‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 38 sur 48 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

A monsieur, monsieur le vicomte de Turenne,

Middelbourg, 31 mai 1591.

|ira^ ONSiEUR, je crois que vous savez déjà comme M. de Bu- N^mI zenval enfin a mis une fin à votre principale affaire de ESMU deçà et qu'il a donné ordre que votre argent vous sera baillé à Cologne. Je vous réponds, pour la part de Zélande (1) qu'elle a été comptée en cette ville à Moucheron, marchand (2) qui est celui qui a accordé avec mondit sieur de Buzenval. M. de Saint- Aldegonde recevra une partie de ce que lui avez ordonné sur cette part ici et l'autre quand tout sera reçu. Cela lui viendra bien à propos pour donner à des hommes qu'il a en main pour lui faire savoir de bons et certains avertissements des desseins du duc de Parme, qui sont encore si secrets que l'on ne peut avoir nul jugement de ce qu'il veut faire : car une fois il fait des préparatifs pour assiéger une ville et puis cela s'évanouit, une autre on dit que c'est pour donner en une des îles de Zélande, de quoi souvent je suis alarmée. A cet instant on a nouvelles ici qu'il est parti de Bruxelles avec quinze cents chevaux et quatre mille hommes de pied et qu'il tient le chemin de Gueldres pour traverser les entreprises de mon beau-fils. Ceux du conseil d'ici viennent aussi de recevoir lettres de Calais du 23 de ce mois par lesquelles on leur mande que le gouverneur de La Fère a été tué d'un

(1) Voit supràf p. 89, n. i.

(3) Balthazar de Moucheron, célèbre navigateur de la fin du xvi« siècle, dont deux voyages sont surtout connus, celui de juin-septembre 1594 au Groenland (De Thou, Histoire de son temps; traduction française, Londres, 1743} 16 vol. in-4S t. XII, p. 184-186) et celui de 1598 aux Antilles (Ibid,, t. XIII, p. 365 et 366). 11 appartenait à une noble famille de Normandie, réfugiée en Flandre pour cause de religion.

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coup de hallebarde par le curé de la ville et que depuis le duc de Meyne (i) a mis la ville entre les mains du duc de Parme, qui y a fait entrer garnison espagnole, de quoi tous les catholiques de ces quartiers-là murmurent extrêmement.

J'ai reçu nouvelles d'Orange (2) par lesquelles j'apprends que M. des Diguières (3) fait toujours heureusement la guerre en ces quartiers-là, comme vous verrez par l'extrait que je vous en envoie. Tout est toujours brouillé en cette ville-là, il doit bientôt arriver ici de leurs députés de quoi le sieur de Serres est un. le m'y gouvernerai comme vous m'avez conseillé; car vous savezbien que vous avez voulu être mon premier conseiller. Aussi vous gardé-je tellement cette place que je ne puis donner lieu à aucun avis qui me soit donné et ne me veux résoudre à chose

(1) Il suffit de nommer Charles de Lorraine, duc de Mayenne, pour que Ton se rappelle le chef de la Ligue après l'assassinat des Guises ses frères aux États de Blois (fin de décembre 1589).

(2) Chef-lieu d^arrondissement du département de Vaucluse. — C'était alors une seigneurie indépendante, avec titre de principauté, enclavée dans le Comtat Venaissin qui appartint successivement aux Giraud-d'Adhémar, aux Baux ( 1 185- 1363), et aux Châlons (1373- 1530), des mains desquels elle passa par héritage à la famille de Nassau-Dillembourg (J. de la Pise, Hist.'des pr, et de la princ, d'Orange^ passim). Elle ne fut réunie à la France qu'au commencement du xvin® siècle par Louis XIV.

(3) François de Bonne, seigneur de Lesdiguières, né le i®"^ avril 1543, maréchal de France en 1609, duc et pair en mai 161 5, maréchal-général le 30 mars 1621, connétable le 6 juillet 1621, chevalier du Saint-Esprit le 26 du même mois, mort le 23 septembre 1626. M" le comte Douglas et Jules Roman ont publié de 1878 à 1884 (Grenoble, Allier) en 3 gros volumes in-4°, j4ctes et correspondance de Lesdiguières ; chacun est pourvu de son index alphabétique distinct; les t. I et II renferment la correspondance proprement dite du connétable et les documents les plus importants qui s^y rapportent (Délit)érations municipales à lui relatives, discours de réception, etc.); le t. le' est précédé d'une excellente introduction ; le t. II est suivi d'un Discours sur l'art militaire composé par Lesdiguières vers 1609 et d'une table des pièces relatives à sa vie non retrouvées ou non réimprimées dans ces deux volumes; le t. III contient des rapports militaires et politiques divers et des documents sur la vie privée, les charges et la mort de Lesdiguières, une généalogie de la famille de Bonne, l'iconographie et la bibliographie du connétable et une table générale des matières.

du monde ni employer personne pour mon fils ni pour moi, jusqu'à ce que Dieu vous ait rendu auprès du Roy; car je ne veux pas que nous tenions et soyons obligés d'autres que de vous, à qui je baise cent millions de fois les mains. C'est Votre humble et obéissante cousine,

LCYSE DE COLLIGNY.

Que Ton me fait de dépit quand on me dit que vous ne pouvez marcher devant le commencement d'août. Si j'é+ois homme, pour certain j'eusse déjà présenté mille combats là-dessus. J'appréhende tant l'ennui que vous apporte cette longueur (i) que si le ressentiment d'autrui pouvoit diminuer votre peine, croyez qu'elle seroit beaucoup diminuée par le mien. Je compte si bien les jours que vous ne me reprocherez pas, comme vous avez fait, que je ne date jamais mes lettres, car je vous assure que l'on ne me peut prendre sans savoir à celte heure combien nous avons du mois. C'est aujourd'hui le dernier de mai. 11 y a quatre rnois que vous étiez en Hollande et que vous limitiez ce temps pour votre séjour en Allemagne. Dieu veuille que vous ayez été prophète (2) !

Autographe. Arch. Nat. à Paris, papiers de Bouillon. — Impr. par M. Mûller (loc. cit.).

(\\ Dans sa lettre précitée au comte Jean de Nassau, datée de Cassel le 17 juin, Turenne avouait à son correspondant que ses ressources pécuniaires étaient épuisées et lui demandait une avance afin de pouvoir conduire en France les troupes qu'il avait enrôlées et qui seraient prêtes à partir sous un mois ou quatre semaines,

(2) Turenne parvint enfin à réunir 1 1000 gens de pied et 5500 chevaux à la tête desquels il rejoignît Henri IV en septembre. — Le Roi récompensa ses ser. vices en lui faisant épouser, le 1 5 octobre de la même année, Charlotte de la Marck, héritière du duché de Bouillon dont il prit dès lors le titre (P. Anselme, t. IV, p. 538)-

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A monsieur Du Plessis-Mornay.

M iddel bourg, juillet 1591.

C^^ ONSiEUR, il y a quelque temps que M. de Buzanval m'en- ■K^i ^^y^ "" discours qu'il vous avoit plu faire faire de la BSiBaiJ manière qui a été tenue en la nourriture de votre fils. M. de Turenne et ledit sieur de Buzanval et infinis autres m'ont fait un si bon rapport de la grande espérance que donne une si belle jeunesse que cela me fit extrêmement désirer de pouvoir faire élever mon fils à son imitation et prier M. de Buzanval de vous en écrire comme il fit; dont, Monsieur, je vous rends infinies grâces de ce qu'il vous a plu en cela me rendre une preuve du soin que vous avez du fils dont je sais que vous avez tant aimé le père et le grand-père. Je garde bien chèrement ce discours avec regret que je ne puis commencer à le mettre en pratique ; mais nous sommes ici en un pays si stérile d'hommes propres pour la nourriture d'une jeunesse que je désespère d'en pouvoir trouver tant que j'y demeurerai, et mal aisément ailleurs, s'il ne vous plaît, comme je vous en supplie humblement, m'aider à un si bon œuvre, et que par votre moyen j'en puisse recouvrer quelqu'un digne d'une telle charge (i). Aussi, Monsieur, si je suis si heureuse de vous pouvoir faire service, employez-moi, je vous

(i) Philippe de Mornay obéit à ce touchant appel. Voy. [ibid, quo supra) V « Advis sur l'institution d'un enfant que l'on veult nourrir aux lettres, envoyé à Madame la princesse d'Orange à son instance sur le subject de son fils ».

supplie, comme la personne du monde qui honore le plus votre vertu et que vous trouverez toujours

La plus humble et affectionnée à vous obéir,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Midelbourg, ce .. juillet.

Impr. dans les Mémoires de Du Plessis-Morniy (t. II, p. iio, de l'éd. in-4o(i); t. V, p. 71, de réd. in-8») (2).

(i) Elle se compose de quatre volumes dont voici les titres cjracts :

a. Mémoires de messire PbiUppes de Mornay, seigneur du Plessis-Marli, contenans divers discours depuis Pan 1572 jusques en Van 1599 (s, /., 1624, in-4^) ;

b. Mémoires de messire PbiUppes de Mornay, etc. (comme ci-dessus), tome II f (La Forest. Jean Bureau, 1625, in-4") ;

c. Mémoires de messire Pbilippjs de Mornajf, seigneur du PUssis-Marli^ depuis Van 1600 jusques à Van 1623. — Afin est adjousté un supplément des pièces omises dans les deux volumes des Mémoires — cy-devant imprimés. [Il se trouve dans le volume suivant.] (Amsterdam, Elzevier, 1652, in-4");

d. Suite des Lettres et Mémoires de messire PbiUppes de Mornay^ seigneur du Plessis-Marlif etc., depuis Van 1600 jusqu'à Van 162) (Amsterdam, Elzevier, 1651 (?j, in-4''). [A la fin de ce volume on trouve le Supplément aux deux premiers tomes des Mémoires de messire PbiUppes de Mornay 2Jinoncé dans le titre du t. III; il a une pagination distincte et ne porte aucune mention spéciale d'imprimeur, etc. ; chacune des pièces qu'il renferme est précédée d'une note très brièvement conçue, indiquant la place exacte qu'elle aurait dû occuper dans le t. I ou le t. II].

(2) Mémoires et correspondance de Du Plessis-Mornay (1571-1623), publ. par La Fontenelle-Vaudoré et Auguis (Paris, Treuttel et Wûrtz, 12 vol. in-8«, 1824- 1825); cette édition s'arrête au 5 mars 1614; elle est de plus très incorrecte; on doit cependant la consulter, car elle renferme des pièces qu'on chercherait vainement ailleurs.

mm.

A monsieur j monsieur le comte Guillaume de Nassau, mon neveu.

Leyde, 1" février 159a.

MONSIEUR mon neveu, sachant que Tondorf vous dépêchoil son homme, je n'ai voulu faillir vous faire ce mot pour toujours me ramentevoir en vos bonnes grâces et vous assurer de la volonté que j'ai et qui me continuera éternellement pour vous faire service, étant bien marrie que je n'ai moyen de vous en rendre témoignage en Taffaire que je sais que vous désirez. Mais en cela ni en toute autre chose qui touche cette maison, on ne peut rien avancer jusqu'à ce que l'on sache nouvelles de Monsieur votre père, de quoi pour mon particulier je suis extrêmement en peine et en reçois beaucoup d'incommodité en mes affaires, ne voulant rien entreprendre et usant de la plus grande patience que je puis jusqu'à ce que nous entendions de ses nouvelles, desquelles je vous supplie me vouloir mander si vous en avez appris, et aussi si vous n'avez rien entendu de celles de Madame votre tante la comtesse de Schwartzembourg. le vous dirai que, grâces à Dieu, vos cousines Mesdemoiselles d'Orange, tant celles qui sont à Delfl que celles qui sont auprès de moi, et aussi votre petit cousin Frédéric-Henry, se portent tous fort bien. Je vous supplie, Monsieurmon neveu, me mander de vos nouvelles par le retour de ce porteur. Je vous baise bien humblement les mains et prie Dieu, Monsieur mon neveu, vous donner heureuse et longue vie.

Votre humble tante et bien affectionnée à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Leyde, ce premier jour de février.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye (Copie transmise par M. Campbell.)

98 LETTRES.de LOUISE DE COLIGNY

A monsieur, monsieur Scaliger ( i ).

La Haye, 9 janvier 1593.

HONSiEUR Scaliger, j'ai été priée par Messieurs de Hollande de vous écrire touchant un désir qu'ils ont, auquel je communique par l'obligation et affection que j'ai au bien public de cet État ; et pour cette même cause, encore que je n'aie cet heur de vous connoître que par la réputation de votre savoir et vertu, si a:-je bien voulu me laisser persuader que ma requête ne seroitsans efficace en votre endroit. Ce désir qu'ils ont, et moi avec eux, concerne l'ennoblissement de leur Université de Leiden. Ils ont ici le repos et la tranquillité autant assurée qu'en nulle région de l'Europe, sujet requis pour y convier et retenir les muses ; mais ils auroient besoin d'un homme rare en doctrine comme vous pour donner nom et bruit

(i) Le célèbre philologue. Il prétendait descendre de la famille Véronaise délia Scala, fameuse dans l'histoire des luttes entre les guelfes et les gibelins au moyen âge. Né en 1540, il avait embrassé le protestantisme en 1562 et habitait le château de la Roche-Pozay, près de Tours, lorsque les États de Hollande lui offrirent une chaire à l'université de Leyde (Lettre de Henri IV du 3 décembre 1^91) le complimentant de cette haute marque de considération, dans Les épisifâs françoises des personnages illustres et doctes à Joseph-Juste de la Scala [divisées en trois livres contenant chacun cent lettres] ; Harderwyck, 1624, in-8<*; liv. 1, ép. 1). Il parait que Scaliger hésita beaucoup à accepter, puisque nous voyons Louise de Coligny le presser encore un an après de donner son consentement. La perspective qui s'ouvrait pour lui de compter au nombre de ses élèves le jeune Frédéric-Henri de Nassau fut sans doute ce qui le décida ; car Henri IV le félicita de son acceptation par lettre du 20 août 1593 [Ibid., liv. m, ép. i).

Ni Tun ni l'autre des deux messages royaux ci-dessus cités n'a pris place dans V le recueil des Lettres missives.

à cette Académie. Il est en vous de la faire fleurir par votre présence. Je vous en requiers d'autant plus confidemment que je m'assure ne pouvoir entrevenir aucune considération particulière bastante à divertir votre affection de ce bien public que vous devez procurer avec nous ; et vous puis assurer, Monsieur Scaliger, que vous serez caressé et honoré en ce lieu autant ou plus qu'en autre province où vous puissiez choisir votre demeure : je dis même avec telle reconnoissance de votre labeur que vous aurez tout sujet de vous louer de'ces Messieurs qui ont accoutumé de chérir et priser extrêmement les gens de votre profession et qualité. Croyez-m'en, je vous prie, et me donnez ce contentement commun d'avoir aidé à cette publique utilité, et ce particulier de vous voir en lieu où mon fils ait ce bien de vous approcher, car je me délibère même de l'envoyer dans quelque temps à Leiden. 11 commence à apprendre les lettres ; j'estimerai que votre seule ombre puisse beaucoup à le faire devenir savant. Vous quitterez la France, mais aussi bien n'est-elle pas maintenant elle-même, et vous en trouverez ici quelque portion. Quant est de moi, vous pourrez toujours faire état de ce qui est en ma puissance, et croire qu'en tout lieu je m'estimerai heureuse de vous pouvoir témoigner le cas que je fais des belles parties que chacun estime en vous. Cependant je prie Dieu, Monsieur Scaliger, vous en avoir en sa sainte garde. Votre bien affectionnée et bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A La Haie, ce 9 janvier 1593.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. — Impr. en 1S71 par M. Campbell dans le Nederlandscbe Spectator

lOO LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

y4ux nobles, honorables, très doctes, sages et discrets les nobles et villes de la province d'Over-Yssel.

La Haye, 8 février 1593.

HOBLES, honorables, bien doctes, très sages, prévoyants bien bons Seigneurs et amis, nous ne doutons pas que Vos Seigneuries n'aient appris, par le rapport de leurs députés qui ont été à la dernière séance des Etats Généraux de ces Provinces-Unies ici à La Haye, que la maison mortuaire de notre seigneur et père de très glorieuse mémoire se trouve en grande perplexité, à raison des grandes charges et dettes dont elle est grevée, à cause des expéditions considérables et de plusieurs autres faits de guerres, attaques et armées causés par Son Altesse (i)pour résister à l'Inquisition Espagnole et maintenir les privilèges du pays dans le commencement et au profit de la cause commune, en fondant la vraie religion chrétienne, et en particulier vous aurez appris les grands chagrin et perplexité causés plus que jamais à ladite maison mortuaire parce que le très haut seigneur notre bien aimé et cher beau frère et oncle le comte Jean de Nassau-Catzenelboghen le vieux (2), qui avec feu ses frères, par affection fraternelle, a promis par écrit et s'est obligé à faire beaucoup de choses pour secourir Son Altesse de très glorieuse mémoire, ne peut solder plus longtemps les arrérages dont Sa Grandeur demeure chargée non sans danger considérable d'aliénation de ses meilleures seigneuries, terres et gens, et même de la ruine de sa maison. Vous aurez appris que d'autre part le peu de biens et la

(i) Le Taciturne.

(3) On l'appelait ainsi pour le distinguer d'un de sos fîls qui portait le même prénom ; voy. infrày lettre CXXVL

position malheureuse de ladite maison mortuaire de Son Altesse de très glorieuse mémoire ont rendu impossible de soutenir et secourir Sa Grandeur du moins en telle sorte que la quantité desdites charges et peines l'exigeoit et Texige encore, et comme les sentiments et Tamour fraternels de Sa Grandeur, qu'il a montrés à Son Altesse, le méritoient, ainsi que cela est exposé plus amplement dans le mémoire présenté à ce sujet de la part de ladite maison mortuaire et de Sa Grandeur à mesdits seigneurs les Etats Généraux et apportée à Vos Seigneuries et aux autres Provinces-Unies par leurs députés au dernier congé du i8 décembre. Et quoique l'ancienne, accoutumée et bonne affection, amitié et prévoyance que Vos Seigneuries ont toujours eues et montrées à la prospérité de notre maison, ainsi que la bonne connoissance que nous savons que Vos Seigneuries avez du fidèle service rendu par notre seigneur et père de très glorieuse mémoire à ce pays jusqu'à sa mort et les splendides promesses et engagements donnés à ce sujet à Son Altesse étant en danger de mort de sa première cruelleblessure dans la ville d'Anvers(i), et, depuis sa triste mort, à nous sa veuve et enfants désolés pour nous consoler, nous font fermement espérer que Vos Seigneuries liront lesdites remontrances et en délibéreront mûrement et nous répondront par une résolution profitable au soulagement de ladite maison mortuaire si lourdement grevée et de Sa Grandeur. Néanmoins poussés tant par la nécessité que par le devoir auquel nous obligent la nature et la glorieuse mémoire de notre seigneur et père, outre l'intérêt que nous y avons en particulier, nous n'avons voulu négliger de rappeler à Vos Seigneuries bien instamment la fidélité cordiale de Son Altesse à la patrie, la position malheureuse de sa princière maison mortuaire et de nous tous ses veuve, enfants et orphelins, et de prier très humblement Vos Seigneuries de diriger tellement vos délibérations et résolutions à ce sujet que nous serons convaincus que la faveur et bonne affection de Vos Seigneuries envers Son Altesse et les siens ne sont diminuées en rien, comme Vos Seigneuries le jugeront équitable

(i) L'attentat de Jaureguy. Voy. suprà, p. 7, n. i.

et convenable en raison desdiles consolations et promesses, etc. C'est une affaire par laquelle nous croyons que toute personne qui aime la liberté de la patrie et la vraie religion chrétienne pourra être convaincue et émue dans son âme de la compassion et la faveur, que de si loyaux services, tels que ceux de Son Altesse de très glorieuse mémoire, après avoir mis en jeu tous ses biens temporels, par son sang et celui de trois frères, sans parler de l'esclavage et de l'emprisonnement continuel de son fils aîné, méritent grande considération auprès de tous les gens pieux et en outre que chacun doit en bonne justice être dédommagé et remboursé des peines, frais et dommages faits et soufferts au service, utilité et profit d'un autre, comme Vos Seigneuries le comprendront sans doute par leur sagesse, expérience, juste discrétion et continuel amour au glorieux souvenir de Son Altesse notre seigneur et père et suivant leurs faveurs et prévoyance accoutumées pour son illustre maison et postérité.

C'est pourquoi nous vous prions encore une fois à la fin de cette lettre bien humblement et en particulier de croire (comme c'est la vérité), que cette affaire est si importune à ladite maison mortuaire, audit seigneur Jean, comte de Nassau-Catzenelboghen le vieux, notre bien aimé et cher beau-frère et oncle, et à nous, et qu'elle nous menace de tels inconvénients inévitables qu'elle ne peut souffrir plus long délai, mais doit être réglée au plus tôt, si on veut détourner la perte irréparable des deux maisons de Nassau-Bréda et de Nassau-Dillembourg (Dieu les préserve de ruine totale !), Vos Seigneuries veuillent considérer notre présente demande et urgente prière comme un autre signe certain de la croissante et dernière nécessité, vu que nous avons toujours évité de troubler Vos Seigneuries et les autres Provinces-Unies, grevées déjà des charges de la guerre, de nos affaires particulières, comme nous le ferions encore volontiers si la poursuite et l'importunité des créanciers et les obligations précises par écrit que nous leur avons remises pour le passé nous laissoient quelque nouveau répit.

Ce faisant et en recommandant bien instamment encore une fois à VosSeigneurieslasusditeaffaire et nous tous, nous vous offrons les assurances de notre empressement à vous rendre service et de notre amitié.

Ainsi, nobles, honorables, bien doctes, 1res sages, bien bons seigneurs et amis, soyez recommandés à Dieu le Tout-Puissant en bien être et santé continuelle.

A La Haye, le 8 février 1 593.

louyse de colligny.

Maurice de Nassau. Maria van Nassaw.

Louise de Nassau. Elisabeth de Nassau.

Frédéric-Henry de Nassau.

Original signé en hollandais, Arch. de la ville de Kampsn, province d'Over-Yssel. (Traduction littérale transmise par M. Mûller.)

[/4 la municipalité de Goès,^

La Haye, 16 février 1593.

ONORABLES, sages et discrets Seigneurs nos bien bons amis, nous avons prié et commandé le sieur Justin de Nassau, lieutenant et amiral de Zélande, et Messire Philippe de Marnix, seigneur de Sainte-Aldegonde, de vous rappeler et vous faire part (en cas que cela ne se fût pas encore fait dans l'assemblée des États de Zélande) de certaine remontrance faite par nous et par les curateurs de la maison mortuaire de notre seigneur et père de très glorieuse mémoire à Messieurs les Etats Généraux, touchant les grandes dettes et arrérages qui sont restées à la charge de ladite maison mortuaire à cause des luttes dirigées par notredit seigneur et père pour maintenir les privilèges du pays et résister à l'Inquisition et à la tyrannie au profit de la patrie, à ses frais et avec le concours de ses frères, proches et amis, tendant ladite remontrance à ce que ladite maison mortuaire reçût dans sa détresse quelque secours raisonnable de la part des provinces qui en ont profité et eu l'entière jouissance de leurs anciennes

libertés et de la vraie religion chrétienne, secours sans lequel il serait impossible de payer lesdites dettes et maintenir la maison mortuaire et beaucoup moins de secourir tant soit peu très haut seigneur notre cher et bien aimé beau-frère et oncle le comte Jean le vieux de Nassau -Catzenellenbogen, qui, par la mort de ses frères de glorieuse mémoire, reste seul grevé en Allemagne de plusieurs dettes qu'il doit payer chaque année aux deux foires de Francfort, avec beaucoup de difficultés.

Par ce qui est dit les deux maisons de Nassau-Bréda et de Nassau-Dillembourg seront évidemment ruinées (ce que à Dieu ne plaise !), comme vous Taurez vu plus amplement dans ladite remontrance de nous et des curateurs et dans notre lettre écrite plus tard aux États de Zélande il y a peu de temps et encore dans certain récit et déduction par écrit de très hauts seigneurs nos amis et chers cousins Guillaume-Louis, Jean le jeune (i) et Philippe, comtes de Nassau-Catzenellenbogen(fait pour eux-mêmes et de la part de leurdit seigneur et père le comte Jean /e vieux ou comme vous pourrez le voir par les copies de ces lettres que vous recevrez, s*il en était besoin, par nosdits envoyés et qui demandent et prient très instamment que vous, qui avez grande influence auprès des Etats de Zélande, veuillez bien avoir égard à tout et obtenir non seulement de votre ville mais encore des autres villes et des membres des États qu'ils fassent en sorte que ladite maison mortuaire soit déchargée et notredit beau-frère et oncle le comte Jean le vieux soulagé, et que les deux maisons soient mises à Tabri de l'aliénation et distraction de leurs meilleurs biens et de la ruine de leurs terres.

Ne doutant nullement de votre affection, faveur et amitié de longue date que vous avez toujours montrées à notre seigneur et père de glorieuse mémoire et à sa veuve et ses enfants affligés, ses orphelins et toute sa maison, nous espérons que vous serez mieux persuadés de ce qui est dit par les raisons que les susdits seigneurs vous représenteront de notre part et que, s'ils le désirent, vous leur voudrez accorder favorable audience et crédit comme à nous-mêmes.

(i) Cf. p. loo, n. 2.

PRINCESSE d'orange IOJ

Sur ce, honorables, sages et discrets seigneurs, nos bien bons amis, soyez recommandés à Dieu avec nos salutations amicales. A La Haye, le 16 février 1593.

Vos bons amis à vous faire service,

Louyse de Colligny.

Maurice de Nassau. Marie de Nassau.

Louise de Nassau. Elisabeth de Nassau.

Frédéric-Henry de Nassau.

Original signé en bollandats. Arch. de la ville de Goês, province deZélande. (Traduction littérale transmise par M. Mûller.)

A monsieur mon neveu, monsieur le comte Guillaume de Nassau.

La Haye, 12 juillet 1593.

ONsiEUR mon neveu, cet honnête homme qui vous baillera cette lettre est député de la part de Messieurs de Genève (i) vers Messieurs des États de ces Provinces-Unies, pour avoir recours à leurs libéralités en cette extrême nécessité où leur ville est réduite. Il a eu très bonne

(i) Restée souveraineté ecclésiastique pendant tout le moyen âge, conquise en 1317 par le duc de Savoie Charles 111, Genève avait secoué le joug en 1526; alors avait commencé entre elle et ce prince une lutte de dix ans qui s'était terminée par sa constitution en une république autonome dont Calvin devint bientôt le régulateur occulte et dont il fit rapidement la capitale de la Réforme (Établissement de la Réforme à Genève, Mémoire lu par Tillustre Mignet à l'Académie des Sciences Morales et Politiques et inséré depuis dans ses Études historiques).

Les successeurs de Charles III, Emmanuel-Philibert et Charles-Emmanuel, ne renoncèrent naturellement pas à ressaisir cette riche proie, dès qu'ils eurent été délivrés des complications européennes où avait failli sombrer l'indépendance de leur monarchie. En 1593 surtout, époque à laquelle nous sommes arrivés, les

et favorable réponse de Messieurs de Hollande, et a été trouvé bon en l'assemblée de Messieurs les Etats Généraux qu'il se transportât en chacune province en particulier pour tant mieux représenter cette affaire afin qu'il en puisse remporter quelque bon fruit. 11 s'en va donc à cette heure en Frise et m'a priée de raccompagner de cette lettre, par laquelle je vous prie le vouloir favoriser en cette si sainte négociation, qui est de soi-même de tel mérite et si digne que tous les gens de bien et zélés au service de Dieu s'y emploient. Encore que je sais bien que sans ma recommandation vous lui eussiez libéralement octroyé toute l'assistance que lui eussiez pu faire, mon but est donc de lui donner adresse à vous, et l'ai assuré que ne manqueriez point de lui aider de toute votre faveur, comme je vous en supplie ; et je sais qu'en son particulier vous aurez contentement de sa connoissance, car c'est un honnête homme et qui tient rang audit Genève, étant conseiller en leur conseil. Et n'étant cette lettre à autre fin, je prierai Dieu, Monsieur mon neveu, vous avoir en sa sainte garde.

A La Haye, ce 12 de juillet.

Votre humble tante à vous faire service,

. LOUYSE DE COLLIGNY.

Je m'assure que vous participez à la joie que je reçois du mariage de votre chère cousine (i).

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

Genevois se sentirent si près de leur perle qu'ils députèrent un certain Chevalier à Henri IV pour lui demander aide et protection. Ne pouvant leur prêter un appui direct, en raison des grandes difficultés contre lesquelles il avait lui-même à lutter, le Roi permit à Chevalier de parcourir le royaume avec les lettres circulaires signées de sa main invitant ses sujets à « faire quelque effort pour contribuer à une conservation si salutaire ». (Spon, Histoire de Genève; 2^ édition, Genève, 1730, 4 vol. in-S"»; t. II, p. 314, note). — Un émissaire semblable avait probablement été envoyé dans chaque pays protestant et celui qui avait reçu cette mission pour les Pays-Bas n'avait eu garde d'oublier de demander une recommandation à la fille de l'amiral. — Genève fut sauvée grâce à ce concours de bonnes volontés.

(1) Louise-Juliennei l'aînée des filles nées du troisième mariage du Taciturne

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A monsieur mon neveu, monsieur le comte Guillaume de Nassau.

La Haye, 1^ mai 1594.

HONSiEUR mon neveu, j'ai reçu deux de vos lettres sur un même sujet touchant les affaires de Monsieur votre père, auxquelles mon absence (i) n'apportera nul retardement, laissant charge au sieur Mégand (2) de conclure et ratifier en mon nom et en celui de votre petit cousin les résolutions qui ont été envoyées à mondit sieur votre père, lesquellesje m'assure qu'il aura trouvées si raisonnables qu'il n'aura fait difficulté de les accorder. Voilà pourquoi j'ai estimé qu'il ne falloit point laisser autre eharge audit Mégand. Je fais état de partir, s'il plaît à Dieu, à la fin de cette semaine. Avisez, je vous supplie, si je serai

(voy. supràf p. ^, n. 2). Elle avait été fiancée à l'Électeur Palatin Frédéric IV le ^o juin (Lettre de Buzenval à Du Plessis-Mornay dans Mém, et Corresp. de D.'Mornay; éd. in-4», t. II, p. 333; éd. in-8% t. V, p. 467). — Le mariage eut lieu le 13 août suivant. « Dieu l'a voulu pour un grand bien, notamment de Son Altesse (h prince Maurice), qui sans cela étoit mal à cheval, » écrivait Coignet à Mornay. « Nos ennemis en dépitent et redoublent non sans cause ; car nous avons, au lieu d'une bourse, pris une bonne épée. » (Lettre du 4 septembre; Ibid, ; éd. in-8*, t. V, p. 545; manque dans l'édition in-4'*.)

De cette union naquit l'Électeur Palatin Frédéric V, qui perdit son trône héréditaire après avoir usurpé celui de Bohfime sur l'Empereur Ferdinand II. On a des Mémoires (sans nom d'auteur) sur la vie et la mort de la Sèrénissime Princesse Lqjfse-Julians (Leyde, 1645, in-4«).

(1) Elle s'apprêtait à partir pour la France : « à cause de quelques siennes alTaîres », dit M"»« de Mornay dans la Vie de messire Pbilippes de Momajf, seigneur du PlessiS'Marly qu'elle écrivait pour leur fils (éd. de Witte; Paris, 1868-1869, a vol. in-8»; t. II, p. a88); cf. infrà, p. 64. Le désir de revoir sa patrie ne devait pas toutefois être étranger à cette détermination.

(a) L'homme d'affaires, l'avoué, dirions-nous aujourd'hui, de la famille de Nassau dans ses règlements de compte avec les États Généraux. M.

bonne pour vous servir en France, et vous assurez que, là et partout où je serai jamais, je porterai toujours une très affectionnée volonté de vous servir et complaire. Je vous recommande durant mon absence votre petit cousin : il me vient conduire jusques en Zélande. Je m'assure que vous croyez bien que notre séparation ne se fera pas sans quelques larmes. |e vous dis adieu en résolution de demeurer toute ma vie Votre humble tante à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A La Haye, ce 1 5 de mai.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

A messieurs les États de Bretaigne,

Middelbourg, 8 juîn 1594.

HESSiEURS, j'eusse bien désiré que Messieurs vos députés (i) fussent venus par deçà en meilleure saison et opportunité, d'autant que par ci-devant Messieurs les Etats ont départi de leurs aides et moyens au Roy. Et nonobstant qu'ils ont continuellement beaucoup d'affaires sur les bras, pour pourvoir et satisfaire à leurs guerres ordinaires, si est-ce que, suivant leur providence et bonne volonté accoutumée, ils se sont efforcés d'offrir pour votre secours ce qui leur est possible, ainsi que pourrez voir par l'acte qui en a été sur ce

(i) Le 30 novembre précédent, Henri IV avait recommandé — par trois lettres distinctes — aux États Généraux, au prince Maurice et à Louise de Coligny (I. tniss.j t. IV, p. 58) la demande de secours que les États de Bretagne formulaient auprès des premiers.

fait(i), et entendre plus àplain par les susdits^ lesquels vous pourront témoigner de quel zèle et affection je m'y suis employée, tant pour le service de Sa Majesté que pour votre bien et conservation de votre province comme y étant doublement obligée, même à cause de mes intérêts particuliers, ainsi que pouvez bien savoir, où j'y ai apporté tout ce qui est en ma puissance, et espère que la recherche et poursuite de vosdits députés en ce lieu servira promptement pour le secours que fait ici rechercher la roine d'Angleterre pour joindre l'armée navale qu'elle fait en faveur de la Bretagne (2); désirant infiniment. Messieurs, que les affaires puissent réussir à votre bien et contentement comme la meilleure et plus assurée amie que vous sauriez jamais acquérir, vous assurant que j'essaierai toutes les occurrences qui se pourront présenter. Et avec cette bonne volonté je prierai Dieu, Messieurs, de vous donner heureuse et longue vie en bonne pabc et tranquillité assurée, me recommandant très affectueusement à toutes vos bonnes grâces.

A Midelbourg, le 8 juin 1 594.

Votre humble amie à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Impr. dans Preuves de Vbistoire de Bretagne ^ publ. par dom Morice (Paris, 1742-1746, 3 vol. in-fo), t. III, col. 1595.

(1) Délibération du 19 mai, impr. dans Pr. de Pbist. de Bretagne, t. III, col. 1590- 1593.

(2) Cf. Grégoire, La Ligue en Bretagne, p. 260 et suiv.

no LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

A monsieur de Barnevelt (i).

Paris, 14 juillet 1594.

ONSIEUR, avec cette occasion de mon laquais, que j'envoie avec lettres à mon fils, n'ai voulu laisser de vous écrire ce mot, pour vous faire savoir de ma santé et de celles de mes filles. Je suis arrivée en cette ville le 28 du passé où j'attends M"" de Chastillon, ma belle-sœur, pour commencer de besogner en nos affaires. Jusques à présent n'ai vu le Roy, d'autant qu'il est toujours au siège de la ville de Laon (2), laquelle, je crains, ne sera sitôtenson obéissance, comme nous, nous souhaiterions (3). M. le duc de Montpensier (4) est arrivé en cette ville devant hier pour aller trouver l'armée avec huit cens fort bons chevaux, la plupart gentilshommes bien montés, et quatre mille gens de pied. Je lui ai fiiit bien au long le récit de la bonne volonté que Messieurs les Etats Généraux ont en soi^ndroit, et nommément de Hollande en particulier, ce qu'il a montré lui être singulièrement agréable, avec sincère promesse de en toutes les occasions

(i) Jean van Olden Barneveldt, né vers 1549 à Amersfoord, grand-pensionnaire de Hollande. Du Maurier lui a consacré une notice dans s^ Mkn. pour servir à Vbist. de Hollande.

(3) Henri IV avait mis le siège devant Laon le 35 mai (Antoine Richart, Les Mémoires de ce qui s'est passé en la viîU de Laon depuis le commencement des guerres civiles [ou plutôt depuis le meurtre des Gu\ses];usque à l'année MDXCyi, publ. par la Société académique de Laon; Laon, 1869, in-S»; p. 443-476).

(3) Les choses allèrent mieux que ne Tespérait la princesse d'Orange. Le 32 juillet, la garnison de Laon promit de se rendre si, le 3 août, elle n'avait point reçu les secours qu'elle attendait ; la condition ne s'étant pas résolue, elle tint sa parole (/Wflf., p. 467-476).

(4) Voy. supràf p. 76, n. 3.

leur être très fidèle aussi, ne demandant rien plus que de tenir avec eux une bonne et mutuelle corrrespondance. Au demeurant il m*a requis de vous avertir que, si à présent ou à l'avenir il peut faire aucune sorte de plaisir auxdits États, tant en général qu'en particulier, qu'ils le veuillent employer pour assurance du bon effort en quoi il s'acquittera de telle sorte qu'ils en auront satisfaction, mais que ce soit en choses dépendantes de son autorité, ce qu'il vous plaira leur dire de sa part, ensemble me tenir en la bonne grâce de Messieurs les États de Hollande, auxquels j'ai tant de désir de servir comme d'obligation de ce faire. Je vous recommande toujours mon fils, bien que je lésais être superflu, puisque m'avez toujours montré tant d'amitié que j'ai assez d'assurance eu combien vous êtes affectionné à tout ce qui me touche ; de quoi je n'ignore l'obligation que j'en ai, qui ne sera mise en oubli. Depuis que je suis en ce pays, je n'ai encore eu qu'une fois lettres de mondit fils. Je suis bien désirante d'en avoir de vous. pour savoir de votre être et de ce qui se passe devant Grœningen ( i ). Chacun m'en demande des nouvelles ; mais, à faute d'en rien savoir, je suis forcée de n'en rien dire, et avec ces trois mots très aise de saluer vos bonnes grâces et de Madame votre femme, comme font mes filles. Je prie au Seigneur préserver vous. Monsieur, en santé avec longue et heureuse vie.

De Paris, ce XIUP de juillet 1594.

Lorsque me voudrez écrire, je suis logée chez M. Barat (2), en la rue Saint-Thomas du Louvre.

Votre très affectionnée et fort fidèle amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye (Copie transmise par M. Campbell.)

(i) Cf. p. 112, n. I.

(2) Dans une lettre à M. de Bellièvre, du 26 juillet 1595, Henri IV rappellecontrôleur de son argenterie (/.. miss,, t. VIll, p. 507).

A monsieur mon fils le comte Maurice de Nassau.

Paris, 10 septembre 1^94.

raONSIEUR mon fils, j ai été extrêmement aise de recevoir de vos lettres par Mandricourt. J'avais été tout depuis mon partement en cette attente. Vous croyez bien, je m'en assure, que les nouvelles de Grœningen (i) m'ont été agréables, et combien j'en ai loué Dieu de bon cœur. Le Roy me fit cet honneur de m'en mander les premières nouvelles. Vous entendrez par les lettres de M. Caluart (2) la résolution que le Roy a prise pour vos aflFaires. Croyez que Monsieur de Bouillon (}) a bien envie d'être en campagne et qu'il désire infiniment de servir si bien avec vous et Messieurs les États qu'à jamais vous soyez inséparables, et pour vous rendre certaine preuve de cela, il m'a fait entendre le désir qu'il a de prendre alliance avec vous, épousant votre sœur Isabelle (4).C'est une alliance que je l'ai assuré que de votre côté

(1] Sur le siège de Groningue consulter de Thou, t. XII, p. 166-178. — La ville ouvrit ses portes aux troupes hollandaises le 15 juillet (Lettre du comte Evrard de Solms au prince Maurice du 27 dans ^rcb, de la Maison d'Orofige, 2* série, t. 1, p. 274).

[2\ Agent spécialement accrédité par les États Généraux auprès d'Henri IV dès avant son avènement au trône de France et souvent envoyé par celui-ci en mission auprès de ses mandants ; voy. notamment deux messages du Roi aux États Généraux de la mi-mai 1585 et au prince Maurice du 17 novembre 1593 [L, miss.f t. Il, p. 61 et t. VI, p. 52).

(3) Celui que nous avons vu figurer dans de précédentes lettres sous le nom de vicomte de Turenne. Sa femme était morte le 1 5 mai précédent en donnant le jour à un fils, qui l'avait incontinent suivie dans la tombe; elle l'avait par contrat de mariage institué son légataire universel en cas de prédécès. (P. Anselme, t. IV, p. 538; cf. ci-dessus, p. 97, n. 2.)

(4) Ou mieux Elisabeth. Ces deux noms sont perpétuellement confondus au vi« siècle.

PWNCESSE D ORANGE I I3

VOUS auriez extrêmement agréable et que vous en sentiriez fort honoré, comme à la vérité c'est le seigneur de France le plus estimé et le plus digne et accompagné de si grands mérites que ses amis et ses ennemis même publient ses louanges. Il m'a priée d'en sonder votre volonté devant que lui-même vous en écrive, le vous supplie donc me le faire entendre, afin que si vous trouvez bon cette recherche, il vous fasse lui-même savoir combien il le désire, et vous supplie de tenir ceci fort secret, d'autant que si le mariage a chance de se faire, le moins que l'on en pût ouïr parler est le meilleur, d'autant qu'il se trouveroit des personnes qui ne demanderoient pas mieux que de le traverser pour empêcher toujours l'union des gens de bien, et je vous supplie donc de m'envoyer incontinent un laquais pour en savoir votre intention (i). Cela, s'il se fait, retardera mon retour, mais pour une si bonne occasion et si avantageuse pour votre maison que je ne me plaindrois point de me priver encore pour quelque temps de voir votre petit frère, l'estimant très bien, puisque vous lui faites l'honneur d'en avoir tant de soin, comme me le mande M. de Dommarville (2), et, comme je vois bien par ses lettres qu'il est extrêmement content d'être près de vous, je vous supplie de le vouloir toujours bien aimer et l'exhorter bien de se rendre honnête homme durant mon absence. Mandez-moi si vous désirez d'avoir quelque chose d'ici, et encore un coup je vous supplie que bientôt j'aie votre réponse. Nous attendons le Roy ici dans trois jours (3). Conservez-moi, s'il vous plaît, vos bonnes grâces comme à

Votre humble mère à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Paris, ce iode septembre 1594.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (G)pic transmise par M. Campbel!.)

f I) Maurice était regardé comme le chef de la Maison de Nassau-Dillembourg, par suite de la captivité en Espagne de son frère aîné.

(2) Gouverneur de Frédéric- Henri de Nassau.

(3) Henri IV était encore à Fontainebleau le 14; il était arrivé à Paris le 16 iUtlres missivss, t. IV, p. 21 1-212, à ces dates).

A monsieur mon fils le comte Maurice delanissAU.

Paris, 4 octobre 1544.

HONSIEUR mon fils. Monsieur de Bouillon dv»pïche exprès ce gentilhomme vers vous pour vous Mrtir de la recherche qu'il fait de vo re sœur Isabella vous supplier de ravoir agréable, et que p - son retour vôUiS nous en envoyez votre consentement. Il n\ point de besoin de vous dire son mérite et le rang qu'il *^n* en ce royaume et combien votre sœur sera heureuse a»< un tel seigneur, si c'est chose que vous ayez agréable. J?, fai pas fstimé en devoir écriie à Messieurs des États, puisque vous êtes sur les lieux pour leur en pouvoir communiquer ce qu'U) me semble que vous devez faire. J'en écris seulement JuTîonsieur de Barnevelt, afin que par le retour de ce gentilhomme j'en sache leur résolution avec la vôtre. Vous verrez par les lettres du Roy (i) et celles de monsieur de Montpensier (2) comme c'est chose qu'ils désirent de moi et d'elle. Nous ne voulons consentir qu'à ce qui sera trouvé bon par vous et par Messieurs des Etats, mais nous nous assurons bien que vous ne pouvez sinon avoir agréable une telle alliance. Faites-nous-en donc bientôt savoir votre volonté, car il est besoin que le mariage s'achève promptement, et je le désire plus que personne parce que mon retour dépend de là (3). Votre sœur Brabantine est aussi recher-

(1) Elle ne se trouve ni dans les Lettres missives de Henri IV ni dans les Archives de la Maison d'Orange.

(2) Impr. ap. Àrcb, de la Maison d'Orange, 2* série,, t. I, p. 322-333.

(3) Et aussi par affection pour Turenne. Cf. suprà le texte des lettres XLI, XLII, XLIV XLVII, XLVIII, L, LU, LUI.

PRINCESSE d'orange I I 5

chée par M. de Rohan (i) et la mère le désire fort, mais l'âge de l'un et de l'autre (2) me -donneront bien le loisir de la ramener avec moi. Toutefois vous m'en manderez aussi, s'il vous plaît, votre volonté et celle de Messieurs les États : car je pense bien que, devant que je parte, la mère en voudra avoir assurance. Pour le moins jugerez-vous que mon voyage ait été bien employé, puisque vos sœurs y ont trouvé de si bons partis. Je m'en vais aller dans peu de jours à Châtillon, pour achever mes affaires (31 ivec M"" de Châtillon et mon frère (4), en attendant de vos inouv Mes. De 1- nous irons à Sedan (5). Monsieur de Bouillon \t fomet de me rendre sûrement en vos contrées.

Monsiéi]j^ mon fils, ce m'est un extrême contentement du soin que vous avez de votre pet i frère. Il m'écrit vous avoir parlé de la compagnie du feu prin'- i d'Épinoy (6) pour lui. Je vous supplie, si c'est chose que ,: js trouviez à propos, comme à mon avis elle est, de la lui faire av^T. On me parle d'acheter une belle terre pour lui qui est dans * » wché de Coutances, près de demi-lieue d'un port de mer en Nor*; die. Ledit port n'est pas de l'évêché ; mais il est à un bauvre gentilhomme qui seroit bien aise de me le vendre quand\raurois la terre ; mais faudroit qu'il plût à Messieurs des États donnera votre petit frère une des obligations du Roy

(1) Henri, vicomte (puis — .603 — ducj de Rohan, né à Blain le 21 août 1579, avait perdu son père en 1586. Cest lui qui devint sous Louis XIII le chet des protestants. Il revit beaucoup mieux dans le tome lil de VHist, des pr, de Condcp^T M. le duc d'Aumale que dans l'ouvrage que lui a consacré M. H. Lagarde (Paris, Pion, 1884, in-8"). M" Rott et Mention préparent en ce moment pour la collection des documents inédits le recueil des Mémoires^ dépêches et papiers politiques du duc Henri de Roban.

(2) Ils avaient en effet le premier un peu plus de 15 ans (note précédente), la seconde un peu moins de quatorze (p. 13, n. 2, supra),

(3) Le règlemenr de la succession de Tamiral.

(4) Le cadet, Charles. — François était mort en octobre 1591.

(ç) Place forte appartenant aux ducs de Bouillon à qui elle donnait le titre de prince.

(6) Hugues de Melun, un des plus actifs champions de la lutte des Provinces- Unies contre TEspagne. La famille de Melun, issue de celle de Courtenay, branche cadette de la Maison de France, possédait dans les Pays-Bas la terre d*épinoy qui avait été érigée en principauté par Charles-Quint (P. Anselme).

Il6 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

de 30,000 écus, que Sa Majesté prendroit en paiement pour la vente à perpétuité de ladite terre, qui est de son domaine et qui est engagée pour 20,000 écus que j'acheterois de mon bien, et donnerois les 20,000 écus, pourvu que je fusse assurée qu'il plût à Messieurs des Etats de m'accorder cette obligation de 30,000 écus. Je vous supplie d*y aviser. Parlez-en, s'il vous plaît, à M" de Buzenval et de Dommarviile. Ils vous diront ce que c'est. Vous en parlerez aussi à M. de Barnevelt, à qui je n'écris. Il me semble qu'ils n'auroient pas mal employé leurs 30^000 écus d'être assurés d'un port de mer en France au pays de Normandie (i).

Je remets toutes nouvelles à cet honnête homme et vous baise les mains un million de fois en qualité de

Votre humble mère à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Paris, ce 4 d'octobre 1594.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. CampbelL)

A monsieur mon fils, monsieur le comte Maurice de Nassau.

Paris, 1 1 octobre i ^94.

HONsiEUR mon fils, le sujet de cette dépêche est de si grande importance pour le service de Messieurs des Etats et pour le particulier de votre maison que je m'assure que ce gentilhomme vous sera le bien venu. Aussi vous assuré-je qu'il vous est tant affectionné que, lorsque je lui ai fait

(1) Ce projet d'achat ne semble pas avoir obtenu l'approbation de Maurice; cf. la lettre suivante.

PRINCESSE D ORANGE I l '

entendre Tintérét particulier de votre maison en ce fait ici, c'est ce qui lui a fait entreprendre plus gaiement ce voyage. 11 vous plaira donc lui faire bonne chère. Et pour ce que les coffres du Roy sont pour cette heure mal garnis d'argent et que l'on ne lui en a pas donné beaucoup, si d'aventure par un séjour de delà . il venoit à en avoir affaire, je vous supplie lui en faire bailler ; mais j'espère que vous le dépêcherez si promptement qu'il n'en sera point de besoin. Il vous dira d'autres particularités dont je l'ai chargé, et vous fera entendre comme je suis attendant votre réponse pour le mariage de votre sœur. Cela fera que mon voyage sera plus long que je n'avois espéré ; mais je n'en suis point marrie puisque c'est pour un si bon sujet et que je sais, par ce que m'en écrit M. de Dommarville, le soin qu'en mon absence il vous plaît prendre de votre petit frère, et même comme vous lui avez fait avoir la compagnie du feu prince d'Épinoy, dont je vous remercie bien humblement. Plus votre frère sera avancé et plus il aura de moyen de vous faire service. Je remets toutes nouvelles au sieur de Vaufin (i), et pourfin je vous supplie de me conserver votre bonne grâce, comme Votre humble mère à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Paris, ce Xl° d'octobre.

Autographe. krc}\. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

(i) C'était ce gentilhomme qui avait représenté Henri IV, alors roi de Navarre, au mariage du Taciturne et de Louise de Coligny (Lettre du premier au second du 39 juillet 1^83; L, miss,, t. I, p. ^51).

Il8 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

A monsienr, monsieur le comte Guillaume.

Paris, 10 décembre 1594.

raONSIEUR mon neveu, si je ne vous écris souvent, ne pensez pas que pour cela vous soyez moins en ma mémoire ; car je vous aime et honore de toutes les puissances de mon âme. Vous saurez par ce porteur tout ce qui se passe par deçà, je l'envoie pour être près de votre cousin et avoir la charge de toutes sts affaires. Car je sais que votredit cousin n'en prend pas beaucoup de soin, et cependant vous savez combien il est nécessaire qu'en une maison telle que la sienne il y ait quelqu'un qui ait l'œil sur tout : autrement il s'y fait un étrange ménage. Je reconnois la fidélité, l'affection et la capacité de Torsay comme fait votre cousin, et lui et moi avons jugé, devant mon partement, qu'il n'y avoit personne plus propre pour cette charge. Je vous supplie donc. Monsieur mon neveu, de conseiller à mon fils d'autoriser ledit sieur de Torsay en sa maison, afin que sous lui il en ait toute la conduite ; car, s'il n'est autorisé de Son Excellence, vous savez qu'il est impossible qu'il le puisse bien servir.

Il faut que je vous prie d'une autre chose : c'est de tancer, mais je dis à bon escient. Monsieur le prince mon beau-fils de ce qu'il n'écrit point au Roy, mêmement quand il se passe chose remarquable comme a été ce combat dernier (l), car Sa Majesté à l'heure que je vous parle n'en sait pas bien encore les particularités. Vous

(i) Livré quelques semaines auparavant aux environs d*Amheim; les Espagnols y avaient été défaits ; voy. la lettre de Maurice au comte Guillaume- Louis du 9 octobre et celle de Guillaume-Louis à Maurice du 8 décembre (Arcb. de la Maison dOrange^ a* série, t. I, p. ^38-329 et 334-336).

PRINCESSE d'orange I I9

ne sauriez croire combien cela lui serviroit si par lettres il communiquoit avec le Roy ; car Sa Majesté m'a dit plusieurs fois : « Si votre beau-fils m'écrivoit et me mandoit en quoi il a besoin « de mon assistance, je ferois plus pour lui et ajouterois plus de <( foi à ce qu'il m'écriroit qu'atout ce que j'apprends d'ailleurs. « Mais c'est une étrange procédure (i), et est-il seul au monde, « ayant l'accès qu'il a auprès de moi, et moi ayant l'intérêt que « j'ai à la cause qu'il défend, qu'ilne me tienne point averti de « ce qu'il fait et ce qu'il désire de moi. »

Je lui en écris un bon mot, mais je vous supplie de lui en faire 4e bonnes leçons, et.à votre cousin aussi, et qu'il caresse les François, je me remets de tout le reste au sieur de Torsay et prie Dieu, Monsieur mon neveu, vous donner heureuse et longue vie.

Votre humble tante à vous faire service,

Louyse de Colligny.

A Paris, ce lo décembre.

Autographe. Arch.de la Maisoti d'Orange à La Haye. (G)pie transmise par M. Campbell.)

(1) Façon de procéder.

mm

•^%*ro

[AU vicomte de Roban (i).]

La Haye (a), mars 1595 (3).

ONSiEUR, l'espérance que j'avois eue jusqu'ici de l'honneur de votre vue commence à se convertir en désespoir, voyant par la lettre que ce laquais m'a apportée de votre part les affaires qui vous retiennent, et qu'à la vérité j'avoue qu'il est malaisé, en ce temps si plein d'incertitude, de pouvoir faire nul assuré dessein. D'autre côté je suis si pressée de Monsieur de Bouillon de lui mener sa maîtresse (4) que je vois bien, Monsieur, que dans ce temps

(1) En l'absence d'adresse, cette hypothèse est la seule admissible si l'on se rappelle certaine phrase de la lettre LXIV et si Ton en rapproche \c post-scripium d'un billet que M"* de Laval écrivait le ao mars de l'année suivante à Charlotte- Brabantine de Nassau (Lettres missives du xvi« siècle tirées du Cbartrier de nouarSf publ. par P. Marchegay et H. Imbert; Niort , Clouzot, 1881, in-S"; n» a68).

Cette négociation n'aboutit cependant pas. Dès lors, le duc de La Trémoille s'était mis au premier rang des poursuivants de la belle Brabantine (Lettre de la duchesse de Bouillon à la duchesse de La Trémoille du 7 juillet 159^ dans la Correspondance de celle-là (p. 22) publ. par P. Marchegay; 1885, in-8«); et sa candidature fit échouer celle de M. de Rohan (Lettre de Frédéric-Henri de Nassau du 30 septembre 1597 dans Lettres miss, du xvi« siècle.,., déjà citées, n« 381).

(3) La princesse d'Orange avait quitté Paris avec ses deux belles-filles, Elisabeth et Brabantine, dès que la demande de la main de la première par Henri de La Tour d'Auvergne avait été officiellement agréée par le prince Maurice (cf. lettres LXIV et LXV).

(3) Cette date ne fait pas l'ombre d'un doute, puisque la princesse d'Orange parle plus bas de son départ pour Sedan comme fixé au 33 ou 33 courant, et que, d'après la lettre LXVIIll, la cérémonie qui faisait l'objet de ce voyage fut célébrée le 16 avril.

(4) C'est-à-dire celle qu'il aimait, sa fiancée (Elisabeth de Nassau).

il seroit malaisé que je pusse avoir Thonneur de vous voir ; car il m'a mandé que, le i8 de ce mois, il fera trouver ici la compagnie qu'il nous doit envoyer pour notre conduite, de façon que je fais état de partir le 22 ou le 23, aimant mieux retarder mes affaires particulières que de retarder son contentement et l'empêcher. de s'acquitter du devoir de la charge de laquelle le Roy l'a honoré (i). Car il est bien certain que notre retardement l'empêche de se pouvoir résoudre à nul dessein. Partant donc si promptement, Monsieur, je crains fort que je serai privée de rheur que je désirois autant en mon voyage, qui étoit àe vous témoigner de vive voix combien j'honore votre mérite et combien je désirois de bâtir une amitié particulière avec vous, tant pour moi que pour mon beau-fîls et mon fils. Mais je vous rends grâces infinies de ce qu'il vous plaît par vos lettres m 'assurer qu'en cela vous secondez mon intention, et vous jure que j'emploierai tout le crédit que j'ai sur lui et le commandement que j'ai sur l'autre pour faire qu'ils s'unissent à vous d'un bien étroit lien.

Minute autographe, sans signature, date m adresse. Chartrier de Thouars.

(1) Henri IV avait chargé Bouillon, créé maréchal de France Tannée précédente, de combiner ses efforts avec Maurice de Nassau contre les Espagnols, de façon à ce que, tandis que Tun les chasserait des Pays-Bas vers la frontière française, l'autre les y attendît et les exterminât (Lettre du Roi au connétable de Montmorency du 20 mai 1593; L, miss,, t. III, p. 775).

A monsieur mon neveu, monsieur le comte Guillaume de Nassau.

Sedan, \6 mai 1595.

MONSIEUR mon neveu, n'accusez pas mon silence d'oubliance ; vous me feriez tort : car vous devez croire que je n'aurai jamais rien plus en la mémoire que vous et ce qui touche votre maison. Vous avez déjà entendu comme votre cousine et chérubine a changé de nom, le 1 6 du mois passé, et est à présent Madame la duchesse de Bouillon, fort heureuse et fort contente, pour avoir un mari qui en toute sorte lui rend preuve de la plus parfaite amitié qu'il lui porte, comme plus particulièrement j'espère vous faire entendre dans peu de temps, espérance d'être de retour, s'il plaît à Dieu, en Hollande au commencement de juin. Je vous supplie que je soie toujours conservée en vos bonnes grâces, et que vous aimiez et ayez toujours soin de votre petit cousin, qui un jour vous fera service, s'il plaît à Dieu, et moi je demeurerai toute ma vie, Monsieur mon neveu. Votre humble tante à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Sedan(i), ce 16 mai 1595.

Autographe, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

(i] De Sedan, Louise de Coligny regagna Paris. Elle y fit un séjour de quelques semaines pendant lequel elle signa un acte de constitution de rente en faveur d'un certain Jean Malartin, acte qui a figuré en 1878 à une vente publique (chez Menu), et ainsi daté :

« Fait à Paris, rue Saint-Thomas du Louvre,en juin 1595 » (cf lettre LXll).

De Paris elle regagna La Haye.

A monsieur mon neveu, monsieur le comte Guillaume dé Nassau.

La Haye, 15 décembre 1595.

noxsiEUR mon neveu, ayant trouvé cette commodité du capitaine Bernard, qui m'a dit vous aller trouver avec la compagnie de mon fils, je n'ai voulu laisser écouler une telle occasion sans vous faire ce mot pour me ramentevoir en vos bonnes grâces et vous assurer du désir que j'ai de demeurer toute ma vie votre bonne parente, étant toujours remplie et accompagnée dé la même bonne volonté et aflFection de laquelle je vous ai toujours prié de faire état en moi. L'on nous fait entendre que vous faites bientôt un voyage en Allemagne ; mais j'espère que nous vous verrons de par deçà avant votre parlement. Attendant que nous ayons ce bien de jouir de votre présence, je vous prie me tenir du nombre de ceux qui vous veulent plus de bien, et me permettre de m'avouer comme je serai à jamais, monsieur mon neveu, Votre humble tante à vous faire service,

A La Haye, ce XV décembre 1595.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

A monsieur mon neveu le comte Guillaume de Nassau, gouverneur de Frise.

La Haye, 23 septembre 1596

ONsiEUR mon neveu, suivant la promesse que je vous ai faite, je n'ai voulu faillir de vous avertir par la présente que M. de Dommarville vient présentement d'arriver de Zélande, où il a vu Monsieur le duc de Bouillon, qui y arriva samedi (1) après le midi. 11 Ta assuré qu'il seroit ici demain au soir et m'a dit davantage qu'il a une extrême envie de vous voir. Partant, je crois que le plus tôt que vous vous pourrez préparer pour venir de par deçà vaudra le mieux, la présente n'étant à autre effet, et l'espérance que j'ai de vous voir bientôt m'empêchant de vous faire faire la présente plus longue que pour vous assurer que je suis et demeurerai toute ma vie, monsieur mon neveu, Votre humble tante à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A La Haye, ce XXIU septembre (2) 1596.

Monsieur mon neveu, je vous envoie, des lettres d'Allemagne, que j'ai reçues il y a deux jours.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

( 1 ) Le 21 septembre.

(2] Le surlendemain, fut célébré à Leeuwarden le mariage de Catherine-Belgie de Nassau, troisième fille issue du troisième mariage du Taciturne (voy. supra^ p. 5, n" 2) avec le comte de Hanau ; Guillaume-Louis de Nassau l'avait annoncé le 15 du même mois à son père, le comte Jean (sa lettre est imprimée ap. Àrch, delà maison d'Orange^ 2« série, t. 1, p. ^74-375).

PRINCESSE d'orange I25

A messieurs les Étais d'Utrecbt,

La Haye, 15 novembre 1576.

nESSiEURS, je VOUS ai écrit il y a quelque temps sur le même sujet de la présente pour vous prier en ma faveur et en considération des fidèles et agréables services faits par damoiselle Alijt Grauwert, veuve du feu sieur d'Averly (i), aux enfants de cette maison, et qu'elle continue encore chaque jour, de vouloir gratifier deux de ses filles, Anne et Dorothée d'Averly, de deux des prébendes qui sont à votre disposition. Mais d'autant que pour lors il n y avoit aucune place vacante vous remîtes de satisfaire à ma prière et de pourvoir à sa demande lorsque la commodité s'en présenteroit et que vacance adviendroit desdites prébendes. Maintenant qu'il y a place au cloître des Witte-Vrauwen (2) et Ten-Dalen (3), j'ai trouvé à propos de vous réitérer cette même prière ; aussi que la continuation des services que ladite damoiselle, sa viduité et la charge qu'elle a de plusieurs enfants la rendent tellement favorable que cela est suffisant pour vous émouvoir à lui faire ressentir les effets de votre libérale volonté. Et si, comme j'espère, ma recommandation y apporte quelque chose, je participerai à l'obligation que par ce moyen vous acquerrez sur elle et sur ses filles. Et où l'occasion se présentera de m'en

(i) C'était le sieur d'Averly qui, en 1571, avait, fait évader Charlotte de Bourbon, la future troisième femme du Taciturne, du cloître de Jouarre, où elle était enfermée depuis son enfance {Communication de M, le comte Jules Delàborde),

(2) Littéralement : des dames blanches; comme nous disons sœurs blanches, des blancs manteaux,

(3) Littéralement : des dallées ; on a ainsi près de Paris, les yaux de Cemajr.

revancher, vous me trouverez toujours prompte à m 'employer pour vous en tout ce qui dépend de moi. La présente n'étant à autre fin, je prie Dieu, Messieurs, qu'il vous donne tout accroissement de prospérité et santé.

A La Haye, le 15* jour de novembre 1596.

Votre très affectionnée à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

{Au dos. d'une autre écriture :) Receptâ XIX^ novembris 96.

Original signé. Collection des Tombe à Utrccht. (Copie transmise 'par M. Campbell.)

A monsieur y monsieur le Connétable ( i ).

Fin de 1596.

H ON SIEUR, j'ai prié M. de Chéronne (2) de vous témoigner que je vous nourris un petit serviteur et parent qui sera tantôt en âge d'aller rendre du service au Roy et à vous (3). C'est aujourd'hui le principal de mes souhaits qu'il pût aller être nourri en lieu où il s'en rendroit plus capable qu'il

(1) Henri de Montmorency, second fils du connétable Anne, né le 15 juin 1 534, connu d'abord sous le nom de baron de Damville, et devenu duc de Montmorency en 1579 par la mort sans enfants de son frère aîné François. Voici les principales étapes de sa vie : premières armes dans la campagne qui donna Metz à la France (1553); gouverneur du Languedoc en 1563; maréchal en 1566; connétable en 1593 (P. Anselme, t. II, p. 230).

(2) Charles de Chahannay, seigneur de Chéronne, sénéchal du Mans (P. Anselme, t. III, p. 851).

(3) Louise de Coligny exprime ici clairement son désir, déjà plusieurs fois exprimé en termes vagues, de consacrer Frédéric-Henri de Nassau au service de la France, désir qui rencontrait l'opposition du prince Maurice, lequel voyait dans

PRINŒSSE D ORANGE I 27

ne fera, s'il continue à demeurer ici. M. de Chéronne a pris la peine, cependant le séjour qu'il y a fait, qui est tel qu'en trois de le faire monter à cheval et vous dira, Monsieur, le profit qu'il y a fait, ans il n'en eût pas tant su, car nous n'avons ici personne qui s'entende fort en cette profession ; de façon que s'il y eût eu moyen d'arrêter ici pour quelque temps ledit sieur de Chéronne, je m'en fusse sentie infiniment heureuse, pour le profit que cela eût apporté à mon fils. Si vous pouviez, Monsieur, lui persuader d'y faire un second voyage, vous obligeriez infiniment mon fils et moi, qui vous supplie très humblement que j'aie l'honneur d'être continuée en votre bonne grâce comme

Votre très humble et obéissante cousine et servante,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Autographe. Bibl. nat. de Paris, f. français, vol. 3260, f> 51. — Impr. par M. MûUer {pp. cit.. Appendice).

A monsieur le Connétable.

La Haye, 15 janvier 1597.

HONsiEUR, ce seroit manquer à ce que je vous dois, et au désir extrême que j'ai de me maintenir en l'honneur de vos bonnes grâces, si, par une si bonne occasion que le voyage de M. de Busanval, je faillois à vous ramentevoir votre très humble parente et servante, et vous supplier la reconnoître toujours pour telle.

ce dernier son successeur pour le cas où il serait victime de quelque assassin stipendié par le roi d'Espagne, plutôt qu'un frère. — Cf. une lettre de Frédéric- Henri au connétable, sans date, mais se rapportant évidemment à la même époque que celle de sa mère qui donne lieu à la présente note (Or/Jg^wa/ B. N., f. fr , vol. 3582, f» 86); imprimé par M. Mûller {pp. cit. Appendice).

De VOUS mander nouvelle de ce qui se passe ici seroit, Monsieur, une erreur à moi, puisque M. de Buzenval est porteur de cette lettre. Seulement je vous supplierai lui donner créance en rassurance qu'il m'a promis vous donner de mon immuable affection à votre service, et de la nourriture que je vous fais d'un petit parent et serviteur que je désire bien rendre capable de vous faire un jour autant de services comme je lui en imprime des volontés dans Fâme. Croyez, Monsieur, que c'est un de mes plus affectionnés souhaits, et d'avoir l'honneur d'être conservée en votre bonne grâce comme

Votre très humble cousine et servante,

LOUYSE DE COLLIGNY.

• A La Haye^ ce 1 5 janvier.

Monsieur, nous sommes ici dépourvus d'honnêtes hommes propres à apprendre les beaux exercices à la jeunesse entr'autres de bons hommes de cheval. Dernièrement que le Roy avoit envoyé ici M. de Chéronne, il prit la peine d'en donner de si bons commencements à mon fils que chacun juge que, si nous le pouvions avoir quelque temps ici, cela me profiteroit extrêmement. Je vous supplie donc obliger tant votre cousin que le Roy veuille, par votre moyen, Monsieur, donner congé à mon dit sieur de Chéronne de venir faire quelque séjour ici.

{Au dos, d'une autre main y la date de réception :) février i^^T-

Autographe. BibL Nat. de Paris, f. français, voL 3S32, f> 93. (Copie transmise par

M. Sandret.)

A messieurs t messieurs les États itUtrecbt.

Leyde, 1 1 avril 1597. 1

HESSiEURS, j'ai reçu votre très courtoise et honnête lettre, qui m'a été infiniment agréable, ayant entendu I

qu'ilvous à plu pourveoir de prébendes les deux filles de Madamoiselle d'Averly es cloîtres de Ten Dael et Witte- Vrauwen (i), en quoi vous n'avez pas seulement montré l'afifectation qu'avez toujours eue et continuez à me faire plaisir, mais avec votre sagesse et prudence accoutumée avez très bien considéré que ce bon œuvre est employé à une honnête femme, veuve, chargée de plusieurs enfants, lesquels elle prend peine d'élever avec beaucoup de sollicitude au mieux que possible lui est ; de quoi elle et sesdites filles vous ont de l'obligation, c'est qu'elles doivent continuellement prier Dieu pour la continuation de votre sage et bien ordonné gouvernement, ensemble pour la prospérité de votre Etat en général et de chacun de vous en particulier. Et comme je me ressens grandement de ce bienfait, duquel je me rends participante, je n'ai voulu remettre. Messieurs, de vous en remercier très affectueusement, désirant autant de pouvoir que j'ai de volonté pour m'en revancher et vous faire quelque agréable service et que, vous en assurant, je finirai par mes recommandations à vos bonnes grâces, priant le Seigneur vous donner. Messieurs, en prospérité longue et heureuse vie.

A Leyden, ce ii* d'avril (a«»o 1 597).

Votre très affectionnée à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé » Arch. de la Maison d*Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

{i) asuprà, lettre CLXXl.

A monsieur de U Escale.

La Haye, 30 avril 1597.

ONSiEUR, l'assurance que j'ai de votre amitié et bonne volonté en mon endroit me rend plus hardie à vous importuner de ce mot pour vous dire que Messieurs les princes de Portugal (i), qui sont en ce lieu, m'ont priée de vous envoyer une lettre que trouverez enclose en ce paquet qui leur a été écrite par le roy de Maroc, à ce qu'il vous plaise prendre la peine de la traduire en françois. 11 ne se trouve ici personne qui le puisse faire ; je vous prie donc, à quelque heure de votre loisir, d'en vouloir faire la version et me la renvoyer quand elle sera faite. Et d'autant, Monsieur, que c'est à m'a requête que vous le ferez, ce sera moi qui vous endemourrai obligée et qui demourrai toute ma vie. Monsieur,

Votre humble amie à vous servir,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A La Haye, ce dernier d'avril 1597.

Impr. dins Les épiitres françaises à Joseph-Juste de la Scaïa, liv. I", ép. 5.

(i) Dom Antonio, prieur de Crato, prétendant au trône de Portugal (usurpé par le roi d'Espagne en 1 580) et son fils, dom Emmanuel. — Ce séjour des deux princes dans les Pays-Bas fut très dommageable à la dignité de la famille d'Orange-Nassau. De La Haye, ils se rendirent à Arnheim ; pendant qu'ils s'y trouvaient, la sœur germaine du prince Maurice, Emilie, s'énamoura de dom Emmanuel et l'épousa malgré la défense de ce dernier; à toutes les représentations elle répondait avec hauteur : « Je ne veux pas pour époux d'un principi* cule allemand. » (Lettre de E. von Reidt à Stover du 16 novembre 1597 ap. Arch, de la Maison d'Orangâj 2« série, t. I, p. 391). — Maurice ne lui pardonna jamais cette, quasi-mésalliance. C( . ci-après la' lettre XCVIl.

PRINCESSE d'ORAîJgE ï)l

 monsieur Urnius{\), docteur en médecine, à Leyde.

La Haye, 20 août 1597.

HONsiEUR Urnius, M"** de Roybours (2), Tune de mes bonnes amies, étant tombée malade depuis hier, m'a donné sujet de vous faire ce mot de lettre pour vous prier (comme je fais) que, incontinent que l'aurez reçue, vous vouliez prendre la peine de venir jusques ici pour la voir; et, outre l'obligation que par ce moyen vous acquerrez sur moi, je sais que la peine que vous prendrez ne demourra sans récompense. La présente n'étant à autre fin, je ne la ferai plus longue que pour prier Dieu, Monsieur Urnius, qu'il vous ait en sa garde. A La Haye, le 20 août 1597.

Votre bien bonne amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Autographe. Bibl. de l'Université de Leyde. (G)pie transmise par le docteur Du Rieu, conservateur de la section des manuscrits à cet établissement.)

(1) Nom latinisé, suivant la coutume de l'époque, de Jean Heurn, natif d'Utrecht, que notre grand historien J. A. de Thou range parmi les sommités scientifiques de la seconde moitié du XVI° siècle. Après avoir organisé dans sa ville natale la première école de médecine qui ait existé aux Pays-Bas, il alla étudier son art successivement aux facultés de Paris, de Padoue et de Pavie. De retour en sa patrie en 1^81, il fut nommé par les directeurs de l'université de Leyde à une chaire de docteur-régent. Il mourut de la pierre le 11 août 1601. (De Thou, t. XIII, p. 648.)

(2) Madeleine de Montmajour, femme d'Etienne de Roibours, seigneur de Maisonforte et de la Gorge, président à Calais (P. Anselme, t. VI, p. 197).

t}2 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

LXXVII(l)

A monsieur de La Trimouille (2).

• Dieppe, 13 janvier 1598.

ONSiKUR, je crois que la plus agréable nouvelle que je vous puisse mander, c'est que votre maîtresse a passé la mer et que j'espère la vous mener bientôt; mais il est besoin que nous sachions de vos nouvelles auparavant, pour savoir où il vous plaît que nous nous rendions. Cependant nous irons passer à Paris, où est M. de Monpensier, là où je le cajolerai si bien que, s'il y a moyen, j'obtiendrai ce que le sieur Chauveau m'a dit que vous désirez; et ai estimé qu'il seroit à propos qu'il nous attendît à Paris, pour vous porter la résolution que j'en pourrai tirer. J'avertis le Roy par le sieur Chauveau de notre arrivée. Et parce que j'ai appris que Sa Majesté sera partie de Paris devant que nous y arrivions et qu'elle m'a commandé expressément par ses lettres que j'allasse recevoir ses commandements et lui mener mon fils devant que passer outre, je le supplie de me commander en quel lieu il lui plaît que nous l'allions trouver. J'ai pensé qu'il seroit

(i) Au bas de cette lettre, on lit ce post-scriptum de la main de Charlotte- Brabantine de Nassau :

« Monsieur, Madame ma belle-mère m'a fait l'honneur de me permettre de « vous faire ce mot en sa lettre pour vous dire que nous sommes arrivés après « beaucoup de mal en cette ville {Dieppe), L'espérance que j'ai d'avoir bien- « tôt l'heure de vous voir et de vous écrire bientôt par M. Chauveau fera que «je ne vous dirai autre chose, sinon que je suis. Monsieur,

« Votre bien humble servante à vous faire service. »

(2) Le duc de Bouillon avait demandé pour lui au prince Maurice la main de Chariotte-Brabantine (Lettre du 21 juillet 1^97 dans Arcb, de la Maison d'Orange^ 2« série, t. 1, p. 383), et il l'avaU obtenue.

PRINCESSE d'orange l}}

à propos, et que même cela vous servîroit que ce fût ledit Chauveau qui lui portât cette nouvelle. Enfin croyez, Monsieur, que je n'oublierai rien de tout ce que je jugerai être pour votre service et pour l'avantage de vous et de ma fille. Et en espérance de vous voir bientôt, voilà tout ce que vous aurez de moi pour cette heure, qui suis. Monsieur,

Votre plus humble et obéissante cousine,

LoUYSE de COLLIGNY.

De Dieppe, ce 1 8 janvier (i).

jlutograpbâ, Chartrier de Thouars. — Impr. Dans Lettres de Louise de Coligny à la duchesse de La TrémoiUe, publ. par P. Marchegay (Paris, Fischbacher, 1872, in-S*»)^ Appendice,

A monsieur de La Trimouille.

Paris, fin de ianvier 1598.

noNSiEUR, nous sommes non seulement en France, mais à Paris, à la cour et qui plus est aux festins. Hier le Roy me fit commander expressément qu'il vouloit que je me trouvasse chez Zamet (2), à souper; j'y allai donc avec Madame.

(i) « Je crois que madame la princesse d'Orange fût déjà en France sans la « brouiilerîe advenue sur le fait de dom Emmanuel », écrivait le 20 décembre précédent M™« de Rohan à M™» du Plessis-Mornay {Corr. de Du P, Mornay ; éd. in-8», t. VII, p. 436 ; manque dans l'éd. in-4°). Cfsuprà, p. 130, n. i.

(2) Sébastien Zamet, né à Lucques vers 1549, -{- à Paris le 14 juillet 1614 ; les Mémoires-Journaux de Lestoile, le Journal de ma vie de Bassom pierre et les (Economies royales rédigées par les secrétaires de Sully contiennent de curieux détails sur la carrière de ce financier-entremetteur sans scrupules, qui favorisa la liaison en partie double de M^^*' d'Entragues avec Henri IV et Bassompierre.

Au partir de là, Monsieur le Grand (i) pria toute la compagnie et nous particulièrement, de façon que chacun juge que nous ne nous en pouvons défendre. J'en vois qui sont fâchées de n'être point priées; plût à Dieu que je leur pusse donner ma place, ils seroient contentés et moi aussi. Délivrez-nous bientôt, Monsieur, de ces peines, autrement nous en mourrons, car nous ne sommes pas accoutumées à ces veilleries, et principalement après un si long et si fâcheux voyage ; mais il n'y a point moyen de voir ni de parler au Roy, à cette heure, qu'en ces lieux-là. Hier au soir. Sa Majesté me commanda de vous écrire que non seulement elle approuvoit votre mariage et le trouvoit bon, mais que même il pourroit bien, si vous l'en priiez, s'y trouver; et que je vous mandasse qu'il désiroit de vous voir, et que si je vous aimois, comme il savoit bien que je faisois, que je le vous devois conseiller. Vous y aviserez. Monsieur ; et moi je vous dirai que soudain que nous saurons de vos nouvelles, nous partirons, mais mandez-nous par où et où vous voulez que nous nous rendions. Pour moi, il me semble qui sera bien à propos que ce soit à Saumur : chacun app.'ouve que votre mariage se fasse lâ. Je n'ai point encore résolution de M. de Monpensier, smon qu'en gros : il m'assure qu'il veut faire beaucoup pour sa chère cousine. Je ne lui ai encore rien particularisé aussi, car il m'a priée que nous ne parlassions point d'affaire jusque après carême-prenant, car on ne parle ici que de festins et de ballets. Madame la Princesse (2) votre sœur nous a fait trop d'honneur : elle a pris la peine de venir au-devant de nous jusque par delà Saint-Denys; mais nous sommes si étourdies de notre voyage et avons été tant visitées de compagnies qu'il n'y a point de moyen que nous lui puissions rendre ce que nous lui devons. Ma fille l'a vue seulement une fois

(i) C'est-à-dire le Grand écuyer^ la première des grandes charges civiles de la couronne. Son titulaire était alors Roger de Saînt-Lary de Termes, seigneur de Bellegarde, qui, en 1639, la céda au célèbre Cinq-Mars ; il fut le grand confident des ennuis de Louis XIII, qui le créa duc et pair en 1629.

(2) Charlotte de La Trémoille, veuve d*Henri I*% prince de Condé, qu'elle avait été accusée d'avoir empoisonné ; voy. VHisi, des pr, de Condé par M. le duc d'Aumale, t. II, p. 180-183 et 222-aao.

en son logis^ mais moi je n'ai encore été voir que Madame. Encore un coup, envoyez- nous bientôt quérir, et croyez que je n'oublierai rien pour votre service; assurez-vous en comme d'une autre vous-même. M. Chauveau vous témoignera que j'ai fait cette lettre à plus de mille fois. Je remets le reste à lui, Monsieur, et suis

Votre cousine, votre sei vante, et bientôt votre mère, s'il plaît à Dieu,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Autographe, Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.

 monsieur de Barnevelt.

Orléans, 23 février 1598.

nOKSiEUR de Barnevelt, le dernier commandement que j'ai reçu du Roy, en prenant congé de Sa Majesté, il y a deux jours (j), a été de vous mander qu'il désire infiniment de vous voir et qu'il vous prie, en quelque lieu qu'il soit, que vous le veniez trouver, d'autant qu'il se veut fier en vous et vous dire des choses qu'autre que Sa Majesté ne vous peut dire et qu'il s'étonne fort que vous ne veniez, remarquant fort bien les jours que le vent est bon, et dit qu'il est extrêmement nécessaire que vous vous hâtiez. Je ne vous puis représenter l'honneur et la bonne chère que mon fils a reçu de Sa Majesté et combien

(i) La cour venait de Fontainebleau: le 21, elle passait à Touryel àArtenay; le 22, elle était à Blois (^Lettres missives de Henri ly)^ s'acheminanl vers la Bretagne.

Louise allait sans doute en Gâtinais, dans sa terre de Château-Renard; voy. dans la Correspondance de la duchesse de Bouillon avec sa sœur M "• de La Trémoille (p. 57) une lettre du 18 octobre de la même année, et Çf in/rà les lettres XC et XCIIl, ainsi que leurs notes.

il a reconnu, par la permission que Messieurs les États lui ont donnée de venir ici un particulier témoignage de leur bonne volonté et de la fiance qu'ils prennent en Sa Majesté, lui fiant ce qu'il voit bien qu'ils tiennent si cher que mon fils. Aussi Sa Majesté m'a-t-elle très expressément commandé de lui ramener incontinent que sa sœur sera mariée, et que, puisque Messieurs les Etats le lui ont envoyé, qu'il veut, le temps qu'il demeurera en France, qu'il demeure auprès de Sa Majesté. Cela me touche un peu de le vouloir mener en Bretagne (i). Toutefois c'est avec promesse qu'il en aura soin comme de son fils et qu'il ne le laissera nullement être en danger et ne laisser d'apprendre là de monter à cheval, parce qu'il aura ses écuyers et ses chevaux auprès de lui.

Une autre incommodité, c'est qu'il me faut lui dresser un équipage pour suivre le Roy, qui me coûtera infiniment et je suis presque au bout de mes finances, étant incroyable la dépense qu'il m'a fallu faire à Paris et qu'il me faut faire en ce voyage long et en la pire saison de l'année ; vous assurant cependant que je ne fais dépense que nécessaire ; mais, c'est une chose étrange, tout est cher, vous vous en apercevrez bien. Je n'écris point à M" de Busenval et de Nassau pour être prête à partir, et n'ai loisir que de vous dire que je suis.

Votre plus affectionnée amie à vous servir,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Orléans, ce 23 de février.

(i) Henri IV, après avoir séjourné à Angers les trois dernières semaines de mars et la première du mois suivant, atteignit Nantes le 1^ avril d'où il ne partit pour la Haute-Bretagne que le 8 mai. C^est pendant ce temps quMl termina à la fois la guerre civile et la guerre étrangère, celle-ci le 2 mai, en ratifiant les préliminaires de paix conclus à Vervins par ses plénipotentiaires avec ceux du roi d'Espagne, celle-là, en signant le 13 avril 1598 le fameux édit dont la révocation, le 7 octobre 1685, devait être l'une des plus avilissantes ignominies du règne de Louis XIV.

A propos de l'édit de Nantes, que les protestants considérèrent comme une trahison de leur ancien chef, qui, disaient-ils, devenu roi de France, faisait

II me faut aller à Châtelleraud faire notre mariage (i). J*ai eu peine à l'obtenir du Roy (2) et M. de la Trémouille s'y est opiniâtre. Eufîn Sa Majesté me l'a accordé, mais cela m'a fort retardé mon voyage.

Original signe', Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

A la reine d* Angleterre.

Fin de juillet 1598.

ADAME, si je faux (3) en osant si souvent importuner Votre Majesté de mes lettres, je vous supplie très humblement d'en accuser ma passionnée affection à votre service qui ne me permet laisser aller M. de Vere (4) sans

litière des intérêts de %&& partisans des jours d'épreuve, remarquons quMl était calqué sur VÈdit de janvier (1562) ; or, qu'on lise les annotations triomphantes dont Théodore de Bèze accompagna le texte de celui-ci, en l'envoyant à Genève {Autog. Arch. de Genève. — Impr. par M. Dardier dans la Revue bistorique, t. XIX, p. 147), et Ton se convaincra que les huguenots avaient fort mauvaise grâce à se plaindre de sa repromulgation.

(1) Celui de sa belle-fille BrabantineavecM. delà Trémoille, qui y fut en effet célébré le 11 mars (P. Anselme, t. IV, p. 171). On observa malignement alors qu'il fut assez longtemps avant d'è're consommé. « Les noces sont faites, mais non du tout consommées s'y étant passées plusieurs jolies contestations », mandait le duc de Bouillon à du Plessis-Mornay (Lettre du 13, impr. dans les Mémoires et Corresp, de celui-ci, éd. in-8", t. VIll, p. 157; elle manque dans l'éd. in-4*'). Pourquoi cette répugnance de la jeune duchesse ? Le champ reste ouvert aux conjectures.

A Châtellerault siégeait alors l'Assemblée Générale des églises Réformées.

(2) Henri avait été froissé de voir le duc de Bouillon s'adresser directement à Maurice de Nassau pour la demande en mariage de Brabantine au lieu de la^ Élire faire par lui comme son suzerain (voy. supràf p. 133, n. 2).

(3) C'est-à-dire Si je commets une faute,

(4) A la suite du traité de Vervins, signé le 2 mai 1598 entre la France et

le prier de rendre toujours nouveaux témoignages à Votre Majesté du désir extrême qui m'accompagne d*être honorée de ses commandements. Que si le ciel se doit fléchir par les fréquentes invocations que je lui fais, je dois attendre que bientôt il vous donnera la volonté de m'en gratifier ; et lors penserai-je avoir atteint le souverain degré de félicité, puisque c'est la principale où j'aspire que mon obéissance fidèle puisse témoigner à Votre Majesté l'absolue puissance qu'elle a sur toutes mes volontés, et qu'en ce sujet elle me fera l'honneur de me reconnoître, Madame, pour Sa très humble et très obéissante servante,

LOUYSE DE COLLiGNY.

Autographe. British Muséum à Londres, fonds Cotton, Galba, D. VII, {<* 103. (G>pie transmise par M. Masson.)

A monsieur mon neveu, monsieur le comte Guillaume de Nassau.

Paris, août 1598.

HONsiEUR mon neveu, si je ne vous écris aussi souvent que je voudrois et que je devrois, n'en accusez pas ma volonté, qui est toujours si disposée à vous aimer et honorer que vous me feriez extrême tort si vous croyez qu'en cette qualité nulle qui soit au monde me pût devancer. Vous saurez de bien particulières nouvelles et du général et des miennes particulières, si vous êtes en Hollande, et par M. de

l'Espagne, Elisabeth avait envoyé le chevalier François Weer aux États-Généraux « pour savoir leurs intentions au sujet de la continuation de la guerre contre leur ennemi commun ». Ceux-ci conclurent une alliance avec la reine et les hostilités, un instant assoupies, reprirent comme de plus belle au mois de septembre entre les Pays-Bas et Philippe II (J. A. de Thou, t. XIII, p. 278 et 269).

Buzenval et par mon maître d'hôtel, et comme votre petit cousin ne sera plus petit quand vous le reverrez ; car il devient fort grand, principalement depuis sa maladie, laquelle a été cause qu'il a perdu beaucoup de temps aux exercices auxquels il a commencé seulement depuis six semaines. Et faut que je vous dise que principalement à monter à cheval, il y profite de telle façon que M. de Pluvinel (i) dit que, .s'il le peut avoir quelque temps, qu'il le rendra un des mieux à cheval qui sortit de longtemps de son école. Monsieur le Connétable (2), Monsieur le Grand et tous ceux qui s'y entendent disent que s'ils ne le voyoient, qu'ils ne croiroient jamais qu'en si peu de temps il eût pu y être si bien. Or tout cet hiver je ne lui ferai point perdre de temps, afin qu'il sache quelque chose lorsque le terme que Messieurs les États m'ont donné sera expiré. 11 se fait fort aimer du Roy et de tous les grands de cette cour. Vraiment il n'est pas croyable l'honneur qu'il reçoit de Sa Majesté. M. le prince d'Orange (3), mon beau-fils, sera ici dans peu de jours, à ce qu'il m'a mandé, qui fait état d'aller à Orange et même y a déjà nommé un gouverneur, qui est un appelé Châlons. Je voudrois fort avoir des nouvelles de Monsieur le prince Maurice, mon beau-fils, devant qu'il (4) fût ici, afin d'être bien instruite de son intention sur ce fait là. Mandez-moi de vos nouvelles, je vous supplie, et me conservez

(1) Antoine de Pluvinel, gentilhomme dauphinois, né en 1555, mort au mois d'août 1620 ; auteur du Maneige royal dont deux éditions (Paris ; in-f>) furent successivement données en 1623 et en 1625 (Lud. Lalanne, Dictionnaire historique de la France^ art. Pluvinel).

(2) C'était le plus forcené chasseur de son temps; son vautrait et sa meute pour chevreuil étaient les meilleurs de France et ne le cédaient pas aux équipages du Roi lui-même (Comte H. de La Perrière, Les grandes chasses au XV!^ siècle ; Paris, Jouaust, 1884, in- 12 ; p. 6). — Il était non moins amateur d'équitation et de chasse au vol que de vénerie; lorsqu'il maria la plus jeune de ses filles, Charlotte-Marguerite, au prince Henri II de Condé, il sollicita du Roi la permission pour Pluvinel n. ci-dessus) de quitter le Louvre quelques jours afin de pouvoir assister à la cérémonie nuptiale (Lettre du Roi au connétable du 16 mai /609, accordant cette autorisation; Lettres miss,, t. III, p. 709).

(3) L'aîné des fils du Taciturne (Voy. suprà p. 5, n. 2). Il venait de recouvrer la liberté après une captivité de trente ans.

(4) // s'applique au prince d'Orange.

votre bonne grâce comme à la personne du monde qui les estime de plus et qui demeurera toute sa vie Votre humble tante à vous faire service.

LOUYSE DE COLLIGNY.

De Paris, ce. . . . d'août ( i ).

Autographe, Arch. de ta Maison d'Orange à La Haye.(G>pie transmise par M. CampbeU.^

A madame de la Trémouille, duchesse de Tbouars.

Vers le 4 novembre 1598.

HÈRE fille, ayant eu des nouvelles de Monceaux (2) depuis avoir fait partir votre laquais, j'ai estimé vous devoir envoyer celui-ci, afin que M. delà Trémoille fût d'autant mieux éclairci, par la lettre que je lui envoie, de l'intention du Roy. Sa présence ici lui servira plus que chose du monde. Au nom de Dieu, conseillez-lui d'y venir, et'en cela ayez plus d'égard à sa fortune qu'à votre contentement. Je sais bien que vous avez le courage assez magnanime pour en cela surmonter

(1) La date est mutilée dans le manuscrit.

(2) Château royal situé dans le canton de Meaux (ancienne Brie Française ; département actuel de Seine-et-Marne). II n'en reste plus aujourd'hui que la belle estampe de Chastillon. La Cour s'y trouvait lorsqu'éclata la seconde guerre de religion (fm de septembre 1567) et elle n'eut que le temps de gagner Meaux pour échapper aux réformés qui avaient comploté de Vy surprendre. En 1 595, cette magnifique résiden ce avait été érigée en marquisat par Henri IV, en fiaiveur de Gabrielle d'Estrées, sa maîtresse, à laquelle il en lit don et qui devait bientôt échanger ce titre contre celui de duchesse de Beaufort. — Au moment où Louise de Coligny écrivait le présent billet à M"« de La Trémoille, Henri IV était auprès de Gabrielle; cf. une lettre du Roi à Sully^ datée du 6 novembre (L. mus., t. V, p. 63).

votre propre volonté. Plus tôt il sera ici et plus tôt il sera de retour auprès de vous.

Monsieur votre cousin (i) s'en va dans deux jours à Rouen, et demain M" le comte d'Auvergne (2) et de Nemours (3), le Grand et d'autre jeunesse vont à Montceaux danser un ballet devant le Roy(4) qui doit, ce dit-on, venir lundi (5) à Saint-Germain- Ma fille, soyez soigneuse que votre bon mari m'apporte mon argent (6), mon horloge et mes pommes de lit, et je serai soigneuse de faire faire ici tout ce que me manderez pour vos couches.

Bonsoir, chère fille, je suis toute à votre service.

Pour signature,

un monogramme formé de deux >. entrelacés.

Autographe, Chartricr de Thouars. — Impr. dans iMtres dt Louise à M™« de La

Trémoille, n<» i.

(1) Le duc de Montpensier^ gouverneur de Normandie. M.

(3) Charles de Valois, fils bâtard de Charles IX et de Marie Touchet, comte d'Auvergne, puis (1619) duc d'Angoulême, né en 1573, mort en 1650, qui composa vers 1630 de courts mais très importants Mémoires pour servir à Vbistoire des règnes de Henri lllei de Henri IV, dont la première édition (Paris, Barbin, 1661, in- 13) a été reproduite dans toutes les grandes collections de Mémoires relatif à l'Histoire de France.

(3) Henri de Savoie, duc de Nemours, fils du lâche suborneur de Françoise de Rohan ; voy. à ce sujet Le duc de Nemours et Mlle de Roban du baron A. de Ruble (Paris, Labitte, 1883, in-8«) et Trois amoureuses au xvi« siècle^ déjà cité, de M. de La Perrière.

(4) A ce ballet assistaient, outre le comte d'Auvergne, le duc de Nemours, Bellegarde et son frère puîné, le baron de Termes, le prince de Join ville (plus tard appelé duc de Chevreuse), fils puîné du duc Henri de Guise le Balafre^ le comte de Sommerive, Annibal de Schomberg, 2« fils du maréchal.

(5) 11 y arriva dans l'après-midi de ce jour (A. miss , t.V, p. 65).

(6) Elle avait fait au duc de la Trémoille, lors de son mariage, un prêt dont la gêne de celui-ci retardait le remboursement. M.

A madame de La Trémouille, duchesse de Tbouars.

Paris, 6 décembre 1598.

*ESTle pied en Tétrier pour aller à Saint-Germain que je vous écris ce mot, remettant par M. de Saint-Cristophe (i) à vous écrire davantage. Nous avons donné ordre à tout ce qui est contenu dans votre mémoire. Je laisse ici mon tailleur pour faire tout ce qui est de son métier. Les tapissiers assurent que ce qui est du leur sera prêt dans peu de jours; de façon que je crois que rien ne vous manquera au temps qu'en aurez à faire. Vous avez beau me dire que désirez que je sois à vos couches, je vous ai mandé la seule occasion qui me retenoit, et y pouviez donner ordre, au moins votre bon mari ; ne l'ayant pas fait, je crois qu'il n'en a point envie, j'en suis bien en colère contre lui, et ne lui écrirai point par dépit, encore que j'aie prou de sujet pour lui écrire, mais ma colère et mon partement soudain m'en empêchent. Je vais me mettre en continuelle prière pour vous. Puisque, présente, je ne vous puis rendre de service, absente, je vous rendrai celui-là, qui est bien le meilleur de tous ; et le cœur me dit que Dieu vous donnera un fils, car tout ce que je fais faire, je dis toujours : Pour le petit, sans y penser ; et ne m'est jamais arrivé de dire : Pour la petite.

Adieu, ma chère fille, Dieu vous donne aussi heureuse délivrance que la vous désire.

(Le monogramme,)

A Paris, ce 6 décembre.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.t no 2.

(i) Gentilhomme delà maison du duc de la Trémoille, et gouverneur de Mauléon-en- Poitou, aujourd'hui Châtillon-sur-Sèvre. M.

A madame de la Trimouille, duchesse de Tbouars.

Vers le 1 5 décembre 1 590.

nHÈRE fille, je suis désespérée de ne pouvoir être à vos couches, que je crois devoir être dans huit jours, et m'imagine que vous donnerez un beau fils à M. de La Trémoille, pour ses étrennes. Non, il est bien certain que je ne lui pardonnerai jamais, ou pour le moins de longtemps, d'être cause que je ne suis pas auprès de vous à heure où je ne crois pas que je vous eusse rendu beaucoup de service, mais je sais bien que Ton est extrêmement aise d'avoir ce que Ton aime et que Ton est assuré d'être bien aimé ; et sans doute si j'eusse eu de l'argent j'y fusse allée. Voulez-lui-en un peu de mal, je vous prie, et le sollicitez d'envoyer un pouvoir pour traiter (i) avec le comte de Fiesque (2), car si ce n'est par ce moyen-là, je vois bien que je ne suis pas encore prête d'être payée.

Faites aussi, ma fille, que ce bon enfant me fasse réponse touchant la terre dont je lui écris, car je veux sortir d'affaire avec M. de La Noue (3), et il n'a point de moyen de me payer qu'en vendant une terre. Il m'a donné la déclaration deChavannes (4), que j'entends que M. de La Trémoille veut avoir. S'il ne laprend, je la prendrai, et crois qu'il me la laissera a 25,000 écus.

(1) Pour un emprunt probablement. M.

(2) François de Fiesque, comte de Lavagne, qui périt sous Montauban (P. Anselme, t. IX, p. 56).

(3) Odet de La Noue, connu jusqu'en 1505 sous le nom de seigneur de Téligny (cf. supràf p. 2, n. 26 et p. 5).

(4) Terre située près de Mon treuil-Bellay, en Anjou, et non loin de Thouars dont elle relevait. M.

Si M. de La Trémoille la veut prendre, on m'a dit qu'il désire que je prisse des rentes de Hollande. Vous n'y avez que 1,000 livres de rente assurée, rachetable de 14,000 francs, que je sais bien que Messieurs les Etats ne sont pas en terme de racheter, car leurs moyens sont fort courts à cette heure. Et quand ils le pourroient, je sais que ce n'est pas leur intention, car ils veulent que vous et les vôtres reteniez toujours ce témoignage de leur libéralité ; et moi je désire aussi que ce que j'ai en France demeure en France, afin que mon fils se ressouvienne toujours qu'il a eu une mère françoise. C'est pour vous dire, ma chère fille, que quand M. de La Trémoille achèteroit cette terre de M. de La Noue pour m'en bailler l'argent.je ne pourrois prendre partie de mon paiement sur ces rentes là. Qu'il me fasse donc réponse, s'il vous plaît, et s'il prendra cette terre ou non ; je lui en envoie la déclaration (1).

Au reste, j'ai dit à M. de Dommarville qu'il vous mande le ballet dont votre petit frère a été et où il a triomphé. Vous aurez les paroles des airs qui y ont été chantés à la première commodité. Je mande à M. de La Trémoille quelque petite brouillerie qui fait que je vais un peu plus rarement que je ne soulois chez Madame, mais toujours je n'y suis point mal; avec M"*' de Rohan (2) aussi bien que jamais. 11 y a mille petites choses qui se pourroient dire. Accouchez vitement, et puis nous envoyez votre bon mari; il apprendra en peu de temps force nouvelles pour vous reporter. Et moi je vous assurerai que je suis toujours cette mère qui vous aime comme elle-même, et qui prie à cette heure continuellement Dieu qu'il vous donne un heureux accouchement.

(Le monogramme,)

Autographe, Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.^ n» 3.

(i) Acte, aussi appelé dénombrement ou aveuy dans lequel sont énumérés par le vassal les droits, domaines et revenus qu'il tient de son suzerain.

(2) Catherine de Parthenay, fille unique de Jean de Parthenay-L' Archevêque, seigneur de Soubise, mariée une première fois au baron du Pont^ qui fut tué à la Saint-Barthélemy au moment où s'instruisait contre lui un procès en impuissance (sur lequel nous demandons au lecteur la permission de le renvoyer à

A madame de La Trimouille, duchesse de Tbouars.

31 décembre 1598.

BA fille, un fils (i)! J'en pleure de joie. Enfin je n'ai point de parole pour vous représenter mon contentement, car il est par-dessus toutes paroles et tous discours. Vraiment vous avez bien de l'avantage sur toutes vos sœurs (2) d'avoir si bien commencé et si promptement. Qyoi, dix jours (3) après être mariée ! Pour certain, je crois que c'est du jour que nous déjeunâmes si bien sur votre lit. Or, Dieu soit loué de quoi vous êtes si heureusement accouchée ! mais je voudrois bien vous avoir vue et ouï ce que vous disiez en vos maux, et désire bien de savoir comment vous vous serez portée depuis. Commandez bien à M"** d'Averly (4) qu'elle me récrive fort particulièrement. Je meurs d'envie de voir ce petit-fils, et comment vos petites mains le manient. Croyez que votre petit frère est bien glorieux d'avoir ce petit neveu, et Monsieur de Bouillon bien en colère de ce que votre sœur ne lui en fait (5).

un très curieux livre de M. Louis Ulbach : Lês inutiles du mariage; Paris,

C. Lév/y 1885 in- 18)^ en secondes noces à René, vicomte de Rohan, dont elle

eut entre autres enfants le célèbre Henri de Rohan (P. Anselme, t. IV, p. aoa).

(i) Henri de la Trémoille, né le 22 décembre 1598 (P. Anselme, t. IV, p. 17a).

(2) « Vous avez emporté le prix de nous toutes, ayant fait un beau garçon, » lui écrivait pareillement Madame de Bouillon le 25 mars 1599 [Lettres de la duchesse de Bouillon à la duchesse de la Trémoille publ . par P. Marchegay ; 1 875 , in-8*, p. 60).

(3) Dans sa précipitation, la princesse d'Orange a substitué le mot Jours au mot mois. Une gracieuse image naît du reste de cette erreur.

(4) L'ex-gouvernante de M"« de La Trémoille. M. Ci suprà, p. 125 et 129. (^)Derunion d'Elisabeth de Nassau et de Henri de La Tour d'Auvergne n'était

Du Vilars (i) a été prophète, car elle m'a toujours dit que vous accoucheriez le propre jour que vous fîtes, et que vous feriez un fils. Elle veut que ce soit elle, et non moi, qui vous envoie les vers qui ont été faits à un ballet (2), qui a été dansé à Saint-Germain, au baptême d'Alexandre Monsieur (3), dont votre petit frère étoit, et des premiers et de ceux qui ont eu plus de louange. M. Dommarviile vous écrira tout particulièrement, et moi je ne vous parlerai d'autre chose que de vous et de vos faits. J'admire que vous m'ayez éait sitôt après vos grands maux et si bien, car jamais vous n'écrivîtes mieux. Je vous garderai cette lettre pour faire honte à celles que vous écrivez en santé ; et finirai cette lettre avec la fin de l'année, car voilà minuit qui sonne le dernier de Tan.

(Le monogramme.)

Autographe, Chartricr de Thoiurs. — Impr. ibid.y n» 4.

issu qu'un enfant^ une fille, Louise, née en août 1 ^96 [Lettres de la duchesse de Bouillon, aux dates du 4 juin et du 4 novembre 1596). (i) Demoiselle d'honneur de Louise de Coligny. M.

(2) « Le grand ballet des étrangers, dont j'étois, faisaut partie de la troupe des Indiens », dit Bassompierre [Joum, de ma vie, t. I, p. 64).

(3) Second fils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, né à Nantes le 19 avril précédent. Reçu chevalier de Malte le !•» février 1604, i^ ^^t bientôt promu commandeur; général des galères de Tordre en 1613, prieur de Toulouse en 1613, il succéda comme grand-prieur de la langue de France à Georges de Régnier- Guerchy en décembre 1618 et mourut le 8 février 1629. Nous tirons ces renseignements d'une notice de M. H. de Curzon parue dans la Bibliotb. de PÉc. des Chartes (i*« livraison de 1886).

A madame de La Trimouille.

Vers le 25 février 1 599 ( i).

E suis si interdite du partement de votre frère (2) que je ne sais ce que je fais. Cela m'a empêchée, depuis que j'ai eu cette nouvelle, d'écrire ni à vous ni à personne, car je ne pense plus qu'au moyen de le faire retourner avec quelque lustre et moyen de servir sa patrie : de façon que je ne parle à cette heure qu'hommes, armes et chevaux; et pour en faire, je vous laisse à penser s'il me faut trouver de l'argent, à quoi me fait extrême besoin celui que me doit votre bon mari. Vous avez intérêt, ma fille, à ceci. C'est pour l'honneur de votre frère, pour le bien de votre pays. Faites donc, je vous supplie, que je reçoive cette partie. Quand vous ne me la devriez point, je m'adresserois à vous en une telle occasion, où il y va de l'honneur et de la réputation de votre cher frère, car Messieurs les États me prient instamment qu'il leur mène une bonne troupe. Je remets à M. Chauveau (2) à en discourir davantage à M. de La Trémoille et à vous. Je vous baise les mains à tous deux.

Le principal regret de votre petit frère est de ne vous pouvoir voir, et son petit neveu, devant partir. Madame (3) part

( 1 ) Et non pas commencement de mars, comme le veut M. Marchegay {hc. cit.) ; voy. la note i de la page suivante.

(2) Les États-Généraux venaient de rappeler Frédéric-Henri de Nassau pour prendre part aux opérations militaires de son frère le prince Maurice. Ciinfrà, p. 150, n. I.

(3) Elle avait épousé le 31 janvier l'héritier présomptif du trône de Lorraine, Henri, duc de Bar.

jeudi (i). Vous n'avez jamais vu tant de regrets de laisser la France (2). M™' d'Angoulême (3) m'attend à dîner, qui me fait finir. Adieu, ma fille.

(Le monogramme.)

Autographe. Chartrier d.* Thoiiars. — Impr. ihid,t n* 5

A madame de La Trémouille.

Fin de mars 1599 (4).

ADAME ma fille, je vous ai écrit il n'y a que deux Jours, par M. deBourron(5), et ce laquais a vu partir Madame et vous en porte des lettres et de votre sœur (6), qui a vu les derniers adieux du Roy et de Madame, qui ont été pitoyables : car Madame s'évanouit en disant adieu au Roy qui

(i) Le 25 février.

(2] Le souvenir du comte de Soissons, son cousin, qu'elle aimait éperdûment et qui la payait de retour, avait bien aussi sa part dans ces regrets de dire adieu à la terre natale.

(3) Diane, tîlle naturelle d'Henri II et de la Piémontaise Filippa Duco^ née en 1538, légitimée en 1553 et mariée à Horazio Famèse, duc de Castro, qui périt la même année en défendant Hesdin, remariée en 1552 à François de Montmorency, fils aîné du connétable Anne, Veuve de nouveau en 1 579, elle fut créée duchesse d'Angoulême par son frère Henri III dont elle demeura le fidèle appui dans la mauvaise fortune (Brantôme, Œuwes complètes, éd. Lalanne; Paris, 1864-1882, Il vol. in-8»; t. VIII, p. 145), négocia sa réconciliation avec le roi de Navarre, et fut souvent consultée par ce dernier, devenu Henri IV. Elle mourut en 1619.

(4) Voy. ci-dessous n. 6.

(^) Gilles de Bourron, gentilhomme du duc de la Trémoille, chargé de ses affaires en cour ; voy. passim. Documents du X^h stècle extraits du Cbartrier de Tbouars,

(6) Cette lettre, en date du 20 mars, est imprimée dans la correspondance précitée de la duchesse de Bouillon, p. 60.

PRINCESSE d'orange I49

pleura fort aussi.. Je me prépare bien aussi à des larmes au par* tement de votre petit frère, dont j'attends d'heure en heure le dernier commandement ; qui est oceasîon que je ne puis le vous envoyer, et vous assure qu'il a extrême regret. M"' de Touteviile (i). M"' de Lucé(2) et M™' de Toury(3) me demandent toujours fort de vos nouvelles. M"' de Lucé dit que vous l'avez oubliée, et je lui fais toujours reproche que c'est elle. Le mariage de M"' de Longueville (4) est près d'être rompu (5); toutefois on est après pour faire qu'il s'achève ; mais la petite M"* de Longueville (6) n'est pas toujours capable de raison (7). Ah I qu'il y a de discours à faire ! Mais d'écrire, point de nouvelles ? Laissez venir votre mari, il en apprendra prou. Je suis si malade depuis deux jours qu'à peine vous puis-je faire ce mot, et n'écris point à votre bon mari, car il faut que je me mette au

(1) Marguerite d'Orléans, fille de feu Léonor, duc de Longueville de son chef et dnSstouteville du chef de sa femme, Marie de Bourbon. On l'appelait la damoiseîle d'EstouteviUe pour la distinguer de sa sœur Catherine (V. ci-dessous n. 4). Née en 1576, elle mourut sans alliance le 13 septembre 1615. (P. Anselme, t. I, p. 320).

(3) Anne de Montafié, fille de Louis, comte de Mon ta fié en Piémont, et de Jeanne de Coême, dame de Bonnétable et de Lucé. Elle épousa, le 16 sep tembre 1601, le comte de Soissons et mourut à Paris le 17 juin 1644 ^P. Anselme, t. I, p. 350).

(3) Françoise de Nouailles, femme de Gabriel de Clermont-Tonnerre, baron de Toury-en-Sologne (P. Anselme, t. VIII, p. 91).

(4] Catherine d*Orléans, dite la damoiselle de Longueville^ sœur aînée de la damotselle d'Estouteville (V. ci-dessus, n. 1). — Le Roi voulait lui faire épouser le duc Henri de Nemours (Lettres d'Henri IV aux duchesses de Nemours et de Longueville du 11 décembre 1598 dans L. miss.f t. V, p. 73-75).

(5) 11 se rompit en effet et M"« de Longueville mourut sans alliance l'an 1638 (P. Anselme, t. I, p. 221).

(6) Catherine, fille de Louis de Gonzague et de Henriette de Clèves, duc et duchesse de Nevers. Elle avait épousé le 28 février 1588 le duc actuel de Longueville, Henri !•' (P. Anselme, t. I, p. 221 et 222).

(7) C'est-à-dire d'entendre raison. — La duchesse douairière vivait encore. La princesse d'Orange semble insinuer que la jeune duchesse essayait de faire avorter le mariage de sa belle-sœur pour assurer sans doute un plus bel héritage à son fils Henri (né le 27 avril 1597 ; P. Anselme, t. I, p. 222).

lit n'en pouvant plus d'une extrême migraine. Au reste, chère fille, je vous ai tant de fois fait mes plaintes, et à lui aussi, de mes incommodités, que je ne saurois faire autre chose, sinon de continuer et vous supplier d'y apporter un remède.

Je vous baise mille fois les mains, faisant vœu inviolable de vous aimer à jamais plus que moi-même.

(Le monogramme.)

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. iWi., n« 6.

LXXXVIII A monsieur de Barnevelt.

Paris, I®' avril 1599.

ONSiEUR, comme M. DommarvUle et le capitaine Bant arrivèrent, mon fils étoit avec le Roy à Fontainebleau (i)Je partis incontinent pour le aller quérir et faire entendre à Sa Majesté le commandement que j'avois de Messieurs les États de le leur renvoyer, je lui parlai aussi combien lesdits sieurs Etats avoient de besoin de l'accomplissement de ses promesses; ce qui fit que Sa Majesté nous retint quelques jours pour voir s'il y auroit moyen que mon fils pût porter avec lui une partie de ce qu'il vous a promis : mais cela n'a pu être, à

(i) Henri IV passa à Fontainebleau les journées des 11-13 février (Lettres missives^ t. V, p. 95-96 et t. VIII, p. 728-729). II ^y était rendu « pour ordonner les bastimens qu'il vouloit y estre faits au renouveau » (Bassompierre, t. I, p. 66) . Il était de retour à Paris le 17 février (L. missives, t. V, p. 96-97); et revint entre le 21 et le 25 mars (Ihid.^ t. V, p. loi et t. VIII, p. 729-730) à Fontainebleau, où il séjourna ensuite jusqu'au 23 avril {Ihid., t. VIII, p. 731). C'était donc dans la première quinzaine de février qu'était arrivé à Paris l'ordre de départ de Frédéric-Henri de Nassau.

PRINCESSE d'orange I^t

cause que le conseil est tout séparé par ces fêtes de Pâques (i). Sa Majesté m'a commandé cependant d'assurer Messieurs les États, et vous en particulier, que pour le 1 3 de ce mois, ou au plus tard pour la fin, il vous envoiera ce que vous dira M. Dommarville. Et me pressoit fort Sa Majesté que mon fils retardât son partementjusques lors, mais, lui remontrant la dépense qu*avoient faite Messieurs les États, lui envoyant des vaisseaux de guerre, et l'incommodité qu'ils recevroient en leur retardement. Sa Majesté lui a accordé son congé. Je le vous renvoie donc. Monsieur, avec prières très ardentes que je fais à Dieu qu'il lui fasse la grâce de rendre ce qu'il doit à la patrie. II en a bien volonté. Il lui reste la capacité que j'espère que le temps et la bonne exemple de son père lui donneront. Je le vous recommande. Monsieur, et vous supplie d'en avoir soin et que par votre moyen il soit maintenu aux bonnes grâces de Messieurs les Etats, particulièrement des États de Hollande, qui sont ses pères et ses protecteurs et entre les mains desquels particulièrement je le résigne (2). Je n'écris qu'à vous. Monsieur, puisque l'arrivée de mon fils fera assez paroître à Messieurs des États l'obéissance que je rends à leurs commandements ; et lui et M. Dommarville vous feront entendre à tout ce que vous désirerez apprendre d'ici. Je vous supplierai, pour la fin, de me conserver en votre bonne grâce et me croire toujours

Votre bien affectionnée à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Paris, ce i" d'avril.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

(1) Pâques tomba cette année-là le 11 avril.

(2) Louise de Coligny acquittait envers la province de Hollande une dette de reconnaissance : c'était là que le Taciturne avait trouvé les plus puissants appuis.

A madame de La Trimouilie.

Paris, 24 avril 1399.

ADAME ma fille, au retour d'un petit voyage que j*ai fait jusques à Vigny (i), où votre petit frère me dit adieu, je fis la cène à Mantes, à Pâques, et de là revenant ici, je trouvai Certon (2) de retour, par lequel je fus extrêmement aise de savoir des nouvelles de M. de La Trimouilie, de vous et de mon petit-fils, qu'il m'a dit être le plus beau du monde ; et encore hier J'en appris par un de votre bon pays, qui m'apporta un mot de votre main, qui me dit que cet enfant est si beau et en si bon point que l'on le prendroit toujours pour un Hollandois, qui est à son opinion la plus belle louange qu'il lui puisse donner. A mon retour ici je trouvai bien du changement par la mort de M"® la duchesse (3); mais ce piteux discours vous aura été fait de tant d'endroits que ce seroit redite de vous en faire un récit sur ce papier. De vous dire aussi comme il ne se parle

(i) Le château de Vigny existe encore non loin de Pontoise. Bâti par les Amboise, il appartenait alors à Charles de Montmorency, baron de Damville, frère du connétable, amiral de France depuis le 15 novembre (P. Anselme, t. VII, p. 906-^7).

(2) Valet de chambre de la princesse d'Orange. M.

(3) Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, morte en couches le 10 avril au matin « après de grands syncopes et des efforts si violents que sa bouche fut tournée sur la nuque du col, et devenue si hideuse qu'on ne la pouvoit regarder qu'avec peine ». Elle avait eu trois enfants du Roi, tous légitimés : César-Monsieur, duc de Vendôme, Alexandre-Monsieur (voy. suprà, p. 146, n. 3) et Catherine-Henriette, qui épousa plus tard le duc d'Elbeuf (Lestoile, Journal dé Henri 11^ y à cette date).

d'autre chose que de marier le Roy, vous le savez (i) ; je vous parlerai donc d'autre chose.

Seriez-vous bien si honnête femme que d'être d'une partie que nous avons faite, Monsieur de Bouillon et moi, d'aller auxbains(2) ce mois de juillet ? Madame de Bouillon s'y trouvera aussi. Je sais bien que vous n'avez point de maladie qui vous y mène, Dieu merci ; mais je sais bien aussi qu'il n'y a rien au monde qui fût meilleur pour la migraine de M. de La Trimouille, et m'assure que vous êtes si bonne femme que vous ne voudriez pas manquei de l'accompagner. Plût à Dieu que cette bonne inspiration lui vînt en l'esprit !

Vous avez tort de vous plaindre de ce que votre petit frère ne vous a point été voir, car il en eu encore plus de regret que vous ; et croyez, ma fille, que, s'il eût été possible, il eût fait ce voyage. Quand vous ouïrez toutes mes raisons, vous jugerez bien qu'il n'a pu ; et faut que je vous avoue que j'ai été surprise en son partement, car je ne pensois pas qu'il dût être mandé si tôt ; et m'a fallu user d'une telle diligence, pour ne faire point attendre les vaisseaux, que je n'ai pas eu loisir de lui faire mille choses qui lui étoient nécessaires. Je n'ai point eu de ses nouvelles depuis son embarquement (3), qui fut il y eut hier huit jours, avec un si bon vent que j'espère que Dieu l'aura conduit heureusement.

Je vous supplie, ma fille, vous ressouvenir de la promesse que vous m'avez faite par Certon, et en solliciter celui à qui vous en avez donné la charge. 11 est bien certain que cela nous a du tout incommodés, votre petit frère et moi. Je n'en veux plus écrire à

(i) Henri IV était en instance auprès de la cour de Rome pour obtenir le divorce de sa femme Marguerite de Valois. La mort de sa maîtresse disait entrer ces négociatio::s dans une phase nouvelle, car la crainte de lui voir donner le rang de reine à Gabrielle, lorsqu'il serait libre, les avait beaucoup fait traîner en longueur. La sentence de dissolution fut rendue le 17 décembre de la même année.

(3) Aux eaux de Fougues; voy. infrà^ la lettre XCI.

(3) A cause de la guerre contre les Espagnols, les communications entre la France et les Provinces-Unies des Pays-Bas ne pouvaient avoir lieu que par mer. M.

M. de La Trimouille, car je vois bien que cela Timportune.

Quant à ce que vous me mandiez pour Isabeau (i), j'étois après pour lui persuader de vous aller trouver, lorsque j'ai su que la vôtre vous avoit promis de demeurer. Je trouvois de grandes difficultés en la mienne, parce qu'elle ne vouloit promettre de demeurer auprès de vous qu'autant que je demeurerois en France; et je sais bien quelle incommodité c'est d'avoir des femmes pour peu de temps et combien ce changement est fâcheux. Après, elle vouloit demander congé à sa mère : somme que je trouvois force difficultés, ce qui m'a fait être bien aise que vous ayez retenu la vôtre. On m'a dit que M^^» d'Averly sera bientôt en cette ville ; je m'en réjouis pour apprendre par elle bien particulièrement de vos nouvelles. Bonsoir, ma fille, je meurs d'envie de dormir, je m'assure que vous aurez autant de peine à lire cette mauvaise écriture que moi la vôtre ; certes, il faut que je vous dise que vous désapprenez tous les jours à écrire. Si vous ne croyez que je suis toute à vous, et que je vous aime plus que ma vie, vous avez extrême tort ; mais amenez ce mari aux bains, pour Dieu ! et aimez toujours la pauvre mère qui vous baise et mon petit cent mille fois. Bonsoir encore un coup, ma fille.

Je n'écris point à M. de La Trimouille, car je vois bien qu'D me veut du mal. Si serai-je, voire quand il ne le voudroit, sa très humble mère.

(Le monogramme,)

A Paris, ce 24 d'avril.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ihid.y n® 7- (1) Fille de chambre. M.

PRINCESSE d'orange I35

A monsieur Rouet, conseiller de M. de La Trimoille, mon fils.

Paris, 30 mai 1599*

HôNSiEUR Rouet, je vous ai ci-devant écrit que la châtellenie, terre et seigneurie de la Mothe de Château- Regnard (i) a appartenu à défunte Marguerite, dame de Bourbon et de Sully-sur-Loire (2), et depuis échue et advenue à défunt sieur Jacques de La Trimoille, seigneur de Bomiers et de Gençay, qui en a baillé au roy Louis Xll% le 21" jour de novembre 1510, aveu et dénombrement, comme étant ladite châtellenie de la Mothe tenue et mouvant en plain fief dudit seigneur Roy, à cause de la châtellenie du haut dudit Château- Regnard. dépendant du duché d'Orléans. Les successeurs dudit défunt sieur Jacques de la Trimoille ont fait bail, dès Tan 1535, à défunte M""'' la maréchale de Châtillon, mon aïeule, d'icelle châtellenie, terre et seigneurie de ladite Mothe, qui à présent m'appartient. Et, pour ce que j'ai besoin recouvrer le sudit aveu baillé en ladite année 1310, ou bien un autre précédent sur lequel il a été dressé, je vous ai prié, comme je fais encore, vouloir faire perquisition au trésor des titres du duché de Thouars s'il s'y en trouveroit quelqu'un pour me l'envoyer; ou bien copie duementcollationnéeà l'original, m'assurant que monsieur de La Trimoille, mon fils, l'aura fort agréable ; et, s'il ne s'en trouve

(i) Pour Château-Renard voir infrà, p. 162, n. 1.

(2) Sully-sur-Loire, en Sologne (ch.-l. de c. de Tarr. de Gien, Loiret), baronnie tombée par héritage dans le domaine des La Trémoille; elle y resta jusqu'en 1602, époque où Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, l'acheta; il la fit, en février 1606, ériger en duché-pairie, et en prit dès lors le titre sous lequel il est le plus connu dans l'histoire (P. Anselme, t. IV, p. 206).

aucune chose audit trésor et qu'il y ait des titres et papiers a Sully, faire écrire mondit sieur fils à ses officiers qui en ont la charge d'y faire pareille recherche et me secourir de tout ce qui s'y trouvera qui me peut servir. Sur l'incertitude où est M. de Bourron que la dépêche où étoit ma première lettre n'ait surgi bon port, j'ai pris occasion vous faire cette recharge, pour fin de la quelle prierai Dieu vous donner, Monsieur Rouet, en santé, ce que désirez.

A Paris, le 30° mai 1599.

Votre affectionnée amie,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé, Chartrier de Thouars.

A madame de La Trimouille.

Fougues, juillet (i) 1599.

HADAME ma fille, j'arrivai hier au soir en ce lieu de Fougues (2), où j'ai trouvé Monsieur et Madame de Bouillon (3) et leur petite (4), qui est la plus belle et la plus jolie qu'il est possible. Au reste elle m'a prise en une amitié si grande que j'en suis extrêmement glorieuse, car ils disent tous qu'elle n'a jamais caressé personne que moi. Elle ne fait plus cas

(1) Cf lettre LXXXIX et, ci-dessous, la note 3.

(2) Bourg du Nivernais (auj. ch.-l. de c. de l'arr. de Nevers, Allier), célèbre par ses eaux minérales^ favorables au traitement de la gravelle et des maux d'estomac.

(3) « M. le maréchal de Bouillon part aujourd'hui pour les eaux de Fougues », écrivait François vErssens aux États Généraux le 25 juin 1^99 d'Orléans {Lettres et nègoc, de Bu^enoal et d'j^rssens).

(4) Louise dont elle était marraine; Voy. suprà, p. 145, n. 5.

de père ni de mère ; il n'y a que sa grand'maman. Cela est si violent que j'ai peur qu'il ne dure pas; je ferai bien pourtant tout ce que je pourrai pour conserver sa bonne grâce.

J'ai trouvé que l'onvous faisoit cette dépêche. Monsieur de Bouillon m'a dit tant de bien de vous qu'il n'est pas possible de plus, et m'a tant représenté l'extrême contentement que vous possédez que je meurs d'envie de vous y voir; et serois de la partie pour vous aller trouver là où Madame de Bouillon vous doit voir, si des affaires d'importance ne merappeloient à Paris au commencement d'août, à quoi je ne pourrois manquer sans un notable préjudice. Mais si faut-il bien, ma fille, que nous trouvions moyen de nous voir. N'y auroit-il point de moyen que vous puissiez venir faire vos secondes couches à Sully, là où je vous irois servir de garde, mais je ne me l'ose promettre, tant je le désire ; et toutefois, si vous étiez bonne fille, vous donneriez ce moyen-là à votre mère, qui vous aime et vous chérit de toutes ses affections et est plus à votre service qu'elle ne vous peut dire. Monsieur de Bouillon dit que votre fils ressertible à sa fille. C'est imagination, car il ne l'a pas vu. Ma fille, je n'ai encore nulle assurance pour cet argent que vous savez. Je vous supplie d'y mettre ordre, vous ne croiriez pas combien cela m'incommode. Je ne m'en prends qu'à votre bon mari et non pas à vous, mais je vous supplie, ma fille, d'y pourvoir ; et me tenez en votre bonne grâce, et m'aimez comme

Votre humble et très affectionnée mère à vous faire service.

{Le monogramme.)

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid., n« 8.

XCII(l)

A monsieur de La Trimouille, duc de Touars.

Paris, 27 août 1599.

BOUS me voulez mal,car vous ne m'écrivez plus, Monsieur mon cher fils. Si (2), auriez-vous tort, car croyez que vous avez une mère qui vous aime et honore de tout son cœur. Aussi n'ai-je pas cette croyance quelque chose que je die : je vivrois trop misérable.

Que vous êtes sage en Poitou d'avoir fait recevoir rédit(5). Ce fut une des premières choses que le roi me dit à mon retour de Fougues. Cela a fort facilité une affaire que je poursuivois ici que j'ai achevée heureusement, Dieu merci. C'étoit pour avoir un arrêt de la cour de parlement pour faire ôter et rayer des registres de ladite cour ce méchant et abominable arrêt qui fut fait après la Saint-Barthélémy, contre feu Monsieur l'amiral, mon père (4). Je suis à cette heure après l'exécution. Je n'ai jamais vu de plus honnêtes gens que tous ces messieurs-là et m'ont tous dit qu'il

(i) Lettre très mutilée; nous mettons entre crochets nos restitutions de mots ou de syllabes.

(2) Tour elliptique pour si oui,

(3) Les parlements opposaient en efîet une grande résistance à l'enregistrement de redit de Nantes : Woy,J^aroIes que U Roy a tenues a Messieurs de la cour du parlement (de Psltîs) le l^II février t^^p (Z..f»M5.,t. V, p. 89^ Réponse du Roy à Messieurs les députés de Bordeaux faite à Saint-Germatn-^n-Laye le ^ de novembre i^pp, pour la vérification de Pédit (Ibid., p. 180 et 181) et Réponse du Roy aux depputés de Tbolose le même jour sur le même sujet (Ibid.,., p. 181 et 183), etc. Cf les Œconomies royales.

(4) Cet arrêt est impr. dans Du Bouchet (Pr. de Vbist, de la maison de Coligny, p. 558); les lettres patentes, prescrivant sa radiation (Ibid,, p. 571 et $72), portent la date du 10 juin 1599, et le procès-verbal d'entérinement de celles-ci {lbid,j p. 572 et 573), celle du 22 août.

ne fût jamais rien fait en leur assemblée où tous d'une voix ils aient consenti plus gaiement. Je les en fus tous remercier hier, dont je revins si tard que j'en ai rapporté un grand rhume et une bonne fièvre, qui me tient à l'heure que je vous écris.

Que de nouvelles, que d'histoires, cher enfant ! Mais il faudroit des volumes pour les réciter. La belle Entrague (i) m'a priée de vous mander qu'il n'y eut jamais prophète, si vous ne l'êtes. Au reste elle dit bien que si sa faveur vous peut apporter quelque service que vous en pouvez bien faire certain état. Elle se gouverne fort sagement. Nous étions un nombre de dames comme M™* d'Angouléme, Madame la Princesse, M"" de Rets (2), la marquise de Maignelais (3) et moi qui étions toujours en tous les festins où elle s'est trouvée avec le Roy. M"*" de Laval (4) y a aussi été, qui dit que s'il vous plaît envoyer ici pour aviser aux affaires que vous avez ensemble,qu'elle est toute prête.

(1) Henriette de Balsac, fille de François, seigneur d'Entragues, et de sa seconde femme Marie Touchet, l'ex-maîtresse de Charles IX dont elle avait eu le comte d'Auvergne (P. Anselme).

« La racine de mon cœur est morte : elle ne rejettera plus », avait écrit Henri IV à sa sœur après la mort de Gabrielle (Z.. miss., t. V, p. 112). Mais « ceux qui ne s'enlretenoient auprès de lui qu'en le servant es plaisirs et voluptés lui louèrent tellement les beautés, gentil esprit, cajoleries et bons mots de M"* d'Antragues qu'ils lui firent venir l'envie de la voir et puis de s'en servir y^(Œc<momùs royales, chap.xai). Bassompierre (t. 1, p. 73-75) décrit très vivement la passion du Roi, sans cesse sur les traces de sa nouvelle idole « jusques en septembre (lisez octobre; ^-Lettres missives) où il en jouit » ; ajoutons que celle-ci avait du reste tout fait, d'accord avec sa famille, pour attiser la flamme de Henri IV et mettre à sa chute le plus haut prix possible : ce fut une somme de 100,000 écus et en outre une promesse de mariage, si elle devenait grosse sous six mois et accouchait ensuite d'un garçon (impr. ap. Lettres miss,, t. V, p. 226, note), qui la décida.

M. de La Perrière prépare la biographie de M^^" d'Entragues, « la mauvaise maîtresse », comme l'appelait Sully.

(2) Claude-Catherine de Clermont, femme de Albert de Gondi, duc de Retz, l'un des instigateurs de la Saint-Barthélémy (P. Anselme, t. III, p. 890).

(5) Anne Chabot, fille de l'amiral de Brion, femme de Charies de Hallwyn, marquis de Maignelais, seigneur de Piennes, créé duc de Hallwyn par brevet de 1581 (P. Anselme, t. III, p. 913).

(4) Anne d'Allègre. Voy. suprà, p. 81, n. 2.

lÔO LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

Vous savez bien que le maréchal de Fervaques (i) lui fait bien fort les doux yeux, mais je dis à bon escient, et la sert et Taccompagne en toutes ses sollicitations. Si ses yeux n'ont d'autre vue que les miens, il ne lui sera pas fort agréable, car pour moi il me donneroitde la peur plutôt que de Tamour (2). Monsieur le Prince, votre beau-frère (3), a passé ici et je l'y attends de retour aujourd'hui. Il y a une belle fille qui voudroit bien l'attraper. Mandez-moi si vous devinerez bien qui elle est (4). Que M"" de Fontaine (5) et la Grande (6) me font pitié (7). Vous feriez bien de leur écrire. Votre petit frère se portoit bien il y a trois semaines. Vous pouvez dire qu'il fait bien du galant. Que la mort du petit Monglat (8) me donne d'appréhension!

(1) Guillaume de Hautemer, comte de Grancey, baron de Mauny, seigneur de Fervaques, maréchal de France depuis 1595. Il avait combattu aux journées de Renty (1554), de Saint-Quentin (557), de Graveline (1558), de Dreux (1^63), de SaintOenis (1567), de Moncontour (1569), aux sièges de Paris (1590) et d'Amiens (1594) et s'était, Tun des premiers, mis en 1574 du parti des politiques (P. Anselme, t. VII. p 395).

(2) Le mariage eut pourtant lieu la même année (Ibid.^ p. 395). Dès 1596, du reste, le bruit courait qu'elle avait le dessein de convoler en secondes noces (Lettre de Du Plessis-Momay à Buzenval du 3 mai de cette année Mém. et corresp, de D, Mornay; éd. in-4'', t. II, p. 656 ; éd. in-S", t. VI, p. 417).

(3) C'est-à-dire le prince d'Orange, Philippe Guillaume ; cf suprà, p. 39, n. 3. — Il ne parut dans les Pays-Bas qu'en 1609 après la conclusion entre ceux-ci et l'Espagne de la trêve de douze ans et ne jouit jamais d'aucun aédit auprès des États-Généraux (Du Maurier, Mém. pour servir à Pbisf, de Hollande, p. 206).

(4) Serait-ce Éléonore de Bourbon-Condé, nièce de M. de La Trémoille, qu'il épousa plus tard ?

(5) Anne de Bueil, fille de ce noble comte Louis de Sancerre qui avait en juillet-août 1544 défendu Saint-Dizier contre les Impériaux (consulter sur lui l'ouvrage posthume de Charles Paillard, Uiftvasion allemande en 1344; Paris, Champion, 1884, in-S^*). Elle avait épousé son cousin éloigné. Honorât de Bueil, seigneur de Fontaines ; sa sœur, Jacqueline, était la femme du sieur de Chéronne cité précédemment (P. Anselme, t. VII, p. 851).

(6) Anne de Bueil, fille du sieur de Fontaines (note précédente), mariée en 1596 à Monsieur Je Grand, Bellegarde (P. Anselme, t. IV, p. 307).

(7) Jacqueline de La Trémoille, mère de la première, grand'mère de la seconde, qui mourut, dit le P. Anselme (t. IV, p. 169), en 1599.

(8) Il s'agit sans doute de Gaspard, fils de Robert de Harlay, baron de

PRINCESSE d'orange i6|

Mais j'espère que Dieu [me le gardera et qu'il me fera] la grâce, Monsieur mon fils, de vous rendre [autant de services que j'en ai la] volonté. Je baise très humblement vos mains.

{Le monogramme,)

Quand il vous plaira vous souvenir de moi, vous m'obligerez foit. Vous savez bien ce que je veux dire (i). A Paris, le 27 d'août.

autographe. Chartrîcr de Thouars.

Montglat, et de Françoise de Longuejoue, « mort jeune » d'après le P. Anselme (t. VIII, p. 202).

(1) Ci suprà, p. 141, n 6.

xcm

A madame de La Trimouille, duchesse de Tbouars.

Château-Renard, 39 octobre 155^.

'aimerai toute ma vie davantage cette belle demeure de Château-Renard (i), puisque, contre mon espérance, chère fille, j'y ai reçu de vos nouvelles. J'en ai de l'obligation à M. de Moulinfrou (2) qui a eu le soin, incontinent qu'il a été arrivé chez lui, d'envoyer exprès vers moi pour m'envoyer vos lettres et me mander de vos nouvelles, qui ne pouvoient arriver en meilleure saison qu'à cette heure que je viens d'en

(1^ Château-Renard en Gâtinais (ch.-l. de c. de Tarr. de Montargis, Loiret) avait eu ses seigneurs indépendants jusqu'en 1078. A cette date, la seigneurie s'était divisée en deux, Tune, dite ïé Haut Château Renard, avait, après plusieurs transferts successifs, passé dans le domaine royal sous Philippe V, et, quand Philippe VI avait constitué le duché d'Orléans en apanage pour son second fils, y avait été rattachée ; puis, redevenue sous Louis XII, ci-devant duc d'Orléans, châtellcnie royale, avait été engagée par François !«' au maréchal de Coligny-Châtillon, père de l'amiral, en 1522; l'autre, appelée le Bas-Cbâieau'Renard ou La Motte-Cbâteau^Renard, après avoir appartenu aux Courtcnay, aux Sully et aux La Trémoille, avait été achetée de ceux-ci par Louise de Montmorency, mère de l'amiral de Coligny, en 1552. Les deux parties de la seigneurie primitive de Château-Renard s'étaient ainsi trouvées réunies après quatre siècles et demi de séparation.

Confisquée sur Gaspard de Coligny après la Saint-Barthélemy et donnée en usufruit à Catherine de Médicis par lettres patentes de Charles IX en date de février 1 573, la terre de Château-Renard fut restituée à la succession du grand martyr sous Henri 111 et devint en 159^ la part de Louise de Coligny dans son héritage.

(A. Petit, Notice sur Cbâteau-Renard ; Orléans, Gâtincau, 1864, in-8*; suprà, lettre XC).

(2) François de La Trémoille, frère bâtard du duc, baron de Baumszeau, et chevalier de Saint-Michel (P. Anselme, t. IV, p. 170).

PRINCESSE d'orange \6}

recevoir une qui m'afflige un peu. C'est qu'en ayant des lettres de votre bon pays, par lesquelles on m'assure que vos frères se portent fort bien, on écrit à une de mes femmes qu'un des laquais de votre petit frère est mort de peste. Vous savez qu'il n'en faut pas tant à mon appréhension pour me donner bien de la peine, mais je me fie que Dieu gardera ce que nous aimons. Il est bien certain que je ne pouvois recevoir rien qui me consolât davantage en cette affliction ici que vos lettres, qui m'apprennent que vous et notre petit mignon vous portez bien. Dieu sait, mon cœur, combien je me souhaiterois à la naissance de ce qu'avec l'aide de Dieu vous mettrez bientôt au monde; mais il m'est impossible pour des affaires qui m'appellent à Paris, incontinent après cette Saint-Martin (i), que je ne pourrois négliger sans une notable perte. J'ai pris ce peu de temps pour en venir faire quelques-unes ici, et donnerai jusqu'à la maison de ma cousine la marquise de Mirebeau (2), qui est à deux journées d'ici (3), où je trouverai mon frère et ma belle-sœur (4), le marquis, la marquise et leur fille (3). Je partirai le lendemain de la Toussaint pour y aller et ne serai que huit jours, si Dieu plait^ en tout mon voyage, pour incontinent m'en retourner à Paris, où j'ai laissé votre bon et cher mari, qu'il faut bien que je vous dise que j'aime mieux que je ne fis jamais, pour tant de démonstrations d'amitié qu'il m'a fait paroître, et surtout en l'honneur qu'il m'a fait de vouloir que je soie témoin au nom que portera mon petit-fils : de quoi je me suis déjà réjouie avec vous par une lettre

(i) Le II novembre.

(2) Anne de Coligny (voy. suprà, p. 81, n. 1) avait épousé, en 1594, Jacques Chabot, marquis de Mirebeau, petit-fils de l'amiral de Brion (P. Anselme, t. vu, p. 573 et 574>

(3) Le château de Tanlay (canton de Cruzy, arr. de Tonnerre, Yonne). — Tout dernièrement M. Petit a communiqué à la Société des Antiquaires de France^ dans sa séance du 16 juin, un mémoire manuscrit daté de 1567 relatif à sa construction.

(4) Charles de Coligny, marquis d'Andelot, déjà cité à plusieurs reprises, et Huberte de Chastenay qu'il avait épousée le 7 février 1595 (P. Anselme, t. VU,

(5) Catherine Chabot (voy. ci-dessus n. 4).

que je vous écrivis à mon partement de Paris, où il m'a retenue contre ma volonté plus de quinze jours ; mais qui pourroit résister à ses prières quand il veut quelque chose?

Ce qui me le fait aimer plus que tout, c'est l'extrême amour qu'il vous porte; car c'est chose certaine qu'il est passionnément amoureux de vous. Je m'étonne de ce que vous dites qu'il y a si longtemps que n*avez eu de ses lettres, mais à cette heure je sais bien que vous en aurez reçu, et qu'il n*aura pas failli à vous mander la bonne chère que lui fait le Roy, et le commencement de témoignage qu'il lui a rendu de sa bonne volonté. Je hâterai le plus que je pourrai mon voyage, afin de le retrouver à Paris, car si j'y faux il ne me le pardonnera jamais. Vous ne croiriez pas combien il est en colère de ce voyage que je vais faire en Bourgogne : nous en avons eu mille querelles, mais de ces querelles que vous savez. 11 est fou de son fils et nous a souvent conté, à M. de Montpensier et à moi, les caresses qu'il avoit faites à madame sa femme (i), qui arriva à Paris deux jours après que j'en fus partie. 11 y a aujourd'hui quinze jours que je laissai cette grande cité, de façon que ce que je vous en pourrois mander seroit vieilles nouvelles, et aussi que vous en aurez eu de Paris depuis que j'en suis partie.

Je finirai donc après vous avoir un petit tancée, chère fille, de ce qu'il semble que vous eussiez eu doute de mon amitié. Non, croyez, mon cœur, que si rien au monde est ferme et stable, que c'est la parfaite amour que je vous porte. Les paroles, et même dites sur ce papier, sont de trop foibles témoignages pour vous en donner assurance; mais votre bon naturel, je m'assure, vous le persuade, et mes effets et mes services vous le feront toujours paroître. Baisez bien ce petit mignon pour moi. Je m'assure que vous l'aimerez encore davantage de ce qu'il ressemble à ce petit oncle. Je m'imagine qu'il sera une aussi bonne pièce que lui, puisqu'il commence déjà à imiter ses petites opiniâtretés.

Le Roy avoit donné charge à ytrssen (2), qui y est allé faire un

(«) Henriette-Catherine, fille unique et héritière du maréchal-duc Henri de Joyeuse, mariée le 15 mai 1597 au duc de Montpensier.

(2) François d'ytrssens, greffier des États Généraux, ambassadeur des

PRINCESSE D^ORANGE l6^

voyage, de prier Messieurs les États, de sa part qu'il pût venir ici cet hiver, mais on me mande qu'il n'y a point d'apparence qu'il puisse obtenir ce congé. Cela, avec cette autre fâcheuse nouvelle de ce laquais, ne me réjouit guère. Vos frères sont encore à la campagne, mais ils doivent être à La Haye à la Toussaint, qui sera dans deux jours.

Ma fille, je suis plus à vous qu'à moi-même. Je vous écrirai à mon retour de Tanlay.

Je pensoisque vous aviez reçu cette boîte qu'un de mes laquais vous apporta dès que je revins de Fougues ; mais il me vient de dire qu'il avoit charge de M"° d'Averly de l'envoyer en vos mains propres, sans qu'elle tombât en celles de M. de la Trémoille, de façon qu'il l'avoit gardée jusques à cette heure, de quoi je l'ai bien tancé.

{Le monogramme,)

A Château-Renard, ce 29 d'octobre.

Autographe. Chartricr de Thouars. — Impr. ibid,, n» 9.

Pays-Bas en France en 1398 et 1399, « le plus dangereux esprit que les Provinces-Unies ayent jamais porté, dit du Maurier (/. c., p. 376), et d'autant plus à craindre qu'il cachoit toute la malice et toute la fourbe des cours étrangères, sous la fausse et trompeuse apparence de la franchise et de la simplicité hollandoise ». — Groën Van Prinsterer s'est efforcé de le réhabiliter (/^rri&. delà Maison d'Orangâj 2* série, t. 111, préface, p. XLll-CXXlX).— Cf les Lettres et tiégoc. de Bu^enval et d*Aerssens précitées.

l66 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

A madame de La Trimouille, duchesse de Tbouars.

Seconde semaine de décembre 1^99.

Hous m'avez donc fait une petite fille (i^! Mon Dieu, que je m'imagine qu'elle est jolie, et vous trop brave d'avoir écrit soudain après avoir eu tant de mal à ce cher mari qui est si glorieux d'avoir fils et fille que Ton ne dure plus à lui. Au reste, croyez que, si vous l'avez désiré en vos grands maux, il s'y est bien souhaité, et que, s'il eût été en sa puissance^ il ne vous eût abandonnée ; mais je m'assure que vous ne voudriez pas qu'il eût laissé ici ses affaires imparfaites pour votre particulier contentement.

Tout bonheur lui est venu à la fois, car le lendemain qu'il a eu la nouvelle de la naissance de sa fille, il a été reçu pair en la cour de Parlement (2), là où il a été accompagné de toute la maison de Lorraine (3) et de tous les seigneurs de cette cour. Et chose qui ne fut jamais, des dames y ont assisté. M"""* de Retz, les marquises de Maignelais et de Noirmoutier (3), M*** de Fontaines et moi y avons assisté : je dis séantes dans le parquet, auprès des gens du Roy. Au partir de là, il fit un fort beau festin à la compagnie, mais je vous dis très beau, où rien ne fut oublié: vous connoissez ses curiosités. Je vous réponds que toute la

(i) Charlotte, dont il sera souvent parlé ci-après.

(2) Le 2 décembre, en vertu de lettres de session du 3 juin précédent (P. Anselme, t. IV, p. 158).

(3) Les ducs de Guise, de Mayenne, d'Aumale, etc., tous issus de Claude, comte, puis duc de Guise, y fils du duc René II de Lorraine, établi en France dès l'enfance. Le marquis René de Bouille a composé l'histoire de cette illustre branche cadette sous le titre de Les ducs de Guise (Paris, Amyot, 1849-1850, 4 vol. in-8), auquel nous renvoyons.

PRINCESSE d'orange 167

compagnie est extrêmement édifiée. Au demeurant, il se gouverne de façon qu'il se fait aimer à tout le monde, et, miracle de ce temps, il n'a point encore eu de brouillerie, de façon que la vérité est qu'il se fait aimer et admirer. Pour moi je vous avoue que je l'aime mieux que je ne fis jamais, et vous estime la plus heureuse femme du monde, car vous avez un des plus honnêtes hommes du monde, de qui vous êtes parfaitement aimée. Et avez raison de croire qu'il n'a point d'amour, car il est certain qu'il n'en peut avoir que pour vous ; et moi, mon cœur, qui meurs d'envie de vous voir avec le petit peuple, que je baise, et vous, en imagination un million de fois. J'eus hier des nouvelles de votre petit frère, qui se porte fort bien. Dieu merci.

Adieu, ma mignonne. Votre bon mari est présent, qui me fait veiller et enfin qui fait de moi ce qu'il veut ; mais il est si tard que je ne peux faire réponse à M"° de Moulinfrou (i) et ne sais plus ce que je dis.

{Le monogramme).

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid., no 10.

(i) Jeanne de Cugnac, sœur du baron d'Ymonville (P. Anselme, t. IX, p. 170); pour son mari yoy.supràj p. 162, n* 2. — Mr* Marchegay et Imbertont publié dans les Lettres miss, du xvi* siècle extr, du Cbartr, de Tbouars une lettre de M. de Moulinfrou du 6 mai 1570 (n" 15») et une de M"« de Moulinfrou de mars 1595 (n» 267).

"mm

A madame la duchesse de La Trémoille.

Paris, 7 juin 1600.

OS lettres m'ont encore trouvée ici, désespérée de ce que cette mauvaise maison (i) est en si mauvais état que je n'y puis aller de trois semaines. II faut faire refaire tout le bas du logis, à cause qu'il y a eu tout cet hiver du bétail qui Ta tellement gâté et empuanté que c'est pitié. Mais je nesais si cette lettre vous trouvera à Thouars. Que je porte envie à ce petit voyage que vous allez faire, où je voudrois bien faire le tiers ; mais je le regretterai moins si vous ramenez la compagnie à Thouars, où je ne faudrai de me trouver au temps que vous l'ordonnerez.

Mon Dieu, chère fille, que je pris de plaisir hier à ouïr raconter les louanges de votre petite famille. Ce fut le sieur Pataudrière (2), que vous avez vu en Hollande, qui m'en entretint une bonne heure, et surtout me dit que votre fille seroit une des plus belles de France. Votre petit frère a été bien malade d'une . grande fièvre qui l'a pris par trois fois, et par ses opiniâtretés de Nassau que vous connoissez, car il ne se vouloit garder en façon du monde. Si j'eusse su son mal tel qu'il a été, il n'y eût rien eu qui m'eût pu empêcher de passer la mer.

Le Roy est sur son partement, mais le jour encore incertain. M"* d'Entragues, qui est mieux avec lui que jamais, a été un

(i) La gentilhommière de Lierviîle (c"« de Verdes, c*" d'Ouzouer-Ie-Marchc, arr. de Blois, Loir-et-Cher), dont elle avait hérité de son premier mari Téligny.

(2) Gentilhomme au service des États Généraux, probablement fils de ce seigneur de Veniers (près Loudun) que Varillas accuse dans sa VU de Charles IX d'avoir fait tuer, lors de la Saint-Barthélemy, le trésorier du Poitou N. La Prune pour avoir sa charge, et auquel Scévole de Sainte-Marthe avait dédié en 1573 le second volume de ses œuvres (Voy. Dreux du Radier, Bibliothèque historique et critique du Poitou; t. V, p. 185).

peu malade ces jours-ci, et craignoit-on qu'elle accouchât. Ça été la peur d'un extrême tonnerre qu'il fit il y a quelques nuits qui lui a causé son mal ; à cette heure elle se porte bien (i). Ce tonnerre tomba en deux lieux dont mon logis est au milieu. Je vous laisse à penser quels furent mes effrois. Le Roy en fait des contes et me fait dire mille choses à quoi je ne pensai jamais. 11 ne fut guère moins effrayé que moi, quelque mine qu'il fasse. A la vérité ce fut une chose épouvantable ; et a-t-on remarqué que huit jours auparavant il étoit tombé sur Notre-Dame, où Monsieur d'Evreux (2) avoit prêché, et ce jour-là à Saint-Germain (3), où il avoit aussi prêché : de façon que l'on dit que ce tonnerre étoit huguenot (4).

je finis pour aller mener la duchesse de Brunswick chez M"* la princesse de Condé, qui demeure à cette heure en cette ville, et Monsieur le Prince aussi (5), qui est le plus joli qui fut jamais.

Adieu, ma fille, je suis toute à votre service.

Je n'ai point encore reçu ce que vous savez. S'il vous plaît d'en parier à Monsieur de Bouillon ou lui en écrire, vous m'obligerez, caria vérité est que je suis incommodée pour la quantité d'argent qu'il me faut mettre à cette maison.

M. de Fervaques se meurt ou est mort (6). Sa femme (7)yest

(1) Ce ne fut que partie remiie. A la date de juillet, on lit dans le Journal de Henri IV de Lestoile : « Au commencement de ce mois, la foudre est tombée dans la chambre de ladite dame dont elle a été si effrayée qu'elle est accouchée d'un enfant mort. »

(a) Jacques Davy du Perron, né en 1556. C'était lui qui avait instruit Henri IV dans le catholicisme et le réconcilia ensuite avec le Saint-Siège. Il devint cardinal en 1604 et mourut le 5 septembre 1618. Ses Œuvres complètes renfermant des traités de théologie, des poésies et ses Ambassades — celles-ci réimprimées à part deux fois, 1629 et 1633 — furent publiées en 1633 par son neveu et successeur au siège épiscopal d'Évreux, en 3 vol. in-f^.

(3) Paroisse du Louvre.

(4) Du Perron était fils d'un ministre protestant.

(5) Henri 11 de Bourbon, né le !•' septembre 1588.

(6) Ce n'était qu'une fausse alerte. Fervaques ne mourut qu'en 1613, après avoir vu son comté de Grancey érigé en duché (P. Anselme, t. VII, p. 393).

(7) Anne d'Allègre; voy. suprà^ p. 81, n. 3 et p. 160.

allée en une grande diligence. II y en a bien après pour succéder à ses gou vernemens, qu 'elle pensoit qui fussent assuré pour son fils ; mais le Roy m*a dit ne lui avoir jamais promis. Je pense que ce sera Monsieur le Grand qui les aura, au moins une partie. A Paris, ce 7 de juin.

(Le monogramme.)

Autograpbe. Chartricr de Thouars. — Impr. ibid., n» ii.

A madatne de La Trimouille, duchesse de Tbouars.

Lieville, 11 octobre 1600.

H'ai retins (1) votre laquais plus que je ne pensois, ma chère fille, parce que j'attendois des nouvelles de vos frères et que je savois bien que cela vous rendroit sa venue doublement agréable ; mais j'ai été frustrée de mon attente, car voilà des dépêches que j'attendois de Paris par lesquelles j'en pensois apprendre, et on me mande qu'il n'en est point venu : de façon que je n'en espère que par le retour du sieur de Beaumont (2), que j'y ai dépêché il y a six semaines. J'attribue cela au vent, qui a toujours été contraire, et n'excuse pas pourtant la paresse de delà la mer, car elle y est très grande. Mais il me semble que votre bon mari n'est pas aussi bien fort diligent, de ne vous avoir rien mandé depuis qu'il est aux bains (3). Je crois qu'ils lui profiteront, car j'entends que c'est un souverain remède.

( I ) Sic pour retenu,

(2) Gentilhomme de la princesse d'Orange. M.

(3) Ceux de Barbotan (commune du canton de Cazaubon, arr. de Mirande, Gers), très efficaces contre les affections goutteuses et rhumatismales. Cf une lettre de Henri IV à Sully du 16 octobre 1601, I. tnfss.j t. V, p. 501.

Dieu veuille qu*il en revienne bien sain. J'attends en grande dévotion le laquais que j'ai envoyé à Turenne (i), et crois qu'il repassera à Thouars pour me rapporter encore des nouvelles de toute la petite famille. Je ne vous puis résoudre, ma mignonne, du temps que J'aurai ce contentement de l'aller voir, parce que cela dépend de ce que me manderont ces bons beaux-fils, car eux et vous disposez de moi pour cela et pour toute autre chose.

je suis si empêchée en mon nouveau ménage que vous ririez si vous me voyez. Je m'en vais lundi commencer à faire vendanges. Je suis aussi affectionnée à mon jardin que vous m'avez vue à celui de La Haye, mais, quoique je fasse, je ne rendrai jamais cette maison agréable, car je n'y ai ni bois ni eaux ; aussi, si j'en puis tirer mon argent, aimerois-je bien mieux en avoir une autre. J'ai eu mon frère qui y a demeuré des jours, mais il s'en rêva demain trouver sa femme, qui croit être en pareil état que vous ; toutefois elle n'a point encore senti bouger son enfant. Je ne vous mande point de nouvelles, car à cette heure que je suis aux champs je n'en apprends pas beaucoup. Seulement viens-je d'apprendre, par des lettres de Paris, que la Reine (2) sera à Lyon à la fin de ce mois. Les dames en sont parties pour aller l'attendre à Marseille.

Ma chère fille, aimez toujours votre mère, qui vous chérit et vous aime toujours à l'égal de soi-même. Croyez-le, ma mignonne, et que je suis tout entièrement à votre service. Baisez mes enfans pour l'amour de moi : il me tarde tant de les voir que j'en meurs.

(Le monogramme,)

C'est à Lierville, l'onzième d'octobre.

Autographe, Chartricr de Thouars. — Impr. ibid.^ n* 12.

(i) Bourg du Limousin, auj. ch.-l. de c. de Tarr. de Brives (Corrèze); il portait dès le dixième siècle le titre de vicomte et appartenait alors à Henri de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon depuis 1591, qui le transmit à son second fils, le célèbre maréchal, de Turenne.

(2) Marie de Médicis, nièce du grand-duc de Toscane, épousée par procura-

A madame de La Trimouille, duchesse de Tbouars.

Fin d'octobre 1600.

HADAME ma fille, j^étois toute prête de vous dépêcher un laquais lorsque ce petit est arrivé. Je suis extrêmement aise d'avoir appris, par les lettres de votre cher mari et les vôtres, Tétat de vos santés et de la petite compagnie ; mais mon Dieu, ma fille, quel contentement de voir que ces bains lui aient été si utiles ! Je me suis fait représenter par ce laquais comment il étoit dans cette boue (i). Je me le représente avec un gros valet qui lui pesoit sur les épaules pour le faire enfoncer, et lui qui faisoit une étrange mine de voir sa belle peau ainsi sale, mais bonne saleté puisqu'il s'en trouve si bien. Non, j'en ai une telle joie que je ne la vous saurois représenter, car pour moi je crois, que, puisque cette année il a senti un tel profit, que, quand ily aura été encore une autre fois, qu'il ne se sentira du tout plus de ses maux. Monsieur de Bouillon m'a mandé aussi qu'il s'étoit fort bien trouvé de ces eaux.

A ce que je vois, vos baptêmes sont remis jusques en février. J'enverrai bien auparavant savoir précisément le temps, car j'y veux être devant tous les autres. Je donnerai ordre cependant à mon ménage, où je suis si empêchée que je ne prends pas seulement

tion à Florence cinq jours auparavant par Bellegarde au nom de Henri IV.

Voici le portrait qu'en trace Elisabeth de Nassau dans une lettre à sa sœur Brabantine du 19 octobre : « C'est une beauté brune-claire, la bouche un « petit grosse, l'œil noir, le front grand, fort en bon point; c'est une grande « douceur au visage. Il n'y a rien qui approche de la beauté de la défunte « [GabrieUe d'Estrées), » — (Lettres de la duchesse de Bouillon^ p. 62).

(1) Ce sont en eiïet les houes salines demi-liquides de Barbotan, plutôt que lei eaux proprement dites, qui sont salutaires.

le loisir d'aller à une lieue d'ici, de peur de faire perdre une journée à mes cavales, qui me servent à cette heure à tout. Je fais faire un jardin et planter force arbres, car je n'en ai trouvé un seul ici; mais j'ai appris aujourd'hui de M. de La Rainville (i) un ménage qu'il dit qui vient de vous, à ce que lui a dit M. de La Noue, de quoi je me réjouis infiniment, car cela m'exemptera dune grande dépense. C'est pour des ormes (2) femelles que je fais planter, que j'achète 50 francs le cent; et il dit qu'en plantant des mâles, que j'aurai à beaucoup meilleur marché, les faisant enter, ils seront encore plus beaux que les autres. Plût à Dieu que ma maison fût aussi près de vous que Chavannes ! nous nous apprendrions l'une à l'autre de bons ménages.

Il me tarde si extrêmement de vous voir que j'en meurs. Je me suis bien fait conter des nouvelles de mes enfans par ce laquais. J'ai quelque espérance que nous pourrons bien voir cet hiver votre pelit frère, que Messieurs les États ont envie de l'envoyer vers le Roi, quand Sa Majesté sera mariée, pour se réjouir de sonmariage et lui dire : A la bonne heure! comme on fait en votre bon pays. J'en suis extrêmement aise, et principalement afin qu'il ne demeurât point cet hiver en cette oisiveté de La Haye, là où ils se débauchent extrêmement. Croyez que j'en ai écrit depuis deux jours une bonne lettre à votre petit frère, par laquelle je parle bien à lui. Votre cousin le comte Ernest (3) est son grand gouverneur, et c'est lui qui le perd. Je lui en veux bien mal. Vos deux frères se porloient fort bien quand le sieur de Beaumont en est parti, qui est arrivé seulement depuis huit jours. Votre sœur (4) n'a point encore fait sa paix avec son frère (5). La duchesse

i) Gentilhomme Poitevin, probablement le père de celui dont parle Michel Levassor dans son Histoire de Louis XIII (2* édition; Amsterdam, 1757, 7 vol. in-4®; t. X, p. 219) et qui était attaché à M. de Soubise.

(2) Cet arbre réunissant sur le même pied les fleurs des deux sexes, il est probable qu'on donnait alors le nom de mâle à Tormeau champêtre, et celui de

femelle à Tormeau à larges feuilles. Le dernier, encore préféré pour la plantation des avenues, se vend 120 fr. le cent. M.

(3) Frère puîné du comte Guillaume-Louis de Nassau.

(4) Emilie de Nassau.

(5) Le prince Maurice; sur les causes de cette brouille, voir suprà, p. 130

d'Aerschot ( i ) est auprès de son mari ; le comte et la comtesse de Hohenloé (2) sont à Buren, tout le reste à l'accoutumée. Mais, ma fille, mandez-moi un peu des nouvelles de ce mariage pour votre sœur (3), dont me parle M. de LaTrémoille. 11 me semble qu'il ne faut pas laisser échapper cela. J'entends que la belle Catherine de Rohan (4) ne le refuseroit pas à cette heure. 11 y aura de la fatalité aux filles de Nassau de lui ôter ses serviteurs (5). M"* de Rohan (6) ont été en Hollande comme Beaumont y étoit ; laîné m'écrit qu'il est fort content de vos frères et de Messieurs les États. Françoise (7) est là, qui fait fort de la galante ; et est-on fort étoné de quoi elle a laissé sa maîtresse.

Je n'ai eu nulles nouvelles de Monsieur et de Madame de Bouillon depuis le retour de mon laquais, qui étoit allé par Thouars. Il me tarde bien de voir Madame de Givry (8) pour apprendre

n. 1. — Emilie de Nassau, ayant eu une fille, avait demandé à Maurice de vouloir bien être son parrain, mais celui-ci avait refusé ; « il retient longtemps son courroux », observait leur sœur à eux deux, Elisabeth, le 20 mars 1599 [Lettres delà duchesse de Bouillon à la duchesse de la Trémoille, p. 60).

(i) Marie de Brimeu, mariée en 1581 à Charles de Croy, duc d'Arschot et — ^par lettres patentes de juillet 1598 — de Croy, prince deChimay; elle mourut le 10 avril 1605 (P. Anselme, t. V, p. 642).

(2) Marie de Nassau; ci suprày p. 51, n. i.

(3) Emilie -Antwerpienne (voy. suprà, p. «>, n. 2). Lorsque sa sœur LouUe- Julienne avait épousé l'électeur Palatin (v. suprà^ p. 106, n. 1), celle-ci lavait emmenée avec elle à la cour de Heidelberg ; on trouvera une lettre d'elle dans les Doc, du XVI» siècle extr, du Chartrier de Thouarsy publ. par M" Marchegay et Imbert, p. 307 et 308.

(4) Sœur du vicomte Henri de Rohan (P. Anselme, t. IV, p. 72).

(5) Elle avait été en 1598 sur le point d'épouser le duc de La Trémoille en même temps que son frère Charlotte-Brabantine de Nassau (Cf supràf p. 120, n. i).

Il semble ressortir de ces lignes que les deux jeunes filles aspiraient à la main du même prince, le fils aine du duc de Deux-Ponts. Ce fut Catherine qui l'emporta le 28 août 1604 (Anselme, /. c). Âmélia, comme elle signait (n. 3, ci-dessus), devint, douze ans plus tard, la belle-sœur de sa rivale; voy. infrày la lettre CLXXVIII.

(6) Henri de Rohan et son frère. Benjamin, seigneur de Soubise (Anselme, /. c).

(7) Fille de chambre. M.

(8) Marguerite Hurault, fille du comte de Cheverny, Chancelier de France,

particulièrement de vos nouvelles, et le temps que vous devez accoucher. Ma cousine la marquise de Mirebeau et ma sœur d'Andelot sont en même état que vous. Vilars dit qu'elle sait bien que vous aurez toutes des fils, et Madame de Bouillon. Mais, ma fille, ne vous étonnerez-vous point de cette folle de Vilars, qui est à cette heure si grande ouvrière que Ton ne la peut tirer de l'ouvrage, et se plaît tellement ici que si ce n'étoit pour aller à Thouars elle n'en voudroit pas partir.

Comme j'étois en cet endroit, il m'est venu force nouvelles de Paris. Je vous en envoie copie, encore que je pense que M. de La Trémoille est beaucoup mieux averti que moi ; mais parce que celles-ci sont les dernières qui sont venues de Paris, possible ne les aurez-vous pas encore reçues. M™*' de Nevers (i) et de Longueville (2) m'écrivent des lettres si pleines d'affliction qu'il n'est pas possible de plus, principalement cette pauvre mère, qui me fait extrême pitié (3).

Ma fille, je suis à vous, vous le savez bien : je dis dis plus qu'à moi-même, je vous baise mille fois les mains.

{Le monogramme.)

Aufograpbe, Chartrier de Thouars. — Impr. ibid., n*» 13.

veuve d'Anne d'Anglure, marquis de Givry, tué en 1594 au siège de Laon (La Chesnaye Des Bois, Dict. de la noblesse, art. Hurault).

(1) Henriette de Clèves, la duchesse « aux yeux pers », si chansonnée au temps de la Ligue.

(2) Githerine, veuve en 1595 du duc Henri I" de Longueville, déjà citée, l'aînée des filles de la précédente.

(5) Henriette, sœur puînée de la précédente, née le 3 septembre 1579, mariée en février 1599 à Henii de Lorraine, duc d'Aiguillon, fils aîné de Mayenne, venait de mourir dans sa trentième année (P. Anselme, t. III, p. 491 et 713), qui la fait mourir fautivement en 1601).

l^6 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

 madame de La Trimouille, duchesse de Tbouars,

28 janvier 1601.

HE bénis doublement ce jour ici, m'ayant été heureux en deux sortes : pour y avoir reçu des nouvelles de mes deux chères filles, et y avoir appris la naissance dune nouvellement venue au monde (0-J^ m'attendois que Madame de Bouillon auroit un fils, mais ce sera donc vous, ma belle mignonne, qui m'en donnerez un. Je fais en état de partir j d'ici, pour vous aller aider, de jeudi en huit jours (2), s'il plaît à j Dieu, et passerai parTours et vous mènerai votre sage-femme (3), si elle n'est encore partie. J'irai par eau jusqu'à Saumur, de façon qu'il faudra, s'il vous plaît, que votre carrosse et vos chevaux fassent la petite corvée pour me venir quérir jusques-Ià. Monsieur de Bouillon me mande qu'incontinent qu'il saura le Roy à Paris qu'il s'y en ira et qu'il me verra ici en passant, mais je lui mande que je m'en vais à Thouars, et que s'il est bon frère et bon fils qu'il nous viendra voir là ensemble; et à la vérité vous ne devez pas laisser passer cette occasion pour le baptême de vos enfants, car s'il est une fois embarqué à la cour il n'obtiendra j pas son congé aisément. Je m'assure qu'il est trop honnête homme pour manquer à la promesse qu'il en a faite à M. de La Trémoille et à vous. Je vous envoie des lettres de mesdames vos tante et sœur, religieuses (4). Excusez-moi de plus longue

(i) Marie de La Tour.

(3) Le 8 février.

(3) Dans une lettre de M. de La TrénioiUe, elle est appelée la BourascU\ Madame Bourasè dans une lettre de Madame de Bouillon. M.

(4) Jeanne de Bourbon-Montpensîer et Flandrine de Nassau ; voy. ««/r."' p. s, n. a, pour leur histoire.

{Le monogramme.) Ce dimanche au soir, 28 de janvier.

Aulograpbe, Chartricr de Thouars. — Impr. ibid., n» 14.

(i) Geronimo Gondi^ baron de Codun, de la même famille que le trop célèbre Albert, duc de Retz. C'était pour Henri IV un autre Zamet (voy. suprày p. 133, n 2), ce qui est tout dire (Bassom pierre, passim),

(2) Commune du canton de Pont-Sainte-Maxence, arrondissement de Senlis (Oise). — Henri IV avait acheté la seigneurie de Verneuil à la duchesse de Nemours, puis l'avait érigée en marquisat et donnée à sa maîtresse mademoiselle dlSntragues. — Le magnifique château, dont Androuet du Cerceau a donné les planches au t. 1 de son ouvrage Les plus exceJlmts bâtiments de France (Paris, 1576-1579, 2 vol. in-f»), n'existe plus.

lettre, car je ne m'ose beaucoup baisser pour une grande défluxion

qui m*est tombée sur les dents, qui m'a enflé toute la moitié du

visage, dételle façon que je ne vois presque goutte d'un œil. je

n'écris point à cette occasion à M. de La Trémoîlle, aussi que

vous me mandez qu'il n'est pas à Thouars. Je serai très aise, ]

chère fille, s'il vous plaît de m'envoyer un laquais, comme vous i

me mandez, afin que par lui je vous mande sans faillir le jour que !

je pourrai être à Saumur. J'eus hier des lettres de Madame la !

Princesse, qui me commande fort de vous assurer qu'elle est

fort à votre service. Elle me pensoit déjà à Thouars.

Le Roy arriva mercredi en poste à Paris, ne fit que dîner chez Gondy (i) et s'en alla à Verneuil (2).

Bonsoir, chère fille, que j'aime à l'égal de mon âme ; je remets tout discours à cette vue tant désirée.

A madame de La Trémoille.

Fontainebleau, 26 mai 1601.

HÈRE fille, j'attendois toujours à vous écrire amplement par le sieur de La Sauzaye (i), et il a demeuré ici tant de jours qu'il est mieux instruit de beaucoup de nouvelles qui s'y passent que moi-môme, qui, hors ce qui se fait en la chambre de la Reine, ne sais pas grand'chose. Et pour cela je vous aurai bientôt représenté toute notre vie, qui est premièrement que l'on se lève fort tard. Pour moi, je ne vois la Reine qu'après son dîner, car nulle dame ne se trouve ni à son lever ni à son coucher, qui n'est pas petite commodité ; et soudain qu'elle est prête, elle va ouïr la messe, et puis dîne. L'aprèsdîner, toutes les dames* se trouvent en sa chambre, où nous avons l'honneur de parler fort familièrement à elle. Le Roy va et vient de sa chambre au cabinet ; il y fait mille voyages par jour. Durant sa diète (2), la Reine et nous toutes ne bougions de son cabinet, là où nous avions toutes nos ouvrages, qui est un lit qu'a commencé la Reine, où nous travaillons toutes. Sur le soir, on se va un peu promener, à cette heure que le Roy Ta achevée ; et, auparavant que Sa Majesté la commençât, c'est tout le jour la chasse aux sangliers. On revient fort tard. Après souper, la musique en la chambre de la Reine, où cependant elle rit et cause avec nous et est de la meilleure humeur du monde. M°° de Ch. (3) est ici d'hier, qui défraie la compagnie.

(i) Gentilhomme du duc de la Trémoille. M.

(2) Régime que suivait Henri IV à cause de sa goutte ; yoy, ses UHres missives.

(3) Ces détails désignent, je crois, Marguerite d'Ailly, veuve de François

J'en suis bien fâchée ; mais quoi, il faut rire, car le Roy a des mots qu'il n'y a pas moyen de s'en empêcher. On ne sort point de la chambre de la Reine qu'il ne soit minuit et une heure. Hier soir il en était deux. La reine s'habille toujours à l'italienne, et ne prendra point l'habit françois qu'après ses couches. |

Je ne vous puis mander comment on porte des robes d'éta- l

mine, car Je n'en ai point encore vu cette année ; mais on porte fort des robes de petit taffetas noir doublées d'autre petit taffetas '

de couleur et toutes découpées, je dis tous ces deux taffetas, i

afin que la frange jette la couleur avec ce noir. M"' de i

Guise (i) s'habille à l'italienne quand elle va à cheval. La marquise de Verneuil s'y habilla hier soir, et lui sied fort bien à cheval cette habillement, mais à pied non. La Reine fait fort bonne chère à M"* de Verneuil. A moi, elle me fait l'honneur de me la faire la meilleure du monde (2). Toute la cour

de Châtillon, l'aine des frères de la princesse d'Orange. On lit dans une lettre que M. de La Trémoille écrivait de la cour à sa femme : « lA^* de Chastillon est « ici, qui est bien laide et fait la jolie .» M.

(1) Louise-Marguerite de Lorraine, fille du Balafré, l'auteur présumi des y4mours du grand Alcandre [c'est-à-dire de Henri IV], qui, après une jeunesse des plus galantes, épousa, en 1605, François de Bourbon, prince de Conti ; celle dont le Roi disait plaisamment à Sully : « Elle aime bien autant les poulets en papier qu'en fricassée »(jCEconomifs royales, chap. 50).

(2) Voici d'autres nouvelles de la cour, contenues dans une lettre du duc de Bouillon à la duchesse de La Trémoille, datée de Paris, le 8 mars précédent.

« Je n'ai pas vu grande cérémonie, n'ayant vu la Reine assise, mais toute « debout, M'^o de Guise près d'elle, qui travailloit à des bandes de canevas « pour tapisserie. Le Roy se promène par la chambre avec elle ; M"« de Ver- « neuil y est venue une fois, laquelle fit rougir la Reine aussitôt qu'elle la vit, « et puis elle la vint entretenir. Ladite marquise a fort souvent des piques avec « le Roy, qui voit souvent La Bourdaisière ; mais rien encore. Hier au soir, ladite « marquise lui dit : « yous vouh^ aller à la guerre ce soir ! Vous êtes un vaillant « homme qui ne faites rien, ne tue{ ni ne blesse^ personne, » Le soir, le Roy de- « meure en la chambre de la Reine demi-heure, et puis s'en va à la ville, où La « Varenne seul l'accompagne. Aux habits, je n'y ai rien reconnu de changé. « Peu de femmes, et moins que n*en voyoit Madame. Mille brouilleries : la « marquise de Guercheville mal avec sa maîtresse ; la signora Léonor mal avec « le maître; peu de serviteurs dans cette maison de qualité. La Reine a une « façon libre, n'ayant encore guère étudié à celle de reine ; fort gaie et fort

l8o LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

part bientôt d'ici pour aller à Monceaux, et moi je m'en vais à Paris voir si je ferai de fortunées affaires. Les dernières nouvelles

« triste. 11 n'y a ici lieu d'y voir séjourner beaucoup de femmes que je connois. » {C bar trier de Tbouars.) M.

Les différents personnages cités dans ce curieux morceau sont très connus k divers titres.

Henri IV s'était amouraché de Marie Bàbou de La Bourdaisière, cousine de Gabriel le d'Estrées, alors qu'il était déjà près de « jouir » de M^^^ d Entragues (octobre 1 599), et passa auprès d'elle quinze jours avant d'aller rejoindre à Lyon Marie de Médicis (novembre 1600). Peu après la mort de Louise de Lorraine, veuve de Henri III (dont elle était fille d'honneur)^ elle épousa (mars 1602) le vicomte d'Estoges (1).

La Varenne est ce valet qui fut l'unique témoin de l'agonie de Gabrielle d'Estrées pendant laquelle il joua le singulier rôle que l'on sait.

Antoinette de Pons, marquise de Guer cheville du chef de sa mère, restée veuve fort jeune, en 1586, du comte de La Roche-Guyon, s'était remariée le 17 février 1594 au sieur de Liancourt, Charles du Plessis (2), dont elle ne voulait pas porter le titre, prétendant que ce nom avait été déshonoré par l'union de l'un de ses homonymes avec Gabrielle d'Estrées. Elle est surtout célèbre — et justement célèbre — par sa résistance aux caprices amoureux de Henri IV. Aux ouvertures peu voilées du vert-galant elle répondit : « Je ne suis pas d'assez bonne maison « pour être votre femme et j'ai le cœur trop noble pour être votre maîtresse» (3) ; paroles que notre grand poète Victor Hugo a placées dans la bouche de doôa Sol, sa plus suave création, sous cette forme à peine altérée pour les besoins du vers et de la rime :

« Moi je suis fille noble et, de ce rang jalouse,

« Trop pour la concubine et trop peu pour l'épouse. »

{Hernani, acte V, scène 11^.

Le Roi du reste ne l'en estima que davantage. 11 favorisa son second mariage et, lorsqu'il épousa à son tour Marie de Médicis, il lui dit que, puisqu'elle était Téelhmentdamed'bonneury il voulait qu'elle en occupât la charge près de la reine de France (4). « Aimez-la, écrivait-il à cette dernière le 30 septembre 1600 (5); « ses conseils vous seront très utiles, et à moi très agréables. »

On voit malheureusement par la suite de la lettre du duc de Bouillon que la Florentine préférait à l'intimité de cette vertueuse femme celle de sa compatriote la signora Léonor, Léonora Dosî, diie Galigaî, la future maréchal d'Ancre — et re qui en résultait.

(1) Boisompierre, t. J, p, 67, 80 et ^4; et Af. de Lescure, les Amours de Henri IV (Paris, Faire, 1864, in-So). •

(2) P. Anselme, /. ir, p. 7^6 et t. VU!, />. 17),

(3) Abbé de Ckoisy, Mémoires, p. 515 itf V édition Petitot,

(4) Ibid.

(5) Lettres missives, /. y, p. p) et ^14.

PRINCESSE d'orange i8i

que j'ai eues de vos frères sont du 5* de ce mois. Ils étoient à La Haye, se portoient bien et ne faisoîent encore rien.

Voilà M. de La Sauzaye qui me presse si fort, qu'il faut que je finisse tout court, en vous assurant que je vous aime de toutes les puissances de mon âme, et nos petits enfants, et surtout mon petit mignon. Qyand je serai à Paris, je lui enverrai un petit cheval tout chargé de coco. Je désire bien savoir si vous vous porterez à cette heure mieux, et si toutes vos douleurs sont passées, et comment M. de La Trémoille se porte de sa diète. Adieu, chère fille, je n'ai plus de loisir ; je suis toute à votre service.

{Le monogramme.)

A Fontainebleau, ce 26 de mai.

Autographe, Chartricr de Thouars. — Impr. ibid,^ n» 15.

A madame de La Trimouille, duchesse de Touars.

Paris, 13 juin 1601.

'est avec tant de larmes et d'extrême ennui, chère fille, que je vous écris cette lettre que vous m'excuserez si je ne la vous fais longue. Je fais le discours à M. de La Trémoille de l'occasion de ma tristesse, à laquelle je sais bien que vous participerez à bon escient, car je sais combien vous étiez servante de cette digne princesse (i), qui n'a rien

(1) Françoise d'Orléans-LonguevilIe, qui avait épousé le 8 novembre 136^ le prince Louis I*^' de Condé, tué à Jarnac 4 ans plus tard, le 13 mars 1569, morte Tavant-veille à Paris (P. Anselme, t. I, p. 319).

C'était la mère du comte de Soissons (P. Anselme, t. I, p. 319; cf VHist, des pr, de Condé par M. le duc d'Aumale).

l82 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

laissé au monde de semblable à elle. Je suis si touchée de cette perte, si particulière pour moi, que certes il m'est avis que j*ai perdu une partie de moi-même. On attend Madame à la fin de ce mois, et M"* de Montpensier dans deux ou trois jours. Je ne vous puis dire encore ce que je ferai. Je suis commandée d'aller à Monceaux ; si mes affaires m'y portent, j'irai, et non autrement. 11 y a si peu que je suis en cette ville, et avec tant de douleur pour la maladie et puis pour la perte de cette pauvre princesse, que je n'ai pas encore eu loisir de m'y reconnoître ni de rien faire pour notre petit mignon ; mais je m'en vais aviser à lui envoyer, par la première commodité, ce que je penserai qui lui soit agréable. M"' de Retz vous baise, et à votre cher mari, très humblement les mains, et vous assure qu'elle est votre servante. C'est toujours la meilleure femme du monde.

{Le monogramme.) A Paris, ce 13 de juin.

Autographe, Chartrier de Thouars. — Impr. ihid.t n^ i6.

A madame de La Trimouil/e, duchesse de Totiars,

Paris, 31 juin 1601.

H 'est avec une médecine au corps que je vous écris ce mot, de façon que votre cher mari et vous m'excuserez de long discours. J'ai toujours été malade depuis la mort de cette princesse, ce qui m'a empêchée d'aller à Monceaux, où sont Leurs Majestés, où je suis tous les jours conviée d'aller et par leurs lettres et par leurs commandements ; mais enfin, il faudra que j'y aille demain, car la Reine dit qu'elle me veut

PRINCESSE d'orange 183

montrer sa maison. Leurs Majestés attendent Madame (i); je vous laisse à penser quelle joie pour elle et sa troupe (2). J'ai eu l'honneur de voir M"' la princesse de Condé, à laquelle j'ai dit que je demandois une après-dînée d'audience particulière, pour parler de vous, c'est-à-dire de votre cher mari, sur le sujet des plaintes qu'il a sujet de faire d'elle. Je ne l'ai encore pu voir qu'avec compagnie, mais elle dit toujours que ce sera quand je voudrai. 11 y a bien à discourir là-dessus; mais ce sont discours pour Lierville et non pour mettre par écrit. Monsieur le Prince est fort joli.

Je crois que vous verrez, si n'avez déjà vu. Monsieur le Grand qui vous aura conté force nouvelles. Celles de Hollande, c'est que vos frères sont devant Berg sur le Rhin (3), que j'espère qu'ils emporteront bientôt. Je m'en vais envoyer Beaumont mener un fort beau cheval à voire petit frère, que le Roy m'a donné pour lui. M. et M"® de Montpensier sont à Monceaux; elle est fort crue et embellie, et fort jolie. Ils s'en vont bientôt à Champigny (4), à ce qu'ils disent; et moi, je vous baise les mains tout court, et à toute la petite troupe que je baise en imagination mille fois.

{Le monogramme.) A Paris, ce 21 de juin.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. iWi., n© 17.

(1) « Ma sœur est ici, » écrivait Henri IV le 16 juillet (L. mtss.f t. V,

page 437)-

(a) De revoir son « cher et brave roy », comme elle appelait son frère ; voy. passim les lettres émanées d'elle publ. au t. XVIII, de la Bibl. de VÉc. des CbarUs.

(3) Rheinberg^ à 73 kilomètres de Diisseldorf.

(4) Champigny en Touraine (chef-lieu de canton de l'arrondissement de Chinon, Indre-et-Loire). — Les Montpensier y possédaient un superbe château où avait été signé, le 20 novembre 1575, un armistice entre Henri III et son frère le duc d'Alençon ; Toriginal, signé : caterine ; frawçoys, est conservé à la Bibliothèque nationale, fonds des cinq -cents de Colbert, vol. 7, p. 667-673 ; il est impr. dans les Mémoires du duc de Nevcrsy publ. par Leroy de Gomberville (Paris, 1665, 3 vol. in-40) t. 1, p. 79.

l84 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

eu

A madame de La Trimouille, duchesse de Tbouars.

Paris, 35 juillet 1601 (i).

Hous dites, ma chère fille, que vous avez trouvé fort courtes les lettres que je vous écrivis par le sieur d'Availles (2). Ne Tattribuezàautre chose qu'à la presse qu'il me faisoit d'écrire pensant partir d'heure à autre; et cependant le commandement du Roy l'arrêta encore quelques jours après avoir reçu mes lettres. Pour le partement de mon neveu de Châtillon (3), il fut si soudain que je ne la voulus en façon du monde arrêter pour écrire ni à vous ni à M"** de la Boulaye (4). car il avoit un trop juste sujet pour s'en aller en grande diligence (5), et me promit d'en faire mes excuses à toute la compagnie. S'il y a manqué, il a manqué à sa parole.

(1) Et non pas 1602, comme le veut M. Marchegay (/. c,)\ voy., ci-dessous, la note 5.

(a) Jacques Eschallard, seigneur d'Availles-Châtillon. M.

(3) Henri de Coligny, fils aîné de Taîné des frères de la princesse d'Orange (P. Anselme, t. VII, p. 153).

(4) Marie du Fou, veuve en premières noces de René de Talensac, seigneur de Loudières, et en secondes, de Charles Eschallard, seigneur de la Boulaye, gouverneur de Taillebourg et de Fontenay-le-Comte (La Chesnaye Des Bois, DicU de la noblesse, art. Eschallard).

(5) « Depuis le commencement de ce mois, le siège de la ville d'Ostende fait le sujet ordinaire des conversations. Cette ville, qui a été plusieurs fois attaquée sans avoir été prise, est actuellement assiégée par Tarchiduc Albert. Le prince a envoyé le 5® de ce mois le comte Frédéric de Berghe, son maréchal de camp, qui Ta investie du côté de Torient avec ^ régiments.

« Le lendemaifty Augustin Mixin, gouverneur d'Anvers, y arriva avec autant de troupes pour l'attaquer du côté des forts d'Albert et d'Isabelle. Mais ce dernier a été contraint de se retirer vers les dunes, après avoir perdu plus de 500 hommes en trois ou quatre jours.

PRINCESSE d'orange I85

Ne croyez donc point, chère fille, que vous trouviez jamais nul changement en moi. L'amitié parfaite que je vous porte a ses fondements si solides et si fermes que vous ne devez jamais craindre qu'il y ait aucune diminution ; car, quand même j'en reconnaîtrois en la vôtre (ce que je n'attends pas de votre bon naturel), je ne laisserois pas d'être telle pour vous que j'ai toujours été, car je ne manque jamais à mes devoirs et à mes amitiés, et vous avouerai que j'ai combattu, en ce dernier voyage que je vous ai vue, contre des personnes qui me vouloient faire juger, par vos actions et celles de Madame de Bouillon, que toutes deux vous ne me rendiez pas le témoignage d'amitié que vous aviez accoutumé. Je vous jure que ce m'a été un déplaisir bien sensible de ce que la plupart de la cour, tant hommes que femmes, faisoient ce jugement que j'ai toujours rabattu, et aligné des raisons pour faire juger le contraire. Peut-être vous sera-t-il témoigné quelque jour par ceux même qui m'en parloient ; et lors vous connoîtrez qu'il n'est jamais rien entré en mon esprit qui m'ait pu faire croire que vous eussiez diminué ni de l'amitié ni de l'estime que j'ai toujours reconnu que vous aviez pour moi. Et certes, ma fille,si cela étoit, aussi me feriez-vous extrême tort ; mais brisons là, il ne faut pas seulement y penser (i).

Impossible de me pouvoir rendre à la bienvenue de ma nièce (2). J'en écris à M"' de La Boulaye et lui en fais mes excuses,

« Le 10 et 1 1 de ce mois, l'armée des Espagnols, consistant en 14000 hommes, a commencé de dresser ses batteries. Cette place étoit détendue par le chevalier Vaer, Anglois de nation, et le colonel Vestembrouk, qui sont entrés dans Ostende le 15 de ce mois avec ^4 enseignes angloises ou wallonnes. »

Henri de Coligny amena au secours des assiégés plusieurs bandes Françoîses le 33 août et fut tué le 10 septembre suivant.

Supplément au journ, de Henr il f^ de Lestoilc (éd. Jouaust, 1S75-85, 15 vol. in-8*) à ces dates.

(i) Ciinfrà, lettre CV et notes.

(3) Françoise de Coligny, sœur d'Henri qui venait de partir pour le siège d'Ostende. Elle épousa au début, le 4 avril de Tannée suivante, René II de Talensac, seigneur de Loudrières, fils issu du premier mariage de la dame de la Boulaye (P. Anselme, t. VIII, p. 133 ; cf. la n. 4 de la p. précédente) ; le contrat fut passé au logis de la princesse d'Orange, rue Saint-Thomas du Louvre (Du Bouchet, Pr, de Vbist. de la Maison de Coligny, p. 696).

l86 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

car elle me faisoit la faveur de me mander qu'elle m'y désiroit, ce que n'a pas fait M'^'' de Chastillon, ni du mariage ni de la bienvenue. Je dis auparavant ma maladie, car encore que peut-être elle dira qu'elle savoit bien que je n'y pou vois pas être, je dirai que pour cela elle ne devoit ^as laisser de m'en prier. Etant ce que Je suis à sa fille, la civilité la convioit à me rendre ce devoir,

Je ne vous parle point de ce qui se passe ici, car vous en êtes avertie par personnes qui en savent plus de nouvelles que moi, qui m'enquête seulement de celles de vos frères, dont Je suis en telle peine que je ne pense et ne m'enquiers d'autre chose; et le désir d'en aller apprendre à Saint-Germain, où on me vient de dire que le Roy en a reçu, me fait finir tout court ; en vous assurant, ma chère fille, que rien au monde ne vous peut davantage aimer, estimer, chérir et honorer que fait votre maman, qui vous baise cent mille fois las mains, et à mon petit cœur et mes petites mignonnes. Dieu veuille les bénir.

(Le monogramme.) A Paris, ce 25 de juillet.

Autographe. Chartricr de Thouars. — Impr. ibid.t n» 22.

cm

A madame de La Trémoille.

Paris, 2 août 1601.

H HÈRE fille, s'il fait aussi chaud où vous êtes comme il fait ici, je pense que votre exercice est, comme le nôtre, de chercher à vous rafraîchir ; et encore, en l'état où vous êtes, vous êtes doublement à plaindre. Quand Je vois la Reine et les incommodités qu'elle souffre, je pense en vous et en celles que vous souffrez. 11 est vrai que vous n'êtes pas si grosse qu'elle, car elle est dans son huitième mois. Mais cela

PRINCESSE d'orange 187

n'empêche pas qu'elle fait des traits qu'autre femme grosse qu'elle ne fit jamais : car le Roy lui fait faire tous les jours des promenades et par eau et par terre, qui nous rendent toutes malades et si harassées que nous n'en pouvons plus ; mais Sa Majesté ne ressent nulle incommodité de tout cela.

J'ai fait retarder ce laquais pour reporter réponse à votre dur mari des poulets que j'ai donnés de sa part. Madame m'a promis que ce seroit demain. Vous n'avez jamais vu tant d'union qu'il y en a entre Madame et la Reine, ni moins de brouilleries qu'il n'y en a à cette heure à la cour(i). Vous avez vu Monsieur Le Grand et M. et M"* de Montpensier, qui vous en auront appris plus de nouvelles que je ne vous en saurois dire. J'attends de celles de vos frères avec une grande impatience : car ces sièges durent toujours, desquels je crois néanmoins que Dieu nous donnera enfin bonne issue. Je ne faudrai de vous faire part de leurs nouvelles quand j'en saurai ; et, pour cette heure, je finirai avec la plus cruelle envie de dormir que j'eus jamais. Je baise mille fois tout notre petit peuple, et particulièrement notre petit mignon. le crois que vous savez bien que la petite Dampierre (2) est mariée (3) avec M. de Ragny (4). Bonsoir, chère mignonne ; je vous baise mille fois.

A Paris, ce 2 d'août.

Autographe. Chartricr de Thouars. — Impr. ibid., n© 19.

(1) et la lettre XCIX.

(a) Hippolyte de Gondi, fille du duc Albert de Retz et de Claude-Catherine de Clermont, dame de Dampierre (P. Anselme, t. III, p. 896).

(3) Ce mariage n'est indiqué par Anselme (/. c) qu'à la date de 1607 ; c'est sans doute une faute d'impression.

(4) Léonor de la Magdelaine, marquis de Ragny, promu chevalier du Saint* Esprit le 31 décembre 1619 (P. Anselme, t. IX, p. 146).

l88 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

A madame de La Trimouille.

Paris, 26 août 1601 (1).

oiLA M. de Bourron qui m'avertit qu'un messager part dans une heure pour aller à Thouars et il faut que dans demie je me trouve au prêche chez Madame (2) au Louvre. Vous saurez donc seulement, chère fille, que j'ai été extrêmement aise d'apprendre par vos lettres que votre mal de bras soit guéri : j'avois peur que ce fût comme celui de Madame de Bouillon. Vous êtes donc encore grosse ? Que cela ne vous afflige, mon cher cœur: c'est une bénédiction de Dieu bien grande. Notre Reine l'est à bon escient, comme étant entrée depuis quelques jours en son huitième mois. Cela est cause d'avoir rompu le voyage de Blois, car elle y vouloit aller avec le Roy.

(1) La date proposée par M. Marchegay (/. c.) pour cette lettre: le 2p j'uilJgt ; est inadmissible.

La princesse d'Orange annonce, comme fixé au lendemain^ le départ de la cour pour Fontainebleau. Or Henri IV écrivait de Paris le jeudi 23 août: « Nous « sommes délibérés de faire faire ses couches à la Reine à Fontainebleau et Ty « mener dans les premiers jours de la semaine » [c'est-à-dire à partir du lundi 27] » (L. tniss.^ t. V, p. 455-456). D'autre part, nous tenons de l'ambassadeur florentin Giovannini, que, h 2y août, la Reine partit pour Fontainebleau et le Roi pour Verneuil (Dépêche du 2 septembre dans les Négociations entre îa France et la Toscane, publ. par M. Desjardîns; Paris, Imprimerie Nationale, 1859- 1886, 6 vol. in-4° dont un d'index, Collection des documents inédits; t. V, p. 465) ; cf infrà lettre CVI.

Tout concourt donc à nous donner la date du 26 août.

(2) Protestante elle était née, protestante elle s'était mariée et protestante elle mourut. « Le 17 décembre 1601, la duchesse de Bar retourna en Lorraine, laissant les théologiens catholiques mal contens de son opinion et les ministres fort satisfaits de sa constance en leur religion. » (JSuppl, aujourn, de Henri ly de Lestoile, à cette date.)

PRINCESSE d'orange 189

Leurs Majestés partent demain pouraller à Fontainebleau, d'où la Reine ne partira plus qu'après ses couches. J'ai reçu commandement d'y aller, mais je séjournerai quelques jours ici pour de petites affaires. Je regrette que le voyage de Blois ne se fait, pour l'amour de vous, car vous ne recouvrerez pas aisément une si bonne occasion pour faire cour.

Et vous, Monsieur mon cher fils, qui vous en allez aux bains, si faut-il bien que vous soyez de retour devant que je repasse la mer.

Les dernières nouvelles que j'ai eues de là-bas sont du 6 de ce mois. Ils prenoient ce terme ici pour être maîtres de la place (i), de façon que jespère que les premières nouvelles que j'en aurai, ils seront dedans. L'Archiduc (2) assiège de son côté Ostende(3), mais il y a de bons hommes dedans.

On me presse de façon qu'il faut, mes enfants, que je finisse en vous baisant mille fois les mains. Encore faut-il que vous sachiez que la comtesse de Saint-Paul (4) et M"** d'El-

(i)Rheinberg; voy. la lettre précédente.

(3) Albert d'Autriche, 6* fils de Maximilien 11, le second successeur de Charles* Quint sur le trône impérial, né en 1^59. Voué très jeune à l'état ecclésiastique, il avait reçu la pourpre romaine à l'âge de 18 ans. Cousin issu de germain du roi Philippe II d'Espagne, il avait été choisi par celui-ci comme vice-roi de Portugal en 1584 et avait exercé ces fonctions avec équité pendant 12 ans. Philippe lui avait ensuite confié en 1596 l'administration des Pays-Bas, après avoir obtenu du pape qu'il lui permît de rentrer dans le siècle et lui avoir fait épouser sa fille Isabelle-Claire-Eugénie.

(3) Ci supràj p. 184, n. 5.

« Les nouvelles d'Ostende portent que, le ^^ de ce mois, l'archiduc avoit estendu la tranchée jusques aux autres, du côté d'occident; que les assiégés avoient reçu de Zélande 6 pièces de canon dont 4 avoient été pointées contre la tranchée de l'archiduc.

« Le 6, dom Carni, colonel espagnol, s'étoit approché de la vieille ville dans l'intention d'y entrer après que le reflux se seroit retiré ; mais que le chevalier Vaer l'avoit prévenu par 600 mousquetaires qu'il avoit placés pour l'en empêcher et pour couvrir la vieille ville toutes et quantes fois qu'on voudroil la surprendre ; que la garnison avoit été renforcée de 800 soldats qui étoient entrés dans la ville la nuit du même jour » (Lestoile, loc. ciL).

(4) Anne de Caumont, fille unique de Geoffroy baron de Caumont et de Marguerite de Lustrac, l 'ex-maréchale de Saint-André, veuve en premières noces de

beuf (i) sont venues aux prises en la chambre de la Reine, pour les rangs.

{Le monogramme,)

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.f n" 18.

A madame la duchesse de Touars,

Paris, 27 août 1601.

UE j'ai eu d'affliction, chère fille, lorsque j'ai su, par vos lettres que le sieur Chauveau m'a apportées, l'accident qui vous est arrivé en votre grossesse. Il y en a prou à qui la même chose est arrivée qui n'ont pas laissé de se trouver grosses pour cela ; je ne serai point à mon aise pourtant que je ne sache ce que vous en croyez et en quel état vous êtes à présent. On m'a dit qu'il ne se peut rien voir de plus joli que notre fils. C'est chose que je crois aisément, car de ce que j'en ai vu, c'est sans cajolerie que je le dis, mes yeux n'ont jamais rien vu qui lui ressemble.

A ce que je vois, vous vous donnez bien du bon temps. Je savois bien que vous trouveriez M"*® de Montpensier bien à votre gré quand vous l'auriez un peu pratiquée (2). Pour moi, je

Henri d'Escars, prince de Carency, s'était remariée le 5 février 1596 à François d'Orléans, comte de Saint-Pol, frère du duc Henri I" de Longueville et des damoiselhs de Longueville et d'Esiouteville, précitées (P. Anselme, t. I, p. 220). (i) Marguerite Chabot, l'une des six filles de Léonor, comte de Charny, cousine du marquis de Mirebeau, déjà cité, avait épousé Charles de Lorraine, duc (depuis 1581) d'Elbœuf, fils du 7» fils de Qaude, fondateur de la maison de Guise (P. Anselme, t. 111, p. 493, et t. IV, p. 573).

2) Le billet suivant, conservé au Cbartrier de Tbouarsj prouve l'intimité de

suis sa servante fort passionnée, et l'aime de tout mon cœur. J'attends avec rimpatience que vous pouvez imaginer ce qui arrivera du siège d'Ostende. J'en conçois cependant toute bonne espérance, car ceux du dedans ont fort bon courage (i). Il ne leur manque rien de tout ce qui est nécessaire à une place assiégée. Vos frères sont en Zélande, pour apporter à leur secours tout ce qui se pourra.

Il faut (2) que je réponde à ce que vous dites avoir appris que

leurs relations. Son premier paragrapiie est de la main de M. de Montpensier et le deuxième de celle de M. de La Trémoille :

« IMadame ma chère cousine, mon papier est si beau et si honnête que vous « ne me sauriez refuser la requête qu'il vous porte : qui est de faire l'honneur à « votre cousine de lui aider à faire Thonneur de chez nous, qui est chez vous « aussi, car vous y avez la même puissance. C'est pour recevoir ees deux grandes « filles de qui )e vous parlois hier, qui y seront ce soir; et cependant nous chas- « serons Monsieur votre mari et moi, qui suis en tout votre serviteur. Il n'est pas « besoin de dire que nous savions qu'elles dussent arriver; plutôt, s'il vous plaît, « que vous ignoriez même qu'elles dussent venir. Il vous est ordonné, mais « je dis par arrêt donné en la chambre de Fleur de Lys, que vous serez vêtue « tout ainsi qu'hier. »

« Vous voyez le commandement qu'on vous fait. Je ne vous verrai que demain. « Nous allons à la chasse, et vous aurez ces deux longues filles sur les bras. « Dieu vous fortifie pour les bien soutenir »

Quel est le nom des deux visiteuses ? M.

(1) La place fut prise par les Espagnols le 19 septembre 1604, après un siège de trois ans et trois mois.

(a) Ici et ailleurs (lettres Cil et CVI à sa belle fille), Louise de Coligny répond avec autant d'éloquence que de dignité à des griefs exprimés par M"^^' de La Trémoille, mais dont le véritable auteur est le duc de Bouillon. Avec son habileté ordinaire, et en abusant de l'autorité qu'il exerçait dans la maison de son beau-frère comme chez lui, il s'appliquait à détruire la sage influence de la princesse d'Orange sur ses deux belles-filles. Jeunes, élevées dans les principes d'une piété et d'une moralité sévères^ ignorant la vie des cours, elles furent trop facilement trompées par les apparences. M"" de La Trémoille paraît d'ailleurs avoir été jalouse de la marquise de Verneuil, la croyant presque aussi amoureuse de son mari que Gabrielle d'Estrées l'avait été du duc de Bellegarde. Si les deux sœurs regrettaient que le désir de préparer une haute position en France à Frédéric-Henri de Nassau rendît leur belle-mère trop indulgente à l'égard des faiblesses de Henri IV, cette condescendance, elles n'auraient pas dû l'oublier, avait déjà eu, entre autres résultats, des démarches actives — et impuissantes malheureusement — pour la délivrance de la veuve de l'amiral de Coligny, et la radia-

je ne suis pas en cette cour comme je le devrois, et que vous craignez que cela soit un jour préjudiciable à vos frères. Je vous prie de croire que je ne suis point si mal avisée que je fasse chose qui le leur puisse être, ni à aucune de la maison. Je crois que ce que vous voulez dire c'est pour les rangs. Or de cela on ne peut dire qu'il se soit fait nulle cérémonie où il s'en soit tenu. De tenir antichambre, qui est là où on en souloit tenir, c'est chose qui est fort rare ; et quand il y en a, j'y ai mon siège, et sommes toutes assises autour de la Reine sans aucun rang ; et tous les jours j'ai mon siège en la chambre de la Reine et s'y assied-on comme on se trouve. Pour passer aux portes, on passe aussi comme cela. La vérité est que M"' de Guise, au passage des portes, du commencement, le vouloit toujours prendre (i). J'ai évité cela, et trouvois invention ou de ne m'y trouver point ou d'en faire passer d'autres devant moi auxquelles on sait bien que je ne cède point, ou de passer par d'autres portes. Enfin, sachant bien que le Roy ne vouloit donner l'avantage ni à l'une ni à l'autre, et trouvoit bon que nous marchassions comme nous nous trouverions, tantôt l'une, tantôt l'autre, voilà comme nous avons vécu depuis sans cependant en parler. Quand c'est à des

tion solennelle de l'arrêt rendu contre la mémoire de ce dernier et contre sa famille (Cf p. 158).

Au sujet des rangs à la cour^ la justification de la princesse d'Orange se trouve dans une lettre de Madame de Bouillon à sa sœur, du 38 juillet 1608 : « Vous me rendez compte de votre voyage de Fontainebleau. Je me réjouis de la « bonne chère de la Reine, mais je murmure de l'insolence de la dame qui passa « devant vous, à qui je dis que c'est une mort de vivre en ces incertitudes « et disputes... Je vois bien en cela que vous êtes ma sœur, car vous avez « eu ma timidité... Nous sommes en un temps où la patience est bien néces- « saire. »

L'heureux naturel de M. et madame de la Trémoille ne les laissa pas insensibles aux arguments et à l'indulgence de la princesse d'Orange. — Il ne restait plus trace de leurs discussions à la mort prématurée du duc, 35 octobre 1604, qui donna une triste occasion à la belle-mère d'augmenter son dévoûment et son amitié, et à la jeune veuve de témoigner son affection et son respect. M.

(i) L'orgueil traditionnel de la maison de Guise ! Cf passim Bouille, Histdes ducs de Gw'sej où en en trouvera force exemples du XVI* siède au XVIII- siècle.

festins où nous mangeons à la table du Roy, je suis toujours du côté de Leurs Majestés, auprès de M""" de Nemours (i) ou de Guise (2) et M"° de Guise de l'autre côté.

Somme, vous devez croire qu'il ne fut jamais moins tenu de rangs ; et quand s'en tiendra, croyez que je ne m'y trouverai point, si je ne reconnois y pouvoir tenir celui que je dois. Je n'ai garde d'en faire de grands cancans, car ce sèroit bien cela qui seroit préjudiciable, sachant bien qu'il y a ces quatre maisons (3) qui tiennent rang en France, qui sont si proches au Roy qu'il ne donnera jamais d'arrêt à leur désavantage. Voilà pourquoi j'aime bien mieux n'en faire point parler, et éviter de me trouver aux lieux où je prévoirai que j'en pourrois avoir dispute ; car je ne veux pas faire comme firent dernièrement la comtesse de Saint-Paul et M""" d'Elbœuf, qui eurent des paroles bien grosses en la chambre de la Reine. M. de Montpensier vous l'aura pu conter. Pour le temps que j'ai à demeurer en cetle cour, qui ne sera pas long, je crois que je ne puis mieux faire que de n'y demander point de rang, puisque je suis en doute d'obtenir celui que j'y devrois avoir ; et me mettrois au hasard d'avoir un arrêt qui me seroit désagréable, là où et moi et tous ceux de la maison sommes toujours sur nos pieds pour le demander. Cependant, croyez que je me garderai bien de céder en chose qui soit préjudiciable à la maison où j'ai eu l'honneur d'être mariée. Cela seroit sujet à d'autres discours qui ne se peuvent représenter par lettres.

Je vous baise les mains, chère fille, et suis toute à votre service.

{Le monogramme.)

A Paris, ce 27 d'août.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.f n» 20.

(\) Anne d'Esté, petite-fille de Louis Xll, et veuve i® de François de Lorraine duc de Guise; 2« de Jacques de Savoie.

(3) Catherine de Clèves, veuve de Henri de Lorraine, duc de Guise, le Balafré.

(3) Longueville, Lorraine, Montpensier et Nemours.

A monsieur de La Trimouille, duc de Tbouars.

Paris, 28 août 1601.

ONSiEUR mon cher fils, j'avois délibéré de vous faire une longue lettre. Mais sur ce dessein M. Dommarville est arrivé lequel j'ai si longtemps cathéchisé que Ton vient quérir mes lettres devant que j'aie commencé, et luimême n'aura pas loisir de vous écrire ; car il est allé trouver en poste Monsieur de Bouillon qui s'en va en poste trouver le Roy qui est allé à Calais (i). C'a été un voyage fort prompt et dont on n avoit point oui parler. Sa Majesté étoit allée à Verneuii, et attendoit-on son retour hier quand on sut qu'elle avoit pris cette brisée. Je m'en réjouis, car je crois que sa présence seule fera lever le siège d'Ostende. Le sieur Dommarville parle diversement de l'espérance que nous en devons prendre, car il dit que les assiégés et les assiégeants sont fort résolus en leur dessein. 11 croit à cette heure mon beau-fils et mon fils en Hollande. La Reine partit hier pour aller à Fontainebleau, d'où elle ne bougera qu'elle ne soit accouchée. Madame est allée avec elle. M""*' de Guise, de Rets et ma personne y devons aller dans peu de

(i) En quittant Paris, le 27 août, Henri IV s'était rendu droit auprès de sa maîtresse (Voy. suprà, p. 188, n. 1 ; cf une lettre du Roi du 27, datée de Verneuii, ap. L.Miss., t. V, p. 436-437). Il devait de là rejoindre la Reine. Mais, en s'éloignant de Verneuii, il prit la route de la Picardie au lieu de celle du Gâtinais. Sur les motifs présumés de ce voyage, lire la lettre de Louise de CoHgny dont le texte précède. Il avait été « si prompt », comme elle le dit, que, tandis qu'il filait sur Montreuil, ses bagages étaient dirigés sur Fontainebleau (Dépêche de Giovannini au grand-duc de Toscane du 1 1 septembre dans Négoc. entre la France et la Toscane^ loc, cit.). Le Roi passa une dizaine de jours à Calais (Voy. Lettres missives^ t. V, p. 457-467).

PRINCESSE d'orange I95

jours. J'ai vu M. de SoUvré (i), qui m'a conté de vos nouvelles ; il trouve ma fille extrêmement à son gré et m'en a dit mille louanges. Ici je finis vous baisant les mains. A Paris, ce 28 d'août.

Autographe, Chartrier de Thouars.

A madame de La Trimouille.

Paris, vers le 20 septembre 1601.

OTRE dernière lettre, chère fille, me fait plus que jamais reconnoître votre bon naturel, voyant combien vous prenez à cœur tout ce qui me touche. Vous dites que vous n'êtes pas contente des bruits que l'on fait courir de ma faveur par le moyen de la marquise de Verneuil. Je ne sais où on prend cette faveur, car si vous étiez ici vous verriez que je suis toujours d'une même façon. A la vérité le Roy et la Reine me font l'honneur de me faire fort bonne chère, et n'y a pas apparence, pour le moins d'un des côtés, que la marquise en soit cause. De dire que je la maintiens en son crédit font deux choses qui ne s'accordent point, car il faudroit donc que j'eusse plus de crédit qu'elle, et par conséquent ma faveur ne dépendroit

(i) Gille de Souvré, seigneur de Courtenvaux. Sa vie est une longue fidélité. Des derniers, il reste auprès du duc d'Anjou dans son exil de Pologne (1573) ; des derniers, il reste fidèle à ce prince devenu Henri III, dans sa mauvaise fortune (1588 et 1^89) ; des premiers il fait adhésion à Henri IV. Celui-ci le créa maréchal de France en 1613. Il mourut en 1626, âgé de 84 ans (P. Anselme, t. vil, p. 397).

(a) Voy. la fin de cette lettre et comparez avec la lettre suivante.

pas de la sienne, mais la sienne de Ja mienne. La remarque que Ton a faite que nous étions à Saint-Germain (i) logées tout proche Tune de l'autre est fort véritable ; mais on ne dit pas que M"** de Guise, M"" de Guercheville, elle et moi avions nos chambres toutes d'un même rang comme en un cloître, et que s'il est arrivé que la mienne ait été la plus près de la sienne, il s'en faut prendre aux maréchaux des logis et non à moi, qui ne dispose pas de mon logis aux maisons du Roy. Je m'assure que l'on vous aura bien dit aussi que nous mangions souvent ensemble ; mais on ne vous aura pas dit que M"" de Guise et de Retz en faisoient de même. On ne vous aura pas dit aussi que je n'ai pas voulu loger au Louvre, parce que la chambre que l'on m'y donnoit étoit près de la sienne ; aussi n'ai-je pas pris cette excuse-là pour n'y point loger.

De dire que je vois plus souvent ladite marquise que la Reine, ah ! pour celui-là il n'y a point d'apparence, et faut bien que cette invention provienne de quelque personne qui me veuille mal et qui veuille bien épargner la vérité ; car chacun sait et chacun voit que je ne bouge de la chambre de la Reine. Que je n'avoue avoir beaucoup d'obligation à la marquise, je serois ingrate si je disois autrement ; mais je ne suis pas si sotte que cela me fasse faire chose qui soit . contre ce que je dois. Mes actions ont prou montré jusqu'ici ce que je suis ; et ceux qui voudront médire de moi, cela retournera plus à leur blâme qu'au mien, car je n'en donnerai jamais sujet, s'il plaît à Dieu, aux gens de bien ; pour les autres ce me sera louange.

Continuez donc à tenir mon parti, ma fille ; et pour cela, quand vous en ouïrez parler, et pour mon rang de quoi on vous parle tant. Pardonnez-moi si je vous dis que vous avez tort de demeurer sans réplique, comme vous dites que vous faites ; et demandez s'il vous plaît à ces personnes qui en parlent tant où c'est qu'ils ont vu que l'on ait tenu rang, et s'ils vous le peuvent remarquer, je leur pardonne. Mais que dirai-je de vous, ma fille, qui me condamnez tout platement, me disant qu'il est tout

(i) Avant que la cour ne partît de Paris, le 27 août (Voy. I. Miss,, t. V, passim).

certain que je fais tort à votre maison et à vos frères. Certes ce mot m'a pénétrée jusques au cœur, je le vous avoue. Je vous ai répondu sur cet article par mon autre lettre, et vous dis encore que je ne suis point si sotte que d'avoir fait nulle action qui leur puisse jamais être préjudiciable ni ne ferai, Dieu aidant ; et croyez, ma fille, que l'honneur de votre maison m'est trop cher, et qu'il ne me pourra jamais être reproché avec raison que j'y aie fait brèche ; et m'assure que, quand vous seriez ici, que vous jugeriez vous-même que je ne puis ni ne dois m'y gouverner autrement que je fais et pour cela et pour toute autre chose. Ma fille, je me souviendrai toujours fort bien de qui j'ai eu l'honneur d'avoir été femme et fille : c'est chose dont je chéris trop la mémoire pour l'éloigner jamais de la mienne.

Or brisons ce discours pour vous dire que j'ai eu l'honneur de voir votre cousin (i), qui m'a mise en peine de ce qu'il m'a dit que l'accident qui vous étoit arrivé à Champigny vous est encore revenu depuis. Je vous supplie que je sache comment vous vous en serez portée. Depuis il m'a dit mille biens de mon petit-fils, et qu'il n'a jamais vu rien de si joli. Je supplie M. de La Trémoille de m'excuser si je ne lui écris. Je me trouve si mal d'un rhume que j'ai depuis trois jours que je n'en vois goutte. Je lui envoie une lettre, écrite d'Ostende, par laquelle il en apprendra plus de nouvelles que je ne lui en saurois mander. Je m'en vais demain à Fontainebleau pour être aux couches de la Reine qui n'attend plus que l'heure, étant bien avancée dans son neuvième mois. Bonsoir donc, ma fille, je vous baise les mains ef à votre cher mari et notre petit mignon.

{Le monogramme.)

Autographe. Chartricr de Thouars. — Impr. ihid.f no 21.

(i) Le duc de Montpensier.

A monsieur d'Ârcens.

Fontainebleau, vers le 22 septembre 1601 (1).

HoNsiEUR d'Arsens, j'ai reçu votre lettre par votre laquais, et suis bien marrie que je ne puis encore vous mander la naissance de ce Dauphin que nous attendons et désirons tant. C'est d'heure à autre que nous sommes en cette attente, et crois que vous faites fort bien de remettre votre venue jusqu'alors (2),

Je vous ai mandé comme le Roy a trouvé fort bonne la proposition que j'ai faite à Sa Majesté pour votre regard ; et lui ai faite comme de moi, pour le désir que j'ai de lui voir obliger toujours des serviteurs. Je lui ai demandé si j'en parlerois à M. de Villeroy(3); et, m'en ayant donné permission, je l'ai aujourd'hui, après plusieurs autres discours, fait tomber sur ce sujet, lequel il a aussi fort approuvé, mais il m'a dit qu'il fallait en aviser avec vous, non pas pour la chose, puisque c'est une volonté qu'a le Roy de vous gratifier, mais pour la forme, parce que l'on prenoit ombrage sur moindre chose que cela. De façon

(i) Voy. la lettre précédente et la première des notes qui s'y réfèrent; cf. ddessous, n. a.

(a) L'événement tant attendu eut lieu le 37 septembre 1602. A consultera son sujet V Esquisse historique sur Louiss Bourgeois, dite Boursier, sag^femme de la reine Marie de Mèdicis du docteur A. Chéreau (Paris^ F. Malteste, i8$a, brochure in-8® ; extr. de VUnion médicale),

(3} Nicolas de Neuville, né en 1 543, secrétaire d'État en i ^67 ; très employé sous Charles IX, il avait tourné à la Ligue dès sa constitution et ne s'était décidé à faire sa soumission à Henri IV qu'après son entrée à Paris, au mois de septembre i ^94 ; il fut dès lors son serviteur actif et dévoué (Fauvelet du Toc, Hisf. des secret. d'État).

que lexécution s'en remet sur ce que vous ayez parlé ensemble. On parle toujours du voyage d'Amiens (i). C'est tout ce que je vous puis dire pour cette heure, sinon que je prie Dieu vous avoir en sa sainte garde. Je suis

Votre très affectionnée et fort fidèle amie,

LOUYSE DE COLLIGNY, autographe, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye (Copie transmise par M. Campbell).

Au duc de La Trémouille.

Paris, 35 octobre 1602.

E crois, monsieur mon fils, que vous avez mesuré votre venue ici par mon parlement, car à ce que j'ai appris par Chauveau, vous y viendrez presque en même temps. Vous pouvez penser quel déplaisir ce m'est; et si j'en étois bien assurée, ce que je ne suis pas, quoique me die Chauveau, je différerois encore mon voyage déjà tant différé pour avoir le bonheur de vous voir, bonheur que je croîs bien que je ne posséderai de longtemps,car, quand je serai une fois dans mes marais hollandais, il sera bien difficile de m'en tirer, si votre service et de ce qui vous touche ne m'y appelle: car pour cela croyez, cher enfant, que tout indisposée que je suis, je courrois jusques au bout du monde. Je m'assure que vous me faites l'honneur de le croire et que vous avez assez de connoissance de mon naturel pour être bien persuadé que je ne manqueroi jamais à mes devoirs.

( I ) C'est-à-dire des causes qui avaient provoqué le séjour assez long du Roi en Picardie ; cf la lettre CVl et ses notes.

De VOUS dire des nouvelles seroit faire tort à la suffisance de M. de Bourron. Car il n'ignore rien de ce qui se passe, mêmement pour les princes étrangers, car il les a toujours gouvernés. Quant aux Suisses (i), M*** de Longueville les gouverne aujourd'hui et leur donne à dîner. Je crois que ce soir toute la compagnie se portera bien.

Pour les nouvelles des Pays-Bas, ledit sieur de Bourron a ouï parler le jeune Buzenval (2), qui sont les plus fraîches nouvelles que nous en ayons. Les voilà réduits aux garnisons pour cet hiver ! Aussi ont-ils assez fait cet été pour se reposer. Il faut que je vous avoue que je meurs d'envie de voir votre frère et plus j'approche de mon partement,plus l'envie m'en augmente.Je m'en vais donc passer la mer. Priez Dieu pour moi, mon cher enfant, afin que les vents me soient favorables, et je le prieroi continuellement pour la prospérité de mes chers enfants et de leur belle petite famille. Je vous baise mille et mille fois les mains. Adieu, mon cher fils, aimez votre pauvre maman et vous souvenez d'elle en son absence, autrement Dieu vous punira. M. de Montpensier et M"**" sa femme sont allés à Rouen : mais ils doivent revenir pour les couches de la Reine, à Fontainebleau (3). Ils sont fort bien en cette cour. Adieu, adieu encore.

(Le m onogramme,) A Paris, ce 25 d'octobre.

Autographe. Chartricr de Thouars.

(1) Les ambassadeurs des cantons venus pour « jurer le renouvellement de l'alliance » (Bassom pierre, t. I, p. 94).

(3) Paul Choart de Buzenval, cité précédemment, n'eut pas d'enfanls. Il s*agit donc ici vraisemblablement du fils aîné de son frère, Eustache, né en 1576, qui mourut le 22 avril 1606. (La Chesnaye Des Bois, Dict, de la nobîeis^i, art. Choart.)

(3) Marie de Médicis accoucha le 22 novembre d'une fille qui fut appelée Elisabeth « en la même chambre où étoit né Monsieur le Dauphin », dit Bassompierre (t. 1, p. 97).

Nous ne savons si Louise de Coligny assista aux couches royales. En tout cas, bien peu de jours auparavant, elle était encore à Paris, comme en témoigne le document suivant :

« Nous Loyse de Colligny, princesse d'Orange, certifions que le sieur d'itr-

ex

A madame de la Trimoille, duchesse de Touars.

20 janvier 1603.

nA chère fille, avec les yeux tout pleins de rhume, la tête pleine de douleurs el tout le corps, de cette fâcheuse coqueluche qui court, je vous fais ce mot pour vous dire que je me réjouis extrêmement de ce que votre douleur de jambe commence à se diminuer. J'espère que le beau temps vous achèvera du tout de guérir. Au reste, je vous dirai que j'ai marié Vilars, et qu'elle est extrêmement contente. Elle s'en va demain, et M. de Waufin l'emmène à son ménage. J'espère qu'elle se gouvernera si sagement qu'elle fera mentir tous ceux qui ont médit d'elle ; et à la vérité elle a eu du malheur, car il n'y a eu autre mal en elle que de la vanité. Vous connoissez son humeur : ça été la même chose que vous avez vue. Je dis la même, car ça été ce que vous avez vu en Hollande, et n'y avoit point moyen d'arrêter cette humeur qu'en la mariant; mais

«sens, député par Messieurs les États, a ce jourdhui fait transport au trésorier de «l'épargne, à notre désir et demande, d'un acquit de feu M» François Hotman, « trésorier de l'épargne, portant la somme de trente mil écus, dus à Messieurs les «états dès l'an quatre-vingt-dix ; duquel transport nous lui promettons garantie « envers tous ; et pour cet effet renonçons à tout droit, exceptions et privilèges, « lui obligeons tous et un deschacuns nos biens et serons tenue de prendre le fait « pour lui en main et l'ôter hors de cause et indemniser de tous frais, si pour ce « sujet il venoit à être recherché ou molesté. En foi de quoi nous avons signé cette « présente de notre main et y fait mettre le cachet de nos armes. « A Paris, ce seizième jour de novembre mil-six-cent-et-deux.

LOUYSE DE COLLIGNY. »

Original signé et scellé conservé aux Archives générales du royaume des Pays-Bas. (Copie transmise par M. Campbell.)

certes, à cette heure, elle est bien résolue de vivre tout d'une autre façon, et je croîs qu'elle sera fort heureuse; et moi bien malheureuse de ce qu'il faudra que je m'en aille sans vou > voir, car je voudrois qu'il m'eût coûté de mon sang et avoir eu un jour à vous entretenir ; mais je ne l'espère plus, car je n'attends que le retour de votre frère en Hollande et un peu de plus beau temps pour passer la mer. Je ne vous dis pas encore adieu, car je vous écrirai encore. Je vous baise les mains.

(Le monogramme.) Le 20 janvier.

Autographe, Chartrier de Thouars. — Impr. iWi., n» 23.

A madame de La Trimouille, duchesse de Touars.

Vers le 5 mars 1603 (i).

[a chère fille, ma mignonne, j'ai reçu depuis trois jours votre lettre du 28 de janvier, qui est la seule que j'ai eu depuis être partie de France. Je vous ai écrit deux fois depuis être arrivée en votre bon pays, et adressé mes lettres à Monsieur votre bon mari. Celle-ci est par un de vos bourgeois de rile-Bouchard (2), qui m'a été adressé lorsque je voulois vous dépêcher un laquais, et à Madame de Bouillon. Cette occasion sera cause que j'enverrai mon laquais droit à Bordeaux et de là à Turenne ; mais au retour je lui commanderai de passer à Thouars, pour me rapporter des nouvelles de tous mes chers enfants. Que

(1) Cf la lettre suivante.

(2) Baronnie située en Touraine (ch.-l. de c. de rarr. de Chinon, Indre^t- Loire), appartenant aux La Trémoille depuis le commencement du xv« siècle (P. Anselme, t. IV, p. 164 et suîv.).

PRINCESSE d'orange 20}

je plains cette pauvre femme (i) ! Mon Dieu, que ne voudrois-je point apporter de ce qui seroit en ma puissance pour son soulagement, car je connoîs ses appréhensions que je crois qui ne sont pas petites, et certes ce n'est pas sans sujet. M. de La Trémoille m'a mandé que vous la deviez aller voir; Monsieur de Bouillon me Ta mandé aussi. Je m'assure que ce lui sera une souveraine consolation que votre présence. Vous croyez bien que ces affaireslà me donnent bien de la peine. J'en ai eu beaucoup lorsque j'étois sur les lieux où j'en savois plus de nouvelles qu'ici; à cette heure que j'en sais moins, cela redouble ma peine. Le meilleur remède est le temps, la patience et l'humilité de Monsieur de Bouillon. Mon opinion et celle de tous ceux de deçà est telle, et que s'il en recherche d'autres, il ruinera plus ses affaires qu'il ne les avancera.

Je vous envoie à ce coup des lettres de vos frères. Certes il ne se peut rien voir de plus paresseux à écrire qu'ils sont, et demeurent toujours en ces belles maximes : qu'il n'y a rien au monde de plus inutile ; que vous savez bien qu'ils vous aiment et qu'ils sont à votre service ; que c'est tout ce que vous peuvent représenter leurs lettres. Ils me font mourir quand ils se mettent sur ces opiniâtretés-là, que vous connoissez, car il' n'y a raison qui les puisse vaincre. Et notez que Monsieur mon fils est un vrai singe de son frère, car il a si bien composé ses humeurs selon les siennes que c'est une même chose. Nous vous souhaitons bien souvent ici, ou nous trois sautés auprès de vous. Vous êtes fort aimée en votre bon pays, et se plaît-on extrêmement à ouïr dire combien vous êtes heureuse en mariage.

M. de Barneveldt a marié ces jours passés sa jeune fille

(i) La duchesse de Bouillon. Au mois de mai 1602, un complot contre Henri IV avait été découvert et le maréchal de Biron y avait payé sa participation de la tête le 31 juillet suivant. L'instruction de son procès ayant révélé qu'il avait le duc de Bouillon pour complice, le Roi l'avait mandé à Paris. Celui-ci avait refusé de comparaître autrement que devant la chambre mi-partie de Gistres et, après quelques tergiversations, était parti pour Genève. Consulter à ce sujet : la Correspondance de Du Plessis-Morna^f les Lettres missives de Henri ly; Lestoile ; les Œconomies royales.

au sieur van der Myle (i), que vous avez vu étudiant à Leyde (2), qui est un fort honnête jeune homme. Nous y avons été, trois jours durant, tous les soirs en festin. Cela s'appelle cinq heures à table, et puis le bal où votre aîné (3) triompha de dancer toutes sortes de danses pour me montrer qu'il n'a rien oublié; mais mon fils ne danse plus rien que des allemandes. Vous n'avez jamais rien vu tant sur la gravité : je pense qu'il a appris cela en la Germanie.

Votre aîné se tient toujours à ses amours accoutumées et ne change point (4). Sa dame a acheté ici une jolie maison où elle est, à ce que l'on dit, fort proprement accommodée, fort bien en point. Elle se tient là avec ses deux petits enfants, que Ton dit être fort beaux. Elle ne va en nulle compagnie ; et, encore que cela soit su de tout le monde, qui veut faire plaisir à votre frère (5) faut ignorer et ne lui en parler point. Pour moi je ne lui en ai pas encore ouvert la bouche.

J'ai fort essayé de faire la paix de votre sœur (6) avec lui. « Je « m'assure fort ne lui vouloir aucun mal, mais de la voir cela ne « serviroit de rien, ce dit-il, et beaucoup moins son mari. » Ils se tiennent toujours à Delft, et me viennent quelquefois voir, et leurs deux petits enfants, qui sont bien jolis. Us ont perdu leur dernière petite fille, que la nourrice étouffa au berceau. Votre sœur est encore prête d'accoucher.

La comtesse de Solms (7) ne bouge de son logis, presque

(1) « Homme de qualité, de probité et de savoir qui fut ambassadeur extraordinaire en France et curateur de Tuniversité de Leyde » (Du Maurier, Mm. pour servir à Vbist, de la Hollandef p. 370).

(2) Où elle avait séjourné avec la princesse d'Orange, lorsque le petit frère suivait aussi les cours de l'université.

(3) Maurice de Nassau.

(4) Il mourut célibataire, mais vécut longtemps maritalement avec la dame de Mechelen (V. Moréri, art Orange).

(^) 11 y 2L fille dans le texte. — Cette correction a été proposée par M. Mûller à M. Marchegay.

(6) La princesse de Portugal ; cf suprà, p. 130 et 173.

(7) Elisabeth de Nassau, sœur' du Taciturne, veuve de Conrad de Solms- Braunfeldt, qu'elle avait épousé en 15^9 et qui était mort en 1591, mourut elle-

toujours malade, de façon que ma solitude n*est guère interrompue par les dames qui sont ici. Je fais faire force ouvrages et ne me vais guère promener, de façon que mon cabinet, que vous connoissez, et moi nous tenons bonne compagnie. Je crains que vos frères ne me la tiendront plus guère, car l'ennemi a pris par surprise, depuis quatre Jours, le château de Wactendon en Gueldre. La ville tient contre, et Je crois qu'ils iront pour la secourir et reprendre ledit château, de façon que me voici au commencement de mes appréhensions (i).

Je vous fais faire des portraits, mais je vous supplie aussi que j'aie le vôtre et celui de M. de La Trémoille. Celui de mon petit mignon tient le plus beau lieu de mon cabinet, et vous, ma mignonne, la plus belle place en mon âme.

Encore faut-il que je vous dise un mot du comte d'Egmont(2). Il est plus fou qu'il ne fut jamais. 11 s'est proposé un voyage aux Indes, là où il dit qu'il sera reçu roy, a fait déjà toutes les lois de son royaume, donné toutes les charges et offices. Il ne lui manque qu'une femme. Sans vanité, si j'y voulois entendre, je crois bien que je serois la première refusante ce beau royaume imaginaire. Je lui ai proposé M"° de Guise. 11 m'a priée d'en faire sonder sa volonté, à quoi je me suis obligée ; mais il aimeroit

même le 8 novembre 1603 ; ce fut avec leur petite-fille, Amélie, que s'unit, en 1625, le fils de la princesse d'Orange (J. de la Pise, TahUau de Vbisi. des pr» et de la princesse d* Or ange),

(i) La ville et le château de Wachtendonk avaient été enlevés aux Espagnols en janvier 1600 (Lettre de Guillaume-Louis de Nassau au comte Jean ap. Arch, de la maison d'Orangey 2* série, t. II, p. 3) ; cf la lettre suivante.

(2) Le comte Lamoral !•' d'Egmont, décapité en 1560 pour fait de participation à la révolte des Pays-Bas, avait eu trois fils qui se succédèrent dans son titre :

\* Philippe, qui périt, âgé de 32 ans, à la bataille d'Ivry au service du roi d'Espagne ;

2® Lamoral, mort à Bruges, sans postérité, le 23 mai 16 17 ; c'est de lui qu'il s'agit ici ;

y Charies, qui continua jusqu'en 1707 la descendance de l'illustre compagnon d'armes du Taciturne.

encore mieux la petite Anne de Rohan. Je lui ai promis d'en écrire aussi» car il veut avoir plusieurs cordes en son arc. Il y a de la pitié en cet homme.

En voilà assez pour une fois. 11 faut finir avec mon papier.

(Le monogramme,)

jlutograpbe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid,t n» 24.

^ madame de La Trémoille, duchesse de Touars,

La Haye, 1^ mars I603,

HA chère fille, je vous ai écrit fort amplement depuis peu de jours par un homme de l'Ue-Bouchard, qui s'y en retournoit, étant venu ici pour chercher quelque soldat qu'il a trouvé mort. 11 me promit vous porter incontinent mes lettres à Thouars, mats on me mande de Paris que vous êtes auprès de Madame de Bouillon ; et estimant que vous y pourriez être encore lorsque ce laquais y arrivera, j'ai mis cette lettre au hasard, qui vous apprendra que, Dieu merci, je suis hors de l'appréhension en laquelle j'étois lors de mon autre lettre, car vos frères ne vont point à Wactendon, ayant eu nouvelles hier, comme ils vouloient partir, que la ville a repris le château, dont je suis extrêmement aise, car ce petit voyage-là me donnoit bien de l'appréhension (2).

J'envoie, ma fille, ce porteur exprès pour me rapporter des nouvelles de Madame de Bouillon. Je la croîs à cette heure accouchée, et ne doute point que ce ne lui ait été infini contentement

(i) Sœur de Henri de Rohan, née en 1585 (P. Anselme, t. IV, p. 73). (3) Cf la lettre précédente et l'avant-dernière des notes s'y référant.

PRINCESSE d'orange 20^

de vous avoir près d'elle, et à vous de lui pouvoir apporter quelque soulagement en toutes ses peines, que je crois n'être pas petites (i).

Hélas ! voilà qu'en écrivant ceci j'apprends la mort de la pauvre M""* de Retz (2), qui me fait tomber la plume de la main, car certes j'en ai un si extrême regret que mon cœur en est plus qu'outré de douleur, car je l'aimois plus qu'une sœur et je sais que j'étois aimée et chérie d'elle tout ce qui se peut aimer et chérir au monde. Permettez-moi que je finisse pour donner lieu à ma douleur, et me croyez toute à votre service.

(Le monogramme.) A La Haye, ce 15 mars.

Autographe, Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.y no 25.

cxiii •

A madame de la Trèmoille, duchesse de Touars.

Fin d'avril 1603.

BA chère fille, j'eus hier le bonheur de recevoir une de vos lettres du 2 de ce mois, par lesquelles j'appris plus particulièrement que je ne le savois les tristes nouvelles de l'affliction nouvellement survenue à la pauvre Madame de Bouillon (3). Je la savois un jour auparavant par des

(i)Cet enfant mourut en naissant {Lettres de la duchesse de Bouillon^ p. 67, n. i).

(2) Anselme (t. III, p. 895] s*est trompé en datant sa mort de 1604; Moréri (art. Retz) a corrigé cette erreur en imprimant 1603,

(3) Cf ci -dessus, p. 112, n. i.

lettres de Madame TÉlectrice (i) et de votre sœur d'Orange (2), Mon Dieu que je plains cette pauvre créature, car il semble que toutes sortes de maux la poursuivent. Ça été un grand heur que vous avez été auprès d'elle en cette affliction, car je m'assure que vous aurez été cause qu'elle l'aura bien plus doucement supportée qu'elle n'eût fait étant seule. On me mande que Monsieur de Bouillon l'a passé avec une constance admirable, bien que Ton voie qu'il en a très vif ressentiment. Certes Dieu l'exerce en beaucoup de façons. Veuille sa divine bonté lui donner les consolations nécessaires.

Nous avons ici deux conseillers de Monsieur l'Électeur et de Madame l'Électrice, envoyés pour aviser aux affaires qu'elle et toutes mesdames ses sœurs -^ dont je crois que vous avez quelque pouvoir sur une — ont avec la maison mortuaire de feu monsieur votre père. Demain ils doivent faire leurs propositions au conseil de votre aîné. Aujourd'hui je les ai traités, où mon fils leur a fait paroître qu'il n'avoit pas mal profité en Allemagne. Je crois qu'il sera à cette heure l'ambassadeur ordinaire de l'État, car il est prêt à partir pour une très belle légation, dont Messieurs les États l'ont choisi pour chef. C'est pour aller trouver le nouveau roy d'Angleterre (3)'. Cette charge lui eût été fort agréable en hiver; mais à cette heure il a bien fallu capituler pour l'y faire résoudre, parce qu'il craint que son frère ne se mette en campagne en son absence ; mais on lui a promis qu'en ce cas il laissera l'ambassade, quand elle ne seroit pas achevée, pour le venir trouver.

M. le comte et M"** la comtesse de Hohenlohe sont à Delft. Ils me vinrent voir hier. Votre sœur est si engroissée qu'elle est toute ronde. Elle a avec elle la petite fille de la femme de votre

(i) Louise-Julienne de Nassau, l'aînée de ses sœurs germaines^ mariée en 1393 à l'Électeur Palatin; V. suprà,

(2) La plus jeune de ses sœurs germaines, Émilie-Antwerpienne ou Amélia; V. suprà,

(3) Jacques II d'Ecosse, fils de Marie Stuart, avait succédé à la reine Elisabeth, le 3 avril, sur le trône d'Angleterre. Sur la façon brillante dont Frédéric-Henri s'acquitta de cette mission voy. une lettre, en date du 3 juin 1603, d'Ernest- Casimir de Nassau, au comte Jean (j4rb. de la maison d'Orange, 2* série, t. H, P- «95)-

cousin le comte Louis (i), qui est une petite fille de six ans, bien jolie (2). Votredit cousin fait bien de Thomme marié : il est si sage à cette heure que c'est tout un autre homme que vous n'avez vu. Le petit comte Ernest (3) est toujours lui-même. Les conseillers de Monsieur l'Electeur m'ont dit que l'on parle d'un mariage pour votre sœur (4) d'un prince Polonois, dont ils disent beaucoup de bien. Il est allé en France et doit repasser par ici. Madame l'Électrice me le recommande fort. Qyand je l'aurai vu, je vous en manderai ce qu'il m'en semble.

Voilà tout ce que je vous puis dire, pour cette heure, de tous les vôtres de deçà. J'attends un laquais que j'ai envoyé il y a plus d'un mois pour avoirdes nouvelles de Madame de Bouillon. Je ferai, s'il est possible, que votre aîné l'enverra visiter sur cette nouvelle affliction. 11 a envoyé depuis peu de jours vers Monsieur de Bouillon. C'est Goost qui a eu cette commission, ne s'en étant point trouvé de plus propre que lui. Les affaires d'Ostende sont empirées depuis peu de jours, par la surprise qu'a faite l'ennemi de quelques forts qui étoient dehors. Le porteur vous en dira plus de particularités, et mon bon et cher enfant m'excusera si je ne lui écris point, car certes j'ai fait cette lettre avec mille peines, pour

(1) Louis II, comte de Nassau et de Saarbriick, chef de la maison de Nassau. Né en 1564, il eut de sa femme, Anne-Marie, fille du landgrave Guillaume de Hesse, 9 enfants, dont 7 vivaient déjà au moment où Louise de Coligny écrivait la présente lettre :

I Guillaume-Louis, né en 1^90;

Il Sophie-Amélie, née en 1594;

III Philippe, né en 1597;

IV Louise-Julienne, née en 1598; V Marie-élisabeth, née en 1601 ;

VI Jean, né en 1602; vil Ernest-Casimir, né en 1605; VIll Dorothée, née en 1605;

IX Othon^ né en 1610.

La comtesse Anne-Marie mourut le 32 septembre 1626. Le comte la suivit dans la tombe à bref intervalle (8 novembre 1627). Tous leurs enfants les y avaient précédés, sauf : Taîné; Jean et Casimir, tiges des comtes d'Hostein et de Witgenstein ; et Othon, qui mourut célibataire en 1632. (Moréri, art. Nassau.)

(2) Louise-Julienne, son 4e enfant; V. ci-dessus, n. i.

(3) Ernest-Casimir, son 7e enfant {Ibid,)

(4) v. p. précédente n. 2.

un mal de tête extrême que j'ai depuis quelques jours, à quoi tous les remèdes que j'y apporte ne m'ont encore apporté guère de soulagement. Hier on me tira plus d'une livre de sang, et si je ne m'en trouve pas mieux et ai avec cela une douleur au jarret qui me fait extrêmement appréhender de devenir boiteuse; seroit bien pour ressembler du tout à Marquet. Dites à votre bon et cher qu'il se garde bien de penser que ce soit le mois de mars qui m'apporte ces incommodités. Je m'assure qu'il aura bien regretté aussi M™° de Retz. Je viens de recevoir force lettres de Paris, par lesquelles on me mande que depuis cette mort tout y est si triste qu'il semble qu'il n'y ait plus de bonne compagnie. On me donne tout plein d'autres petites nouvelles, de quoi je l'entretiendrois si ma mauvaise tête ne me contraignoit de finir, en baisant en imagination et le père et la mère et tous les enfants ; mais particulièrement le mignon des mignons.

11 faut, ma fille, que vous me donniez une de vos filles (i).

(Le monogramme,)

Autographe. Chartricr de Thouars. — Impr. ïbid.f n» 26.

(ij La mort devait bientôt se charger de décider en iàveur de Taînée, Charlotte, comme compagne de la princesse d'Orange ; voy. infrà, la dernière note de la lettre CXIX.

/t monsieur le duc de Bouillon, maréchal de France.

La Haye, 27 juillet 1603.

mONSiEUR, j*ai eu un tel déplaisir de voir changer la résolution qui avoit été prise pour la dépêche de Monsieur de Nassau (i), comme vous l'aurez pu voir par la lettre que vous écrivit la semaine passée Monsieur le prince Maurice, mon beau-fils, que cela m'empêcha d'accompagner lors sa lettre. Je vous dirai cependant qu'il en a eu lui-même un extrême déplaisir. Mais quoi ! vous savez qu'il faut céder à la volonté de nos Messieurs (2). J'espère néanmoins que le voyage dudit sieur de Nassau ne sera point inutile pour votre service. Les grandes tempêtes l'ont empêché de partir de Zélande où il est encore à cet instant.

Monsieur le prince Maurice, mon beau-fils, a reçu nouvelles que l'ennemi assiège le château d'Ostrade (3), où sont des mutinés, c'est-à-dire une partie de ceux qu'ils y ont laissés, car la plus grande partie tient la campagne et demande secours à mon dit beau-fils, qui se résout d'y aller avec ses forces (4). Beaucoup craignent que lesdits mutins n'aient double intelligence; mais mon dit beau-fils n'est pas de cette opinion, et assure qu'il ira si prudemment qu'avec l'aide de Dieu j'espère qu'il ne lui en arrivera point de mal.

(1) L'amiral Justin de Nassau, déjà cité plusieurs fois.

(2) Les États Généraux.

(3) Hoogstraeten, ville du Brabant Belge.

(4) Cf une dépêche du comte Ernest-Casimir au comte Guillaume-Louis^ son frère, de la fm de juin, où sont exposés les mouvements des Espagnols, notamment leur marche sur Hoogstraeten et Boxtel (Brabant Hollandais) ; Ârcb, de la maison d'Or ange j 2 e série, t. Il, p. 1^9-204.

Pour ce que nos députés ont fait en Angleterre, vous le savez déjà. J*espère que le fruit de leur voyage paroîtra davantage d'ici à quelque temps qu'il ne fait à cette heure. Mon fils m'a dit qu'il vous en écrit, qui me fait remettre à lui à vous en dire davantage. Nous attendons de jour à autre le retour de M. de Buzenval, que l'on tient qui ne viendra point les mains vides. Par ce que Ton m'écrit de Paris je tiens que ma fille Madame de Buillon est à cette heure ou à Sedan ou près de vous; de quoi je me réjouis bien fort; car je sais quelle consolation ce vous sera à l'un et à l'autre d'être ensemble. Ce m'en seroit une infinie, Monsieur, si je pouvois en quelque chose être utile à votre service; mais ne pouvant mieux j'ai recours aux vœux et aux prières pour impétrer du ciel ce qui vous est expédient, et ne cesserai de vous supplier de me croire toujours

Votre humble et très affectionnée mère à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A La Haye, ce 27 de juillet.

Autographe. Collection Dobrée à Nantes.

A monsieur mon neveUy monsieur le comte Guillaume de Nassau.

La Haye, 39 août 1603.

ONSIEUR mon neveu, je crois qu'il vous peut souvenir

qu'après la mort de mon neveu de Chastillon (i), c'é-

toit la volonté de Monsieur le prince mon beau-fils et de

Messieurs les États que sa charge tombât entre les mains de son

( I ) Cf le second paragraphe de la lettre précédente. (2) Henri deColigny; cisuprà, p. 184, n. 5.

frère (i), mais il ne plut lors au Roy pour de certaines considérations. A cette heure, Sa Majesté ayant entendu la mort de M. de Béthune (2), de son propre mouvement, a dità mon neveu qu'il vouloit qu'il l'eût et a commandé au sieur Arsens qu'il le mandât à Monsieur le prince mon beau-fils et à Messieurs les États, comme vous le verrez par les lettres que ledit Arsens m'en écrit par le commandement du Roy, que j'envoie à Monsieur le prince mon beau-fils. Ici Messieurs les Etats sont fort disposés à suivre l'intention du Roy, pourvu que monsieur mon beau-fils l'eût agréable. Je lui en écris et vous supplie aussi m'y être favorable. Il avoit écrit ces jours ici et vous aussi à Messieurs les États en faveur de M. du Sart, et moi-même soUicitois aussi pour lui, mais je lui écris par cette même dépêche qu'il ne doit point trouver étrange si à cette heure je pourchasse que la volonté du Roy soit effectuée, et crois aussi qu'il ne fera . point de difficulté de continuer sa charge sous mon neveu, vu même que c'est la volonté du Roy que Messieurs les États lui accordent avec la même qualité que M. Vere tient sur les Anglois. Je nous recommande toujours, votre cousin et moi, un million de fois à votre bonne grâce. Je suis

Votre humble tante à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A La Haye, ce 29 d'août.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M.CampbelI.)

( 1) Gaspard III| en faveur duquel la seigneurie de Châtil!on»sur-Loing fut érigée en duché-pairie l'an 1643 (P. Anselme, t. VII, p. 143).

(a) Léonidas de Béthune, seigneur de Congy, d'une branche cadette de la famille dont Maximilien de Béthune, plus tard duc de Sully, était le chef; « mestre de camp d'un régiment françois en Hollande, il y fut tué sans laisser d'enfants. » (P. Anselme, t. IV, p. aaS.)

A monsieur le duc de Buillon, maréchal de France.

La Haye, i®' septembre 1603.

HONSIEUR, puisque je vous envoie des lettres de M. de Dommarville, je ne vous demanderai point de nouvelles de notre camp; mais vous dirai que j'ai été bien étonnée de voir une lettre que ledit sieur de Dommarville m'a ' fait voir par laquelle je vois que Ton vous a conté une histoire autrement qu'elle n'a passé. Car la vérité est que le sieur d'Arsens devant mon partement n'a jamais tenu autre langage au Roy, lorsque Sa Majesté lui a parlé de vos affaires, que celui que tous vos amis, et même Monsieur l'Électeur, a fait tenir au Roy par sts ambassadeurs : qui est que si les accusations dont on vous charge étoient bien vérifiées, qu'à la vérité cts Messieurs (i) seroient des premiers à vous condamner, mais qu'il seroit bien difficile de leur persuader que vous, en qui ils avoient reconnu tant de zèle, tant d'affection, tant de fidélité au service de Sa Majesté, puissiez être coupable de tels crimes (2). Croyez, Monsieur, que voilà la pure vérité.

Je vous dirai que j'eus hier nouvelles de mon neveu de Chastillon, qui me mande que le Roy de son propre mouvement ayant entendu la mort de M. de Béthune, lui a donné le régiment et commandé à Arsens d'écrire ici à Messieurs les Etats qu'il désire qu'ils le lui accordent avec la qualité de général des François comme le sieur Veer l'est des Anglois. Je crois que cela sera fort agréable ici, à ce que me vient de dire M. de Ber-

( I ) Les États Généraux.

(3) Ils n'étaient pourtant que trop réels!

PRINCESSE p ORANGE 2 1 5

nevelt. Mon neveu étoit parti pour aller dire adieu à sa mère, et sera dans peu de temps ici (i).

J'entends que ma fille Madame de Buillon est à Sedan, qui me fait douter que cette lettre ne vous trouvera plus à Heidelberg (2). Sur cette incertitude je l'abrégerai et finirai par l'assurance que je vous supplie bien de prendre que je serai toute ma vie, Monsieur,

Votre très humble à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A La Haye, ce i" de septembre.

Autographe, Collection Dobrée à Nantes.

A monsieur, monsieur le connestable,

La Haye, a8 octobre 1603.

moNSiEUR, cet honnête homme, qu'il vous avoit plu me recommander, vous témoignera comme je me suis employée pour lui ; et cette lettre vous assurera comme je n'aurai jamais rien plus cher que l'honneur de vos commandements pour y rendre toute l'obéissance que doit la parente que vous ayez au monde qui vous honore et chérit le plus. C'est une volonté qui, de si longue main, a pris l'habitude en mon âme qu'elle ne s'en peut séparer que par la séparation d'elle et de son corps. Je vous supplie, Monsieur, de la récompenser de la conti-

( I ) Cf la lettre précédente pour tout ce paragraphe .

(2) « Le Versailles et le Louvre Palatin », comme l'appelle Victor Hugo, qui en a donné dans Le Rbin (lettre XXXVIII) une description inimitable. Le duc de Bouillon y avait cherché un refuge, en quittant Genève; cï suprà, p, 205, n. I.

nuation de vos bonnes grâces, comme il vous a plu me le promettre, et je continuerai toute ma vie à demeurer, Votre très humble nièce (i) et servante,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A La Haye, ce 28** octobre.

Monsieur, permettez-moi que je vous supplie de vous ressouvenir de la promesse qu'il vous a plu me faire de votre portrait, de celui de feue madame votre femme (2) et de ma belle cousine M"*" de Monmorancy (3). Ce porteur m'a promis de me les faire tenir sûrement.

Autographe. Bibl. Nat. de Paris, f. français, vol. 3832, P» 89. (Copie transmise par

M. Sandret.)

( I ) Lise^ cousine ; v. suprà^ p. 126.

(2) Louise de Budos, morte le 26 septembre 1 598, sa seconde femme. Il s*ctait remarié dès le 18 du mois de novembre suivant avec Laurence de Clcmiont- Tonneire, de la branche de Montoison (P. Anselme, t. III, p. 605 à 606).

(3) Charlotte-Marguerite, son dernier enfant, née le 11 mai 1594 (Ihid.); «son teint était très blanc, ses yeux vifs, sa physionomie éminemment gracieuse. » (Bentivoglio, Rela^ione délia fuga del principe de Condè^ citée par le duc d*Aumaie, Hist, de la princesse de Condé, t. II, p. 282.)

PRINCESSE d'orange 2l^

CXVlII(l)

A la duchesse de La Trimoille.

Commencement de 1604.

HA fille, j'ai été priée par M"' de Lisconel, qui est une fort honnête femme et de bon lieu, et qui honore extrêmement M. de La Trimouille, de vous faire une requête pour elle ; qui est qu'elle vous supplie d'accorder à un petit-fils qu'elle a la place de premier page de M. le prince de Talmont (2). Je vous en supplie, ma fille, de tout mon cœur, et m'assure que vous ne vous repentirez point d'avoir obligé une si honnête femme. Faites-m'en réponse, s'il vous plaît, afin qu'elle voie que je me suis souvenue de la prière qu'elle m'en a faite.

{Le monogramme.)

Autographe» Chartrier de Thouars. — Impr. ibid,t n« 27.

(1) Ce billet doit avoir été ajouté à une lettre non retrouvée. M.

(2} La principauté de Talmont, en Poitou (ch.-l. d. c. de Tarr. des Sables d'OIonne, Vendée), vint par héritage aux La Trémoille dans le troisième quart du xvo siècle et les aînés de cette maison en portèrent dès lors le titre jusqu'au milieu du XVIh siècle, époque où ils l'abandonnèrent pour celui àt prince de TarenU qui rappelait leurs droits, parfaitement réguliers, sur le trône de Naples- 11 passa alors au second fils du duc Henri, puis, à la mort sans postérité du fils de celui-ci (1749)» au second fils du duc Charles II, Antoine-Philippe, exécuté le 27 janvier 1794 pendant les guerres de Vendée. (Duc de la Trémoille, Cbar~ trier de Tbouars, p. 25, 135, 183, 463, 377.)

 monsieur, monsieur Arcens

La Haye, 20 novembre 1604.

nONSiEUR Arsens, le mauvaisair de L'Écluse (i) m'a causé une si longue et fâcheuse maladie que je ne fais que commencer à m'en relever ; cela m'a empêché depuis un long temps de vous écrire. J'avois donné charge à mon secrétaire, que j'ai envoyé en France depuis quelque temps, de vous parler du désir que j'avois d'acheter de M. le prince d'Orange une bonne partie des terres qu'il a fait vendre de deçà (2) et lui en eusse fait toucher les deniers à Paris, ayant à cet effet envoyé une procuration pour vendre une terre que j'ai en Beauce (3), pour laquelle je trouve prou de marchands qui me veulent donner argent comptant; mais, comme je suis arrivée ici de Zélande, j'ai trouvé que le sieur Kermens avoit tout vendu, réservé quelque peu. De ce peu je l'ai prié de m'en laisser deux kaveles (4), pour faire là une petite censé pour avoir de l'avoine

(i) L'Écluse, port sur la mer du Nord (royaume des Pays-Bas, province de Zélande. Sa rade avait été le théâtre, le 34 juin 1340, d'un combat naval entre les flottes française et anglaise). Son château avait servi pendant quelque temps de prison à l'amiral deColigny après la prise de Saint-Quenlin, en 1557 (Delaborde, Uamiral de Coligny^ t I, p. 312-328). Tout récemment cette place avait été la base des opérations du prince Maurice, pour débloquer Ostende, opérations qui n'avaient pu empêcher la ville de succomber le 10 septembre (Lettres du comte Guillaume-Louis à son père le comte Jean, des 7 juin et 18 septembre; ap- Ârcb, de la maison d'Orange, 2« série, t. H, p. 291-308 et 317-318).

(2) Sa longue captivité, sa conversion au catholicisme, avaient porté ombrage aux états Généraux qui ne semblaient pas disposés à le recevoir sur le territoire des Provinces Unies ; de là cette détermination de vendre les biens qu'il possédait dans les Pays-Bas (V. du Maurier, p. 204).

(3) La terre de Lierville;cff>f/rà, lettre CXXXIX.

(4] Kaveh (pluriel kavjlen) signifie en hollandais pi'^e, parcelle, ht.

pour nourrir les chevaux de mon fils. Il m'en a donc laissé ce petit nombre sous le bon plaisir de Monsieur le prince mon beau-fils (i), parce que je lui ai dit que j'espérois que mondit sieur le prince en feroit meilleur marché à son frère qu'aux étrangers et que pour cet effet je désirois qu'il attendît mon paiement jusqu'à ce que nous eussions entendu sa volonté.

Je vous prie donc, Monsieur i^rsens, d'en parler à mondit sieur le prince mon beau-fils, et l'inviter à me traiter un peu plus favorablement que les autres, considéré que c'est pour son cadet qui ne jouit d'un seul liard de sa maison et qui n'a rien que ce qu'il plaît à Messieurs les États de lui donner. Je lui en écris par le sieur de Torsay, je m'assure que vous tiendrez la main pour m'en faire avoir une bonne réponse, comme je vous en prie, et de me croire toujours, Monsieur iïrsens,

Votre très affectionnée et bien bonne amie,

Louyse de Colligny.

A La Haye, ce 20 de novembre (2).

(Au dos, d*une autre main :) De madame la princesse d'Orenge du 28 novembre 1604.

Autographe. Bibl. Nat., de Paris, f. français, vol. 15950, f« 22. (Copie transmise par

M. Sandret.)

(i) Ici, comme toujours, elle désigne ainsi Maurice de Nassau.

(2) Ce fut sans doute peu après cette date que la princesse d'Orange apprit la mort du duc Claude de La Trémoille, décédé à Thouars le 30 octobre, et de sa dernière fille Elisabeth (P. Anselme, t. IV, p. 171; ci Lettres de Madame de Bouslhnyp. 78 (37 décembre 1604) et note.

A monsieur, monsieur le connétable,

La Haye, 3 janvier 1603.

nONSiEUR, j'ai reçu du sieur de Saint- Priva (i) celle qu'il vous a plu de m*écrire par lui, étant très contente d'y reconnoître les témoignages de la continuation de votre amitié, de laquelle je vous supplie très humblement de croire que n'avez point de parente qui l'honore et la chérisse avec plus d'affection et s'en estime plus heureuse que moi qui, attendant l'honneur de vos commandements, vous baise bien humblement les mains et prie Dieu, Monsieur, qu'il vous donne toute prospérité et santé, longue et heureuse vie.

A La Haye, ce i2« janvier 1605.

Votre très humble nièce et servante,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original signé, BibL Nat. de Paris, f. français, vol. 3832, f^ 1 17. (G>pîe transmise par

M. Sandret.)

( I ) Sans doute le comte Philibert d'Apchier, giand seigneur de ce Languedoc dont Montmorency était gouverneur depuis 30 ans, seigneur de Saint-Privat du chef de sa mère, Anne de Lestrange (P. Anselme, t. III, p. 82 1).

PRINCESSE d'orange 221

A madame de La Trémoille, duchesse de Touars,

Paris, 31 décembre 1605.

nA chère fille, si je puis recevoir consolation en Textrême perte que je fais avec ma maison en la personne de feu mon pauvre neveu M, le comte de Laval (i), ce ne peut être que de voir tomber cette illustre maison, dont je suis sortie par ma mère, es mains d'une autre que je tiens pour mienne et à laquelle je suis si étroitement liée et de parenté et d'amitié et de toutes sortes de devoirs, que je ne pense avoir fait perte qu'en la personne. Il est besoin que vous donniez ordre de bonne heure à recueillir cette belle et grande succession (2) ; et crois que la première chose que vous devez faire c'est d'écrire au Roy, pour le supplier de vous commander comment il plaît à Sa Majesté que vous vous gouverniez en cette affaire. Il y a ici M. de Montmartin (3) qui a toujours été très affectionné à la maison de Laval, et qui en entend fort bien les affaires pour en être un des principaux vassaux. Il m'a promis, si le Roy le trouve bon, de vous aller trouver dans peu de jours et vous faire

(1) Guy de Coligny, petit-fils de François d'Andelot, oncle de la princesse d'Orange, venait de mourir célibataire. Il était comte de Laval du chef de son aïeule Catherine (fille aînée de Guy XVl). La puînée, Anne de Laval, avait épousé le bisaïeul des mineurs de La Trémoille (P. Anselme, t. VII, p. 154).

(2) Pour le partage de cette succession voir J.-A. de Thou, t. XIV, p. 414 et suiv.

(3) Jean du Mats, seigneur de Montmartin, gentilhomme protestant de cette partie de la Bretagne qui confme au Maine, né en 1550, mort vers 1620; il a laissé une précieuse Relation des troubles arrivés en Bretagne de i^8p à i$ç8, publ. au t. II de V Histoire de Bretagne de Lobineau et Taillandier (Paris, 1707, 2 vol. in-f>).

entendre infînies choses dont il est besoin que vous soyez instruite. Je vous réponds de son affection, fidélité et dextérité pour vous bien servir. Feu mon cousin de Laval, père du dernier mort, lui avoit donné la capitainerie de Vitré, dont il a joui par longues années; depuis» M"" de Fervaques (i) la lui a ôtée sans aucune récompense. Son désir seroit qu'il vous plût l'honorer de la même charge ; et |e vous en supplie de tout mon cœur sous l'assurance que j'ai que vous en serez fort fidèlement et fort bien servie. Je vous avois envoyé ces jours passés une lettre de M"'* de Fervaques pour une petite affaire, mais vous en aurez bien à cette heure de plus grandes i démêler ensemble. 11 faut bien vous évertuer à cette heure, afin que Dieu vous donne et santé et dextérité pour bien conduire le surcroît des grandes affaires qui vous viennent en cette grande succession. Or je prie Dieu, ma chère fille, qu'il vous ait en sa très sainte garde*

(Le monogramme.) A Paris, ce dernier jour de l'an.

Vous avez de belles étrennes pour le commencement d'année (2).

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ihid.y n« 28.

(ij Dont le cousin de la princesse d'Orange avait été le premier mari; voy. suprà^ p. 160.

(2) « Vous ne sauriez croire combien tout ce pays réformé est aise de la grande « succession qu*ont eu MM. de La Trémoille, par la mort de M. de Laval », écrivait le 15 janvier 1606 M. de Superville, Tun des médecins du Roi à Saliger (Epistres Françoisâs a ],-], de la Scala, liv. III, ép. 94%

PRINCESSE d'orange 22}

A madame de La Trimouillej duchesse de Touars.

HA chère fille, puisque c'est le sieur de Bourron qui vous porte cette lettre, il vous rendra si bon compte de ce qui se passe ici qu'il n*est point besoin que j'en emplisse ce papier. Seulement je vous dirai que vous y êtes attendue en bonne dévotion et que je crois qu'il est besoin, pour vos affaires, que vous y soyez bientôt, car M. de Fervaques, à ce que l'on dit — car c'est celui que je ne vois point — se prépare bien au combat. 11 est tous les jours avec ma belle-sœur, laquelle je vois aussi peu que de coutume. Mon frère et lui ont rompu, car c'étoit son intention, lorsqu'ils traitèrent ensemble, d'avoir de l'argent dans peu de temps, et celle de M. de Fervaques tout au contraire comme il l'a bien montré ; de façon que mon frère me vient de céder son droit, et en venons de passer un petit contrat que M. Robert a minuté.

Le sieur de Bourron vous dira l'avis que tous vos amis vous donnent pour le regard de vos enfants, les amenant ici, comme je crois que vous les y devez amener, y venant pour y demeurer longtemps, comme il ne se peut autrement ; et me semble que vous pouvez bien avoir ici votre fille sans la mener à la cour qu'une fois, pour faire la révérence à la Reine, et cette fois chacun lui fera tant de caresses qu'elle n'aura point loisir de s'asseoir (i): de façon que cela ne portera nul préjudice à ce que vous pourrez obtenir en ufie autre saison qu'elle sera plus grande. Car en ce petit âge où elle est, chacun juge que vous ne devez

(i) Il s'agissait d'obtenir pour Charlotte le tabouret au cercle de la Reine, et il lui fut accordé, comme on le verra dans la lettre CXXIX.

pas VOUS attacher bien fort à demander une chose que vous auriez grand*peine à obtenir si vous ne montriez des preuves bien certaines que cela ait été, car on ne s'arrêtera pas sur des ouï-dire; et de vous mettre au hasard d'être refusée, c'est chose qu'il semble que vous ne devez pas faire.

Je suis encore incertaine si votre frère viendra ou non, car le vent a toujours été si contraire, depuis le passage de M. de Buzanval, qu'il n'est rien venu depuis lui. Je vous envoie une boîte de tablettes que M""® la Garde des Sceaux (i) m'a donnée pour vous envoyer. Elle dit que c'est son apothicaire qui en a la recette, lequel elle ne m'a jamais voulu nommer, et dit que toutes les fois que vous en voudrez avoir qu'elle vous en enverra; mais j'ai dit au sieur de Bourron qu'il demande la recette à M. de la Violette (2). Pour de cette étoffe pour une robe, j'en ai vu plusieurs pièces, mais toutes si chères que je n'en ai pas voulu prendre ; aussi que l'on m'a dit que c'est à Tours où elle se fait, et que Bourron passant par là en pourra voir et vous dire le prix, et que de jour à autre vous vous en ferez apporter. J'attends les gants que l'on m'a promis de faire pour mon petit mignon ; s'ils sont faits, le sieur de Bourron les portera.

Leurs Majestés sont à Saint-Germain. La Reine n'a avec elle que M""*" les princesses de Condé et de Conti. M"** de Montpensier avoit été mandée pour y aller, et moi commandée pour l'y accompagner, mais nous avons si bien fait jusqu'ici que nous sommes exemptées de cette petite corvée. Et je crois qu'aujourd'hui toute la cour va à Vigny, chez M. l'Amiral, et que de là tout reviendra ici ; qui sera un fort grand plaisir, car c'est une peine extrême d'aller à cette heure par les champs. Voilà Bourron qui vient demander mes lettres. Je finis donc en vous embrassant,

(1) Le garde des sceaux était, depuis décembre 1604, Nicolas Brûlait, seigneur de Sillery, de Puisieux, de Berny et de Marines, un des meilleurs négociateurs de Henri III et de Henri IV, dont la seigneurie fut, en 1619, érigée en marquisat ; il avait pour femme Claude Prudhomme (P. Anselme, t. VI, p. 524 et 527).

(2) Joseph Duchesne, seigneur de La Violette, autre médecin du Roi. Son confrère Superville disait de lui dans une lettre du 24 mai 1600 à Scaliger : « M . de la Violette, grand médecin en la nouvelle et vieille médecine, Gascon, fait merveilles » {Epistr es franco :ses àJ.-J. éU la Scala, Uv. II, ép. 81).

et toute la petite troupe, de tout mon cœur, et vous conjurant d'aimer toujours votre maman.

A Paris, ce second jour de l'an.

Autographe, Chartricr de Thouars. — Impr. ibid.y n» 29.

De cet éloge, désintéressé et même héroïque de la part d'un collègue, rapprochons celui-ci qui a pour autejr Louise de Bourgeois, la sage-femme de la Reine, qu'il avait patronnée de tout son pouvoir pour lui faire obtenir cette place si enviée :

Tout ce qui se peut voir au monde d'admirable. De beau, de bon, de grand, de rare et de parfait, Se trouve en cette fleur, dont l'odeur agréable Nous feit braver la mort, en dépit de son trait (1).

L'année même où son nom se rencontre sous la plume de la princesse d'Orange, il avait publié chez Claude Morel (Paris, in-8*» de 600 pages). Portrait de la santé, où est au vif représentée la règle universelle et particulière de bien sainement et longuement vivre,

(\) Cher eau y Esq. sur Louise Bourgeois précitée.

A monsieur de V Escale.

Paris, 17 février 1606.

H ONSiEUR, je me suis fort réjouie ici de l'honneur que j'ai reçu de vous en ce qu'il vous a plu honorer la mémoire de feu Monsieur l'Amiral mon père de ce que vous m'avez donné pour faire mettre sur sa sépulture (2). Cela a été

(1) Ce mot omis dans les Episires Françoiies a été rétabli par Du Bouchet(/. t.).

(3) Voici le texte de 'cette épitaphe (dans Du Bouchet, /. c).

HOSPES ET INCOLA

HOSPES

Quis situs hic ?

INCOLA

Chrbti et patri» carissimus héros, Maximus invicto, pectore, mente, manu, Cujus non animum vis aut fortuna subegit ; V ictus inaudita fraude doloque jictt.

HOSPES

QMijacet?

INCOLA

Incautum lethali vulnere laesit In scelus a Furiis exagitata manus.

HOSPES

Qu« divse assistant tumulo?

INCOLA

Prima, optima rerum, Relligio, scissas dilaniata comas.

HOSPES

Altéra qux?

INCOLA

Nemesis, quâ vindice criminis auctor Ibit ad infernas sanguinolentus aquas.

HOSPES

At generose héros, laus, vita et gloria parta est, Non occidendo, sed moriendo, tibi.

PRINCESSE d'orange 22^

fort approuvé et loué des personnages doctes auxquels je l'ai fait voir et principalement par M. le président de Thou (i) et M. Servin (2). Ledit sieur Servin m'a permis de vous en envoyer un autre qu'il a fait, où il a observé toutes vos mêmes conceptions, disant ne pouvoir ni ne devoir rien changer en ce qui procède d'un esprit et d'un jugement tel que le vôtre, auquel il dit céder en toutes façons ; mais cependant il m'a priée de vous faire voir quelques mots qu'il dit avoir seulement changés pour l'accommoder à la prudence de ce siècle ; vous les verrez donc, s'il vous plaît, et m'en manderez votre avis, et vous supplierai m'en écrire une lettre que je lui puisse montrer.

Je remets toutes les nouvelles à M. de Buzenval, qui mieux que moi vous pourra représenter ce qui se passe, qui est pour cette heure un sujet si triste et si lamentable pour tous les gens de bien, et particulièrement pour moi, que certes. Monsieur, la plume me tombe de la main en le voulant continuer. Je finirai donc par un qui m'est plus agréable, qui est vous assurant que j'honore votre mérite par-dessus toutes celles qui ont le bonheur de le connaître et que je fais beaucoup de gloire de me dire aimée de vous et que je suis, Monsieur,

Votre très humble et affectionnée à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

De Paris, ce 17° février 1606.

Impr. dans Us Èpiitres françoises àJ.-J, de la ScaUy liv. II, ép. 4; et dans Du Bouchet. Preuves de Vbisioire de la maison de Coliguy^ p. 563.

(1) Le grand historien.

(i) Avocat du Roi au Parlement^ né vers 1555, mort le 10 mars 1626, Thonneur de l'érudition française d'alors, l'honneur de la magistrature de tous les temps. Voir sur lui Etienne Pasquier, Recherches de la France (au t. I de ses Œuvras ^m^/^^5; Amsterdam, 1733,2 vol. in-f"), liv. VI, chap. 47; et Lajus" iice en deuil de la mort de Louis Servin (Paris, 1626, in-8°].

A monsieur de L Escale

Parisi ay avril 1606.

noNsiEUR, rindisposition en laquelle je suis à présent me licenciera, s'il vous plaît, de faire ce mot de ma main pour vous dire Tébahissement que j'ai de voir par vos dernières que vous ne me faites aucune mention de la réception de l'épitaphe que je vous ai envoyé écrit de la main de M. Servin. Cela me fait croire que le paquet est perdu et cause que vous en renvoie une copie, avec celui que me donnâtes avant mon partement, afin de voir le changement que ledit sieur Servin y a fait. 11 le désire ainsi et m'a dit ne vouloir rien entreprendre sur ce qui vient d'un tel personnage que vous. Je vous supplie donc m'en écrire votre avis, qile je suivrai, et après me le renvoyer à la première occasion. M"* d'Angoulême a vu votre lettre, dont elle a été fort aise. Je vous envoie aussi un paquet que m'a donné M. de Dolot (i), lequel j'ai fort entretenu de votre affaire contre le sieur de... (2). Il m'a dit que si vous faites ce dont il vous écrit que sans doute il se trouvera moyen de vous faire payer. Souvenez-vous-en donc, je vous supplie, et faites état qu'en cela et en toute aiitre chose où j'aurai le moyen de vous rendre service, je m'y emploierai d'aussi

(1) Christophe de Hariay, qui, jusqu'à la mort (23 octobre 16 16) de son illustre père, Achille, comte de Beaum ont, premier président du Pariement lors de la journée des Barricades (1588), porta le titre de seigneur de Dolot (P. Anselme^ t VIII., p. 799). — Les Epistres françoises à J,-J, de la Scala renferment plusieurs lettres de lui ; elles sont signées, tantôt C. de Harlay-Dolot, tantôt simplement C. DE Harlay.

(a) Le nom est resté en blanc.

PRINCESSE d'orange aa9

bon cœur que je me recommande affectionnément à vos bonnes grâces. Je prie Dieu, Monsieur, vous avoir en sa sainte garde.

A Paris, ce 27 avril 1606.

Votre très affectionnée amie à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

M"'* de la Trémoille ma fille vous présente ses humbles et affectionnées recommandations.

Impr. ibid.f liv. II, ép. 5.

j4 monsieur, monsieur de La Trimouille, duc de Tbouars (i).

Lierville, 35 août 1606.

H ON beau petit-fils, cependant que j'étois à Paris j'avois ce contentement d'ouïrsouvent de vos nouvelles, par le moyen de madame de la Trimouille, ma fille. Lorsqu'elle en est partie pour aller boire des eaux de Spa, je suis partie aussi pour m'en venir en Beauce, en une maison si séquestrée du monde que je n'en ouïs point parier qu'au prix que j'en envoie apprendre des nouvelles. Et désirant savoir des vôtres et de votre frère (2) et sœur (3), je vous dépêche ce laquais pour vous prier m'en faire part, et de celles que vous avez eues de madame de la Trimouille, et quand elle vous parie de son retour. Pour moi je ne ferai plus guère de séjour ici. Et partout où je

(i) Henri, fils aîné du feu duc Claude; cfsupràf p. 2 19, n. 2.

(2) Frédéric, comte de Laval (P. Anselme, t. IV, p. 171); c'est le seul des enfants du duc Claude et de Brabantine que nous n'ayons pas eu l'occasion de mentionner dans les notes des lettres précédentes.

(3) Chariotte de La Trémoille.

serai jamais, ce sera toujours avec résolution de vous faire service de tout ce qui sera en ma puissance, — et à mon autre petit-fils et fille ; — mais comme à l'aîné je vous parlepour tous trois et vous embrasse tous trois en imagination, vous priant de m'aimer comme étant Votre très affectionnée mère à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A Lierville, ce 25 d'août.

Autographe, Chartricr de Thouars.

 messieurs mes neveux, les comtes Jean et Georges de Nassau ( i ).

Fontainebleau, iS novembre 1606,

fflESSIEUIls mes neveux, étant en ce lieu, où je suis venue faire un tour pour quelques affaires que j*ai près du Roi, à mon très grand regret j*ai appris la mort de feu monsieur mon frère, votre père, dont j'ai eu beaucoup d'affliction. Mais puisqu'il a plu à Dieu le prendre après avoir reçu un si bel âge (2) et vous ayant laissé tant d'honneur, vous devez vous conformer à la volonté de Dieu, et en le louant et remerciant des grâces qu'il lui a faites durant sa vie, le supplier aussi vous laisser, avec l'hérédité de ses biens, celle de ses vertus, comme je ne doute point qu'il ne fasse. Je l'en supplie de

(i) Le comte Jean de Nassau avait eu 3^ enfants de ses trois femmes; Jean et Georges venaient immédiatement dans cette longue liste après Guillaume-Louis, souvent mentionné précédemment (Moréri, art. Nassau).

(2) Mort à Dilîembourg, le 8 octobre, âgé de 71 ans (Ibid.),

toutes mes affections et qu'il vous donne, Messieurs mes neveux, en santé heureuse et longue vie.

De Fontainebleau le 1 8 novembre 1606.

Votre humble tante à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

Original si^né. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell. )

 madame de La Trémouille, duchesse de Touars.

Paris, 2^ décembre 1606.

nHÈRE fille, VOUS pouvez croire que j'ai reçu un extrême contentement de vous savoir heureusement arrivée chez vous (1) et que vous y avez trouvé toute votre petite famille en bonne santé.

Je vous ai mandé notre retour en cette ville. A cet heure, je vous manderai comme monsieur votre frère, et madame sa femme (2) en partirent vendredi (3) après dîner (4). Madame la Princesse, Monsieur le Prince, M°' de Fontaines et moi l'accompagnâmes jusqu'au pont de Charenton. Ce fut des pleurs incroyables que ceux de Monsieur le Prince et de Madame sa sœur; j'entends qu'elle fut malade à la couchée. J'ai bonne opinion qu'elle n'est pas prête de revenir à Paris. M. de Buzanval arriva hier soir, qui m'assure que votre cadet lui dit en partant qu'il seroit ici aussitôt que lui, de façon que je l'attends au pre-

(1) Cfla lettre CXXV.

(2) Philippe-Guillaume, prince d'Orange, avait épousé le 23 novembre Éléonore de Bourbon-Condé (P. Anselme, t. I, p. 336).

(3) Le 33 décembre.

(4) Pour prendre possession de sa principauté d'Orange.

mîer vent, si autre chose n'arrive qui le retienne ; car je ne serai point assurée qu'il vienne qu'il n'ait passé la mer. Je vous en avertirai soudain qu'il sera ici.

Vous savez que M. le maréchal de Fervaques est en cette ville. Je ne l'ai point vu, mais on m'a dit que M"** de Fervaques y doit venir quand elle saura que vous devrez vous y rendre, et qu'elle est toute disposée à accorder, si vous voulez y entendre.

Je vous ai déjà mandé la réponse que me fit le Roy sur l'affaire de votre fille, qui se rapporte à celle que vous fit la Reine : de laçon que c'est à vous à faire vos preuves, comme font les chevaliers du Saint-Esprit, car, si cela a été, on ne vous le peut refuser sans vous faire tort. Avisez donc toutes les preuves que vous en pourrez faire paroître, et nous en avertissant nous en ferons bien notre profit. Vous êtes aimée et honorée en cette cour (i) et ne devez point douter que faisant paroître que ce que vous demandez a été, que vous n'y soyez favorisée.

Je ne vous ai point encore envoyé de cette étoffe pour faire une robe, parce que l'on n'en trouve point à si bon marché que l'a eue la comtesse de Château-Vilain (2). Jeudi on m'en doit encore

(1) En annonçant la mort du comte de Laval, M. de Loménie énuniérait au Roi les grosses sommes qui devaient lui revenir, pour les rachats des terres du défunt. Henri IV l'interrompit en ces termes: « Non, Loménie, je veux que M^e de la « Trémoille ait ceux qui appartiennent à ses enfonts. Cela lui aidera bien pour « acquitter leurs dettes [^00,000 écus]^ car elle le saura bien ménager, et c^est une « bonne femme. Je voudrois bien que madame de Bouillon lui ressemblât; elle « disposeroit mieux son mari à faire ce qu'il doit qu'elle ne fait. » (Lettre de G. de Bourron du 22 janvier 160^). M.

(2) C'était la fille du duc d'Atri, d'une très illustre famille Napolitaine. Elle avait épousé le richissime financier italien Ludovicodi Ghiaceti(en françab: Ludovic Adjacet), qui avait acheté en 1578 le comté de Château-Vilain et s'était fait bâtir à Paris un magnifique hôtel, vrai musée d'obscénités, au rapport de Brantôme (t. IX, p. 49); il est vrai qu'il y recevait souvent Henri III et qu'il voulait par là faire sa cour du maître. Quant à sa femme, Brantôme (t. il, p. 28) la range parmi « les meilleures, les belles, honnestes, dévotes et sages dames de la cour ». Il semble parler sérieusement, maisM»«de Château- Vilain méritait mieux d'être placée parmi les « belles et honnestes dames » sur les mœurs desquelles il nous a donné des détails si peu édifiants (t. IX, passim). Elle avait longtemps feit partie de Vescadron volant de Catherine de Médicîs et n'était pas des moins

PRINCESSE d'orange 233

faire apporter, de façon que j'espère qu'après ces fêtes, qui sera à cette heure-là, nous barguignerons tant que si nous ne l'avons à si bon marché il ne s'en faudra guère. Vous aurez aussi des gants pour notre petit mignon. |e vous prie, ma fille, de dire au sieur Chauveau que je désire savoir quelle réponse a faite celui à qui il a donné la déclaration de ma terre (i). J'ai la cervelle si troublée des propos que me vient de tenir M. de B. (2) sur les affaires de votre bon pays, que je n'en dormirai de la nuit ; et faut que je fmisse en vous baisant les mains.

{Le monogramme.) A Paris, ce jour de NocL

Autographe. Œartricr de Thouars. — Impr. ibid., n» 30.

A madame de La Trimouille.

Paris, 39 juillet 1607.

A chère fille, j'étois en peine, pour n'avoir point appris de vos nouvelles depuis votre partement, lorsque j'ai reçu votre lettre, qui m'assure que vous êtes seulement harassée du chemin et que vous y trouvez force affaires, de quoi je ne doute nullement. M"*° de Châtillon, fort soigneuse comme vous savez, n'a encore fait venir celui qu'elle vouloit envoyer à

aguerrie de cette milice galante; voyez le récit de ses prouessesen Guyenne l'an 1 577 dans l'ouvrage précité de M. de la Perrière, Trois amoureuses au X^I^ siècle (p. 83), cf ; du même auteur, Les projets de mariage de la reine Elisabeth, p. 277»

(1) Il s'agit de la description authentique du domaine de Lierville, que la princesse d'Orange voulait vendre; vôy. lettre CXXIX.

(2) Probablement Beaumont. M.

234 LETTRES DE LOUISE DE aMJGNT

Laval; ce que voyant M"" de Guémené (i) et M. de la Rochepot (2), auxquels (3) j'ai fait entendre ce que vous n'avez mandé, m'ont promis qu'aujourd'hui les leurs partiroient et qu'ils seroient dans huit jours au plus tarda Laval; que cependant chacun se fie bien en vous de ce que vous ferez, car on sait bien que vous ne ferez rien que de bien. Voilà pour cet article.

je n'ai pu me défendre du voyage de Monceaux, car vous savez que le Roy ne veut jamais dire adieu que le plus tard qu'il peut. J'irai donc sur la fin de cette semaine prendre congé de Leurs Majestés, et puis je n'ai plus rien qu'à attendre notre petite mignonne, et soudain qu'elle sera ici je partirai, s'il plaît à Dieu; me semblant que ce sera plus de commodité de l'envoyer ici qu'à Calais, parce qu'il m'est impossible de pouvoir dire précisément le jour que j'y serai; et qu'elle attendît là, ce seroit mal à propos, aussi que peut-être n'a-t-elle pas toutes ses petites commodités, et l'onl'accommoderoit ici de ce qu'il lui faudroit et que vous ordonneriez. Elle ne verra point la cour, car j'en aurai pris congé quand elle viendra. Tout le monde veut me faire peur de lui faire passer la mer en ce petit âge ; mais j'espère, avec l'aide de Dieu, que cela ne lui fera point de mal.

Hier nous eûmes nouvelles que le roi d'Espagne a envoyé la ratification de ce que l'Archiduc a traité avec Messieurs les Etats (4). Nous attendons à cette heure de savoir comment Messieurs les États l'auront reçue et ce que cela produira. Dans trois ou quatre jours nous en aurons des nouvelles, dont je ne faudrai de vous avertir.

11 n'y a rien ici de nouveau depuis votre partement. Je ne sais si je vous ai mandé que M"" la comtesse de Soissons ne s'est point trouvée grosse et a été très malade ; mais à cette heure elle

(i) Madeleine de Rieux, femme de Pierre de Rohan, prince de Guéméné(P. Anselme, t. IV, p. 62).

(2) Antoine de Silly, gouverneur d'Anjou, second fils du comte de la Rochc- <îuyon (P. Anselme, t. VIII, p. 172).

{}) Ils étaient cohéritiers des jeunes La Trémoille, dans la succession de Laval (De Thou, Le),

(4) Une trêve de huit mois.

PRINCESSE d'orange 235

se porte bien, Dieu merci. M"« de Randan (i) n'est point encore mariée (2), mais elle le sera dans peu de jours, car hier les articles furent signés. C'est Monsieur le Prince et les autres parents qui font ce mariage par le commandement du Roy. Vous pouvez penser ce que dit la pauvre mère (3). Encore que je soie bien proche, si ne signerai-je point au contrat, car je suis toute pour la mère. Dieu garde celles qui ont des filles de pareille affliction, et vous donne, chère fille, toutes sortes de prospérités.

Je suis très aise qu'il y en ait encore à Laval qui se souviennent de moi. Je vous assure que je m'y aimois bien et que j'y ai bien passé mon temps, et à Vitré aussi. Dieu vous y maintienne en santé. Je vous envoie la réponse de M"*' votre tante (4), que j'oubliai par mon autre dépêche. Pardonnez-le-moi, chère fille, et aimez toujours votre maman aussi parfaitement qu'elle vous aime, je baise mille fois vos mains.

{Le monogramme.) A Paris, ce 29 de juillet.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.t n* 31.

(1] Marie-Catherine, fille unique de Jean-:Louis de la Rochefoucauld, comte de Randan, tué pour la Ligue en 1590, et d'Isabelle de la Rochefoucauld, sa cousine issue de germain ^P. Anselme, t. IV, p. 437).

(2] Avec Henri de Bauffremont, marquis de Sennecey. Il s'accomplit le 8 août

(3) Sa mère, Charlotte de Laval, était la plus jeune fille du comte Guy XVI (P. Anselme, t. VII, p. 152). Ainsi Louise de Coligny était tante à la mode de Bretagne du défunt duc de La Trémoille.

(4^< Jeanne de Bourbon, abbesse de Jouarre; voy. suprà^ p. 5, n. 2.

2l6 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

A madame de La Trimouille, duchesse de Touars.

Paris, 2 y septembre 1607.

HÈRE fiUe à moi» le sieur de Bourron vous aura pu témoigner que par malheur une grande lettre que je vous avois écrite fut donnée à un laquais de la mar« quise de Mirebeau avec celles que j'écrivois à sa maîtresse. Je vous y mandois tout le progrès de la petite cour que j'avois fait faire à notre petite mignonne, qui fut fort heureux et tel que vous l'eussiez pu souhaiter. De vous en redire à cette heure toutes les particularités il m'est impossible, car depuis quatre ou cinq jours il m'est tombé une si grande défluction sur le visage, avec une fièvre qui m'a laissée hier ; mais j'en suis encore si débile, et le visage si enflé, que je ne n'ose ni ne puis guère me baisser, de sorte qu'à peine vous fais-je ces mauvaises lignes, qui vous témoigneront que votre petite se porte fort bien. Nous avions quelquefois des querelles pour de petites opiniâtretés et de son peu d'arrêt, et a fallu que j'aie fait user de main mise à Briquemault (i), mais elle promet bien qu'elle sera dorénavant si sage qu'il n'y faudra plus retourner. Ne lui en mandez rien, s'il vous plaît, mais seulement recommandez-lui l'obéissance, et que vous avez commandé à Briquemault de la fouetter toutes les fois qu'elle ne fera pas ce que l'on lui dit. je lui fais apprendre à danser, pour lui faire un petit la grâce. Encore que j'aie peu à demeurer ici, toujours cela lui servira Voilà M. de Beaumarchais (2) revenu de ma maison de Lier.

(i) Fille d'un brave capitaine huguenot et demoiselle d'honneur de la princesse d'Orange, qui l'avait donnée pour gouvernante à Charlotte de la Trcmoille. M.

(2) Vincent Bouhier, trésorier de l'épargne ; ses deux filles épousèrent les marquis de Vitry et de la Vieuville (P. Anselme, l. IX, p. 540).

PRINCESSE d'orange 237

ville, de façon que je pense que nous passerons notre contrat dans peu de jours (i) ^^ incontinent après je fais état de partir, quoique Monsieur de Bouillon me veuille fort retenir jusqu'à ce que Madame de Bouillon soit ici, qu'il dit qui sera au commencement du mois prochain. Je vous baise les mains, chère fille. Je voulois lors que la vôtre vous écrivît, mais ce porteur nous a prises trop court.

A Paris, ce 2} de septembre.

Autographe, Chartrier de Thouars. — Impr. ihid.f n» 32.

A madame de La Trimouille, duchesse de Touars.

La Haye, 15 mars 1608.

nADAME ma fille, je suis surprise du partement de ce porteur, par lequel je vous dirai que notre petite se porte bien, Dieu merci, d'aujourd'hui seulement, car toute la semaine elle s'est trouvée mal d'une fièvre que je crois lui être procédée du changement d'air. Elle gouverne ici ses oncles et ses cousins, et quand elle se porte bien elle est fort jolie. Cependant que les affaires d'État se traitent, je ne laisse pas de parler des vôtres, et espère que dans quelques jours il s'en fera quelque bonne résolution (2). Monsieur l'Électeur a ici un ambassadeur qui est fort honnête homme. Nous en parlons souvent ensemble, et encore aujourd'hui il a dîné avec moi, et s'est trouvé que c'étoit le jour de la nativité de Monsieur l'Électeur. Nous l'avons

(1) Ce projet de vente ne put se réaliser.

(2) Cétait toujours au sujet de la liquidation et du partage de la succession de Guillaume le Taciturne; cf lettre CXIII.

un peu solemnisée en buvant sa santé, à quoi votre fille a un peu aidé« qui est la première fois, ce dit-elle, qu'elle a vu boire de santé. Cet ambassadeur me disoit en dînant qu'entre toutes les sœurs de Madame TEIectrice vous avez merveilleusement gagné le cœur de Monsieur l'Électeur. Mandez-moi de vos nouvelles, chère fille, et de celles de votre petit peuple, et comment vont vos affaires.

Je ne vous puis dire de celles d'ici, car on ne sait encore qu'en juger. Vos frères vivent toujours à l'accoutumée. Votre aîné vient presque tous les jours souper ici, mais il ne sait lui-même juger de quoi se termineront les affaires. Dieu y mettra la main, s'il lui plaît ; et il en est bien besoin, car les hommes n'y voient guère clair. Je n'écris point à Monsieur de Bouillon, parce que je ne le crois plus à Paris. J'appréhende de recevoir de vos lettres et de demander des nouvelles quand il vient quelqu'un de la cour, tant j'ai de peur d'en ouïr de mauvaises de ce pauvre prince (i) que j'ai laissé au lit. Dieu lui envoie, et à nous tous, ce qui nous est nécessaire. Je vous embrasse, chère fille, et vous donne mille bonsoirs.

(Le monogramme.)

A La Haye, ce 1 5 de mars.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.t n* ^^.

(1) Le duc de Montpensier était depuis longtemps atteint d'une maladie de poitrine et « réduit au tétin d'une nourrice » ; il mourut le 29 février ; « bon prince; et comme tel regretté et pleuré du Roy, de la noblesse et de tout le peuple » (Lestoile, Journ. de Heptri If^, à cette date).

A madame de La TrimouWe, duchesse de Tbouars.

La Haye, 2 avril 1608.

HA chère fille, lorsque j*ai pu un peu reprendre mes esprits, j'ai dépêché vers cette pauvre princesse (i) pour la visiter et pour apprendre de ses nouvelles; mais le vent contraire n'a voulu permettre que ce porteur soit parti plus tôt qu'à cette heure. Il vous dira de toutes nos nouvelles plus queje ne vous en saurois dire, particulièrement de votre fille, car c'est un de ses grands gouverneurs ; de TEtat aussi tout ce qui s'en dit : en un mot c'est ce que l'on ne sait encore si nous aurons paix ou guerre. Mais je vous dirai que je me veux servir de ce temps ici pour faire cet été un voyage à Spa, car je suis si tourmentée de ma rate queje n'ai presque une heure de santé, et je vois de ceux qui y ont été pour le même mal qui en sont du tout guéris.

Or il me semble que vous ne l'êtes pas si bien guérie qu'un voyage ne vous y fît encore beaucoup de bien; et outre ce queje le désirerois passionnément, vos frères me prient de vous en prier et de le vous conseiller, et vous promettent que si vous y venez ils vous verront, si vous voulez prendre la peine de faire deux petites journées, car il n'y en a pas davantage de là à Bréda; et votre cadet dit qu'il ira jusques tout auprès de Spa, pour nous accompagner toutes deux. Prenez donc une bonne résolution, ma fille : vos frères le désirent extrêmement, et je m'assure que cela sera très utile à votre santé de faire encore une fois ce voyage. Vous m'en manderez s'il vous plaît, par ce porteur, votre intention; et moi je remettrai à lui à vous conter

(1) La veuve du duc de Montpensier (Voir la note de la page précédente).

toutes nouvelles, et prierai Dieu vous donner toutes sortes de prospérités.

(Le monogramme,) A La Haye, ce 2 d'avril.

Autographe, Chartrier de Thouars. — Impr. ibi4., n» 54.

 madame de La Trimouille, duchesse de Touars.

La Haye, 9 avril i6o3.

nA chère fille, je reçus hier vos lettres avec celles que m'avez envoyées de Monsieur de Bouillon et le mémoire que vous aviez fait consulter ensemble. Nous en avions déjà donné un paquet tout semblable à Messieurs les États, et crois qu'il sera aisé d'obtenir tout cela ; mais d'autres avantages pour la maison je n'en espère pas, car vos frères étant résolus de ne servir jamais le roy d'Espagne, il n'y a pas d'apparence qu'il leur veuille faire du bien. Que s'ils le vouloient, à la vérité, je crois qu'il n'y a avantage que l'on ne leur fît ; mais ni eux n'y sont résolus ni moi je ne leur puis conseiller, estimant et eux et moi qu'il vaut mieux avoir peu avec honneur que beaucoup autrement. Les affaires tireront encore en grande longueur. Quant aux partages, ils sont encore si éloignés — Monsieur le prince d'Orange et Monsieur le prince Maurice — que je ne sais ce qui en arrivera, et crains bien qu'ils ne tombent en procès Depuis que je suis ici je n'ai cessé de travailler si l'on pourrôit faire quelque chose pour vous et Mesdames vos sœurs, et les ambassadeurs de Monsieur l'Électeur qui sont ici sont toujours

(1} Pour l'explication de cette lettre cf les lettres CXIII et CXXX.

PRINCESSE d'orange 24 1

après, par le commandement de Madame TElectrice. Enfin on leur a proposé les moyens que Ton juge justes et raisonnables, que je crois qu'ils ont envoyés à madite dame TElectrice.

De penser que Ton vous paye en argent comptant, hélas! ma fille, il n'y a pas de moyen, car il y eh a moins que jamais en votre maison. Pour l'assignat de mon douaire, je jouis de Gertruydemberg (i), qui ne vaut que 5,000 florins par an — encore depuis peu, car auparavant il n'y en avoit que 4,000 — et j'en dois avoir 8,000 ; de façon que votre cadet peut dire être bien éloigné d'avoir jamais eu un liard des biens de Monsieur son père. Pour M. le prince Maurice, il dit, et je vous en enverrai un de ces jours un mémoire, que ce qu'il (2) jouit, frais faits, les charges ôtées, ne lui revient qu'à 10,000 livres de rente, qui n'est pas-ce qui lui appartient de l'argent que Madame sa mère a apporté. Enfin c'est une compassion si étrange des affaires de cette maison que je n'y vois ni fond ni rive ; et jusques à ce que ces deuxfrères se soient accordés, je ne vois pas que les choses se puissent accommoder. Croyez que j'aurai soin de vos affaires comme des miennes, et certes j'en ai davantage; fiez- vous là-dessus.

Au reste, ma fille, j'ai une prière à vous faire pour votre nourrice, la fille de mon valet de chambre. Elle est arrêtée prisonnière depuis mon partement, et je crois que ce n'est que pour 28 écus. Son mari (3) m'a dit que vous lui avez promis de faire quelque chose pour elle. Je vous en supplie bien humblement; ce sera une œuvre charitable, et avec peu vous la pouvez délivrer de grande peine. Je vous en supplie donc, et de me conserver votre bonne grâce par-dessus toute chose.

Votre fille se porte fort bien. Je commence d'aujourd'hui à lui faire venir un m^tre pour lui apprendre le flamand. Le même maître lui continuera à faire écrire; car si elle n'a quelqu'un qui s'entende à la faire écrire, elle oubliera tout.

(1) Au nord de Bréda (Brabant Hollandais). Ce fut le théàire des conférences ouvertes par Louis XIV en 1710 avec les alliés au lendemain de la défaite de Malplaquet.

(3) Sic pour dont il.

(3) Il se nommait Papin. M.

Je désire bien, et vos frères aussi que vous vous résolviez à venir aux eaux de Spa.

On m'a dit que Madame la Princesse s'en va à Orange, et que Monseigneur son fils a fait demander en mariage M"« du Maine (i). Que je sache s'il est vrai. Les vents contraires ont empêché que plus tôt je n'aie pu envoyer visiter M*"* de Montpensier. Faites-lui-en mes excuses, je vous supplie, et l'assurez bien qu'elle n'a servante qui plus que moi participer sa très grande affliction. La vérité est que ie n'en puis essuyer mes larmes. Bonjour, ma chère fille.

(Le monogramme,) C'est le 9 d'avril.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid,, n<> 35.

A madame la duchesse de La Trimouille.

9 mai 1608.

a HÈRE fille, ce n'a pas été mon neveu de Châtillon qui vous aura porté, comme je pensois, ma dernière lettre. 11 laisse faire le voyage à M. de Bétune (2). qui vous dira plus de mes nouvelles que je ne vous en saurois écrire. Si

(i) Renée, seconde fille du duc de Mayenne. L'aînée, Catherine, avait épousé en février 1^99 Charles de Gonzague, duc de Nevers, plus tard duc de Mantoue à l'extinction de la branche aînée de Gonzague (P. Anselme, t. III, p. 490).

Ce projet de mariage n'aboutit pas (voy. infrày lettre CXLI) et Renée de Lorraine épousa en 1615 le duc d'Ognano (Anselme, /. c),

(a) Cyrus de Béthune-Congy, colonel d'un régiment français au service des Pays-Bas, frère de Léonidas dont il a été question précédemment (P. Anselme, t. IV, p. aaS).

PRINCESSE d'orange 2 \)

les vents l'eussent voulu favoriser, il y a déjà quelques jours qu'il fût en France, avec M. le président Jeannin (i); mais, après avoir été fort tourmentés sur la mer, il leur a fallu revenir, et laisser aller pour cette heure M. de Béthune.

Nous avons reçu durant ce temps les heureuses nouvelles de laccouchement de la Reine (2). Le Roy m'a fait l'honneur de me récrire, par la dépêche avec laquelle étoit la vôtre par où vous m'en donniez avis. Ce vous a été beaucoup d'heur de vous y être trouvée. La pauvre princesse, que vous y accompagniez, n'y étoit pas avec autant de contentement que je l'y ai vue autrefois. C'est un grand, bien à Leurs Majestés et à la France, d'avoir à cette heure trois si beaux fleurons à la couronne. Mandez-moi si M"*° de Montpensier a passé outre à Champigny, comme on me mande, et si elle a mené Mademoiselle sa fille (3). La vôtre se porte fort bien. Dieu merci, et moi toute à votre service, remettant le reste à M. de Béthune.

(Le monogramme.) C'est le 9 de mai.

autographe. Chartricr de Thouars. — Impr. ibid., n* 36.

(i) Pierre Jeannin, premier président au parlement de Bourgogne. Ses Négo-^ dations (1607-1609) ont été réimprimées dans la collection Michaud et Poujoulat.

(2) Le duc d'Orléans, y enfant de Henri IV, était né le 35 avril.

(3) Marie de Bourbon qui épousa le duc d'Orléans le 25 août 1626 et en eut Tannée suivante la grande Mademoiselle, dont la naissance lui coûta la vie (P. Anselme, t. II, p. 358 ; Chéreau, Esq, bistor. sur Louise Bourgeois).

 madame la duchesse de La Trimouille.

Vers juillet 1608.

HADAME ma fille, de vous mander des affaires générales par de si dignes porteurs, ce seroit crime; et même beaucoup de particulières par mon neveu de Châtillon, qui veut être celui qui vous donnera cette lettre, ce seroit superfluité, car il sait tout ce que je vous en pourrois mander et le vous représentera mieux que mes lettres, même de celles de notre petite mignonne. 11 a de quoi vous en entretenir longtemps, car c'est un de ses grands gouverneurs. Elle gouverne ses oncles tout paisiblement. Elle a été l'honneur du bal qui s'est fait durant le séjour que les comtesses de Nassau et de Culembourg (1) ont été ici ; de quoi mon neveu a pour vous entretenir pour le moins une bonne soirée.

Il m'a priée de vous supplier, comme, je fais, qu'il vous plaise de le favoriser un peu aux affaires que vous avez ensemble. Vous savez que les gens de son âge ont souvent affaire de finances. S'il vous plaît de l'accommoder de quelque argent comptant, de quoi il aura nécessairement affaire à son arrivée à Paris, vous l'obligerez extrêmement et je prendrai part avec lui à l'obligation qu'il vous aura. Et encore qu'il ait bien besoin d'acquitter ses dettes, en ayant, et principalement celle de M. Bruneau (2), qui lui portent de grands intérêts, si m'a-t-il promis qu'il attendra le reste avec plus de patience si vous l'accommodez de quelque petite somme.

Il s'en va avec lui un capitaine qui est fort serviteur de Monsieur

(1) Cousines de M*^* de La Trémollle. M.

(2) Probablement le conseiller au présidial de la Rochelle. M.

PRINCESSE D'ORANGI^ 245

de Bouillon, et qui le lui a bien témoigné durant ses peines. Il ma priée de vous écrire pour un fils de sa femme, qui est fort gentil garçon, qu'il désireroit qui fût nourri page d'un des vôtres. Je lui a dit que je croyois qu'eux et vous en aviez le nombre que vous désiriez. Toutefois il a fort désiré que je vous en dise un mot ; c'est à vous à lui répondre comme il vous plaira. Je vous laisserai entretenir ces Messieurs et prierai Dieu, chère fille, vous donner délivrance de tous vos maux, et à moi toujours autant de part en votre amitié que je le désire. Mandez-moi ce qui est des nouvelles que l'on dit de Madame la Princesse et de Monsieur son fils et si elle est allée à Orange. Que je sache aussi, s'il vous plaît, si vous avez accordé avec M. de la Rochepot.

(Le mofiogramme,)

Autographe, Chartrierde Thouars. — Impr. ibid-^ n» 37.

A monsieur d'Olden Barneveli

chevalier, seigneur de Berchel, conseiller,

avocat et garde des sceaux de Hollande et IVestFrislami,

La Haye, 20 septembre 1608.

raONSIEUR,jaiétépriée de M°** la comtesse de Hanau (i), ma belle fille, de joindre ma prière à celle qu'elle vous fait pour vous recomander une affaire particulière qui la regarde, en laquelle je l'assure bien que vous lui serez favorable comme vous l'êtes à tout ce qui touche la maison de Nassau et particulièrement aux enfants de feu Monseigneur mon mari. Je n'userai donc point de beaucoup de paroles pour vous représenter la justice de sa prétention parce que vous la savez très bien

(1) Catherine-Belgie de Nassau; voy. suprà, p. 124, n. 2.

et que votre mémoire en sera encore rafraîchie par la copie de la lettre qu'il plut à Messieurs les États Généraux de lui donner à son baptême. Si vous étiez ici, Monsieur, elle croit bien quelle auroit plus promptementune bonne réponse de mesdits seigneurs les États. Aussi me promets-je que vous y serez assez à temps pour lui rendre de bons offices envers mesdits seigneurs, puisque nous apprenons votre bonne santé et que votre présence est tellement nécessaire ici, pour ces troubles à quoi vous savez qu'il est plus que temps de remédier, qu*ilfaut,comme votre vraie amie, que je vous dise, Monsieur, que, si vous ne venez, on dira partout, comme déjà on commence à en faire courir le bruit, que vous ne désirez point que ces différents s'accommodent. Pardonnez à l'affection que je vous porte si je vous en parle avec cçtte franchise, et me conservez. Monsieur, votre bienveillance puisque je suis et serai toute ma vie Votre bien affectionnée à vous faire service,

La princesse douairière d'Orange.

A la Haye, ce 20 septembre.

Original signé. Collection A« G. de Visser à Amsterdam. (Copie transmise par M. CampbelL)

A madame de La Trimouille, duchesse de Touars.

La Haye, 6 octobre 1608.

Hadame ma fille, j'ai beaucoup de déplaisir de ce que ce pauvre marchand s'en va avec si peu de contentement de la justice de l'amirauté de ce pays. J'ai fait ce que j'ai pu pour lui, tant pour votre recommandation que pour avoir inclination naturelle à aimer ceux de Laval et de Vitré, tirant mon

PRINCESSE d'orange 247

origine maternelle de là. M" les ambassadeurs du Roy, qui sont ici, y ont employé toute leur faveur, mais tout ensemble n a de rien servi; et, voyant ses affaires tirer en une telle longueur et qu'il y eût apporté une notable dépense, eux-mêmes lui ont conseillé de ne demeurer pas davantage à cette poursuite. M'ayant donc dit qu'il s'en retournoit à Vitré et à Laval, je lui ai donné cette lettre, croyant qu'il vous trouveroit encore à l'un des deux ou que, si vous n'y étiez plus, qu'il vous la feroit tenir.

Je ne vous y apprendrai encore rien de certain de notre Etat, car nous sommes encore à prendre résolution si nous aurons trêve ou non trêve (i). Voilà où nous en sommes, et ces irrésolutions-là sont fort préjudiciables et au général et au particulier. Vos trois frères sont tous trois en ce pays : l'aîné à Buren avec M"** la comtesse de Hohenlohe, où ses deux cadets le sont allés voir; et, lui, leur a promis, quand ils sont revenus ici, qu'il les y viendroit voir, de façon que nous l'attendons la semaine prochaine. Votre fille se porte fort bien, je ne sais si elle aura loisir de vous écrire. Non, car voilà ce marchand qui me prie de lui donner mes lettres, parce qu'il a le vent fort bon et qu'il veut aller coucher à Rotterdam. Excusez-la donc pour cette fois, s'il vous plaît, et ses frères aussi, et moi de plus long discours, puisqu'il faut que je finisse en vous assurant toujours, chère fille, de mon service et de mon affection, qui vous seront conservés autant que la vie de votre maman.

A La Haye, ce 6 octobre.

Atttograpbt. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.t n* 38.

(i) Ciinfrà, la lettre CXXX VIII.

cxxxvjT

A madame de La Trimouille, duchesse de Touars.

La Haye, 19 octobre 1608.

JHÈRE fille à moi, je me doutois bien que recevant des lettres de notre petite et de Briquemault sans en avoir des miennes, que cela vous mettroit en peine, qui me fit vous écrire par une autre occasion incontinent après; et envoyois mes lettres à M"' Anne de Rohan pour les vous faire tenir, sachant bien que vous avez grande communication ensemble. Et depuis j'ai appris que Madame sa mère et elle étoient parties de Paris devant que mon paquet y fût arrivé, de façon que vous aurez été longtemps sans avoir de mes nouvelles. Celle-ci, je l'adresse à vos gens à Paris, en ayant reçu deux de vous depuis peu de jours, dont la dernière est du 20 septembre, par où j'apprends que vous avez été malade ; mais Dieu soit loué de quoi je sais la guérison aussitôt que la maladie.

La nôtre, c'est-à-dire celle de l'État, continue toujours ici, et est une maladie lente, de quoi on ne peut juger quelle sera la fin. Vous avez su comme la paix n'a pu se faire. Depuis on a mis en avant une longue trêve, que les ambassadeurs de France et d'Angleterre sollicitent de tout leur pouvoir. Les opinions sont bien mi-parties là-dessus en cet État, car les uns la désirent, les autres point sans des conditions que notre ennemi ne veut pas accorder. Vos frère» sont de ces derniers, et là-dessus c'est à qui fera son parti le plus fort pour faire trouver ses raisons les meilleures. Pour moi, je ne suis pas capable d'en juger, c'est pourquoi mon esprit en demeure en de grandes agitations, bien que je demeure toujours jointe à l'opinion de mes plus proches, comme la raison et mon devoir m'y obligent ; mais vous croyez bien que ce n'est pas sans de grandes traverses d'esprit, ne pou-

PRINCESSE d'orange 249

vant m'imaginer que sera enfin de tout ceci. Dieu veuille y pourvoir par sa providence (i) !

Or, je laisserai les affaires d'État pour vous dire que vos dernières lettres ont causé une grande affliction domestique. Je n'ai jamais rien vu si joli que les lettres de votre petit mignon à sa sœur. Ses oncles lui en font bien la guerre de ce qu'il est plus sage qu'elle; elle promet bien qu'elle la sera dorénavant. Nous lui faisons pratiquer ce que vous me mandez, et aujourd'hui, qui est dimanche, elle a sa plus méchante robe, qui lui a bien coûté des larmes devant que la mettre : car elle pensoit que je dusse dîner avec votre aîné, comme j'ai accoutumé, mais il m'a fallu venir écrire, de quoi el'e n'a peu de réjouissance. Je vois bien que cela lui sera un plus grand châtiment que les verges. Elle a un esprit admirable et que c'est la vérité qu'il faut tenir en bride, car elle ne demande que de suivre ses volontés ; mais l'on lui formera le jugement et la rendra bien fort jolie, je m'en assure. N'en travaillez donc point votre esprit, je vous prie, et vous fiez en moi que j'en aurai le soin que je dois.

Ne vous étonnez pas si vous n'avez point de lettres de vos frères, car croyez-moi qu'ils ne furent jamais si empêchés qu'ils sont ; et faut attendre une autre saison pour parler de ce qui touche cette honnête et vertueuse fille (2), celle-ci n'étant nullement propre, ayant bien d'autres choses en la tête. On m'a dit qu'il y a une de vos voisines mariée (3), et que M. l'Amiral et M. de Montmorency ont passé chez vous en allant pour cet effet. On m'a dit aussi que vous avez eu M. de Vendôme (4), allant prendre possession de son gouvernement ; et nous avons eu ici le prince de Tingry (5) depuis deux jours, qui est tel que

(i) Cf la lettre CXXXVIII.

(2) Projet de mariage de Henri de Nassau avec Anne Se Rohan ; elle en a déjà ci-devant touché quelques mots, (j) Voy. in/ràf p. 251, n. i.

(4) César, Tainé des fils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées.

(5) Henri de Luxembourg, fils aîné de ce duc de Piney que Henri IV avait honoré de plusieurs missions, une entre autres à Rome en 1589, sur laquelle M. le comte de La Perrière vient de publier une intéressante étude (La mission de M de Luxembourg à Rome en i^8p; Paris, Palmé, 1886, brochure in-8'';extr. de

VOUS lavez vu. Il s'en va promener par le pays. Nous avons eu aussi le duc de Mantoue (i). Le marquis de Spinola (2) est retourné à Bruxelles, où est arrivé depuis peu de jours M. le prince d'Orange, que nous estimons qui pourra venir sinon ici au moins à Buren. Et moi je m'en vais finir, avec protestations que vous êtes et serez toujours ma chère fille, que j'embrasse en imagination mille fois, et mes petits mignons. Je vous recommande les affaires de la marquise de Mirebeau ; faites-y une fin, ma mignonne, le ne vous recommande point les miennes, car je vois bien que vous en avez plus de soin que moi-même.

{Le monogramme,) A la Haye, ce 19 octobre.

Autographe. Chartier de Thouars. — Impr. ihid.t n<» 39.

CXXXVll^ A monsieur, monsieur le connestable.

La Haye, 9 janvier 1609.

HONSiEUR, puisque je ne puis par autres preuves vous témoigner et mon affection et le respect que je vous porte, au moins par ces faibles paroles vous supplieraije de croire qu'en ces deux qualités je ne céderai jamais à nulle

la Revue des questions historiques). Henri de Luxembourg n^eut de sa femme Madeleine de Montmorency-Thoré qu'une fille, Marguerite-Charlotte, qui eut elle-même pour fils le célèbre maréchal de Montmorency-Luxembourg, U tapissier de Notre-Dame, sous Louis XIV (Moréri, art. Luxembourg).

(i) Vincent \^* de Gonzague; il avait tout récemment alors fondé Tordre de chevalerie du Précieux sang de Notre-Seigneur (Moréri, art. Gonzague),

(2) Le général en chef des troupes espagnoles, qui lui étaient redevables de bon nombre de succès dans les Pays-Bas.

PRINCESSE d'orange 25 I

de celles qui ont l'honneur de vous appartenir. Je me suis fort réjouie, Monsieur, du mariage de Monsieur votrefils(i), sachant bien que c'ctoit chose que vous avez toujours fort désirée. Dieu les veuille bénir en ce saint état et vous donne. Monsieur, tout l'heur, parfaite santé et longue vie que vous souhaite Monsieur, Votre très humble cousine et servante,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A la Haye, le 9 de janvier.

Je remets à M. de Bours (2) à vous dire l'état de notre trêve (3).

Autographe, Bibl. Nat. de Paris, f. français,, vol. 3832, f> 121.

[A Du PlessiS'Mornay.]

La Haye, la février 1609.

ONsiEUR, tant de témoignages passés me rendent pour assurée de ce que votre lettre me dit que vous participez à tout ce qui vous arrive par deçà, soit pour le général soit pour le particulier d'une maison que de tout temps vous aimez et qui vous honore aussi de toutes ses affections. Je vous dirai

(i) Henri, devenu par la mort de ses deux aînés l'héritier présomptif du duché de Mi>ntmorency. Il avait quatorze ans. Son mariage avec Jeanne de Scépeaux, duchesse de Beaupréau, mentionné ici, fut cassé avant d'avoir été consommé. Il s'unît en secondes noces avec cette princesse Orsini dont l'ambition l'entraîna à sa perte sous Louis XIII (P. Anselme, t. III, p. 66).

(2) Josias de Montmorency, d'une branche de la famille de Montmorency établie dans les Pays-Bas au xv« siècle ; il était capitaine au régiment des gardes du Roi {Ibi'd., p. 615).

(3) Cfla lettre suivante.

donc que je crois que c'est à ce coup que nous sommes à la veille de voir quelle issue prendra ce traité, Messieurs les Etats ayant après grandes difficultés enfin accordé la trêve de dix ans selon les conditions que les rois de France et d'Angleterre leur ont proposées et conseillées. Les ambassadeurs sont allés à Anvers, là où se doivent trouver ceux des Archiducs (i), pour voir s'ils ont pouvoir suffisant de la part du roy d'Espaigne de l'accorder en son nom. S'ils l'ont, les députés de Messieurs les États s'y achemineront pour conclure les dits traités. Sinon, je crois que nous rentrerons à la guerre, lesdits seigneurs États ayant passé un acte solennel par où ils promettent tous ensemble de ne traiter sous autres conditions, et ne veulent point que la trêve soit prolongée plus que ce mois. Nous sommes donc à cette heure attendant ce que manderont lesdits ambassadeurs. De force en droit on en écrit que le roy d'Espaigne n'accordera jamais lesdits articles. Nous verrons dans quinze jours ce qui en sera, car M" les ambassadeurs sont bien résolus de les faire parler clair et ne se laisser plus abuser aux nouvelles d'Espaigne.

Ayant eu assez de temps pour savoir l'intention de leur roy, ils y ont encore dépêché un jacobin, leur confesseur, il y a plus de deux mois, duquel ils attendent le retour ; mais je crois qu'il sera aussi long en son voyage qu'a été le cordelier, et beaucoup croient qu'il n'apportera pas davantage, car ils ne demandent que de prolonger la trêve présente, mais on s'est bien résolu de ne se laisser plus amuser. 11 y a. Monsieur, beaucoup d autres choses à dire là-dessus, mais cela requerroit la vive voix. Onven^a à la fin que M. le prince Maurice mon beau-fils a vu plus clair en toutes ces affaires ici que nul autre. Cependant il s'accommode aux volontés des rois et des États pour n'apporter point de divisions en un pays dont la liberté a été si chèrement acquise par Monsieur son père et conservée par lui et les siens (2).

(1) On appelait ainsi les co-régents des Pays-Bas, l'archiduc Albert d'Autriche et sa femme l'infante Isabelle-Claire-Eugénie d'Espagne; voy. suprày p. i8o, n2.

(2) En dépit de toutes ces lenteurs, une trêve de 12 ans fut conclue le 9 avril suivant entre l'Espagne et les Pays-Bas.

PRINCESSE d'orange 253

Voilà, Monsieur, tout ce que ma plume vous peut dire sur ce sujet. Faites-moi Thonneur de me conserver votre bienveillance et de croire que personne au monde ne peut davantage honorer votre mérite.

De La Haye, le 12 février 1609.

LOUYSE DE COLLIGNY.

Impr. dans les Mémoires et correspond, de Du Plessis-Mornay (éd. in-8'>, t. X, p. 285 ; manque dans l'éd. in-40.)

A la duchesse de La Trémoille.

La Haye, 12 février 1609.

nE ne sais qui de nous deux seroit la plus fâchée, car la vérité est que je crois qu'il me seroit encore plus mal aisé de vivre sans elle (2) qu'elle sans moi. Et ne croyez pas jévous prie, qu'elle m'apporte nulle incommodité : au

(1) Ce fragment a été trouvé dans une lettre de M"« de Rohan à M"* de La Trémoille qui la lui avait envoyée à cause des projets de mariage y renfermés. M.

(2) La petite Charlotte que sa mère voulait faire revenir près d'elle lui avait écrit le 3 avril précédent :

« Madame, j'ai un extrême déplaisir de ne vous avoir été obéissante, mais « j'espère que d'ores en avant vous n'aurez occasion de vous plaindre de moi « combien que jusqu'ici je n'aie été trop sage; mais j'espère de l'être tant que « vous aurez sujet de contentement, et que Madame ma grand-maman ni Mes- « sieurs mes oncles ne me trouveront plus ingrate, espérant leur rendre obéis- « sance et très humble service. Ils m'ont à ce nouvel an témoigné leurs bonnes « volontés en m'ayant donné de belles étrennes^ à savoir : Madame m'a donné un « carquant de diamants et rubis; M. le prince d'Orange des pendants d'oreille; « Son Excellence [Maurice) trois douzaines de boutons de peries et rubis ; Monsieur « mon oncle (FrédcriC''Hettri) m'a donné une robe de toile d'argent, etc.). M.

Digitiz-ed by

contraire, ce m'est un extrême contentement de l'avoir avec moi; et croyez que Je ne la gâte point, car je la fiiis fort bien fouetter quand elle le mérite. Mais, ma chère fille, fiez-vous donc en moi et ne vous en mettez en nulle peine, car je m'assure que Dieu la bénira, et quand vous la verrez vous l'aimerez bien et la trouverez bien jolie. Madame TEIectrice me mande que vous hii donnez espérance de la voir cet été. Pour moi, j'ai aussi quelque opinion que je pourrois bien faire le même voyage, car je crois que j'irai à Spa, et de là il faut que j'aille voir cette bonne princesse, car je m'imagine que nous nous rencontrerons en quelque lieu. Sur ce sujet votre petite a bien pleuré à dîner; car comme je disois cela à mon fils et à un de vos cousins, j'y ai ajouté : « Ce sera là que je laisserai ma fille entre les mains ou de Madame l'Electrice ou de M"" de La Trémoille. » Là-dessus elle s'est mise à pleurer de telle façon que nous ne l'avons jamais pensé rapaiser. Son oncle est son grand gouverneur, aussi l'aime-t-il parfaitement; aussi font les deux autres, mais mon fils est celui qui est l'ami du cœur. Votre frère le prince Maurice lui fait toujours la guerre, comme il faisoit à vous, mais il l'aime aussi tout ce qui se peut. Elle ne se peut si bien apprivoiser avec l'aîné. Or, encore une fois donc, ne soyez plus en peine d'elle, car je vous réponds que ce sera une très jolie fille.

Or il faut à cette heure parler d'une autre : c'est de celle si sage et si vertueuse dont vous me parlez. Vous pouvez penser, chère fille, combien passionnément je désire ce que vous désirez; mais je vous dirai librement que je n'y puis faire résoudre celui que vous savez sans l'a voir vue et sans qu'il sache premier qui c'est qu'il demandera (i) et quelle sera sa condition; car il se voit en termes d'avoir si peu de sa maison, et ce qu'il peut avoir d'ailleurs si incertain, qu'il dit qu'il lui semble que Ton ne le doit pas presser de changer sa condition, si ce n'étoit pour quelque parti, ce qu'il ne croit pas que soit celui-là. Ce que je vous en dis c'est

(i) Henriette de Rohan, sœur ainée d'Anne, était aussi à marier. Tallemant des Réaux (t. III, p. 335) dit qu'elle était bossue, et il la traite, comme toute la famille, en Rochelois ayant abjuré le protestantisme. La maison de Rohan avait peu de biens. Anne était du même âge. que Frédéric Henri de Nassau.

à VOUS, et saurez ménager cela par votre prudence. Soit guerre soit trêve, il faudra qu'il fasse un voyage en France, et là trouver moyen de les faire voir. Que s'ils sont agréables Tun à l'autre je sais un moyen pour leur faire voir des commodités assez pour être à leur aise; mais il faut qu'ils se voient, car il n'y a point de moyen de l'obliger si ce n'est chose qui lui soit agréable. J'y apporterai tout ce que je pourrai, comme n'y ayant chose au monde que je désire tant; car alors je serois contente de mourir, et m'assure que vous me croyez bien.

le suis extrêmement marrie de l'affliction de M"** de Saint- Germain (i). j'ai pleuré en lisant la lettre, que vous m'avez envoyée, qu'elle écrit à sa fille (2). Je ne lui ose écrire, ne sachant quelle consolation donner à une douleur si sensible. Elle et M"** de Randan (3) sont bien payées d'ingratitude de là où elles en dévoient le moins attendre. M"** de Neuvy (4) fait la tierce.

le reçois souvent des lettres de la marquise de Mirebeau, qui me fait les mêmes plaintes que vous de ce que vous ne pouvez tomber d'accord, et dit qu'elle y a apporté et apportera toujours tout ce qu'elle pourra. Je vous prie, ma fille, évitez les procès avec elle, car cela ne vous apportera à l'une et à l'autre que beaucoup.de peine et de dépense, et enfin il faut que chacun ait ce qui lui appartient. Je sais bien que votre bon naturel vous convie assez à cela, mais ne croyez pas ceux qui auront du profit à vous faire plaider. J'ai donné charge à mon homme, qui est à Paris, de recevoir ce qu'il vous plaira lui donner lorsque vous y

(1) Anne d'Albin, fille, du sieur de Valzergues, qui, restée veuve très jeune de Jean de la Rochefaton, seigneur de Saveilles, avait épousé le 20 mars 1597 Gabriel de Polignac, seigneur de Saint-Germain (La Chesnaye-Des Bois, article Polignac),

(2) Sa fille du premier lit, Jeanne, qui venait de s'unir à Armand de Caumont, fils aîné du duc de La Force (P. Anselme, t. IV, p. 472). — Il semble résulter de ce qui suit que ce mariage n'avait pas eu Tagrément de M™« de Saint- Germain.

(3) Cf la lettre CXXVIII.

(4) Françoise de La Rochetoucaud, de la branche de Barbezieux, veuve de Bertrand de Fayolles-Mellet, seigneur de Neuvy (P. Anselme, t. IV, p. 439).

serez. Je crois que mon frère s'y trouvera aussi en même temps. Lorsque vous serez en cette grande cité, j'aurai plus de moyen de vous écrire souvent.

II me tarde bien de savoir Madame de Bouillon heureusement accouchée. Vos frères admirent la belle écriture et le style de leurs neveux, et moi je ne sais si j'aurai moyen de leur écrire, tant je fais de lettres, par la commodité de ce porteur, pour lesquelles commencer il est temps que je finisse celle-ci en vous embrassant, et Erry (i) aussi, de tout mon cœur. Mandez-moi ce que vous croyez du mariage de Monsieur le Prince (2). Je m'en réjouis infiniment s'il se fait, car c'est beaucoup d'honneur pour cette belle fille-là, que j'aime bien fort, et m'assure que sera du contentement pour lui d'avoir une femme si sage comme sa bonne nourriture et son honneur promettent qu'elle sera. Voici une petite requête que l'on m'a priée de vous faire : votre chère fille qui vous supplie de lui envoyer ses étrennes; et moi je vous supplie de n'y point faillir, et qu'elles soient belles, car je vous réponds pour elle qu'elle les méritera. Papin me prie aussi de vous ramentevoir sa femme, votre nourrice, et d'avoir pitié d'elle, car elle a des procès qui l'ont mise du tout en nécessité,

(Le monogramme,) C'est à La Haye, ce 12 de février.

Autographe, Chartricr de Thouars. — Impr. ibid., n« 40.

(1) Petit nom de Frédéric de la Trémoille. M.

(2) Avec M"» de Montmorency ; voy. la fin de la lettre suivante.

PRINCESSE d'orange 257

A madame la duchesse de La Trimoille.

Berg-op-Zoom, aa mars 1609.

ADAME ma fille, ce même gentilhomme qui vous donna si peu de loisir de m'écrire s'en va en une saison où j'ai la cervelle si embarrassée qu'il ne vous portera que peu de lignes de moi. Vous apprendrez par lui les termes où il laisse les affaires, qui est bien fort proche de la conclusion de la trêve. Nous avions donné un mémoire pour les affaires de cette Maison, où les rentes de vous et de vos sœurs étoient comprises; mais il n'a été parlé ni des unes ni des autres et dit-on qu'il ne nous faut rien attendre de ce côté-là. Avisez s'il ne seroit pas à propos que vous fissiez que le Roy en écrivît à ses ambassadeurs pour vous en faire jouir, car d'ici il ne vous en faut rien attendre. Notre fille se porte bien, Dieu merci, et moi toute à votre service, qui vous baise les mains en toute humilité.

Je me réjouis bien fort du mariage de Monsieur le Prince avec cette belle fille (i), que j'aime de tout mon cœur.

A Berg op Zoom, ce 22 mars.

Autographe, Chartrier de Thouars. — Impr. ibid., w 41.

(i) Cf suprà, p. 316, n. a. — Les noces, retardées de quelques mois par Tattente de la dispense sollicitée du Pape en raison des liens de parenté quj unissaient les futurs époux, furent célébrées à Chantilly le 17 mai « avec peu de frais, mais avec bien de la gaieté » (Duc d'Aumale, Hist. des pr, de Condé, t. II, p. 358).

ajS LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

A madame de La Trimouille.

13 avril 1609.

HA chère fille, ce gentilhomme, qui s'en retourne à Paris, m'a mise toute en peine de vous, m'ayant dit qu'il vous avoit laissé bien malade; et depuis son arrivée j'ai reçu de vos lettres, mais écrites devant son partement, par lesquelles vous me mandiez avoir été bien mal, mais que lorsque vous écriviez vous vous portiez mieux : qui me fait craindre que vous ne soyez retombée ; de façon que je ne serai point à mon aise que ce gentilhomme ne retourne, qui doit revenir incontinent; et par lui commandez, je vous prie, à quelqu'un des vôtres de m'avertir de l'état de votre santé, car je n'aurai point de repos que je ne sache que Dieu vous l'ait rendue bien parfaite. Votre fille se porte bien, mais fort en peine de vous, aussi bien que moi. Ce gentilhomme m'a dit que mon fils M. de La Trémoille, lui vint faire une si jolie harangue, à son partement de Paris, qu'il l'en admire et l'en fait admirer ici à tout le monde. M"* Anne de Rohan m'en mande aussi des merveilles, mais elle en parle par passion, car il y a de l'amour entre eux deux, à ce qu'elle me mande.

Bonjour, chère fille ; je prie Dieu que j'aie bientôt de vos nouvelles qui soient bonnes.

(Le monogramme.)

C'est le 13 d'avril.

Autographe, Chartrier de Thouars. — Impr. ihid,y n« 42.

PRINCESSE d'orange 2^9

[A la duchesse de La Trémoille.]

aa juin 1609.

HADAMEma fille, j'aireçu votre lettre du 22 de mai. Je me réjouis de vous savoir, et Madame de Bouillon, auprès de cette bonne et digne Électrice, et participe en esprit au contentement que vous possédez toutes ensemble (i). Il n*est heure au jour que je ne m'y souhaite ; mais quoi? ce n'est de cette heure que ce que je désire le plus est ce qui m'est bien souvent le plus interdit. Nous sommes ici suV vos partages, aussi peu avancés que le premier jour, parce que Messieurs les États n'ont point encore pris leur finale résolution sur ce qu'ils veulent faire pour votre Maison. Pour faciliter lesdits partages M. le président leannin s'y emploie, et par le commandement du Roy et de sa bonne volonté, et promet qu'il ne partira point qu'il ne voie cela fait, conclu et arrêté.

Soudain que cela sera fait, je me propose, s'il plaît à Dieu, d'aller à Spa, et ai opinion que ce pourra être dans le mois de juillet, et de là à Heidelberg. Le cœur me dit que vous y serez encore, et que notre bonne Électrice trouvera quelque bon sujet pour vous y arrêter.

Touchant ce que vous m'écrivez de votre rente de Brabant, Mégand et moi en parlons souvent. Il s'est employé et s'emploie journellement pour vous la faire tirer ; et aujourd'hui encore, comme je lui en parlois sur la lettre que vous m'en avez

(i) Exœpté Flandrine de Nassau, religieuse à Poitiers, toutes les filles de Charlotte de Bourbon-Montpcnsier et du Taciturne se trouvaient réunies à Heidelberg.

26o LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

écrite, il m'en a donné plus d'espérance qu'il n'avoit encore fait; mais laissez-lui ménager cela, car il ne le faut pas faire par les raisons que vous m'alléguez. Sont d'autres moyens dont Mégand se sert, et par lesquels il espère d'en venir à bout. Gouvernezvous-y donc par son avis et selon ce qu'il m'a dit vous en écrire par cette même dépêche. Et pour vos partages, vous ferez bien, cependant que vous êtes toutes ensemble, d'envoyer ici; mais il faudroit que ce fût promptement. A cette heure que le mariage de Monsieur le Prince est fait. Monseigneur votre frère attend ici bientôt Madame sa femme; mais il craint qu'elle aille mener la mariée en son ménage et que cela fasse ajourner davantage qu'il ne désire, [e ne vous mande point de nouvelles de votre fille parce que je sais qu'elle vous écrit elle-même. Bonjour, chère fille.

C'est le 22 de juin.

Je vous supplie de baiser les mains de ma part à ma fille, M"® d'Orange (i), n'ayant loisir de lui écrire parce que voilà une dépêche qu'il me faut faire en France avec celle-ci, de façon que j'ai mille lettres à écrire.

{Le monogramme.)

Autographe, Chartrier deThouars. — Impr. ibid,^ n» 43. (i) Amélie de Nassau, depuis duchesse de Landsberg.

PRINCESSE d'orange 26 1

A madame la duchesse de La Trimouille

Spa^ 30 juillet 1609.

ADAME ma chère fille, étant arrivée d'hier au soir seulement en ce lieu de Spa, j'y ai trouvé M. de La Guesle ( i ) quidépêchoitce gentilhomme à Paris: par lequel je vous fais ce mot pour vous dire que votre fille et moi nous y sommes arrivées, en bonne santé, pour le mal qui nous y amène (2). Je suis délibérée de faire boire un peu à votre fille, parce qu'elle est forte sujette à un mal de côté et qu'elle a toujours une grande altération et demeure fort maigre. Les médecins jugent qu'un peu de cette eau la délivrera de ces maux. J'ai vu à Bréda M"*° la princesse d'Orange et ai demeuré trois jours avec elle. Je l'ai trouvée fort embellie. Elle m'a conté des nouvelles que je savois déjà. Je reçus là les lettres que m'écrivîtes de Paris le lendemain de votre arrivée. Je crois que vos trois frères sont à cette heure ensemble audit Bréda. J'envoie demain savoir des nouvelles de Madame de BouillonC3)etnevous puis dire autre chose pour cette heure, car ce porteur n'attend que mes lettres, vous baisant les mains mille et mille fois. Je suis logée ici au même logis où vous logiez.

{Le monogramme.) A Spa, ce 30 juillet.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.j n^ 44.

(1) Jacques de La Guesle, fils de Jean, si connu par le rôle qu'il joua en 1574 dans le procès de La Môle et de Coconas, et son successeur comme procureur général au Parlement.

(a) Les eaux de Spa sont recommandée^ pour toutes les maladies aiguës, surtout pour celles qui ont leur siège au cœur ou à l'estomac.

(3) De Spa à Sedan où résidait celle-ci il n'y a guère que trente lieues de poste.

A monsieur, monsieur de La Farce (i).

La Haye^ a octobre 1609 (a)-

HONSiEUR, ce n'est pas pour vous mander des nouvelles, puisque c'est par un si digne messager (3), mais c'est pour vous dire le regret qu'il nous laisse ici de son absence, particulièrement à mon fils, qui y en auroit encore davantage, n'étoit l'espérance qu'il a de le revoir cet hiver en France. Puisque la trêve (4), permet aux gens de guerre de s'aller proqjener, il n'a garde de manquer à aller rendre au Roy les hommages qu'il lui doit. Pour moi. Monsieur, je ne sais combien je serai encore habitante de Hollande, mais je sais bien qu'en quelque lieu que je soie, j'y serai toujours accompagnée de la volonté de vous faire service. Conservez-moi aussi, s'il vous plaît, la part que vous m'avez promise en l'honneur de votre bienveillance, et je la chérirai comme celle qui sera toute sa vie, Monsieur,

Votre humble et très affectionnée à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

La Haye, ce 2 d'octobre.

Autographe, Archives d« duc de Gtumont La Force. (G>pie transmise par M. Sandret)

(1) Jacques Nompar de Caumont, Tun des plus fidèles compagnons d'armes de Henri IV ; sa terre de La Force fut érigée en duché-pairie en 1637. Le marquis de la Grange a donné une excellente édition de S6& Mémoires (Paris, Charpentier, 1843, 4 vol. in-8"); chaque volume est suivi d'un choix de lettres émanées de lui ou à lui adressées, tirées des Archives du duc actuel de la Force.

(a) Cette date est attribuée à la présente lettre par le marquis de la Grange dans une note qu'il y a annexée {Communication dé M, Sandret),

(3) Jacques de Caumont, seigneur de Masgésir, troisième fils du destinataire, suivant M. delà Grange {Ibid,).

(4) La trêve de dou^e ans, annoncée dans la lettre CXXXIX.

[j4 Du PlessiS'Mornay.]

2 octobre 1609.

ONsiEUR, il y a quelque temps que je reçus une lettre de M"' de La Trémouille par où elle me donnoit quelque avis, de votre part qui regardoit Messieurs les États et M. le Prince Maurice mon beau-fils. Depuis j'ai appris que Messieurs les États et lui avoient encore reçu avis de votre part par une autre voie, et que, s'étant résolus à suivre vos bons conseils, ils avoient dépêché, peu de jours devant mon retour de Spa, le sieur van der Mille pour cet effet. J'ai été extrêmement marrie que je ne me suis pu trouver ici à Theure de son partement, car j'eusse commis à la vive voix plusieurs choses que je n'oserois fier au papier. Ce sera. Monsieur, un grand bien et avancement pour la gloire de Dieu si ces gens-là prennent une bonne résolution, etc.

LOUYSE DE COLLIGNY.

Du 2 d'octobre 1609.

« Extrait» impr. dans Mém, et corresp, de Du Plesiis-Mornay (éd. in-8o» t. X, p. 394. manque dans l'éd. in-40).

[À Barneveldi.]

noNSiEUR, à cette heure que l'accord de M"' de Ligne (i) est fait, elle nous presse fort pour son pot de vin. Monsieur mon beau-fils me prie de savoir de vous comment il faut que nous nous y gouvernions et à qui il nous faut adresser. Je vous prie donc de me le mander, afin que je lui fasse savoir dès ce matin, parce qu'ils voudroient bien que tout cela fût fait aujourd'hui.

Je vous donne le bonjour.

Autographe. Collection A. G. de Viser à Amsterdam. (Copie transmise par M. Campbell.)

A madame de La Trimouille, duchesse de Touars.

La Haye, i4ianvier 16 10.

ADAME ma chère fille, les dernières et seules lettres que j'ai reçues de vous depuis longtemps sont écrites de Vitré, du 17 décembre, où vous faites la même plainte de moi que je fais de vous ; et cela sans croire qu'il y ait faute

(1) Louise de Lorraine, de la branche de Chaligny, femme de Florent, prince héritier de Ligne (Moréri-, art. Lorraine),

PRINCESSE d'orange ' 265

de votre souvenir, comme je m'assure que vous avez la même créance de moi. Vous dites que vous serez de retour à la fin de ce mois à Paris. Pour moi je ne sais quand j'y serai. Votre cadet est tous les jours en délibération d'y aller ; mais ces incertitudes des affaires de Clèves et Julliers (i) le retiennent d'heure à autre pour ne désirer pas, et avec raison, être absent d'ici s'il s'y commence de la guerre. Je crois que dans peu de temps on en serrésolu, et alors lui et moi prendrons nos résolutions de quoi vous serez avertie.

L'éloignement de France de Monsieur le Prince nous fâche fort ici et surtout le voyant au lieu où il est (2), où on tâchera pour toutes sortes d'artifices de le détourner de son devoir ; mais je veux toujours espérer qu'il sera plus sage. Je m'assure bien que s'il veut croire le conseil de M. le prince et M™' la princesse d'Orange, qui sont auprès de lui, qu'il se réconciliera bientôt avec le Roy. De qui la clémence et grande bonté est tant reconnue que, quand il y aura recours, il ne doit point douter que Sa Majesté soit aussi prête à lui pardonner que lui à demander pardon.

(i) Le souverain de Clèves et de Juliers, le duc Jean-Guillaume, était mort sans postérité le 25 mars 1609. En vertu d'une constitution de Charle&-Quint^ ses sœurs et nièces — celles-ci comme représentant les sœurs défuntes — vinrent à l'hérédité. II n'y avait pas moins de 7 prétendants à cette succession princière et dès lors on ne voyait qu'un moyen de la régler, Vultima ratio râgum, la guerre. Pour l'origine première de ce conflit, il convient de lire un excellent ouvrage de M . le baron de Ruble, Le mariage de Jeanne d'Alhrety (Paris, Labitte, 1877^ in-8''), notamment la note de la page 203.

(3) Henri IV était tombé amoureux de la jeune princesse de Condé. Mais le prince s'était montré, pour parler comme Lestoile, « peu disposé à supporter l'infortune commune » et^ pour soustraire sa femme aux obsessions du Roi^ avait cherché un refuge à Bruxelles à la cour des Archiducs dans la nuit du 29 au 30 novembre.

Monsieur le duc d'Aumale a raconté avec beaucoup de tact cette triste page de la glorieuse vie de Henri IV (Hist, des pr, de Condé, t. II, p. 255-348). — On rapprochera utilement de son récit le livre de M. Henrard, Henri /K et la princesse de Condé (iro édition, Bruxelles, librairie de la Société de l'histoire de Belgique, 1870, in-8", 2» édition, Paris, Alcan, 1885, in-8»), surtout au point de vue des sources ; mais il faut se mettre en garde contre les exagérations systématiques de l'auteur qui dans la fatale passion de l'homme voit le ressort de la politique du Roi.

Il faut changer de discours, et vous dire que vous avez fait votre fille bien glorieuse de lui envoyer de si belles robes. J'espère que vous aurez du contentement d'elle, car c'est un esprit admirable et qui, Dieu merci, ne s'incline à nulles mauvaises conditions, mais aussi elle ne peut encore s'arrêter pour apprendre ce que l'on désireroit. Mais quoi? il faut l'avoir par patience et par crainte, car il y a beaucoup d'enfance encore en elle et son esprit veut être retenu par crainte, et sa bonne amie ne manque point à lui en donner; et ne lui épargne-t-on point la verge quand elle en a besoin. II est vrai que c'est le plus tard que l'on peut, car je voudrois bien que la raison et non la verge lui fît faire ce qu'elle doit. H n'y a point de danger que vous lui mandiez que c'est une grande honte de se faire encore donner des verges en l'âge où elle est, et que vous ne voulez plus qu'elle fasse de l'enfant, car il est bien certain qu'elle n'a que le jeu en recommandation ; et j'aime beaucoup mieux qu'elle soit comme cela que si elle appliquoit son esprit comme font beaucoup d'autres, qui n'apprennent que de petites afféteries, à quoi je vous puis assurer qu'elle n'est nullement encline. Cela vous doit réjouir et faire vivre assurée que j'en fais comme de mon propre enfant ; et ne devez point craindre qu'elle me donne de la peine : au contraire, ce m'est un extrême contentement de pouvoir instruire une jeunesse à qui j'ai tant d'obligation.

J'ai reçu les belles stances que cette belle et vertueuse fille (i) a faites. Cet esprit tout parfait ne peut rien produire qui ne lui ressemble. Je souhaite toujours avec passion ce que vous désirez, mais il se faut voir et jusque-là je ne puis rien faire que des souhaits. Je leur ai écrit, c'est-à-dire à la mère et aux filles, il y a peu

(i) Anne de Rohan. — |e n*ai pu trouver le sujet des stances dont parle Louise de Coligny. M. (a.)

(a) L'éminent secrétaire de la Société éU Vbistoire du proUsfamtisms français a publié dans le bulletin mensuel de cette société (n« du 13 janvier 1886), une longue pièce de vers sur la Patience qu'il s'accordait avec M. Paul Marchegay pour attribuer à M"« de Rohan. Depuis, cette attribution a été contestée et finalement repoussée (même huIUtin^ n^ du 13 juin) par M. H. Bordier. dont M. Bonnet a immédiatement (Ibid,) adopté les savantes conclusions.

PRINCESSE d'orange 267

de temps. J'espère que nous nous trouverons toutes ensemble devant qu'il soit longtemps. A cette heure-là nous en parlerons davantage; et cependant je vous baise, chère fille, bien humblement les mains et embrasse mes deux petits mignons de tout mon cœur.

Ne m'envoyez point le cabinet, mais gardez-le-moi, s'il vous plaît.

{Le monogramme.) A La Haye, ce 14 janvier.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid,, n« 45.

A madame de La Trimouille, duchesse de Thouars.

25 février 1610.

ADAME ma chère fille, j'ai reçu vos lettres et par le sieur du Plessis (i) et depuis parle sieur Anché (2). Je me réjouis de vous savoir à Paris, parce que j'en apprendrai bien plus souvent de vos nouvelles que d'ailleurs.

Vous dites que vous avez trouvé beaucoup de changement ; vraiment oui ! Pour moi, je crois que Monsieur le Prince a perdu l'entendement et qu'il est abandonné de Dieu que d'ouïr ses procédés à Bruxelles. Le cœur m'en crève de voir un qui çorte le nom de Bourbon parmi ces gens-là. Je me trompe bien ou il sera bientôt las d'eux et eux de lui ; ils le déprisent déjà bien fort, à ce que j'entends. J'ai pitié de le voir courir comme cela à sa ruine, et cette pauvre princesse renfermée à cette heure

(1) Zacharie du Bellay, seigneur du Plessis-Bellay, gouverneur du jeune duc de La Trémoille. Il avait été capitaine dans un des régiments français au service des Pays-Bas. M.

(2) Gentilhomme de la maison de la Trémoille. M.

comme dans une prison. Elle eût été bien plus heureuse d'épouser un simple gentilhomme. Mais encore ce qui me fâche le plus, c'est de voir M. le prince d'Orange je ne sais comment embarrassé parmi tout cela. Il n'a pas tenu que nous ne lui ayons souvent mandé d'ici qu'il s'en devoit retirer ; et il nous mande aussi tous les jours qu'il s'en revient à Brida(i), et qu'il lui fâche fort d'y demeurer si longtemps, mais qu'il espéroit toujours de gagner quelque chose sur cet esprit malade. Depuis cette belle alarme que vous en avez apprise (2), nous n'en avons rien appris, sinon que, de bouche, il a encore donné charge de nous dire qu'il seroit bientôt à Bréda.

Vos frères sont depuis quinze jours à Utrecht, pour essayer d'assoupir quelque brouillerie qui s'est mise dans la ville, à quoi, si l'autorité de Messieurs les États ne remédie, il y auroit danger que cela n'en allumât de plus grande dans le pays ; maisonespère que cela se raccommodera. Voilà des nouvelles d'Allemagne qui viennent d'arriver, par où il semble que ces affaires deJuUiersse porteront à la guerre. Si cela est, il n'y a pas d'apparence que votre cadet puisse aller encore en France, car cette seule attente lui a fait tenir pied-à-boule tout cet hiver, par l'avis même de tous ceux qui l'aiment : car il avoit bien envie de faire un tour auprès du Roy, qu'il a extrême envie de voir. S'il y a moyen, il faut qu'il fasse ce petit voyage de Sedan. Si Monsieur de Bouillon est encore à Paris, communiquez-en avec lui et me mandez, s'il vous plaît, comment il faudroit y procéder, car j'y apporterai de mon côté tout ce qui sera en ma puissance, ne désirant rien tant au monde que ce que vous souhaitez aussi.

Vous me mandez que je vous écrive quand sera mon retour,

(1) Le prince d'Orange, beau-frère de Condé (voy. supràf p. 231, n« 2), avait fait sa première apparition dans les Pays-Bas [>eude temps avant la conclusion de la trêve de dou^e ans; nous avons dit ci-devant les motifs de cette abstention. Son premier soin avait été alors de réconcilier sa sœur la princessede Portugal avec son frère Maurice. Depuis il partageait son temps entre Bréda, qui lui appartenait, et Bruxelles, où les A rcliiducs tenaient leur cour. (Du Maurier, p. 206 et 208.)

(2) Dans la nuit du 13 au 14 février, le marquis de Cœuvres, ambassadeur de Henri IV, avait tenté d'enlever la princesse de Condé (Duc d'Aumale, hc. cit.).

Certes, chère fille, je ne le puis encore juger, car il m'est bien mal aisé de me résoudre que je ne voie ce que deviendra votre cadet, j'ai dit à Briquemault ce que vous mandiez qui la regarde. le vous prie de croire qu'elle, non plus que moi, ne souffre rien à M"* de la Trémoille qui soit mal séant à une fille de sa qualité. Je me doute bien qui est ce gentilhomme, que vous dites qui est avec mon neveu de Châtillon, qui vous a dit qu'il parle si privément avec elle. C'est une humeur que, si vous le connoissiezbien, vous ne trouveriez pas cela étrange de lui, car il prend des libertés qu'autre que lui ne prendroit pas etpersonne ne s'en offense. Enfin j'en fais comme de ma fille propre, et m'assure, quand vous la verrez, que la trouverez bien jolie (i). Le Plessis m'a dit mille biens de votre aîné, et mille gentillesses de votre cadet, qu'il me donne bien envie de voir, je suis si malade d'un grand rhume, qui tient ici comme une coqueluche, que j'ai eu grand'peine à vous faire cette lettre.

{Le monogramme.) C'est le 25 de février.

j4ut0!grapbe. Oiartricr de Thouars. — Impr. ibid.t n« 46; et, auparavant, dans V Appendice du t. II de VHistoire des princes de Condé de Monsieur le duc d'Aumale.

(i) Voici, sur le même sujet, un fragment de lettre de M"« de Briquemault

à M*»® de la Trémoille : « Je vous veux dire la vérité et vous supplie

« très humblement, Madame, de la croire : qui est que j'aimerois mieux être

« morte que souffrir à madite demoiselle aucune afféterie ni autre chose qui

« lui fût mal séant, non plus en Tabsence de Madame qu'en sa présence. Et je

c vous peux assurer que si de toutes ses autres [>etltes imperfections elle étoit

« aussi aisée à corriger comme de caresser les hommes, elle seroit bien parfaite;

« vous assurant qu'elle a plus d'inclination à les mépriser qu'à les caresser : c'est

« pourquoi on ne lui défend point de leur parler. Je ne sais où on a pris ces

« inventlons-là pour m'affliger et me rendre, comme je crois, de mauvais offices

« envers vous... Je vous supplie très humblement d'être assurée que je ne laisse

« rien passer à Mademoiselle votre fille de malséant sans l'en reprendre, et

« châtier quand il en est besoin. Elle seroit aussi sage que vous le désirez si son

« petit esprit se pouvoit arrêter ; mais II faut que ce soit l'âge qui lui apporte

« cet arrêt; car 11 lui faut bien tenir la bride haute, mais ne la pas trop tenir de

« court, car cela la rend Incontinent mélancolique et malade, fe ne la flatte

« point, et si ne laissé-je d'espérer que l'âge lui apportera de la sagesse et gen-

« tillesse autant que si on la tenoit plus court. » {Cbaririer de Tbouars),hL.

A madame la duchesse de La Trimouille^ la douairière.

La Haye, 6 avril 1610.

MADAME ma fille, il y a plus de trois semaines, que je suis attachée au lit et à la chambre par le plus grand et le plus fâcheux rhume que j'aie jamais eu, et sans lequel je fusse déjà bien près de Paris. Mais voyant les Pâques si proches (i) que je ne pourroîs me mettre en chemin, n'étant pas encore fort bien guérie, que je ne me trouvasse encore en cette semaine si pleine de cérémonie, c'est pourquoi je me suis résolue de passer ici Pâques et de partir avec l'aide de Dieu, deux ou trois jours après pour me rendre le plus tôt que je pourrai à Paris où je me promets que j'aurai ce bonheur de vous trouver encore et que par votre faveur je pourrai être logée dans un quartier de la maison de Monsieur de Bouillon où vous êtes logée. Ce me sera un extrême contentement si nous pouvons être ensemble et sur cette espérance je vous baise les mains.

{Le monogramme,^

A La Haye, ce 6" d'avril.

Autographe. Chartrier de Thouars. *~ Impr. ibid., n« 47. (i) Pâques tomba cette année-là le 1 1 avril.

PRINCESSE d'orange 2*]\

A monsieur, monsieur le connestable.

Août i6i t.

HONsiEUR autant que j*avois reçu de déplaisir du juste sujet que vous avez de vous plaindre de M. de Guise (i), autant me réjouis-je maintenant de la satisfaction qu'il vous en a faite et que vous en soyez demeuré content. Vous remerciant très humblement, Monsieur, de l'avis qu'il vous a plu m'en donner par ce gentilhomme, et me ferez beaucoup d'honneur de croire que vous n'avez servante ni parente qui soit plus sensible que moi atout ce qui vous touchera, et sais bien que j'ai des beaux-fils, et plus particulièrement un fils, qui auront toujours les mêmes ressentiments pour votre service, de façon, Monsieur, que quand vous aurez affaire de vos serviteurs, je suis certaine que ceux-là seront toujours des premiers à vous rendre preuve de leur affection ; et vous pouvez être assuré que je les animeraiàce devoir comme j'y suis obligée et par l'honneur que j'ai de vous être proche et par celui que vous m'avez toujours rendu de votre bienveillance.

Je remets, Monsieur, à ce gentilhomme à vous particulariser

(i) Les deux oncles du prince deCondé, François, prince de Conti, et Charles, comte de Soissons, ayant eu une querelle de préséance, la Reine-mère Marie de Médicis avait chargé le duc Charles de Guise de les réconcilier. Mais son intervention avait eu les plus fâcheux effets : le comte de Soissons et lui étaient devenus ennemis mortels. Le connétable avait pris le parti du premier et fait mettre le duc aux arrêts. Celui-ci, pour recouvrer la liberté, s'était vu contraint de faire des excuses publiques à son rival. (Bouille, Hist, dis ducs de Guise, t. IV, p. 355 et 359)

ce qui se passe ici, et vous baiserai très humblement les mains vous suppliant de me croire passionnément Votre très humble cousine et servante,

Monsieur, la pauvre M"* de Seneterre (i) s'assure toujours, pour consolation en toutes ses afflictions, que vous ne l'abandonnerez point. Je vous en supplie très humblement.

{Au dos, la date de réception :) Août 161 1 .

Autographe, Bibï. Nat. de Paris, f. français vol. 3832, f» 109. (Copie transmise par

M. Sandret.)

CLU

A madame dç La Trimouille, duchesse de Touars.

Paris, 30 juillet 1612.

ADAME ma fille, me voici de retour à Paris d'hier au soir seulement, n'ayant vu personne aujourd'hui, pour n'avoir pu voir la Reine, pour être trop lasse, et n'ayant averti aucune de mes amies de ma venue. Je suis venue en une fort grande diligence et ayant laissé infinies petites affaires en ma maison (2), où ma présence étoit du tout nécessaire, pour ne manquer point au jour que M"*** de Rohan m'avoit assuré par ses lettres qu'elle seroit ici; mais, à ce que j'ap-

(1) Ou mieux Saint-Nectaire (en Auvergne; aujourd'hui commune du canton de Champeîx, arrondissement d'Issoire, Puy-de-Dôme). — « Mademoiselle de Seneterre », qui fait Tobjet d'une des plus piquantes HistorUtUs de Tallemant des Réaux, était demoiselle d'honneur de la comtesse de Soissons (P. Anselme, t. IV, p. 890).

(a) Lierville.

PRINCESSE d'orange 273

prends, elle n'y sera encore de deux jours. Je crois qu'elle vous aura vue à Saumur, et Monsieur de Bouillon aussi, et que vous aurez résolu ensemble du voyage de Sedan. Mais je viens d'apprendre une nouvelle qui me met en peine : c'est que l'on m'a dit que la contagion y est recommencée. Seroit bien pour mettre Madame de Bouillon en nouvelle peine. Je lui viens d'écrire tout à cette heure pour la supplier de me mander de ses nouvelles. Je suis trop nouvelle venue pour vous en mander ici. J'ai bien appris par mon neveu de Châtillon de celles de Saumur. 11 est bien glorieux de la bague qu'il a gagnée de M"' de La Trémoille, et dit qu'il n'a jamais rien vu de si joli que votre cadet; et moi je dis que je n'ai point de désir plus affectionné que celui de vous faire service. En cette volonté, je vous baise les mains en toute humilité, et par votre permission à toute la petite troupe.

(Le monogramme.) A Paris, ce 20 juillet.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.t n* 48.

A madame de La Trimouille, duchesse de Touars.

25 octobre 161 a.

HADAME ma chère fille, j'attendois le retour d'un des miens, qui étoit allé à Paris, pour savoir si vous y étiez et envoyer savoir comment vous vous portez des eaux de Spa, lorsque votre laquais m'a rendu vos agréables lettres, étant extrêmement aise d'y apprendre votre état et celui de votre petit peuple, particulièrement de M"® de La Trémoille. J'ai toujours cru que ces eaux lui feroient du bien; car, lorsqu'elle en prit sur le lieu, elles lui profitèrent beaucoup. J'aurois un mer-

veilleux regret de ne vous pouvoir voir devant votre partement, sans ce que vous me mandez que vous n'avez que six semaines pour votre voyage. Ce sera donc à ce retour-là que nous nous verrons, s'il plaît à Dieu, car je fais état de partir après cette Toussaint, avec beaucoup de regret de ne voir point planter mes arbres; mais j'ai ici M*"" de Ricey (i) qui me veut emmener par force. Je me suis trouvée fort mal, depuis trois semaines, d'un mal qui n'est pas honnête, mais à cette heure je me porte fort bien et ne m'en reste qu'un peu de foiblesse. Durant ce fâcheux mal, je reçus vos lettres, avec celles que m'envoyez de Madame l'Électrice et de cette pauvre nouvelle veuve (2), auxquelles j'ai fait réponse, mais non à vous, parce que j'attendois toujours votre retour à Paris, M"* de Rohan, qui m'a fait l'honneur de passer ici, m'ayant assurée que vous deviez arriver deux jours après son partement, de Paris ; et depuis dix jours j'ai ici M"' de Ricey qui m'en dit autant. Vous avez raison de dire que n'avez point eu de mes lettres, car je ne vous ai écrit qu'une fois depuis que vous êtes à Sedan. 11 y avoit dans un même paquet des lettres pour vous et pour Madame de Bouillon, et le tout adressé à M"' de Ricey, ce qu'elle n'a point reçu tant le messager a été sûr. Je suis étonnée de ce que vous ne me parlez point du mariage de Monsieur l'Électeur (3). M. d'iterssen me mande qu'il est arrivé le 9 de ce mois à La Haye et qu'il n'y devoit séjourner que peu de jours, que le mariage se doit faire à Noél. Puisque votre frère a l'honneur de l'accompagner, je crois, quand je serai à Paris, que j'en apprendrai des nouvelles. On m'a dit que vous êtes priée d'aller quérir cette belle princesse pour l'accompagner à son ménage. Ce sera un fort beau et honorable voyage, et que je m'assure qui vous apportera du contentement; mais

(i) Anne de Monimorency-Laval-Bois-Dauphin, qui avait épousé Georges II deCréquy, seigneur de Ricey (P. Anselme, t. III, p. 651).

(2) La sœur consanguine de M^^ de La Trémoille, Catherine-Belgie, dont le mari, Philippe-Louis, comte de Hanau, était mort le 9 août précédent. Quant à « Madame TÉlectrice », elle avait perdu le sien le 9 septembre 1610. (Moréri,

Hanau et Baoière,)

(3) Frédéric V. — 11 épousa, le 14 février 1613, Elisabeth, fille de Jacques I^, roi d*Angleterre. (Moréri, art. Bavière,)

PRINCESSE d'orange 275

au moins en devriez-vous mander quelque chose à votre pauvre maman, afin qu'elle s'en réjouisse avec vous; mais puisque Ton vous verra dans six semaines, il faut remettre tous discours à ce temps-là. Cependant, chère fille, je prie Dieu qu'il vous donne heureux voyage et beau temps pour le faire; mais je suis marrie que je ne verrai point mon fils, M. de La Trémoille, car ce laquais m'a dit que vous le laisserez en Poitou, et que le petit est demeuré à Sedan, mais j'espère que vous ramènerez M"" de La Trémoille. Si j'eusse été à Paris, je vous eusse priée de me la laisser pour l'exempter de cette petite corvée. J'attends tous les jours le marquis de Mirebeau ; sans cela j'eusse pu partir plus tôt pour vous trouver encore à Paris, mais à cette heure il n'y a point de moyen.

Encore faut-il que je vous prie de m'éclaircir d'une chose dont je vous priois par mes autres lettres. C'est qu'il y a bien deux mois que Monsieur de Bouillon me fit mander que j'avois été refusée au Conseil d'un don que la Reine m'avoit fait (i). Moi, qui n'avois demandé ni eu aucun don de Sa Majesté, fus fort étonnée; et depuis, me faisant enquérir que c'étoit, on me dit que c'étoit vous, et que cependant on croyoit que ce fût moi. Je vous supplie, éclaircissez-moi cette énigme, car depuis j'en ai toujours été et suis encore en peine ; et ne faut que laisser vos lettres, s'il vous plaît, à M. d'ytrssen. Je vous baise très humblement les mains.

{Le monogramme.)

C'est le 25 d'octobre.

Autographe, Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.t no 49.

(i) II s'agissait peut-être de la continuation de la pension de 6,000 livres, pour laquelle Louise de Coligny est portée en 1609, ainsi que Du Plessis- Mornay et le comte de Montgomery (fils du héros de Domfront), sur le Petit Estât de ceux de la Religion^ montant à 84,^00 livres; voy. Mêm» et Corresp, de Du Plessis-Mornajf.

2^b LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

A madame de La Trimoille, duchesse de Touars.

La Haye, ii mai 1613.

«■^ean adame ma fille, je m'assure que vous serez bien aise dB^I ^^ savoir comme Dieu m'a heureusement conduite en B^SU tout mon voyage et suis arrivée à la bonne Haye, que bien connoissez, dimanche dernier 5 de ce mois, ayant été douze jours en chemin (i). J'en séjournai un à Verneuil, comme vous aura pu dire M"'' de La Trémoille, ayant grand regret que je ne la pouvois mener plus avant. J'en séjournai un autre à Bruxelles, et ne bougeai du logis de' M. le prince d'Orange, là où l'ambassadeur de France, M"'' la princesse d'Orange, la princesse de Ligne et force autres dames me firent l'honneur de venir audevant de moi. Soudain que je fus arrivée, le marquis de Spinola me vint trouver; le lendemain, l'ambassadeur d'Espagne et toutes les dames qui sont à Bruxelles me firent le même honneur. L'Infante (2) pensa être tuée à l'instant que j'arrivai par un

( I ) Très peu de temps avant son départ de France, elle avait souscrit Tobligation suivante :

« Nous, Louyse de CoUigny, princesse douairière d'Orange, confessons devoir « à M^^ la maréchalle de Fervaques la somme de trois mil livres, qu'elle « nous a ce jour d'hui prêtée, laquelle somme de trois mil livres nous lui pro- « mettons payer de ce jour d'hui en deux ans prochains, en foi de quoi j'ai signé « la présente.

« A Paris, le 19 d'avril m il-six-cent-et-treize.

« LoUYSE DE COLLIGMY. »

Arcb, de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. CampbeU.)

(3) Isabelle d'Espagne, femme de Tarchlduc Albert.

PRINCESSE d'orange 277

qui tiroit au papegay, duquel Tarquebuse creva, dont un éclat la blessa fort à la joue.

J'ai laissé M. le prince d'Orange avec la goutte à Bruxelles, mais faisant état que, s'il pouvoit, il viendront ici à la réception de ces prince et princesse (i), qui arrivèrent à Flessingue jeudi au soir (2). Messieurs les États me viennent d'envoyer une lettre que leur écrit M. le prince Maurice, par laquelle il les en avertit, et que Monsieur l'Électeur pourroit bien être ici aujourd'hui, mais la princesse se reposera deux ou trois jours en Zélande. Je suis si empêchée à préparer mon logis (3), pour recevoir cette grande compagnie, que voilà tout ce que je vous puis dire ; et vous supplie de me mander des nouvelles de notre belle et bonne Reine et si elle est bien guérie de son rhume. J'ai bien envie de savoir des vôtres et en quels termes vous êtes de vos procès.

(Le monogramme.)

C'est à La Haye, ce samedi 1 1 de mai.

Autographe, Chartricr de Thouars. — Impr. ibid., no 50.

(1) L'Électeur Palatin et la princesse Elisabeth d'Angleterre; voy. suprà^ p. 274, n. 3.

(2) Le 9.

(3) Pendant ses divers séjours à La Haye, la princesse d'Orange habita le palais du Voordeinde,aujourd'hui résidence royale [Communication de M, Campbell) — et non pas « la maison située sur la promenade du Pleiny depuis le ministère des colonies », comme le croyait M. JVlarchegay.

A monsieur, monsieur de yHeroy, conseiller d' estât et secrétaire des commandements de Sa Majesté.

La Haye, 23 juin 1613.

r^97| onsiëur, je me suis fort bien ressouvenue de la charge BBLwI ^^^ ^^^^ ^^ donnâtes, lorsque je pris congé de vous mSI à mon partement de Paris, touchant M. du Maurier ( 1 ) ; mais à mon arrivée ici j'appris de M. de Refuge qu'il étoit ou devoitêtre bientôt en chemin pour venir, comme il arriva aussi peu de temps après moi, ce qui me fit juger. Monsieur, que vous étiez hors du doute que quelques-uns vous avoient voulu donner que ledit sieur du Maurier ne fut pas agréable ici; chose dont je m'assure que vous êtes à cette heure bien particulièrement informé par M. de Refuge, qui n'aura pas manqué de vous témoigner qu'outre que Messieurs les États et M. le prince Maurice, mon beau-fils, ne trouveront jamais à redire au choix qu'il plaira à Leurs Majestés de faire de celui qui sera ici de leur part, que particulièrement la personne du sieur du Maurier leur est fort agréable pour ses mérites et les louables qualités qu'il possède; ce que j'ai encore plus remarqué depuis le partement de M. de Refuge et dont je viens tout présentement encore, Monsieur, d'avoir assurance par les deux personnes qui ont le plus de pouvoir en cet état, et cependant plus qu'ils savent, Monsieur, que vous affectionnez ledit sieur du Maurier et que

(i) Le père de l'auteur des Mémoires pour servir à Vbistoire de la HoUand^, Il représentait la France auprès des États Généraux.

(2) Eustache de Refuge, seigneur de Précy, en ce moment collègue de du Maurier après avoir été ambassadeur de France en Suisse; il mourut en 1617. (La Chesnaye Des Bois, art. Refuge.)

c'est VOUS qui en avez fait le choix. C'est ce qui me donne sujet, Monsieur, de vous faire cette lettre et pour vous dire encore une particularité qu'ils m'ont dite : qui est que, si M. de Refuge ne revient point, ils jugent fort à propos et pour le service de Leurs Majestés et pour le bien de cet État, que bientôt vous donniez à M. du Maurier la qualité qu'il doit avoir en ces Provinces et qu'il seroit à désirer qu'il eût déjà.

Voilà, Monsieur, ce que j'ai estimé vous devoir faire savoir, et pour fin je vous supplierai me continuer la part qu'il vous a plu me promettre en l'honneur de votre bienveillance et croire, Monsieur, que je suis et serai toute ma vie

Votre servante très affectionnée,

LOUYSE DE COLLIGNY, princesse douairière d'Orange.

A La Haye, ce 23 juin.

yluiograpbe. BibU Nat. de Paris, f. français, vol. 15950, f>3i. (Copie transmise par

M. Sandret.)

j4 messieurs, messieurs les députes de la noblesse aux États du pays d'Utrecbt, à Utrecbt.

La Haye, 1 1 juillet 1613.

ESSiEURS, pour l'affection que j'ai toujours portée à feu M"° d'Averly et à sts filles, je me suis réjouie quand j'ai su rhonneur que vous aviez fait à deux d'icelles, de les pourvoir en deux divers cloîtres de la ville d'Utrecht, même l'une en qualité d'abbesse (i); dont j'ai bien voulu vous remer-

(i) Cisuprà, les lettres LXXI et LXXIV.

58o LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

cier par la présente et vous supplier de leur vouloir continuer cette bonne volonté en leur conservant les droits, franchises et prérogatives qui ont accoutumé d'accompagner la dignité et le bénéfice dont il vous a plu les honorer. Je ne m'amuserai. Messieurs, à vous en représenter les particularités, remettant le tout à votre discrétion et prudence et à ce qu'elles pourront vous en remontrer es occasions. )e ne doute pas aussi que la charité ne vous y convie en tant qu'elles sont orphelines, mais si, avec la considération des services que leurs mères et elles ont fait à mes filles et à moi, cette mienne recommandation vient à être de tel poids en votre endroit que vous ayez agréable de les favoriser pour l'amour de moi, je vous assure que je participerai de beaucoup à l'obligation qu'elles vous en auront. Et sur cette espérance, après mes affectionnées recommandations à vos bonnes grâces, prierai Dieu, Messieurs, qu'il lui plaise vous conserver en santé et toute prospérité et demeurerai Votre très affectionnée à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY,

princesse douairière d^Orange.

A La Haye, ce 28 septembre.

Original signé, Arch. d'Amsterdam, collection J. Baars de la Faille. (Copie transmiçf

par M. Campbell.)

PRINCESSE d'orange 28 1

CLVn

A monsieur, monsieur le comte Guillaume de Nassau,

La Haye, 38 septembre 1613.

ONSIEUR mon neveu, je reçus hier votre Jettre du 17 de ce mois, et quelque temps auparavant celle du 14 d'août. Ce m'est un extrême contentement quand j'ai ce bonheur de recevoir de vos nouvelles, car vous devez croire que je vous aime et honore de tout mon cœur. Aussi m'en donnez-vous tous les jours de nouvelles obligations par le soin qu'il vous plaît prendre de mon fils et les témoignages de bienveillance que continuellement vous démontrez à lui et à moi.

Je vous dirai, Monsieur mon neveu, que c'est la vérité que mon fils et moi avions promis à M"** la princesse d'Angleterre Électrice de nous trouver à cette foire de Francfort qui est à cette heure pour avoir l'honneur de l'y voir, et de là à Heidelberg ; mais on me fit tant de peur de la contagion, que l'on dit être fort grande par tous les lieux où il me faudroit passer, que cela me fait retarder mon voyage jusques au printemps, qu'il fera plus beau voyager. Je suis après pour faire que mon fils retarde aussi le sien jusqu'à ce temps-là, et crois que son frère et moi nous en viendrons à bout, quoiqu'il désire bien fort de le faire. Mais nous avons des raisons pour désirer qu'il le retarde, à quoi vous nous aiderez bien à le persuader lorsque vous serez ici, ce qui me fait doublement désirer votre venue. Je vous supplie donc ne retarder point votre département à son occasion, car j'espère que vous le trouverez où il est nécessaire, pour des raisons que je ne vous puis écrire, que vous vous trouviez bientôt. Je sais que M. le prince Maurice, mon beau-fils, vous y désire fort et crois qu'il vous prie par ses lettres de ne retarder point votre voyage ; je ne puis venir à bout de lui sur

le sujet que vous me mandez, quoique je lui en aie parlé et fait parler souvent depuis que je suis de retour de France. Mais, quand vous serez ici, il faudra qu'ensemble nous fassions une si forte batterie, que nous le fassions résoudre à ce qui est plus raisonnable, car certes il faut dire vrai qu'il ne se gouverne pas bien en ce regard là.

Je remets donc tout à votre venue, que je prie Dieu qui soit bientôt; et cependant je demeurerai. Monsieur mon neveu.

Votre bien humble tante, à vous feire service,

LOUYSE DE COLUGNY.

A La Haye, ce 28 septembre.

Original signé, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (G>pie transmise par M. Campbell.)

A monsieur de yUerqy, conseiller du Roy en ses conseils d' estai et premier secrétaire de ses commandements.

La Haye, 18 décembre 1613.

ONSîEUR, comme je pensois mettre la main à la plume pour vous rendre grâces des bons offices qu'il vous plaît me départir auprès de la Reine en assurant à Sa Majesté combien je suis sa servante, j'ai su la triste nouvelle de la perte que vous avez faite de M"*° de Puysieux (1), en laquelle, Monsieur, tout ce qui vous honore participe, mais moi plus particulièrement que les autres, pour lui avoir voué beaucoup de service. Je ne doute point, Monsieur, combien cette

(i) Sa fille, Madeleine de Neuville, femme de Pierre Brûlart, vicomte de Puisieux, était morte sans enfants le 24 novembre 1613 (P. Anselme, t. VI, p. 527).

PRINCESSE d'orange 283

affliction vous est sensible, mais je ne doute point aussi que votre sagesse et grande prudence la vous sauront faire surmonter avec beaucoup de patience. C'est de quoi je prie Dieu de tout mon cœur, afin que votre santé n'en reçoive point d'altération.

Monsieur, il y a aussi quelques jours que j'avois délibéré de vous écrire sur un sujet que m'en avoit donné M. de Barnevelt, qui regarde M. du Maurier; mais, me ressouvenant que vous m'aviez mandé il y a quelque temps que vous auriez mémoire en temps et lieu de ce que je vous avois écrit que Ton trouvoit ici nécessaire, pour le service de Leurs Majestés et pour le bien de cet Etat, qu'il portât le nom de ce dont il exerçoit la charge, j'avois différé jusqu'à cette heure que M. le prince Maurice et M. le comte Guillaume, trouvant que je vous écrivois, m'ont mise sur ce même discours et m'ont conseillé. Monsieur, puisque vous-même m'aviez ouvert le chemin, d'oser vous en écrire, de vous avertir que plus que jamais ils le trouvoient nécessaire, qui est aussi l'avis de M. de Barnevelt; et le trouvent tous trois si digne et si capable de cette charge qu'ils s'étonnent de quoi on diffère tant à lui donner. Le sieur d'ytrssens, en a bien su tirer du profit jusqu'à s'oser promettre qu'il n'auroit jamais qualité d'ambassadeur et qu'il avoit assez d'amis à La Haye, pour le faire rappeler, si lui ne retournoit point. Je n'ai rien voulu dire à M. du Maurier de ce que je vous écris, craignant. Monsieur, de lui augmenter ou diminuer son espérance qu'il fonde toute sur l'honneur de votre bienveillance; mais j'ose vous supplier de me mander ce qu'il vous plaît que je réponde à ces Messieurs que je vous ai nommés.

Il y a encore un autre sujet. Monsieur, sur lequel nous allons rentrer en peine : c'est M. Vinout(i), ambassadeur d'Angleterre, que nous attendons d'heure à autre. Ils se peuvent rencontrer souvent ensemble comme ils ont fait par deux fois en mon logis devant que le sieur Vinoultfit son voyage. Ils se trouveront empêchés, et moi aussi, pour leur rang, de façon. Monsieur,

(i) Probablement sir Ralph Winwood.

que vous me ferez beaucoup d'honneur s'il vous plaît me mander comme je m'y dois gouverner.

Je vous baise les mains très humblement et suis, Monsieur,

Votre servante très affectionnée,

La princesse douairière d'Orange.

A La Haye, ce 18 décembre.

Autographe. Bibl. Nat. de Paris, f. français, voL 15950, 1« 29. (Copie transmise par

M. Sandret.)

A madame la dticbesse de La Trimouille.

La Haye, 7 juillet 16 14.

ADAME ma fille, ces trois mots ne vous apprendront pas tant de mes nouvelles comme feront ces honnêtes personnes qui vous les portent. Je vous avois mandé que je m'en allois à Spa, mais le mauvais temps de cette année a fait que tout le monde m'a déconseillé ce voyage. Me voici donc toujours à La Haye, où j'ai plus de repos et d'esprit et de corps que vous n'en avez à Paris à solliciter vos procès (i), dont j'ai bien envie d'apprendre que vous ayez eu une bonne issue, telle que la vous souhaite votre pauvre maman qui baise vos mains en toute humilité et par votre permission celles de mademoiselle de la Trimouille. Je la souhaite ici cependant que vous êtes en vos sollicitations; je m'imagine qu'elle s'y plairoit plus qu'à aller courtiser Messieurs les Conseillers.

(i) Cisttprà, la lettre CXL; in/rà, les lettres CLX et CLX.

PRINCESSE d'orange 283

Je pense vous avoir mandé que nous avons perdu la comtesse de Solms (i) par maladie.

Bonjour, chère fille.

(Le monogramme,) Ce 7 juillet.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.y n^ 51.

(i) Dans son Grand Dictiotmaire bisiort'qw, Moréri, à l'article Solms, n'indique pas moins de 13 lignes de cette famille. Mais tout d'abord trois d'entre elles, branchées dans le second quart du xvii« siècle, Solms-Geilndorf, Solms-Wilden- FELS et Solms-Barrut (a« branche) doivent être écartées.

En outre, au terme même des énonciations de Moréri, la comtesse de Solms dont Louise de Coligny signale en juillet 1614 1^ ^orl récente ne peut être :

Ni l'une des comtesses de .Solms (hrancbe aînés), qui moururent, l'une le 18 novembre 1603, l'autre le 29 avril 1617;

Ni la comtesse de Solms-Griffenstein^ dont le dernier enfant naquit le I'' juin 1617;

Ni la comtesse de SoLMS-HuKGEN,'dont le dernier enfant naquit le 19 janvier 1618 ;

Ni l'une des comtesses de Solms-Lich, mortes, l'une le 28 mars 1394, l'autre le 7 août 1620;

Ni la comtesse de Hoen-Solms, dont lepremier enfant naquit le 18 juin 1613 ;

Ni la comtesse Jean Georges de Solms-Laubach, morte le 20 juin 1606 ;

Ni l'une des comtesses de Solms-Sopnenwald, mortes l'une en \6\2, l'autre le 22 janvier 1617.

Restent les comtesses de Solms-Neuhaus, ÂJhert-Otbon de Solms-Laubach et de Solms-Barrut (i" branche) \ c'est à l'une des trois que convient évidemment la mention de Louise de Coligny. Mais nous ne saurions dire à laquelle, Moréri n'ayant rien dit sur leur compte.

A madame la duchesse de La Trimouille,

La Haye, 2 septembre 16 14.

ADAME ma fille, je participe au contentement que vous recevez de tenir cette chère sœur (i) à Paris. Je m'assure qu'elle vous aidera bien à solliciter, à cette heure que vous êtes près de voir Tissue de ce fâcheux procès. Je vous envoie la lettre que vous avez désirée de Monsieur mon beaufils. Je Tai fait faire sur les mêmes termes de la vôtre ; mais pour ce qu'il me la vient d'envoyer toute fermée, je crains qu'il ne se sera souvenu d'y mettre quelque mot de sa main, comme je lui avois dit que vous le désiriez. Il est tellement occupé, à cette heure qu'il est sur son partement pour aller en campagne, qu'il n'a pas le loisir de faire tout ce qu'il désire. Le marquis de Spinola a pris Aix (2) et autres petites villes qui lui ont ouvert

(i) La duchesse de Bouillon.

(2) Voici comment Schiller explique ce fait au livre K' de son Histoire de la guerre de Trente ans:

« Pendant les persécutions religieuses exercées dans les Pays-Bas par les Espagnols, un grand nombre de protestants avaient été forcés de fuir et s'étaient réfugiés à Aix-la-Chapelle, cité impériale et catholique, où ils avaient &it beaucoup de prosélytes, même parmi les magistrats de la ville. Enhardis parce succès, ils avaient demandé l'autorisation de construire une église consacrée à leur culte: on la leur avait refusée; mais, secondés par le gouvernement de la ville, ils étaient parvenus à se la taire accorder de vive force.

« La chute de cette place importante au pouvoir de la Réformation était un coup terrible pour le parti catholique et même pour l'Empereur (Rodolphe II), qui, après avoir vainement épuisé les menaces et les sommations, eut recours aux moyens extrêmes. Aix-la-Chapelle fut niise au ban de l'Empire. Mais cet arrêt ne put avoir un commencement d'exécution que sous le règne suivant {sous Matbias, 16 12-16 19). »

C'est de ce commencement d'exécution sur Aix-la-Chapelle et les petites places

les portes. Il est à cette heure devant Wesel (i), où il n'y a ni garnison ni forteresse, de façon que je crois qu'elle se rendra incontinent, car votre frère n'y peut être si tôt que lui. Il y a ici un ambassadeur d'Angleterre qui assuroit fort que l'armée de Spinola ne marcheroit point. Cela a amusé Messieurs les États, et empêché qu'ils n'ont mis la leur en campagne jusqu'à cette heure, que voilà tout le monde si empêché de ce partement que je n'ai loisir de vous dire autre chose, sinon que je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous donne bonne issue de votre procès, et que vous aimiez toujours votre maman comme parfaitement elle vous aime et vous honore et vous baise un million de fois les mains.

(Le monogramme.)

A La Haye, ce 2 septembre.

Autographe. Chartricr de Thouars — Impr. ibid., n» 52.

A madame de La Trémouille, duchesse de Tbouars.

23 avril 1615.

E ne sais si je dois croire ce que me rapporte le frère de M. Durand (2) qui est arrivé depuis deux jours, que M"" d'Elbeuf (3) n'a point voulu tenir l'accord que vous m'aviez mandé avoir fait ensemble ; cela me met en peine,

qui avaient partagé sa rébellion qu'il s'agit ici. L'Empereur et le roi d'Espagne étant proches parents, il était naturel que Spinola, sujet du second et connu pour un bon général, fût appelé à secourir le premier, (i) Sur le Rhin.

(2) Jean Durant, conseiller du duc de Deux-Ponts, frère puîné de Samuel, digne ministre de Charenton et excellent prédicateur. M.

(3) Marguerite Chabot, fille de Léonor, comte de Charny, déjà citée.

et je vous supplie que je sache ce qui en est. Argoulet(i) est arrivé seulement depuis deux jours, qui a demeuré longuement malade en chemin. Je lui rendrai ici tous les bons offices que je pourrai.

Au reste tout ce que j'ouïs, et par paroles et par écrit, ne me chante que tout présage de malheur en ma pauvre patrie (2), de façon que ce n'est pas pour me faire prendre envie d*y aller. Aussi n'en ai-je nulle, mais bien d'user le reste de mes jours ici doucement, à prier Dieu.

Nous ne savons encore où nous en sommes pour les affaires dejulliers. On ne veut pas rompre la trêve, aussi n'exécute-t-on rien en l'accord, et prévoit-on que l'on ne veut rien, sinon couler le temps.

J'ai vu le ballet de Madame (3) imprimé, que je trouve parfaitement beau, et regrette que M*** de La Trimouille n'en ait été. 11 me tarde d'apprendre le retour de M. de La Trimouille. Tout le monde me dit que M"*' la maréchale de Fervaques (4) va épouser M. de Soubize, mais je ne crois pas. Nous attendons ici dans peu de temps M. le prince et M"*** la princesse d'Orange.

Je vous donne mille bonjours, chère fille.

(Le monogramme.) Ce 23 d'avril.

Autographe. Chartrier de Thouars. -^ Imp. ibU.f n^ 53.

(i) Laquais de M'^° de La Trémoille, ainsi appelé parce qu'il avait servi dans les argouUts ou carabins. M.

(2) Cf la lettre suivante.

(3) Elisabeth de France, née le 22 novembre 1602. Après la mort de Henri IV, l'un des premiers actes de la régence avait été de fiancer le jeune roi Louis XIII à l'infante Anne, filie de Philippe III d'Espagne, et la princesse Elisabeth à son fils, Tinfant Philippe.

(4) Le maréchal de Fervaques était mort en 16 13 (P. Anselme, t. VU, P* 393)- — Sur sa femme, cf suprà, p. 80, 160, 170 et notes. — Cf encore infràj la lettre CLXV

PRINCESSE d'orange 289

CLXII(i) A monsieur le comte Guillaume de Nassau.

La Haye, 27 avril 1615.

ONSiEUR mon neveu, j*ai reçu en deux jours deux de vos lettres, Tune du 4° et Tautre du 1 1** d'avril. Je suis très aise d'entendre votre bonne santé et devez croire que je vous en désire la continuation à Tégale de celle de mon fils.

J'ai vu ce que vous me mandez touchant M°** la princesse de Portugal (2), pour le regard de ses enfants qui sont en France. Elle sera bientôt satisfaite de ce côté-là, car Monsieur son mari les fait venir, et je crois qu'à cette heure ils sont en chemin, je seroisbiende votre opinion qu'elle ne se tînt point si éloignée de son frère et qu'elle vécût plus privément avec lui. Lui-même m'a témoigné que c'est chose qu'il désiroit, et je lui ai écrit à elle et l'ai dit de bouche à Monsieur son mari pour lui dire. Je sais bien qu'elle feroit plus auprès de son frère que tout ce que nous tous lui en pouvons dire. Quant à la compagnie de cavalerie (3), je lui en ai parlé. 11 m'a dit n'y en avoir point de vacante. Mais, quand elle seroit ici, il se peut présenter des occasions où par sa présence elle feroit beaucoup tant envers son frère que de Messieurs des États. Et pour moi je crois qu'elle ne doute point que je la seconderai et servirai avec plus d'application que si c'étoit pour moi-même. Qyant aux enfans, vous savez combien de fois vous et moi avons importuné pour qu'il ait les deux aînés auprès de lui pages. Il me dit toujours qu'il en aura le soin qu'il doit, et

(i) Des extraits très incomplets de cette lettre ont été imprimés par Groën van Prinsterer (Ârcb, de la maison d'Orangiy 2* série, p. 447).

(2) Voy. suprà, p. 130 et n. i, p. 173 et note 5 et p. 268, n. i.

(3) Sans doute sollicitée par dom Emmanuel de Portugal.

qu'il ne faut point que l'on s'en donne de peine; de façon qu'il me semble qu'il vaut mieux ne lui en point parler, car vous connoissez son humeur ; quand on lui en parlera, sera l'heure qu'il en fera le moins. Toutefois je ne laisserai point passer les occasions que je ne vous en dise toujours quelque mot(i).

J'attends des nouvelles de mon neveu M. le comte Ernest sur le sujet qui louche mon fils, votre cousin, pour voir ce que nous devons espérer de ce côté là.

Les affaires de France ne vont pas si bien qu'il seroit à désirer et les Etats qui s'y sont tenus n'y ont point fait de miracle (2), de façon, Monsieur mon neveu, que tout ce que je vous puis mander de plus assuré c'est la continuation de mon affection à votre service, qui ne prendra fin qu'avec la vie de

Votre plus humble et obéissante tante,

LOUYSE DE COLLIGNY.

A La Haye, ce 27 avril.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (G)pie transmise par M. Campbell.)

(1) Nous avons vu précédemment (p. i3o,n. i) les causes de sa brouille avec le prince Maurice, et comment Louise de G>ligny était parvenue avec le concours du prince Philippe Guillaume, leur frère, à les réconcilier (p. 173, n. 5, et 268, n. i).

« Cétoît une très bonne princesse, dit du Maurier (p. 26}). Mais, à la fm de sa vie, s'étant rebrouillée avec M. le prince Maurice^ elle se retira à Genève Tan 1623 avec six filles qu'elle avoit, où je les vis Pan 1624, et elle mourut de mélancolie bientôt après. »

Il existe encore, paraît-il, en Suisse (canton de Vaud), des descendants de dom Emmanuel de Portugal et d'Emilie de Nassau {Commumcati<mde M, Par" cbivisU de Genève),

(2) Les grands s'étaient révoltés. Ils avaient donné pour prétexte à leur pri:» d'armes l'indigne faveur de Concino Concini, élevé par la Reine-Mère aux dignités de maréchal de France, de gouverneur de Picardie et de duc-pair d'Ancre. En réalité, ils ne voulaient que des augmentations d'honneurs et surtout de pensions et les avaient obtenus par le traité de Sainte-Menehoulde (27 mai 16 14). Cependant afin de déguiser leur ambition et leur cupidité, ils avaient demandé la convocation des États Généraux. Ceux-ci, comme dit Louise de Coligny, ne firent point miracle (26 octobre 1614 — 2^ mars 1615). Ce furent es derniers avant ceux de 1789.

PRINCESSE d'orange 29 1

A madame de La Tremouille, duchesse de Thouirs.

Vers juillet 1615.

HADAME ma chère fille, j'apprends avec beaucoup de regret que vous êtes toujours à la poursuite de vos procès. Je vous en plains infiniment, car je crois que c'est un des plus fâcheux exercices du monde; encore pourvu qu'il plaise à Dieu que vous en ayez une bonne issue, vos peines ne seront pas tant à plaindre. On m'a dit que l'on vous a, ces îours passés, donné une mauvaise (mais. Dieu merci! fausse) nouvelle de la mort de M. le comte Guillaume, et que même vous en avez pris le deuil jusqu'à ce que le comte Jean votre cousin (1) a passé à Paris, qui vous l'a fait laisser. Je ne sais qui s'est plu à vous donner cette alarme. Il se porte bien, Dieu merci, comme sont vos frères et moi aussi, à ma rate près.

Je désire bien de savoir si M. de La Tremouille est sur son retour, et me fâche d'apprendre par vos lettres que votre petit soit devenu d'humeur si mélancolique» Si est-ce qu'il est bien où il peut avoir de toutes sortes de divertissement pour lui rompre cette humeur, et crois que vous n'y oubliez rien. Pour M"' de La Tremouille, je crois que vous pensez à cette heure à la marier, et à mon avis vous ne trouverez pas tant de difficulté que moi à marier votre frère. Je vous assure que cela me travaille bien l'esprit de voir passer les années, et par conséquent la fin de mes jours approcher, sans voir nul acheminement à une chose que je désire passionnément. Je m'assure bien que, si vous y pouviez aider, que vous n'y plaindriez vos peines non

( I ] Jean \t jeune, frère cadet du soi-disant mort ; voy . suprày p. 230 et notes.

plus qu'à VOS procès. Ce ne vous est peu de contentement :nœ d'avoir Monsieur de Bouillon auprès de vous, mais il seroit encore plus grand s'il étoit accompagné de Madame de Bouillon, que je pense qui, de son côté, s'ennuie bien d'être si longtemps absente (i) et de lui et de sa petite troupe, qu'elle a laissée à Sedan.

On ne nous parle ici que de préparatifs qui se font pour le voyage des mariages (2). Je crois bien que vous ne serez pas de celles qui y accompagneront la Reine. Pour moi je me trouve si bien en Hollande que je n'ai envie d'en partir, si ce n'étoit que je vous puisse rendre du service, car pour cela j'irois au bout du monde, étant toujours la bonne maman.

Je vous demande, Madame ma chère fille, ma foire de Saint- ,

Germain (3); mais savez-vous de quoi ? c'est de votre beau portrait. Mais je voudrois bien qu'il fût de la main de Ferdinand (4), «^

car je trouve que c'est lui qui vous fait le mieux ressembler; et 1' qu'il soit, s'il vous plaît, de la grandeur de la ficelle que je Û vous envoie. La hauteur est toute la ficelle, et le petit nœud

c'est la largeur. Tout le monde s'étonne que je ne l'aie point. ;

(i) Elle était alors à Turenne. M.

{2) De Louis Xlll et de l'aînée de ses sœurs, Elisabeth, auxquels la bénédiction nuptiale fut donnée en l'église cathédrale de Bordeaux, le 18 octobre à la princesse et le 24 novembre au roi. Le prince de Condé avait refusé d'être du voyage.

(3) C'est-à-dire un cadeau, comme on s'en faisait lors de cette foire. Cet usage — qui, soit dit en passant, a persi:ité en province — était suivi dans toutes les classes de la société. En 1609, Marguerite de Valois avait ainsi donné au dauphin une chaîne de pierreries de 2000 écus. — Lire La Foire de Saint- Germain sous Charles IX y Henri III et Henri /K, curieuse étude de M. Léon Roulland parue dans le t. III (1877) des Mémoires de la Société de Vbistoire de Paris et de V Ile-de-France.

(4) Ferdinand El, excellent portraitiste Malinois qui florissait au commencement du xvn® siècle et donna quelques leçons à Nicolas Poussin. II était plus connu sous son prénom que sous son nom de famille et c'est aussi par ce prénom que l'on désigne ordinairement son fils Louis et ses petits-fils, Louis et Pierre, peintres estimés, quoiqu'à un moindre degré que le chefde cette dynastie d'artistes. CSiret, Dictionnaire historique des Mntres; a" édition, Paris, Lacroix, 1866, in-4°; art. Ferdinand.)

PRINCESSE d'orange 293

i'ai bien ce petit van Boreas (i), qui fut fait quand vous étiez petite.

(Le monogramme.)

Autographe, Chartricr de Thouars. — Impr. ibid.^ n» 54.

A madame, madame de Montglai, gouvernante de Mesdames (2).

La Haye, 29 août 16 15.

1^^^ ADAME, j'ai eu ce bonheur de recevoir de vos nouvelles Ih^I P^^ ^^^ lettres depuis quelques jours, qui m'ont extrê- Es&Ul mement réjouie pour me voir conservée en votre mémoire ; et si vous ne recevez souvent des miennes, ne pensez pas, s'il vous plaît, que je manque à vous aimer et honorer comme j'ai toujours fait.

je me réjouis, participant à tout ce qui vous touche, de ce que Dieu vous a fait la grâce d'avoir rendu Monseigneur le duc d'Anjou (3) en santé entre les mains de la Reine. Certes, Madame, ce n'est pas une petite grâce que vous avez reçue du ciel de vous être si dignement acquittée de la nourriture de si grands princes et princesses. Je crois qu'il y aura bien des larmes

(1) Et non pas: ce petit vent Boreas, comme l'a imprimé M. Marchegay ; qui n'a aucun sens.

Nous avouons humblement ne pas connaître et n'avoir pu découvrir de peintre de ce nom. Peut-être faut-il lire Borsas et voir unealtération de B&rsse: François Borsse, le premier maître de Balthazar Lauwers, était déjà en renom vers 1585, époque où Charlotte-Brabantine de Nassau (M™« de La Trémoille) était en effet petite: elle avait 5 ans (Voy. infrà, p. s, n. 2),

(2) M™« de Monglat avait été appelée au poste de gouvernante des enfants de France — et non pas seulement de Mesdames — dès septembre 1601 ; voy. dans les Lettres missives de Henri IV la correspondance de ce prince avec elle.

(3) Gaston, frère de Louis XIII, depuis duc d'Orléans, né le 25 avril 1608.

répandues à cette séparation de Madame (i). J'ai un extrême regret de n'avoir pu avoir Thonneur de la voir devant son partement, car je pense bien que je ne la verrai jamais. Je n'en dis pas de même de Madame Chrétienne (2), car j'espère bien avoir cet honneur-là, surtout si elle épouse ce beau prince notre voisin, comme on nous en donne toujours espérance (3). Mon Dieu, Madame, que je me sens glorieuse de ce que vous me mandez qu'elle me fait l'honneur de se souvenir de moi; je vous supplie de l'assurer bien toujours que je suis, mais je dis avec passion, sa très humble servante, et aussi à la petite Madame.

Je suis en une merveilleuse peine de toutes ces brouilleries (4) qui sont en France. Dieu y veuille remédier par sa bonté et vous donner, Madame, tout le parfait contentement que vous souhaite

Votre bien humble et très affectionnée à vous faire service,

La princesse douairière d'Orange.

A La Haye, ce 29 d'août.

Madame, vous m'obligeriez extrêmement s'il vous plaisait me faire recouvrer un portrait bien fait de Madame Chrétienne.Ceseroit bien pour embellir mon cabinet. Je le tiendrois bien cher et le mettrois auprès de celui du feu Roi son père et delà Reine sa mère.

Autographe. Bibl. Nat. de Paris, f. français, vol. 15950, f> 28. (Copie transmise par

M. Sandret.)

(i) C{ supràf p. 392, n. a.

(2) Christine, la seconde des sœurs de Louis XIII, née le 10 février 1606.

(3) On pariait alors de son mariage avec le prince de Galles, qui fut plus tard rinfortuné Charies I". Ce projet n'aboutit pas. Christine épousa, le 10 février 1619, Victor-Amédée, duc de Savoie, et ce fut sa sœur cadette, Henriette, née le 25 novembre 1609, qui fut appelée, le 1 1 mai 1625, à partager le trône d'Angleterre.

(4) Cisupràf p. 290, n. 2.

PRINCESSE D'ORANOE 295

A madame la duchesse de La Trimouille,

2} septembre 1615.

ADAME ma fille, je viens de recevoir un paquet de vous et de Madame de Sainte-Croix (i)par un courrier qui repart si promptement que je n'ai loisir que de nous dire que je les ai reçues. Je savois bien que vous étiez à Poitiers, mais vous nous eussiez fort obligés, vos frères et moi, de nous mander des nouvelles de Messieurs vos enfans, et particulièrement de M. de La Trémouille. J'apprends par cette dépêche l'extrémité de la maladie de M. de Rohan, dont je suis en extrême peine, et me réjouis de ce que Madame (2) se porte beaucoup mieux à ce que Ton me mande. Pour le mariage dont vous me parlez de la maréchale de Fervaques, jamais rien ne m*a plus étonné : elle achète chèrement sa principauté (3) !

Pardonnez-moi si je vous dis que c'est trop faire la femme d'Etat d'être si secrète que jusqu'à sa mère ne mander pas un pauvre mot de nouvelles, mêmement de vos enfans. Je ne puis vous en dire davantage, car le courrier part.

{Le monogramme,) Ce 23 septembre.

Autographe^ Chartrier de Thouars. — Impr. ibid., n« 55.

(1) Flandrine de Nassau, sœur de la destinataire, abbesse de Sainte-Croix de Poitiers depuis 1605 ; voy. suprà, p. 5, n. 2.

(2) S'agit-il de sa mère, ou de sa femme — Marguerite de Béthune, fille du grand Sully, qu'il avait épousée en 1605 (P. Anselme, t. IV, p. 73) ?

(3) Cf la lettre CLXl. — Le prétendu qu'on lui proposait, Benjamin de Rohan, seigneur de Sou bise, avait le titre de prince étranger, comme tous ceux de sa maison, en qualité de descendant des anciens rois de Bretagne. — Ce projet de mariage n'aboutit pas; Soubise mourut célibataire en 1640 (P. Anselme, t. IV, p. 72).

A monsieur Bénard, gouverneur de Château- Renard.

La Haye, 1^ octobre 1615.

HONSiEUR Bénard, je vous dirai que depuis quelque temps j'ai reçu une lettre du lieutenant de Château-Renard, par laquelle il me mande qu'il reste entre vos mains des exécutoires de dépens que feu Marlartin avoit obtenus contre feu son père et lui, et me prie de lui quitter et lui en faire rendre les papiers. Je sais bien que je lui avois promis qu'en cas qu'il segouverneroit en mon endroit comme il devroit, que je ne lui en demanderois jamais rien. Je sais qu'il ne l'a pas fait, mais nonobstant je lui veux montrer* que je suis bonne et trouve bon que vous les lui rendiez pour l'obliger à se gouverner mieux qu'il n'a fait jusques ici et que, si ses effets répondent à l'affection qu'il me promet par sts lettres, j'oublierai tout le passé et ne m'en ressouviendrai jamais.

Pour cette affaire dont vous m'écrivez de M" de Longuet et de Russy, je trouve fort à propos que vous fassiez un voyage à Paris et désire que l'un et l'autre se accordent par la voie amiable, car il n'y a rien que je haïsse tant que les procès. Si M. de Russy est à Paris, il faudra que vous parliez ensemble, et je sais bien qu'il apportera de son côté tout ce qu'il pourra car il est fort de mes amis.

Je prie Dieu vous avoir en sa sainte garde.

LOUYSE DE COLLIGNY.

A La Haye, ce 15 octobre.

Copie authentique contemporaine, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise

par M. CampbeU.)

PRINCESSE d'orange 297

A monsieur y monsieur le comte Guillaume de Nassau, gouverneur

de Frise.

La Haye, 10 mars 1616.

HONSiEUR mon neveu, celui qui vous donnera cette lettre est un fort honnête homme, fort affectionné au service de la maison de Nassau. Et pour ce qu'il m'a dit qu'il va en Frise pour quelques affaires particulières, auxquelles il ma dit qu'il aura affaire de votre faveur, je vous prie de lui en être libéral. Vous lui obligerez, et moi aussi de faire en pareil cas de même. Et, n'étant la présente à autre fin, je me recommande bien affectueusement en vos bonnes grâces, priant Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde, et demeurant à jamais. Monsieur mon neveu.

Votre humble tante à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY.

De La Haye, ce lo mars 1616.

Original signé, Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

A madame de La Trimouille, duchesse de Tbouars.

La Haye, 18 mais 16 16.

HADAME ma fille, j'apprends que vous plaignez que vous n'avez point eu de réponse aux lettres que vous aviez adressées à M. de Langherac (i) pour me faire tenir. Si n'ai-je pas manqué à vous écrire ; et faut dire que mes lettres aient été mal adressées. Si les ai-je données à personnes que je sais les avoir portées sûrement jusques à Paris ; il faut que ce soit de là qu'elles aient couru fortune. Je m'en vais en écrire à M"" de Ricey, car c'est à elle que je les envoyois. Celle-ci sera par M. de Langherac, puisque c'est par lui que j'apprends que vous êtes femme d'État, et que vous êtes employée à la conférence de la paix (2), en laquelle la Reine mère du Roy a trouvé bon que vous fussiez. Je m'assure bien que, si les choses s'y passent par votre souhait, que nous l'aurons. Je me réjouis bien fort de ce que ceux qui en écrivent du bien, même et entr'autres M. de Villeroy, mandent que Monsieur de Bouillon y est fort porté ; pour moi, c'est chose dont je n'ai jamais douté.

Je ne sais si le bruit aura été jusqu'à vous d'un mariage dont on parle fort pour mon fils, votre frère (3). Nous avons envoyé

(1) G. de Bœtzelaer, seigneur de Langerak, ambassadeur des Pays-Bas à Paris.

(2) Les grands s'étaient trop bien trouvés de leur première révolte (voy. suprày p. 290, n. 2) pour n'en pas tenter une seconde De là cette « conférence de paix », dont parle Louise de Coligny et qui aboutit le 3 mai au traité de Loudun, non moins onéreux que celui de Sainte-Menehould.

( 5) Avec Elisabeth de Hesse-Cassel ; Henri de Nassau en fit part à sa sœur le 12 juin suivant (Communication de Af. Campbell, d'après les documents officiels conservés aux Archives de la Matson d*Orange à La Haye).

Beaumont vers M. le prince d'Orange, pour en savoir sa volonté devant que d'en parler plus avant, et attendons d'heure à autre son retour pour soudain après en avertir Monsieur de Bouillon et vous, et recevoir vos bons conseils; de façon que jusqu'alors ce que je vous en écris demeurera, s'il vous plaît, à vous. Madame l'Électrice, votre bonne sœur, est celle qui pousse le plus à la roue, de façon que vous pouvez bien juger en quel pays et qui ce peut être. Vous savez comme le mariage deM"° d'Orange(i) est accordé (2). Nous avons reçu depuis deux jours lettres de Monsieur son mari qui sera, qui témoigne être fort content. Je vous assure que je la serai bien aussi lorsque je verrai votre frère en même état. Faites-nous la paix bientôt, afin que nous puissions nous assembler, peut-être tous, en Allemagne, comme Monsieur de Bouillon l'a souvent proposé. Sur cette bonne espérance, je vous baise bien humblement les mains, tant de ma part que de celle de vos frères, qui disent qu'ils se réjouissent bien fort d'avoir une sœur qui soit grande femme d'Etat. Permettez-moi mes baise-mains, s'il vous plaît, à M" et M^'° de La Trémoille.

(Le monogramme,)

A La Haye, ce 18 mars.

Autographe, Chartricr de Thouars. — Impr. ibid.^ no 56.

(1) Émilie-Antwerpienneou Amélie de Nassau; voy. supràj p. 174, n. 3 et 4.

(3) Elle épousa, le 24 juin 1616, Frédéric-Casimir, duc de Landsberg, second fils du duc Jean 1 de Deux-Ponts (mort le 12 août 1604), Irère du duc actuel, Jean II; la maison de Deux-Ponts était une branche cadette de celle des Électeurs Palatins (Moréri, art. Bovine),

A monsieur mon neveu, monsieur le comte Jean de Nassau.

La Haye, 8 juillet 1616.

IT^n ONSiEUR mon cousin (i), j*ai été bien aise d'entendre par Bfillfl I ^^"^ ^"^ ^^^^"^ m'avez écrite que, dès que vous avez reçu yiiyjfl nos dernières lettres avec la procuration et instruction, vous vous êtes mis en chemin pour aller trouver Monsieur le Landgrave (2); dont je vous remercie et vous prie de nous vouloir continuer cette bonne volonté et tâcher par tous moyens, en conformité de la susdite instruction, de faire ce contrat de mariage pour mon fils et ceux de sa maison, le plus avantageux qu'il sera possible. Nous vous donnons bien de la peine, mais i'espère que quelque jour il se présentera des occasions là où moi et mon fils aurons moyen de vous rendre du service en récompense. Et à tant je me recommande à votre bonne grâce et prie Dieu vous maintenir, Monsieur mon cousin, en sa sainte et divine protection.

A La Haye, ce 8 de juillet 16 16.

Votre humble tante à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY, princesse douairière d'Orange.

Original signé. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

(1) Sic pour neveu; voy. suprà^ à l'inverse, p. 220.

(2) Le Landgrave de Hesse-Cassel ,* cf la lettre précédente.

PRINCESSE d'orange 30I

A monsieur y monsieur le comte Guillaume de Nassau.

La Haye, 10 novembre 16 16.

ONSIEUR mon neveu, j'ai reçu votre lettre du 2 novembre, avec la copie de celle que vous écrivez à M. le prince Maurice, et vois bien par l'une et par l'autre que vous n êtes pas bien informé des articles que M. de Brederode et le sieur Lambert ont signés, qui sont tels que mon fils n'est nullement conseillé de les approuver pour lui être trop préjudiciables, et à sa maison, mais principalement aux enfants qu'il plairoit à Dieu lui donner de ce mariage. Nous sommes à cette heure après pour prendre quelque bon avis de la dépêche que l'on doit faire sur ce sujet à Monsieur le Landgrave et ne sera pas sans en prendre votre bon conseil devant que de l'envoyer. Plût à Dieu, Monsieur mon neveu, que vous fussiez ici ! Vous nous aideriez grandement à prendre quelque bonne résolution. On vous envoiera copie de tout, afin que vous puissiez mieux donner votre avis. Et en attendant je vous supplie me conserver votre bonne grâce et me croire toujours. Monsieur mon neveu, votre humble et très aflfeclionnée tante à vous faire service,

La princesse douairière d'Orange.

A La Haye, ce 10 novembre.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

[Au comte Guillaume de Nassau.]

La Haye, 9 février 1617.

ONSiEUR mon neveu, le parlement devotre secrétaire me surprend à Theure que j'attends M" les ambassadeurs de France, de façon que je n'ai loisir que de vous dire que je me réjouis grandement d'apprendre que vous devez bientôt être ici. Nous n'avons nulles nouvelles d'Allemagne depuis le retour de celui que mon fils y avoit envoyé, qui est revenu sans aucunes lettres. Peut-être en avez-vous eu de Monsieur votre frère, qui vous aura appris quelque chose. J'espère que, étant ici, vous ferez que toutes choses iront bien. Croyez que c'est le désir très passionné de Votre humble tante à vous faire service,

La PRINCESSE DOUAIRIÈRE d'OraNGE.

A La Haye, ce 9 de février.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

PRINCESSE d'orange }0}

[Au comte Guillaume de Nassau.]

La Haye, 15 mars 1617.

ONsiEUR mon neveu, je reçus hier votre lettre du 28 de février, par laquelle je vois que M. le comte Jean votre frère est arrivé auprès de vous, et que vous dites qu'il vous a communiqué un expédient par lequel vous et lui jugez que le mariage que nous désirons faire pourra être conduit à une heureuse fin. C'est une des plus agréables nouvelles que je puisse apprendre que celle-là, car il n'y a rien au monde que je désire tant que de le voir accompli ; et pour mon particulier je ressens avoir beaucoup d'obligation à Monsieur votre frère de la peine qu'il y a rendue jusques ici, et prie Dieu de tout mon cœur que bientôt nous en puissions voir la bonne issue que nous en désirons. Je le prie aussi, Monsieur mon neveu, qu'il vous donne bonne et longue vie.

Votre bien humble tante à vous faire service,

La p. douafrière d'Orange.

A La Haye, ce 1 5 de mars.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

[AU comte Guillaume de Nassau.]

La Haye, 1 3 avril 1617.

IJPSra ONsiEUR mon neveu, j'ai vu la lettre que vous avez HR^Kljl écrite à mon fils et les bons conseils que vous lui E«iS donnez sur son mariage, par où vous témoignez toujours votre bon naturel et Tamitié que vous lui portez. J'espère enfin que toutes choses succéderont comme nous le désirerons, mais il faut aussi que Monsieur le Landgrave témoigne à ces trois frères qu'il ne les dédaigne point, car c'est la vérité qu'ils prennent pour un grand mépris de ne faire point de réponse à leurs lettres. M. le comte Jean, votre frère, espère d y pouvoir quelque chose quand il sera près de lui. J'en prie Dieu de tout mon cœur, afin que nous puissions voir une bonne fin à cette affaire de si longtemps commencée (i). Monsieur mon neveu, je vous recommande celle du sieur de Beaumont et remets à lui à vous dire plus particulièrement de nos nouvelles ; priant Dieu, Monsieur mon neveu, vous donner toutes sortes de prospérités. Votre humble tante à vous faire service,

LOUYSE DE COLLIGNY, princesse douairière d*Orange.

Autographe. Arch. de la Maison d'Orange à La Haye. (Copie transmise par M. Campbell.)

(1) Cf suprà les lettres CLVlIl-CLXXll. — Elle échoua cependant et la princesse épousa, le 4 septembre 16 17, le duc de Brunswick-Lunebourg (Communication de M. Campbell),

À monsieur Wtemboguart (i).

Vers mai 1616.

nONsiEUR Bongar, Monsieur mon beau-fils vient de partir d'ici. Nous avons fort parlé de vous, etsurtout jeluiai représenté le grand déplaisir que vous aviez de ce que chacun vous disoit que vous étiez éloigné de sa bienveillance et qu'il Tavoit témoigné en pleine assemblée des États(2). Là-dessus il me fit le discours de ce qui s'y étoit passé, et m'a dit que je pouvois vous témoigner de quelle façon il parloit de vous et honoroit votre personne et votre ministère ; que, s'il étoit autrement, il ne fréquenteroit vos prêches comme il fait. Et, sur ce que je lui ai dit que vous craigniez à prêcher devant lui, craignant de lui être désagréable, il m'a priée de vous ôter cette crainte et vous assurer qu'il prend un très grand plaisir à vous ouïr ; et crois

(1) Le ministre Wtembogaert avait été le précepteur de son fils. II était Tun des chefs du parti des Remonsirants (voy. la note suivante).

(2) Probablement celle du 2 mars 16 17 (Communication de M, Campbelt), Les Pays-Bas étaient alors divisés en deux factions religieuses : les GomarisUs

(disciples de François Gomar), qui soutenaient les principes de Calvin dans toute leur rigueur ; et les Arminiens (disciples de Jacques Arminius) ou Remonstranis, qui les avaient adoucis sur plusieurs points. La politique s'en était mêlée. Le Grand-Pensionnaire de Hollande, Barneveldt, et la princesse douairière d'Orange s'étant mis au seul point de vue de la foi du côté des seconds, le prince Maurice, irrité contre Louise et contre Barneveldt de ce qu'ils se fussent opposés à la réalisation de son dessein de se faire couronner roi des Pays-Bas (Du Maurier, p. 113-189), prit parti pour le second- Il s'ensuivit des controverses acharnées dont nous dirons à sa date le sanglant dénouement ; Gérard Brandt les a racontées dans son Historié der Reformatie der Nederlanden (Rotterdam, 1671- 1674, 2 vol. in-4<»): il y en aune traduction française abrégée, trop abrégée même ; car elle supprime souvent des détails du plus haut intérêt (La Haye, 1726-1730, 3 vol. in-8»).

que demain il vous pourra envoyer quelqu'un pour parler à vous pour vous dire son penser sur l'ordre qu'à son avis on doit donner aux affaires qui se présentent, et crois qu'en cela vous vous trouverez de même avis. Si vous aviez la commodité de me venir voir demain au matin, je vous en dirois davantage. Je prie Dieu qu'il vous console et conserve; et croyez-moi toujours Votre très affectionnée amie,

.La p. douairière d'Orange.

Autographe. Bibl. de Leyde. (G>pie transmise par M. Gmnpbell.)

A monsieur IVtembogœrt.

Vers mai 1O17.

Honsieur Bongar, je suis très marrie de votre indisposition et m'en doutois bien lorsque j'ai vu la journée si avancée sans que vous fussiez venu. M. Polyandre (i), qui est celui que j'avois vu hier qui me faisoit désirer de parler à vous, vient encore de partir d'ici, où il venoit pour savoir si je vous avois parlé touchant ce que vous avez appris par M"^de Vandremile (2). Je lui ai dit à mon opinion qu'elle saura la réponse là-dessus pour vous en avoir parlé il y a quelque temps. Il ne laisse pas de désirer d'en discourir avec vous (3). . . devant moi, si vous l'avez agréable pour vous faire entendre ses raisons; et m'a dit que demain, sur les dix heures, il me viendra encore dire adieu devant que s'en aller à Leyde, et que lors vous pourriez

fi) Jean Polyander, professeur de théologie à l'université de Leyde depuis 1611 {Communication de M. Campheit), (%) M™« van der Myle, la fille de Barneveldt; voy. suprà^ p. 203 et 304. (3) Quelques mots manquent ici par suite d'une déchirure.

PRINCESSE d'orange ?07

parler ensemble. Si votre santé le permet, je ne pense pas que vous deviez manquer de parler à lui car je sais qu'il y en a qui en feroient leur profit à son avantage et non au vôtre. Toutefois mandez-moi ce que vous désirez.

[Le reste de la lettre manque.^

Autographe. Bibl. de Leydc. (Copie transmise par M. Campbell.)

A monsieur, monsieur le comte Guillaume de Nassau.

La Haye, 12 juillet 1617.

HONSiEUR mon neveu, il y a quatre ou cinq jours seulement que je suis revenue de Bréda, où j'ai demeuré six semaines avec M. le prince et M"" la princesse d'Orange, lesquels j'ai laissés en fort bonne santé. Etant là, fort peu de jours devant mon partement, mondit sieur le prince d'Orange et moi avons reçues des lettres que Monsieur le Landgrave nous écrivoit. Par la mienne, il me remet à ce qu'il écrit aux trois frères, quiest en somme qu'il entend de se tenir à ce qui a été accordé à Francfort, et prie M. le prince d'Orange et M. le prince Maurice d'y disposer mon fils. Or vous savez combien ce qui se passa là est préjudiciable non seulement à mon fils, mais à toute sa maison; de façon qu'il n'y a personne au monde, ni des parents ni des amis de mon fils, qui lui conseille, à mon avis, de passer les articles qui furent accordés là. Même M. le comte Jean, votre frère, m'a dit (et depuis écrit) que ce n'est point l'intention de mondit sieur le Landgrave, et qu'il vous avoit mandé les moyens pour remédier à cela; mais n'ayant rien reçu de votre part depuis, nous ne pouvons juger que mondit sieur le Landgrave ait autre intention que ce qui nous apparoit par ses lettres. De façon que je me trouve fort en peine là dessus,

et me semble que mon fils se résout d'écrire audit Landgrave qu'il voit bien qu'il n'a pas envie que ce mariage s'achève, refusant d'accorder les articles qu'il y avoit envoyés, qui avoient été trouvés si justes et équitables que l'on ne croyoit nullement qu'il n'y tît aucune difficulté; et au contraire, voulant le contraindre à passer ceux qui ont été faits à Francfort, qu'il voit bien, comme j'ai dit ci-dessus, que c'est qu'il n'a pas envie que le mariage s'achève ; de quoi il est bien fâché, mais que cela ne l'empêchera pas de demeurer son serviteur ; et veut envoyer sa lettre à M. le comte Jean, votre frère, puisque c'est lui qui a envoyé ici celles de Monsieur le Landgrave.

Je suis tellement affligée de voiries affaires en tels termes que je ne puis être en repos. Ayant d'un côté extrême regret si ce mariage ne se fait point, de l'autre aussi je ne puis conseiller à mon fils de le faire aux conditions que veut Monsieur le Landgrave. Je vous supplie. Monsieur mon neveu, de m'en mander un peu votre avis.

Tout est ici si embrouillé pour ces affaires de religion que je crains bien qu'il y advienne du malheur si Dieu, par sa bonté, n'y remédie. Plût à Dieu que vous fussiez ici afin que, par votre prudence, vous puissiez apporter de la modération à l'une et à l'autre partie; car il y a tant d'aigreur et d'animosité d'une part et d'autre que je ne pense pas qu'il y en eut jamais davantage entre les papistes et nous. Dieu y veuille remédier et vous donne. Monsieur mon neveu, en parfaite santé heureuse et longue vie.

Votre très humble et très affectionnée tante à vous faire service,

La PRINCESSE DOUAIRIÈRE d'OrANGE.

A La Haye, ce 12 juillet.

Autographe. (G)pic transmise par M. van den Bergh, son possesseur.^

PRINCESSE d'orange 3O9

[Â Du Plessis Mornay.]

La Haye, a8 décembre 1617.

H ONsiEUR, j'apprends par les lettres que m'écritM.de Villebon que j'ai le bonheur d'être quelquefois en votre mémoire. Certes, Monsieur, vous n'y pouvez avoir personne qui vous honore et estime d'avantage, et je ne suis pas seule ici qui désireroit que nous puissions avoir le bonheur de vous y voir quelques jours pour vous le témoigner. C'est la vérité. Monsieur, que l'on y a grand besoin de vos sages et prudents avis et conseils, et ne me trompe point de croire que les uns et les autres y déféreroientplusqu'à nuls autres qui leur puissent être donnés de quelque part que ce soit. Monsieur, il n'est pas question du fait de la religion seulement : il y va de tout l'État qui se va perdre si bientôt on n'y pourvoit (i).Vous avez été un de ceux qui avez aidé à feu Monsieur mon mari à l'établir : aidez, Monsieur, à ses enfants à empêcher qu'il ne se ruine. Si les morts avoient du ressentiment de ce qui se fait ici bas, je m'assure qu'il vous en conjureroit en son nom ; et par ses cendres, Monsieur, je vous en fais affectionnée requête. Je sais que pour y être autorisé il vous y faut venir avec commandement, mais je sais bien aussi que, si vous en avez la volonté, vous trouverez bien l'invention de vous le faire donner. Au nom de Dieu, Monsieur, ne regardez

(i)Cfsupràf p. 305, n. 2.

Du Maurier écrivait pareillement au même {Ibid. y p. 1204): « Les animosités « se sont tellement échauffées par deçà que désormais il y a peu d'apparence que « sans mutuel consentement ils puissent bien être jugés les uns des autres en des « points si chatouilleux, d'autant plus que de la dispute de la religion on a « passé trop avant en celle de l'Etat^ les esprits s'étant tellement emportés qu'ils « n'y ont pas gardé la mesure nécessaire. »

point à de petites cérémonies. Le temps presse, et cependant que vous êtes à Rouen (i) il vous seroit bien plus aisé de faire ce voyage que d'attendre que vous soyez à Paris ou à Saumur. Or, Monsieur, je prie Dieu qu'il vous donne une bonne inspiration et vous supplie de conserver en l'honneur de votre bienveillance celle qui demeurera toute sa vie Votre humble et très affectionnée à vous faire service,

La PRiNCESSE d'Orange douairière.

A La Haye, ce 28 décembre 1617.

Impr. dans Mémoires de Du Plessls-Mornay (éd. in-40, t. III, p. 20S; manque dans

I éd. in-So.)

CLXXVIII A madame de La Trimouille, duchesse de Touars.

La Haye, 25 février 1618.

ADAME ma fille, vous êtes de si bon naturel que je sais bien que vous aurez autant de déplaisir de lire les nouvelles que vous apprendrez par cette lettre comme j'en ai en vous les écrivant et vous disant que mardi dernier, 20 de ce mois, il a plu à Dieu d'appeler à soi M. le prince d'Orange, votre frère, par un accident si déplorable que c'est ce qui rend encore la perte plus regrettable. Car, se portant fort bien le lundi matin, il voulut prendre un lavement pour assurer encore davantage sa santé, à cause qu'il vouloit faire un festin. Ce remède lui fut si mal donné (2) que soudain qu'il l'eut pris

(i) II s'y tenait alors une assemblée à laquelle assistait Du Plessis-Mornay ; les 5 et 6 décembre il avait adressé à son sujet deux Mémoires au Roi (Ihtd., p. 1200- 1203).

(2) « Son chirurgien Allemand, Grégoire, voulant loger le canon de la

il lui vint une telle inflammation dans les boyaux que la gangrène s'y mit; et, quelque remède que Ton y ait pu apporter, il n'a pas plu à Dieu qu'il ait vécu davantage que jusqu'au lendemain après midi. Cela est arrivé à Bruxelles, d'où M"* la princesse d'Orange nous avertit de ce triste accident. Nous avons, ses frères et moi, d'autant plus de regret qu'il soit arrivé en un lieu où nous ne pouvons lui aller rendre ce que nous lui devons (i). On dit qu'il a fait testament, mais estimé clos et cacheté; nous ne savons encore ce qu'il porte. J'envoie cette lettre à Madame de Bouillon pour la vous faire tenir, parce que je crois qu'elle vous sera plus tôt rendue par son moyen que par autre voie. Je vous en envoie une de M. de Hanau (2), que je vous ai gardée longtemps parce que j'attendois toujours votre retour à Paris, ne sachant où vous prendre ailleurs. Je vous baise les mains en toute humilité et prie Dieu vous avoir en sa très sainte garde.

{Le monogramme,)

A La Haye, ce 25 de février.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.i no 57.

seringue, il le pousse de telle impétuosité qu'au lieu de prendre le sentier accoutumé, il esquive un peu à quartier par la rencontre des hémorroïdes enflées qui fermoient le passage et auxquelles ce prince étoit sujet. La douleur tira un grand cri de la bouclie du prince avec ces paroles : Ab! tu m'as tué! — Il fut vrai. » (|. de la Pise, Tableau de l'bist. despr. et de la principauté d'Orange, p. 601).

(i) « A cause de la guerre», propose M. Marchegay (/. c). — Non, puisqu'il y avait trêve — la trêve de dou^e ans — ; mais, pour éviter de froisser les susceptibilités des Provinces-Unies en allant, elle, la veuve du Taciturne, à la cour des Archiducs, représentants du roi d'Espagne.

(2) Philippe-Maurice, comte de Hanau, fils de Catherine-Belgie de Nassau, donc neveu de M™® de la Trémoille — et du comte Philippe-Louis, mort le 9 août 1612 (Moréri, art. Hanau).

A madame de La Trémouille, duchesse de Touars.

14 mars léio.

■ ADAME ma fille, vous voilà donc de retour à Paris, et je vois par vos lettres que la première nouvelle que vous y avez apprise c'a été la triste mort de M. le prince d'Orange, votre frère, à la vérité si étrange et si prompte que je ne puis encore cesser de m'en étonner. Je vous en avois avertie incontinent après que nous Teûmes entendue, mais j'avois envoyé mes lettres à Madame de Bouillon, pour les vous faire tenir, ne vous croyant pas encore à Paris. Vous savez bien, comme je crois, que M"" la princesse d'Orange veut fort troubler la succession (i), se voulant servir d'un codicile que l'on fit écrire lorsque Monsieur votre frère étoit prêt à rendre le dernier soupir, de façon qu'il ne l'ouït lire ni le signa. Chose qu'il dit notamment en son testament en trois ou quatre lieux qu'il ne veut point, s'il se trouve quelque codicile ou autre acte où il disposât de son bien qui ne soit point signé de lui, que cela n'ait nul lien. Il se trouve aussi un testament de feue M"® la comtesse de Hohenlohe (2) par où, en cas que Monsieur son frère meure sans enfans, qu'elle fait son héritière universelle la fille aînée de M. le prince de Portugal. Voilà comme de tous côtés M. le prince d'Orange d'à présent (3) est attaqué, de façon qu'il s'en va avoir de grandes affaires et bien lui prend d'avoir la tête bien faite. Et outre ses affaires particulières il a celles du général, qui sont

(1) Ils n'avaient pas eu d'enfants.

(a) Marie de Nassau, morte sans enfants en 1616 (Moréri, art. Orange et Hobenloë) .

(3) Maurice.

PRINCESSE D ORANGE )l)

celles qui le tourmentent le plus ; mais j'espère que Dieu, par sa sainte grâce, l'assistera en toutes. Je ne vous mande rien de votre jeune frère, car il m'a dit qu'il vous écriroit.

Je viens d'apprendre que le Palais de Paris a été brûlé (i). J'ai grand peur que vous y ayez perdu de vos papiers. C'est une grande perte pour le général et pour beaucoup de particuliers qui y auront eu leurs papiers. Vous aurez su comment ceux d'Orange ont fait le serment de fidélité à M. le Prince d'à présent.

Je suis. Madame ma fille, votre humble mère à' vous faire service. Je baise les mains avec votre permission à M"* de La Trémouille.

(Le monogramme.)

C'est le 14 mars.

Autographe. Chtrtrîer de Thouars. — împr. ibid., n» 58 .

Au Roy.

Mars 1618.

IRE, c'est en toutes choses que Votre Majesté témoigne la bonlé de son naturel; mais particulièrement il lui a plu en rendre une preuve si signalée à mon beau-fils, à mon fils et à moi, prenant le soin de nous envoyer visiter sur la perte que nous avons faite de feu M. le prince d'Orange, qu'à jamais nous en demeurerons grandement obligés à Votre Majesté, et de tant d'assurances que M. de Marcillac (2) nous donne de l'honneur de votre bienveillance.

(1) Allumé le 7 mars à 1 heure du matin par le feu du ciel ou par une cause plus intelligente, Tincendie ne put être éteint que le surlendemain soir. On sait ce que Tart gothique y perdit!

(2) Charles de Crugy (ou Crussy), seigneur de Marcillac, gentilhomme de

Sire, Votre Majesté n'en peut jamais être libérale à l'endroit de personnes qui soient plus vos très humbles serviteurs et servante que nous demeurerons toutes nos vies; et n'estimerai jamais plus grand heur au monde que quand l'honneur de vos commandements me donnera occasion de témoigner que je ne suis de rien tant ambitieuse que de me faire reconnoître

De Votre Majesté,

Sire,

Très humble et très obéissante sujette et servante,

La princesse douairière d'Orange.

Autographe. Bibl. de l'Institut à Paris, collection Godefiroy, vol. 268, f» 1 16. (Copie transmise par M. Ludovic Lanne, sous-directeur de la Bibliothèque.)

A madame de La Trémoille, duchesse de Touars.

La Haye, 1*^' juin 1618.

ADAME ma fille, je veux espérer, puisqu'il ne vous restoit plus de votre maladie que la foiblesse, qu'à cette heure M. de Marquet, que vous connoissez, vous trouvera du tout saine, ce que je désire de tout mon cœur. Ledit sieur de Marquet va trouver le Roy, de la part de M. le prince d'Orange votre frère pour ses aflFaîres particulières, lesquelles ilvouscommuniquera, et l'état en quoi elles sont entre lui et M""" la princesse d'Orange, de quoi je suis extrêmement fâchée. 11 vous dira aussi comme il mène avec lui un page qui est à mon fils, qu'il désireroit bien de placer en France, en lieu où il pourroit apprendre les exercices dont il a déjà bon commencement; mais, parce que

la chambre du Roi, cité par Bassompierre pendant les troubles de 1616 (t. II, P- 39).

PRINCESSE d'orange 315

ledit page, étant cadet de sa maison, n'a pas les moyens qu'il faut pour s'entretenir à l'Académie (i), vous l'obligeriez beaucoup si vous et Monsieur votre fils aviez agréable qu'il se retirât auprès de lui pour prendre ses repas et le suivre, se rendant seulement sujet aux heures où il se faut trouver pour apprendre. Vous l'obligeriez grandement, Madame ma fille, et votre frère et moi prendrions part à cette obligation. Si c'est donc chose qui se puisse ou non, vous ferez pour lui de lui en parler librement.

Or, remettant toute autre chose audit sieur de Marquetje vous baiserai les mains humblement, et par votre permission à Messieurs vos enfans, fils et fille, et je prierai Dieu vous donner, en parfaite santé, heureuse et longue vie.

(Letnonogramme.)

A La Haye, ce premier jour de juin.

Autographe, Chartricr dcThouars. — Impr. ibid.f n» 59.

CLXXXll (2) [À IVtembogœrU]

Septembre 16 18.

imaginer que soient

Cependant puisqu'il les met en avant, il n'est nullement

(1) VÂcadémie-Manègey fondée par Pluvinel, dont il a déjà été question.

(2) Cette lettre, très mutilée, dont la date manque, doit être de très peu postérieure à la clôture du synode de Dordrecht qui condamna VArmmfamsme, Ses principaux adhérents Barneveldt, G rôti us et Hogerbeets furent arrêtés, et le premier expia l'année suivante sur Téchafaud une prétendue trahison, en réalité sa résistance aux volontés de Maurice (Brandt, Du Maurier, loc, cit. ; cf supràj les lettres CLXXV et CLXXVl).

3l6 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

conseillable que vous reveniez au contraire. Je vous conseille que vous vous teniez secrètement pour quelque temps pour laisser passer le grand orage. De vous retirer hors du pays, ni moi ni autres vosamis n'en sommes d'avis, pour plusieurs considérations que vous pouvez bien imaginer. Qye si c'est la volonté de Dieu que vous en soyez réduit là, la protection de la France vous est assurée. J'en ai parlé aux ambassadeurs, qui approuvent que vous faites bien de vous tenir doucement en votre maison, où je dis à tous ceux qui m'en parlent que je crois que vous êtes. Je ne vous manquerai ni d'argent, quand vous en aurez affaire, ni de toute autre chose qui soit en mon pouvoir. Prenez patience et croyez que Dieu vous assistera ; je l'en supplie de tout mon cœur...

AuSograpbe. Bibl. de l'église des Remonstrants de Rotterdam. (Copie transmise par

M. Campbell.)

CLXXXIII A madame la duchesse de La Trimouille, duchesse de Tbouars,

HADAME ma fille, j'ai su par vos lettres, et par ceux qui vous ont accompagnée le succès de votre voyage jusqu'à Bréda. Je désire bien de savoir si le reste se sera aussi heureusement passé, et comment vous aurez été satisfaite de la cour de Bruxelles. Je vous ai extrêmement plainte du mauvais temps que vous avez eu. Je crois que c'est ce temps qui me fait continuer mon mal de côté, dont je suis au même état que vous m'avez laissée ; mais je n'ai plus la douceur de votre compagnie, qui me faisoit porter patiemment tous mes maux. Nous avons eu, peu de joursaprès votre partement, l'arrivée de mon neveu de Chatillon, qui est devenu si gros que nous ne le reconnoissions

PRINCESSE d'orange Jl?

presquepas. 11 ne parle que des contentements de mariage(i). Je lui dis qu'il est plus heureux que sage, et lui fais de petits reproches de ce qu'il m'a condamnée sans m'avoir ouïe, et là-dessus Dieu sait s'il s'excuse ! Je ne sais si vous aurez su la mort de celui qui devoit épouser votre jeune cousine de Hanau (2), dont la mère (3) méfait de grands regrets par ses lettres. Votre fils (4) se porte et conduit fort bien et ne manque pas au commandement que vous lui avez fait de me venir voir tous les jours. Qye je sache de vos nouvelles, je vous supplie, et en quels termes vous êtes de votre mariage (5). Je baise les mains de M"° de La Trémoille.

(Le monogramme.) Ce 12 décembre.

Autographe. Chartrier de Thouars. — Impr. ibid.i n» 60.

(i) II avait épousé le 13 août 1615, Anne de Saint- Germai n-Polignac (P. Anselme, t. VII, p. 153).

(3) II ne peut s'agir ici que de Anne-Madeleine, fille du comte Jean-Rcinhardt de Hanau-Leichtenberg, chef d'une branche cadette de la maison dont la branche aînée était alors représentée par Philippe-Maurice, fils de Catherine- Bel gie de Nassau. Elle était donc arrière-cousine du neveu de M™« de La Trémoille, mais n'était pas réellement sa cousine à elle en vertu de l'axiome juridique : Affinitas non parti affinUaUm.

Née^en 1600, Anne-Madeleine fut mariée, en 1625, au baron de Chichingen (Moréri, art. Hanau).

(3) Anne deSalm (Ibid.),

(4) Le cadet, Frédéric.

(5) C'est-à-dire, celui du jeune duc de La Trémoille avec sa propre cousine germaine, Marie de La Tour, fille du duc de Bouillon et d'Elisabeth de Nassau ; cïinfrà, la lettre CLXXXVI.

3l8 LETTRES DE LOUISE DE COLIGNY

A madame, madame de La Trimouille, duchesse de Tbouars,

La Haye, 7 janvier 16 19.

E viens de recevoir vos lettres parce porteur, lequel en même temps me demande sa réponse. Je me réjouis extrêmement de ce qu'enfin vous avez obtins la permission du Roy pour ce qui était tant désiré de tous côtés (i). J'espère que Dieu bénira le succès de ce saint dessein. J avois appris par vos précédentes l'octroi que vous en aviez de Sa Majesté et le désir que vous aviez que mon fils se trouvât en cette belle union, ce que je lui fis entendre et il me témoigna le désirer autant que vous sauriez faire. Je lui viens d'envoyer vos lettres, de Madame de Bouillon et de vous, par lesquelles je crois que vous lui en faites mention. 11 est parti ce matin avec M. le prince d'Orange pour s'en aller à Utrecht, où je crois qu'ils ne demeureront que peu de jours ; et pourront être de retour lundi prochain (2). C'est pour vous montrer leur union, car M. le prince d'Orange n'eut pas plus tôt fait dire à son frère qu'il désiroit qu'il allât avec lui que soudain il s'y est résolu. Enfin, Madame ma chère fille, ils feront toujours mentir tous ceux qui diront qu'ils sont mal ensemble.

M. le comte Guillaume (3) a trouvé bonque votre cadet demeurât ici pendant ce petit voyage ; et je crois qu'il est bien à pro-

( I ) Cf la lettre précédente in fine.

(2) Probablement le lundi 15 et non pas le lendemain lundi 8.

(3) C'était sous sa direction qu'était placé le jeune Frédéric de La Trémoîlle, dont le caractère devait dépasser ce que Louise de Coligny appelait (suprà^ lettre XCV) les opiniâtretés de Nassau, M.

Guillaume-Louis de Nassau mourut Tannée suivante, le 9 juin^ « dans le temps que ceux qui étoient autour de lui se promettoient le plus sa guérison ». (Lettre de Carleton^ ambassadeur d'Angleterre près les Pays-Bas, dans ^rcb, de la Maison d^Orange, 2* série, t. III, p. 571).

pos : car, son précepteur (i) s'étant trouvé mal, il est à craindre que l'incommodité qu'ils auront dans ces petits bateaux lui eût causé davantage de mal et qu'il n'eût pu suivre son maître. Et il n'est pas bon qu'il soit sans lui, car certes et lui et ce gentilhomme que vous y avez laissé en prennent un tel soin qu'il ne se peut davantage.

Pour ma santé. Madame ma chère fille, je vous dirai qu'elle va tous les jours augmentant, grâces àDieu^ ne me restant plus que de la faiblesse à cette mauvaise jambe sur laquelle je tombe, car mon mal de côté diminue de jour en jour. Je me contente de vous dire de mes nouvelles particulières, car pour les générales vous savez que je ne suis point femme d'État et que je ne m'en mêle point (2). Je sais bien aussi que plusieurs de ceux qui en savent plus que moi n'en laissent rien ignorer au lieu où vous êtes. Je vous en baiserai donc bien humblement les mains, et vous supplie d'aimer toujours votre pauvre maman. La Belle Dame toute à* or et la Belle Mi^elle sont toujours en la mémoire et en la bouche de la petite Angélique (3) que chacun trouve qui devient tous les jours plus jolie. Vous l'honorez trop de vous souvenir d'elle.

A La Haye, ce 7 de janvier.

Je voudrois que notre bonne Electrice se trouvât à votre mariage, avec quelque belle et vertueuse princesse Allemande et surtout la fille du prince d'Anhalt (3), que l'on ditavoir toutes ces deux qualités et que vous fissiez mariage d'un frère et de vos enfans tout ensemble.

Je crois véritablement que Monsieur de Bouillon l'y feroit résoudre.

(Le monogramme.)

Autographe. Chartrier et Thouars. — Impr. ibid.^ n^ 6i.

(i; Ses lettres, très intéressantes et d'un bon style, sont signées Af. Beribold. M.

(3) Cf les lettres CLXXV-CLXXVII et CLXXXII.

(3) Probablement Angélique de Portugal, l'une des filles d'Emilie de Nassau- Orange, nommée dans le Testament de la princesse, qui sera imprimé à la suite de la correspondance.

(4) Il est impossible de dire de quelle princesse veut parler Louise de Coligny ; car, au commencement du xviio siècle, la maison d'Anhalt ne corn-

A madame, madame de La Trémouille, duchesse de Tuoars,

La HayCi 28 janvier 1610.

nADAME ma fille, votre cher enfant m'a avertie de cette occasion, que je ne puis laisser perdre sans vous dire le contentement que m'ont apporté les lettres que Mibaize(i) m'a rendues de votre part, par lesquelles je connoîs que vous êtes en terme d'avoir bientôt une belle-fille. Que vous êtes heureuse entre les heureuses de voir Monsieur votre fils avoir fait une si belle et bonne rencontre, car je crois qu'il sera parfaitement heureux avec une femme si bien née, sage, vertueuse et bien nourrie comme est celle-ci (2). Si je voyois un tel honneur préparé pour mon fils, sans mentir, je crois que j'en mourrois de joie, puisque Ton dit que les femmes en peuvent mourir. Le temps du mariage étant si bref, je crois que vous avez bien jugé qu'il seroit impossible que ni mon fils ni moi ne pourrions pas nous y trouver. Nous y serons donc par nos souhaits, puisqu'il ne se peut autrement à notre regret, j'ai parlé à l'autre côté de mariage ; je change bien de style

prenait pas moins de 5 branches (Anhalt-Dessau, Anhalt-Bembourg, Anhalt- Plostkaw» Anhalt-Koethen, Anhalt-Zerbst), chacune pourvue d'un nombre vraiment stupéfiant de rejetons des deux sexes ! Voy. plutôt Moréri (art. Anbait),

(i) Serviteur de M»*» de La Trémoille. M.

(a) Aucune n'était plus digne que Marie de La Tour de <!evenir duchesse de La Trémoille et d'avoir pour belle-sœur la pieuse et brave Charlotte, depuis comtesse de Derby, du nom de laquelle Walter Scott a si indignement abusé dans son roman de Peveril du Pic, M.

Pour ne citer qu'une des erreurs du littérateur anglais sur cette noble femme, il en a fait une catholique ardente, tandis qu'elle était zélée protestante.

M. Gustave Masson a écrit sa vie (Paris, 1887, in-S^j extr. du Buihtin dé Vhist, du Protestantisme),

PRINCESSE D ORANGE }2l

par celui-ci, car c'est pour vous parler de la mort de M'"^ la princesse d'Orange (i), que nous venons d'apprendre tout à cette heure. Vous l'aurez plus tôt sue que nous, car vous êtes plus près du lieu où elle est morte. On nous avoit mandé que M. de La Trémoille avoit passé par cedit lieu le 12 de ce mois, ce qui me faisoit étonner que par vos lettres vous ne me parliez nullement d'elle. Je vous assure qu'il s'en est bien parlé ici, et à cette heure plus que jamais, sur le sujet de sa mort; ce que je ne veux pas croire, mais bien que c'est médisance (2). Vous en pouvez savoir la vérité mieux que nous, et je prie Dieu de tout mon cœur qu'elle soit telle que je la désire. Je crains bien que les affaires que Monsieur votre frère avoit avec elle ne seront pas mortes avec elle; au contraire, je crois qu'il aura une plus forte partie en Monsieur le Prince. II faut voir ce que le temps nous apprendra : Dieu conduit tout, s'il lui plaît. Je l'en supplie et qu'il vous donne. Madame ma chère fille, tout heur, bénédiction et contentement en votre mariage; Je suis bien aise que les pendans d'oreilles ont été trouvés beaux. Je savois bien que je vous faisois faire un bon marché et dont vous ne vous repentiriez point.

A La Haye, ce 28 de janvier.

J'écrirai aux nouveaux mariés et à M^**' de La Trémoille par Mibaize.

(Le monogramme.)

Autographe, Chartricr de Thouars. — Impr. ibid.f n° 62.

(i) Morte le 20 janvier 16 19, onze mois après son mari (P. Anselme, t. I, p. 336; dsuprà, la lettre CLX XVIII).

(2) « M™* la princesse survécut fort peu à son mari; plusieurs choses se passèrent alors qu'il n*est bon d'écrire. Le temps et les années en donneront dispense à quelqu*autre » (J. de la Pise, eod, loco quô supra). — Cf les deux lettres suivantes.

La mort de la jeune princesse d'Orange pourrait donc bien n'avoir pas été naturelle. Mais aucun historien, à notre connaissance, n'a cherché à éclaircir ce mystère, suivant le vœu de j. de la Pise.

« La question que j'ai adressée sur ce point dans V Intermédiaire des chercheurs $t des curieux [\^^ année, 1864, p. 21) est demeurée sans réponse. » M.

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