrement et du bon chemin où sont celles pour lesquelles Tavez laissé.

Ces gens ici feront pour vous plus qu'ils ne feroient pour personne du monde, pour la bonne odeur qu'ils ont prise de vous à votre passage. Je crois que le laquais qu'aviez envoyé au Roy est à celte heure bien près de vous. 11 m'envoya à son passage les lettres du Roy (i), qui sont certes, et celles de mon beau-fils, toutes telles que je les pouvois désirer, et paroît bien que vous les aviez bien recommandées. Je ne vous en puis rendre d'assez dignes remercîments ni vous dire, Monsieur, de combien de sortes je me sens vous être obligée. Mais ce n'est rien d'avoir bien commencé. 11 faut que vous continuiez a m'aider à me tirer et mon fils d'ici; car je vois bien que, si ce n'est par votre moyen, je n'en sortirai jamais. Les marchands n'ont encore nulles lettres pour vous faire donner de l'argent, ni nul avis que les leurs aient été acceptées à Bordeaux ni ailleurs.

C'est le 29 de mars.

LOUYSE DE COLLIGNY.

jiutographe. Arch. Nat. à Paris, papiers de Bouillon. — Impr. par M. MûIIer (loc. cit.).

(1) Cette lettre, en date du 18 février 1590, où Henri IV remerciait les États Généraux de « la bonne réception » que des dépêches du vicomte de Turenne lui apprenaient qu'ils avaient faite à celui-ci, est imprimée au t. 111, p. 344, des Lettres missives.

A monsieur Hugues, secrétaire d'État de messieurs les Étais Généraux des Provinces-Unies.

Middelbourg, 7 avril 1591.

I^RTI ONSiEUR Hugues, suivant la vôtre du 30 mars dernier, BKw I je vous renvoie présentement la lettre que m'aviez ci- "mif devant envoyée pour Ter Goés, vous remerciant de la peine que prenez pour moi, vous assurant que je serai toujours de revanche où l'occasion s'offrira. J'espère renvoyer au sieur de Mannemaker les 300 florins dont vous avez envoyé la quittance par le sieur de Tondorf. En me recommandant de bon cœur à vous, je prie Dieu, Monsieur Hugues, vous donner, en bonne santé, longue vie.

De Midelbourg, ce 7 avril.

Votre meilleure et plus assurée bonne amie,

LouYSE deColligny.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell).

 monsieur le vicomte de Turenne.

Middelbourg, 19 avril 1^91.

ONSiEUR, c'est seul votre bel esprit et non ce papier qui vous peut représenter le contentement que j'ai reçu, voyant de vos lettres et les bonnes espérances que prenez d'un bon succès en votre négociation. J'espère que Dieu, qui l'a dès le commencement favorisée, continuera à y étendre sa bénédiction et qu'en bref les fruits de vos travaux paroîtront pour le service de Dieu, de notre Roy et du salut de la France.

Je n'entreprendrai pas de vous mander des nouvelles, puisque M. de Buzenval est ici qui vous écrit. Seulement je vous dirai que de Dieppe on m'écrit du 16 de ce mois que ceux qui venoient de Chartres assuroient avoir vu les otages que ceux de dedans avoient envoyés au Roy avec promesse de lui rendre la ville, si dans ledit jour du 16 ils n'avoient secours (i).

Mon beau-fils est parti aujourd'hui d'ici en intention d'être bientôt aux champs et faire parler de lui cet été (2). Je ne vous puis dire combien il se sent heureux et honoré de vous avoir vu et de l'assurance que lui avez donnée que vous l'aimez. Il m'a parlé du fait de son petit frère et m'a promis qu'il ne manqueroit point à la promesse qu'il vous a faite, de quoi j'ai tiré une lettre de lui qu'il a écrite au Roy pour réponse à celle dont Sa Majesté l'a honoré sur ce sujet. Il m'a donné tant d'assurance de sa bonne volonté que, sous sa promesse, je lui en ai fait une

(1) Les informations de Louise de Coligny étaient à peu de chose près exactes : les Chartrains avaient promis le 1 1 de capituler, si le 19 (non pas le 16) ils n'avaient été secourus (Lépinois, Hist, de Chartres, loc. «/.).

(2) Il se tint parole; voy. infrà, p. 86, n. 3,

PRINCESSE d'orange 8^

autre qui est d'aller à ce mois de juin en Hollande, chose qu'il m'a montré désirer tant que je ne lui ai pu refuser, et aussi que, lui ayant découvert les doutes que j'avois en ce voyage, m'a fort protesté et promis qu'ils n'arriveroient point et que, quoiqu'on lui puisse persuader, il se fera reconnoître véritable au Roy et à vous, mais que, puisque je lui disois que je ne pensois pas que le Roy mandât son frère jusqu'à ce que soyez auprès de lui, qu'il désire que, attendant ce temps, je sois en lieu où il me puisse voir plus souvent qu'ici. Je vous importune de mon particulier parce que m'avez assurée qu'en preniez soin.

Je vous envoie un paquet de M. de Beauvois et ai envoyé des vôtres en France et en Angleterre par bateaux exprès, de façon que j'espère que n'en arrivera point de faute. S'il y a des lettres pour vous, ils les apporteront. M. de La Fontaine m'assure que vous aurez à cette heure touché de l'argent. Les marchands d'ici ont eu réponse de leurs lettres de change, mais on ne leur mande de nul lieu qu'ils vous fassent fournir davantage. Je suis en peine si avez reçu force lettres que je vous ai écrites avec force paquets que je vous ai envoyés de M. de Beauvois, et tout par la voie de Cologne, selon l'adresse que m'avez laissée. La lettre que m'avez écrite par le capitaine Blaye (i) est la seule que j'aie eue de vous depuis votre partement d'Utrecht. Je suis extrêmement aise de ce que dites que n'avez point bu (2); j'étois en toutes les appréhensions du monde de cela. On m'avoit dit ces jours ici qu'étiez malade, mais hier il y eut un marchand qui reçut lettre que vous étiez arrivé à Francfort en bonne santé. Dieu vous y maintienne avec autant d'heur et de contentement qu'en méritez et que le souhaite

Votre obéissante cousine à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Midelbourg, ce 19 d'avril.

Autographe. Arch. Nat. à Paris, papiers de Bouillon. — Impr. par M. Mûller (loc, cit.),

(i) Ce capitaine avait été chargé par Turenne d'une lettre pour les États Généraux (Résolution des États Généraux du 14 mai suivant citée ap. Mûller^ loc. cit.).

(a) Si singulière que soit celte expression, elle est bien, vérification fai:e.

86 LETTRES DE LOUISE DE œLIGNY

LI(i) A messieurs les Etats Généraux des Pays-Bas Unis.

Middelbourg, 19 avril 1591.

nESSiEURS, il y aura deux ans au mois de mai prochain que. sur les remontrances que je fis à Vos Seigneuries de la difficulté en laquelle moi, mon fils et mes belles-filles qui sont avec moi nous étions, tant à raison des troubles de France que pour la condition de la maison mortuaire de feu Monseigneur le Prince mon mari, il plût à icelles nous ordonner, pour l'année qui lors couroit, la somme de neuf mil florins, àservir les deux tiers pour moi et mon fils et l'autre tiers pour mesdites filles ; de quoi, commeje vous ai remerciés par ci-devant,je vous en remercie encore derechef bien affectionnément, non tant pour la somme — qui toutefois nous a été bien nécessaire — que principalement pour ce qu'en ce bénéfice je reconnois la souvenance que vous avez des grands services faits par mondit seigneur à tous ces pays, ce qui m'est et sera toujours plus cher que nulle autre chose de ce monde. Or, Messieurs, les beaux commencements qu'il avoit plu à Dieu de donner au Roy l'année passée (2) et en ce pays à Monsieur le comte mon beau-fils (3), même aux places qui

celle de Louise de Coligny. La princesse veut sans doute féliciter son cousin de n'avoir pas eu gros temps — c'est le terme technique — et par suite le mal de mer dans la traversée d'Utrecht à Hambourg.

(i) Cette lettre a été très maltraitée par Thumidité. Nous avons mis entre crochets nos restitutions des mots ou parties de mots effacés.

(2) Les victoires d'Arqués (21 septembre 1589) et d'Ivry (14 mars 1590), puis le siège de Paris. Ces « beaux commencements » avaient malheureusement été neutralisés par la survenance du duc de Parme. Cf. suprà, p. 57, n. i.

(3) La prise de Zutphen et de Deventer, bientôt celle de Bréda.

« Je ne vous saurois dire la joie que j'ai de l'honneur que Monsieur le comte « Maurice votre neveu a acquis, écrivait Turenne au comte Jean de Nassau.

PRINCESSE d'orange . 87

appartiennent à notre maison, m'avoient fait espérer, sans vous donner autre nouvelle charge, que nous pourrions avoir quelques meilleures commodités, tant du côté de la France que de ladite maison mortuaire ; mais, comme il est notoire à Vos Seigneuries, les ennemis du Roy et de sa couronne, qui sont aussi les vôtres, se sont tellement renforcés que les affaires de la France sont encore plus troublées que jamais et qu'il n'y a presque part du royaume qui puisse avoir aucun repos, vu même qu'en chacune province y a des villes capitales qui troublent entièrement les contrées es quelles [elles] sont assises, qui est cause que non seulement nous n'en pouvons tirer aucune commodité, mais même, quelque diligence que nous y fassions, nous ne pouvons pas seulement tirer réponse de ceux qui y sont charge de nos affaires, encore que pour tels effets nous y avons fait et faisons des dépenses, et toutefois inutilement.

Et quant à la maison mortuaire, combien que par la prise de Bréda (i) nous avions espéré que nous recevrions quelque avantage, si est-ce que par effet nous avons connu, à raison d'icelle [prise que] ce que la maison en recevoit paravant de commodité a été en partie pillé, brûlé et saccagé, tellement, et [même] attendu l'inondation advenue l'année passée, qu'il ne nous reste occasion aucune d*en espérer quelque recours, ce qui toute[fois] ne nous est grief, tant parce que nous voyons notre dom[mage] particulier apporter profit et avantage à la généralité du [public] que parce aussi que nous espérons pour cette raison et autres précédentes que Vos Seigneuries ay^nt égard à notre néces[sité], qui ne continue pas seulement mais augmente, ne fer[ont] difficulté de nous secourir, de quoi nous les supplions [expres]sément et singulièrement de se représenter les services [de] feu mondit seigneur, lequel n'a jamais

« 11 a eflacé en huit jours la réputation que le duc de Parme a acquis en dix ans « et fait bien paraître que la vertu et générosité de sa Maison est immortelle. » (Lettre datée de Cassel le 17 juin 1591, ap. Arcb, de la Maison d'Orangs, 2* série, t. 1, p. 167.)

(i) Pour le stratagème qui lui livra Bréda consulter du Maurier, op, cit., p. 321-233.

eu égard à [son intérêt] particulier, ni de sa maison, s'assurant toujours bien [fort] que la faveur et mémoire de Messieurs les Etats me seroit un bon douaire et un assuré héritage pour ses enfants : ce que je supplie Vos Seigneuries de se représenter. Et, ce faisant, qu'il leur plaise ordonner, tant à moi [et à] mon fils qu'à mes belles-filles qui sont avec moi une pension raisonnable et ordinaire, au moins jusques à ce qu'il ait plu à Dieu — par une bonne paix en France et restitution des biens de cette maison ou de la meilleure d'iceux — nous octroyer si bonne commodité que, sans donner charge à autrui, nous puissions aucunement nous substanter et tenir quelque honnête état, condigne à la dignité de la maison à laquelle nous avons cet honneur d'appartenir, et vous nous donnerez occasion de plus en plus, Messieurs, de prier Dieu pour votre prospérité et à messieurs nos parents et bons amis de s'employer pour Vos Seigneuries et pour le bien et conservation d'icelles, et moi particulièrement de demeurer toute ma vie. Messieurs, Votre humble et très affectionnée à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Middelbourg, ce 19 d'avril.

f A ^ ^* * ' ^ \Dat.19apriL)

Mu dos, d une autre main :) { ^ 1 59 1 .

^ ^ (Rec. ()maii ) ^^

Autographe. Arch. du royaume des Pays-Bas à La Haye. (G>pie transmise par M. Van * den Bergh, directeur de ce dépôt.)

PRINCESSE d'orange 89

LU

A monsieur, monsieur le vicomte de Turenne.

Middelbourgi 34 mai 1591.

BONSIEUR, ce n'est que pour vous rendre le tribut que je vous paie toutes les semaines que je vous écris celle-ci : car je ne sais rien qui vous puisse contenter, étant toujours attendant la rescription du receveur-général des États, que M. de Buzenval nous doit envoyer de La Haye pour recevoir ici la part de Zélande(i) qui est prête il y a trois semaines. Je sais que ledit sieur de Buzenval use de toutes les diligences qu'il est possible et y a plus de huit jours qu'il m'a mandé qu'il me l'envoieroit dans deux jours. Je lui viens encore de faire une dépêche pour savoir ce qui le retarde ; vous suppliant de croire que nous n'oublions rien de tout ce qui peut avancer cette affaire ; et pour moi je désespère et languis de voir ces longueurs, mais en matière d'argent il y en a toujours.

je crois que vous avez reçu plusieurs de mes lettres et entr'autres une dépêche que je vous ai envoyée par homme exprès. Depuis je n'ai rien reçu de France ni de M. de Beauvoir. J'ai reçu seulement des lettres de M. du Plessis (2) par un gentilhomme de Poitou qui vient de La Rochelle, où il a laissé ledit sieur du Plessis depuis un mois, qui m'écrit qu'il sera à la Saint-Jean (3) auprès du Roy. M. de La Trimouille (4) étoit

(i) Les États Généraux avaient voté un subside de 100,000 livres à Henri IV (Résolution du 17 mai 1594 citée ap. Millier, op. cit., p. 36, n. i).

(2) L'illustre Du Plessis-Mornay (Philippe de Mornay, seigneur du Plessis- Marly), trop connu pour qu'il soit besoin de retracer sa vie, toute de patriotisme ; voy. sa biographie, par J. Ambert (Paris, 1848, în-8^).

(3) Le 24 juin.

(4) Claude de La Trémouille, duc de Thouars, né en 1565. Il était d'une des

encore en sa maison, à cause de sa blessure, mais on espéroit qu'il seroit bientôt guéri (i). Ce gentilhomme m'assure que Madame (2) devoit arriver bientôt en France et que M. du Plessis lui a dit pour me dire que M. de Penjas (3) Tétoit allée quérir. Je me réjouis fort de son contentement, car je m'assure que ce lui en est un très grand d'approcher du Roy.

Mon beau-fils est parti de La Haye pour se mettre en campagne avec de belles troupes. J'espère que dans peu vous en ouïrez parler. Le duc de Parme ne remue point encore, sinon qu'il assemble ses gens, mais on ne sait point encore ce qu'il fera. Tout bruit de votre belle armée, et se dit que commencerez à marcher cette semaine. O Dieul qu'il me tarde que je voie cette

premières maisons de France, que l'on trouve constamment dans notre histoire sur le chemin de l'honneur et du sacrifice. Les trois générations qui avaient précédé le duc Claude avaient péri bravement, faisant face à l'ennemi du Roi : Charles, son grand-père, tué à Marignan; Louis 11, son bisaïeul, tué à Pavie; Louis 111, son père, tué au siège de Melle (25 mai 1577). Lui-même venait d'être blessé (voy. la note suivante). Nul ne pouvait mieux représenter la noblesse française au récent mariage de la princesse Amélie de France avec l'héritier du trône de Portugal que le descendant de ces héros, vrai grand seigneur qui a publié en 1877 (Paris, in-f'), sous le titre de Chartrier de Tbouarsj une foule de documents historiques du plus haut intérêt (extraits de ses archives privées), oCi revit le passé de sa race.

(i) 11 avait été blessé au pied le 14 février précédent en dirigeant les travaux du siège de Chemillé en Anjou. HI.

(3) Catherine, sœur de Henri IV. Son frère, n'étant que roi de Navarre, l'avait instituée régente de ses États héréditaires en 1 589, lorsqu'il était parti pour Tours, afin de combattre la Ligue de concert avec Henri III après le meurtre des Guises. — Mm» la comtesse d'Armaillé a écrit sa vie (Paris, Didier, in-S"; i'® édition, 1865; 2«, 1872). — Sa correspondance n'a pas encore été recueillie, car on ne peut prendre au sérieux les 49 lettres que E. de Fréville a publiées en 1857 dans la Bibliothèque de P Ecole des chartes (t. XVIII); beaucoup d'autres, avant et après ce collecteur superficiel, ont été publiées dans différents recueils; plusieurs notamment dans le Bulletin de la Société de Vhistoire du Protestantisme ^ trois entre autres dans le n» du 15 juillet 1886; l'une de ces dernières écrite à Turenne (non datée, mais ne pouvant se rapporter qu'à la fin d'octobre 1590), se rattache directement à notre sujet par cette phrase: « Si vous voyez la princesse d'Orange, faites-la souvenir de moi . »

(3) François-Jean-Charles de Pardaillan-Betbezé, comte de Panjas, conseiller privé et chambellan du Roi, capitaine de 50 hommes d'armes. — La lamille de

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nouvelle certaine ! Jamais rien ne me larda tant, et je sais combien ces jours vous durent qui fait que ce temps m'ennuie encore davantage, car outre le bien public je désire aussi votre contentement que je sais ne pouvoir être qu'en rendant ce bon service à la France et à votre Roy. Or Dieu vous fasse la grâce que ce soit bientôt et vous donne toute la prospérité et le parfait bonheur que vous souhaite

Votre humble et obéissante cousine,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Ma cousine d'Andelot est partie depuis quatre jours. Sa présence m'a fait couler ici deux mois beaucoup plus doucement que je ne l'eusse fait. Mais à cette heure je rachèterai son séjour d'une longue pénitence. La vue et le contentement de deux mois d'une cousine et de huit jours d'un cousin, c'est le seul auquel depuis sept ans j'ai participé. Je crains bien que je ne sois pas prête de les revoir. Cependant vivez assuré, je vous supplie, que rien ne vous est sous le ciel si religieusement gardé que l'aflfection et parfaite amitié de votre misérable cousine, laquelle ne finira qu'avec sa vie. Je vous baise légions de fois (i) les mains. J'attends de vos nouvelles pour partir et dilaie toujours, quelque presse que l'on me fasse.

De Midelbourg, ce 24 de mai.

Auiograpbe. Arch. Nat. à Paris, papiers de Bouillon. — Imp. par M. Mûllcr (îoc. cit.)

Pardaillan-Betbezé n'a rien de commun avec celle de Pardaillan-Gondrin à laquelle appartinrent au xvn* siècle le marquis de Montespan et le duc d'Antin. La première tirait son titre d'un bourg du Languedoc (auj. Pardaillan, commune du canton et de l'arrondissement de Saint-Pons, Hérault) ; la seconde d'un hameau de l'Armagnac, qui fait aujourd'hui partie de la commune et du canton de Valence-sur-Baize, arrondissement de Condom (Gers). — (P. Anselme, t. V, p. 174 et 196).

{1) Comme nous dirions un million de fois, mille et mille fois.

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