‹ Correspondance de M. de Rémusat pendant les premières années de la restauration; (volume 2)Chapitre 18 sur 91 · M. de Broglie · texte numérisé non relu

M. de Broglie

il y a trois semaines, s'entremet avec beaucoup de zèle pour obtenir de lui sa retraite.

La loi sur la réorganisation de la Chambre est encore une chose fort douteuse ^ Il y aura une vive résistance dans la Chambre, et il sera très difficile de montrer que c'est précisément une mesure de prudence : préjugés des ventrus, haine des ultra, inquiétude des indépendants, tout s'y oppose. Au reste, ce dernier parti est dans une singulière permutation. Leur société de la liberté de la Presse, appelée le Club de la rue Saint-Honoréj était devenu un véritable enfer, si du moins nous en croyons un homme d'esprit et de mérite, M. Teste, qui en était, et qu'ils viennent d'éliminer*. Ce qu'on a dit dans le

1. Le projet de réforme de la Chambre, préparé par les doctrinaires, devait abaisser Tâge de Téligibilité, décider le renouvellement intégral, diviser autrement les collèges électoraux, et enfin introduire la capacité comme une condition nouvelle de Téligibilité et de Télectorat. Ce projet, comme on voit, était fort prématuré, puisque la dernière condition n'était pas encore remplie en 1848. Au fond, c'était plutôt un sujet de conversation qu'une loi sérieusement préparée. C'était, d'ailleurs, le principal reproche qu'on a pu faire aux doctrinaires d'être, avant tout, un parti de conversation.

2. M. Teste, né en 1788, avait été exilé loiis de la seconde restauration pour ses opinions bonapartistes. 11 s'était retiré d'abord à Liège, puis à Bruxelles, où il exerça la profession d'avocat. Revenu à Paris en 1818, Il y réussit moins, et retourna bientôt on

Coumr de leurs épurations est réel. La noblesse de M. d'Ârgenson et de Lafayette les inquiète. Quant à M. de Broglie, ils disent que c'est un lord anglais, et quant à Constant : « Celui-là, il ne faut pas s'y fier; c'est un homme d'esprit! > Il parait que la réunion descendait de plus en plus bas. Dernièrement, ils avaient nommé un comité pour examiner les affaires du Congrès de Carlsbad. On a profité de l'occasion pour fermer leur réunion. La mesure est parfaitementlégale, politique peut-être; je n'en sais rien. Ce qui est sûr, c'est que l'oflQcier de police qui a fait l'expédition a trouvé dans l'appartement de la mère d'un colonel Simon S lieu habituel de leurs séances, deux ou trois grands portraits de Bonaparte en étalage, et le colonel Simon lui a dit, en les lui montrant : < Voilà votre maître ! »

Quant aux ullrà, ils ont grande espérance, à ce qu'ils disent. Le fait est que je crois leur ministère

Belgique, d'où il ne revint qu*après la révolution de 1830, pour être successivement député, pair de France, ministre du com> merce en 1834, 4les travaux publics, et enfin de la justice dans le cabinet du 29 octobre 1840. Il a été poursuivi et condamné comme concussionnaire par la Chambre des pairs, et gracié par Tempereur Napoléon III.

1. Le colonel Simon Lorière menait alors la vie pénible des officiers en demi-solde, et a tenu quelque temps un restaurant. Il a repris du service après 1830, et est devenu général.

à la fois probable et impossible. Je ne sais pas de situation qui prouve plus hautement ce que nous avons sans cesse répété : qu'il faut rajeunir le gouvernement. Tout en donne une nouvelle preuve, et je puis en citer une dont je m'étonne que je ne vous aie pas encore parlé : C'est la représentation des Vêpres siciliennes. J'ai rarement eu plus de plaisir au spectacle; c'est une véritable tragédie déjeune doctrinaire. < C'est, dit M. Guizot, un succès de génération. :» Ce qui me ravit dans cette tragédie, c'est le naturel et l'esprit de justice de l'auteur qui a su prendre tous les langages, conserver à chaque caractère, à chaque nation son charme avec sa vérité. Ce qui me ra^ît encore, c'est le bon sens du parterre, qui, très supérieur à celui de la rue de Richelieu, ou entraîné par la droiture de sens du poète, a su applaudir avec esprit, équité, et exprimer une opinion très affranchie des routines de l'esprit de parti. Quant à la pièce en elle-même, c'est assurément ce que nous avons vu de plus beau depuis les Templiers^; il n'y a qu'une voix làdessus • Beaucoup de gens la préfèrent aux Tent" pliers; je suis de ce nombre. Il y a beaucoup plus

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