‹ Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'OrangeChapitre 7 sur 48 · ETUDE SUR SA VIE XV · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SA VIE XV

animée par un teint extraordinairement vif; aussi gagnait-elle d'abord, nous dit Tun de ses admirateurs, Testime et Tamour d'un chacun*.

La vie agitée, périlleuse de Coligny lui faisait désirer d'établir sa fille de bonne heure, et de bonne heure il lui avait destiné pour époux un jeune gentilhomme dont il avait été à même d'apprécier les solides qualités. Souventes fois, au cours de leurs entretiens intimes, il avait fait allusion au rêve qu'il caressait* quand les événements lui permirent d'y revenir d'une façon plus pressante.

C'était après la bataille de Jarnac. La mort tragique de Louis de Condé lui avait transmis la direction des affaires de la Cause. Dans un de ces moments d'angoisse où le plongeait parfois le sentiment de ses responsabilités, comme s'il prévoyait une fin prochaine, il fit son testament. Le chrétien, le chef de parti y prennent d'abord la parole, puis le père s'exprime ainsi : « Je conseille à ma fille d'épouser M. de Téligny pour les « parties bonnes et rares que j'ai trouvées en lui. Je ne veux « user en ce fait d'autorité paternelle; seulement je l'avertis « que, l'aimant comme elle a pu connoître que je l'aime, je lui « baille ce conseil pour ce que je pense que ce sera son bien « et contentement, ce que l'on doit plutôt chercher en telles « choses, que les richesses ^ »

Les vœux de l'amiral devaient être exaucés. Le 26 mai 1571, Louise lui donna le gendre de son choix*.

1 « M. Padmiral son père l'estimoit fort à cause de sa prudence et de sa modestie. Elle gagnoit d'abord l'amour et le cœur d'un chacun par une parole douce et charmante, et l'estime générale par un raisonnement fort et une bonté angélique. Elle étoit bien faite de sa personne, quoique sa taille fût petite. Ses yeux étaient beaux et son teint extraordinairement vif. ( Louis Aubéry du Maurier, Mémoires pour serv'r à Vbisloire de Hollande; éd. de 1680; p. 178.)

2 « Suivant les propos que j'ai tenus à ma fille aînée, je lui conseille pour les raisons que je lui ai dites à elle-même d'épouser M. de Téligny...

(Testament de l'amiral de Coligny, en date du 5 juin 1569, impr. dans le BuJiet. deljL Soc. de Vhist. du Protestantisme y t. I.)

' Ibid. — Téligny méritait amplement ces éloges au rapport de Brantôme (t. V, p. 420), si au courant des choses de son temps.

* Le texte du contrat de mariage, daté de La Rochelle le 26 mai 157 1, est

XVI LOUISE DE COLIGNY

Cette jeune âme qui s'ouvrait au bonheur allait brusquement tomber des pures ivresses d'un amour partagé au£ abîmes du désespoir.

Un an à peine s'est écoulé depuis que Tédit de Saint- Germain* a pacifié la France, et chacun voit avec étonnement rinfluence grandissante de l'amiral sur l'esprit de son Roi.

C'est qu'il a soumis à Charles IX un plan dont la réalisation fera plus tard la gloire de Henri IV et de Richelieu. Ce sera la revanche de Pavie et de Saint-Quentin, l'abaissement de la puissance Espagnole. 11 suffit de secourir les gueux Flamands, soulevés contre la tyrannie de Philipppe II; car la perte des Flandres entraînera inévitablement la ruine du vaste édifice qu'ont bâti Ferdinand le Catholique et Charles-Quint et l'empire du monde passera de la Maison d'Autriche aux Valois.

La Reine-mère prit ombrage de ce crédit qui éclipsait le sien. Aux desseins de Coligny elle fit dès lors une opposition de toutes les heures, secondée par les Retz, les Tavannes, les Birague, ses détestables créatures. Mais les obstacles n'élaient pas pour rebuter l'amiral. Fort de la bonté de sa cause, il redouble d'efforts patriotiques, résolu à briser toutes les entraves. Croisant un jour Tavannes, il ne peut se retenir de jeter à ce maréchal de France vendu à l'Italienne une apostrophe indignée :

— Qui empêche la guerre des Pays-Bas, n'est pas bon François et a une croix rouge dans le ventre*.

donné in extenso par Du Bouchet [Preuves de Vhistoire de la maison de Coh'gny, p. 577-581)-

* 8 aoiit 1 570.

2 Voy. passim les Mémoires du maréchal de Tavannes rédigés par son deuxième fils, Jean, vicomte de Ligny ; la grandeur des plans de l'amiral éclate à chaque page de cette biographie passionnée et partiale d'un ennemi.

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