ÉTUDE SUR SA VIE
« Elle était étonnamment la fille de l'Amiral. Elle en avait la sagesse et l'extraordinaire beauté de cœur. »
(MiCHBLET.)
Sur la route désolée où l'historien chemine en traversant la France du seizième siècle, il est heureux de rencontrer çà et là quelques ombres sereines, adorables Béatrice de cet Enfer au seuil duquel il croyait avoir tourné le dos à l'Espérance*. Apparitions lumineuses de l'Idéal au milieu de la Réalité, leur vue le délasse, lui, pauvre voyageur perdu dans un passé de ruines et de sang. Il les suit d'un long regard attendri et, quand elles échappent à ses yeux, rafraîchi, reposé, il se sent des forces nouvelles pour continuer sa marche.
Telle se présente à nous la protectrice de Marot et de Calvin, Renée de France, duchesse de Ferrare; tantôt, donnant asile au palais d'Esté à ceux de ses compatriotes que proscrit l'intolérance de nos rois; tantôt faisant de son château de Montargis un « hostel-Dieu » ouvert à toutes les infortunes ^
LasciaU ogni speratt^a ; voi cbe* ntrate.
Queste parole de colore oscuro
Vid' io scritte al sommo d'una porta.
(Dante, Divine Comédie, Enfer, chant III.) * Haag, La France Protestante, art. Renée. — Quand nous sera-t-il donné de
XIV LOUISE DE COLIGNY
Telle Charlotte de Laval, femme de l'amiral de Coligny, de « ce grand Monsieur TAmiral », comme l'appelle Brantôme*, peu suspect de partialité dans sa vénération pour la mémoire de Tennemi de ses amis les Guises.
Telle aussi leur fille, celle dont nous nous proposons de retracer la vie.
Née le 28 septembre 1555s Louise de Coligny connut bien jeune la douleur. Elle n'avait pas atteint sept ans lorsque les guerres de religion éclatèrent. A dater de ce jour, il se passe peu d'années où ses yeux ne rencontrent des vêtements de deuil, des visages en pleurs. La mort frappe à coups redoublés sur ceux qu'elle aime. En 1562, elle perd son jeune frère Gaspard; en 1564, sa cousine Eléonore de Roye; en 1567, sa tante Madeleine de Mailly ; en 1568, sa propre mère; en 1569, son cousin le prince de Condé et son oncle d'Andelot, l'un et l'autre misérablement assassinés'.
Les cœurs de lions sont les vrais cœurs de pères *.
Au milieu de ses soucis, de ses tristesses, l'amiral n'avait qu'une consolation : la famille. Entre ses enfants, il chérissait Louise d'une affection particulière. En elle, il trouvait résumées heureusement toutes les beautés qui peuvent séduire : « prudence », « raisonnement fort », « bonté angélique », « modestie », « parole douce et charmante », élégance parfaite dans sa petite taille , jolie figure éclairée par de beaux yeux et
lire rétude que M. Jules Bonnet prépare depuis si longtemps sur cette noble femme?
* Brantôme, Œuvres complètes^ éd. Lalanne, t IV, p. 332.
* « Le XXVlIlo de septembre 1555, fut née, à un samedy, Loyse de Coulligny, ma fille, à huit heures trois quarts du matin, à Chastillon. »
(Mention écrite par l'amiral sur un livre d'heures ayant appartenu à sa mère et que sa seconde femme, Jacqueline d'Entremonts, légua à Louise de Coligny! Bulletin de la Société de V histoire du Protestantisme français , t. II.)
3 Pour tous ces deuils successifs, voy. passim le bel ouvrage de M. le comte Jules Delaborde, L'amiral Gaspard de Coligny.
* Victor Hugo, Chants du Crépuscule^ Napoléon II, V-