‹ Correspondance de M. de Rémusat pendant les premières années de la restauration; (volume 2)Chapitre 19 sur 91 · Tragédie deRaynouard · texte numérisé non relu

Tragédie deRaynouard

dé fécondité, beaucoup plus de naturel, des caractères beaucoup plus variés et plus complets, enfin c'est inûniment piieux écrit. Quelques invraisemblances, quelques obscurités, et un cinquième acte un peu long et un peu faible, voilà les défauts. Mais c'est un ouvrage d'une école nouvelle, plus poétique assurément que tous ceux de notre siècle, et même du dernier, et cependant si simple, si familier! Il a obtenu tous les succès, depuis les soupirs grondants et sourds de M. Guizot, jusqu'aux pleurs de madame de Broglie, < ces pleurs qui, dit Villemain, feraient connaître le sentiment de l'envie ». Je dis, moi, que ce succès est le premier article de la loi sur l'âge des députés ; il lui peut servir de considérant.

C'est la première fois que j'allais à l'Odéon. La salle est belle quoique trop ornée et souvent d'assez mauvais goût. Quant aux acteurs, ils jouent avec beaucoup plus d'ensemble, beaucoup plus de chaleur et beaucoup moins d'emphase qu'au Théâtre-Français. Du reste,ils sontmédiocres, excepté une mademoiselle Guérinqui est fort jeune, fort jolie, qui ne comprend rien à ce qu'elle dit, mais qui a des emportements et des éclats au moins égaux à ce que mademoiselle Duchesnois nous a

donné de plus déchirant et de plus déplacé dans ce genre, et JoannyS qui est, à mon grand étonnement, un acteur du premier ordre. C'est un homme encore plus naturel que Talma, s'il est possible. Il joue sans cérémonie; c'est presque le ton de la comédie grave. Il nous a ravis. Il faut nous voir tous, au reste, sur cette représentation; nous sommes tous plus ou moins comme des enfants. Ce sont de drôles de gens que les doctrinaires !

L'autre jour, chez le Garde des sceaux, à la fin de la séance, il nous remercia et nous congédia ; nos opérations étant terminées. On se lève, je vais à la cheminée, et je me trouve auprès de M. Royer- Collard, qui me dit avec un gros soupir : < Ah I voilà notre commission finie. Je voudrais qu'il en fût de même de notre conseil privé pour l'organisation municipale. Trois séances par semaine de quatre heures chacune, et quelle discussion !

1. Joanny, né on 1775, avait débuté en 1797 sur le Théâtre de la République et avait été admis à TOdéon précisément en 1819 où il joua d'abord le rôle de Venddme dans Adélaïde du Guesclin, puis celui de Procida dans les Vêpres siciltennes. En 18So, il revint à la Comédie-Française et contribua fort au succès des drames romantiques Henri III et sa Cour, Hemani, les Enfants d'Edouard^ Chatterton, Louise de LigneroUes^ etc. Il est mort en 1849. Mademoiselle Guérin n'a pas laissé de grands souvenirs à rOdéon, ou elle n'a passé que deux années.

> — C'est une matière bien difficile, et Ton dit que les avis sont très partagés.

f — Mais, fort peu. Nous sommes deux du mien (M. de Serre et lui). Aussi y avait-il là quelqu'un (Cuvier) qui disait, l'autre jour, au ministre de l'Intérieur : « Mais, monsieur, est-ce que vous cé- » derez? Voyez donc, ils ne sont que deux, el nous i sommes huit. > Je ne sais pas, pour ma part, pour-, quoi on m'a mis là; c'est par une sorte de pudeur qui m'étonne. Avec les idées qu'on a, on n'avait pas besoin de consulter; et si vous saviez quelle discussion 1 C'est honteux, c'est infâme ! (et quatre fois de suite il me répète ce mot). Je leur ai dit : » Ce que vous proposez n'aura pas dix voix. C'est ) un projet qui ne peut être soutenu que par des » commissaires du roi; c'est pis qu'un décret impé- » rial. Vous érigez en principe et en loi ce que Bona- » parte a fait, mais ce qu'il a fait au mépris de ses > propres décrets ! »

» — Mais qui soutient cela?

» — Tout le monde. Tout le monde parle ; il n'y a pas jusqu'à M. Portalis. Quant au ministre de l'Intérieur, tout le monde sait qu'il a l'instinct du despotisme, mais il n'en a que l'instinct, et il avait besoin de quelqu'un pour en faire un système, et

M. Cuvier s'est trouvé là. Au reste, cela va tous les jours en descendant. A présent, c'est M. P... qui s'en mêle. Et puis une chose déplorable et honteuse, c'est cette exhibition du ministère! Quand on n'a que cela à montrer, on doit le cacher. >

Et il m'en a dit sur ce ton pendant un grand quart d'heure, me faisant promener en long et en large dans ce grand cabinet, au milieu de tout le monde. Observez qu'il ne m'avait jamais parlé que par hasard. Je me suis amusé comme un roi de cette confidence, et je vous la transmets toute fraîche.

II parait que, en effet, c'est une chose bizarre que ce projet sur les municipalités, il y a dans tout cela un manège inintelligible. Le secret qu'on en a gardé à M. Guizot a quelque chose de ridicule et de pitoyable. On a l'audace de faire discuter de pareils projets, et très certainement on n'aura point celle de les présenter. D'ailleurs, M. de Serre a déclaré qu'il parlerait contre. Il résultera de tout cela qu'il n'y aura point de projet de loi là-dessus, celle année; ou, si l'on en présente un, on ne le fera pas discuter. Il y a bien assez de marrons BOUS la cendre, sans compter celui-là.

CCCCLXXXVI.

MADAME DB RÉMDSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS

Lille, samedi 30 octobre 1819.

Il me semble qu'il faut décidément attendre la Chambre pour voir clair à ce qui se passe, et, selon ma coutume, je reprends ma confiance dans les choses qui entraîneront les hommes, du moins je le crois. Le mouvement de ce qui se passe semble conduire à une sorte de 5 septembre contre les révolutionnaires, qui peut être utile s'il est habilement frappé; de même qu'il ne produirait qu'une terreur d'un moment, et plus tard quelque éclat violent, si l'on n'en faisait qu'une affaire de réaction. La nation me parait dans une disposition dont il serait inouï de ne pas tirer parti. Elle a peur de toutes les exagérations, elle se défie des tUlra et deslibéraux, elle applaudit à la mesure contre le Drapeau blanc et à celle contre ce club demi-jacobin. Vraiment, quand une si grosse masse est dans un tel bon

sens, si on ne parvenait à la sauver, il faudrait ▼I. «

qu'il y eût quelque malhabileté. La politique me parait aujourd'hui tout entière dans la sûreté et la fermeté des principes; c'est l'une des supériorités de notre temps sur ceux où il eût fallu absolument gouverner par des coups d'État. Les souverains étrangers ont l'imprudence d'en vouloir faire, et je crois que les événements prouveront que ce n'est plus par eux qu'on échappe au danger.

Il y a un journal qui dit qu'il s'est établi une correspondance entre M. Decazes et M. de Talleyrand. C'est peut-être un fagot y mais il serait plaisant que M. Decazes eût eu la même idée que moi. Je pense toujours à M. de Talleyrand. Je m'amuse à chercher dans ma tète quels moyens il y aurait de tirer parti de ce qu'il a de bon, en forçant à l'inaction tous ses côtés faibles. Je le crois très propre, s'il s'y appliquait, à nous assurer l'alliance de l'Autriche, et puis je n'oserais conseiller de l'employer. Enfin, je le crois homme à agir sans qu'on le lui demande; mais alors dans quel sens? Je l'ignore. 11 faudrait causer avec lui pour démêler tout cela . J'ai peine à croire, lorsqu'il y a quelque nouveauté en Europe, qu'il se détermine à demeurer dans un complet repos. Il faudrait donc qu'il fût bien changé! Mon enfant, si tout ceci n'était

pas un peu fatigant, il y aurait grand amusement à regarder. Nous nous faisons tous spectacle les uns aux autres, mais c'est un peu trop à nos dépens. A propos de spectacle, vous me contez très bien les Vêpres Siciliennes; je voudrais que vous en fissiez Teitrait dans le Lycée. Mon instinct me faisait prendre intérêt à cet ouvrage; j'ai été charmée du succès. Quant à cette troupe, nous prenons encore la liberté de la croire un peu troupe de province, et votre père dit toujours que l'un des deux théâtres détruira l'autre; que Talma se retire, et que mademoiselle Mars vieillisse, et vous verrez les deux médiocrités se réunir en une. Voilà son opinion.

Mardi â novembre.

Au fond, je conçois tous les inconvénients dn* caractère de M. de Talleyrand, et c'est seulement parce qu'il n'est pas douteux qu'il sait mieux que qui que ce soit la politique du dehors, et que cette politique me paraît justement celle du temps que j'ai vu, que je pensais à lui. Mais je ne le ferais point premier ministre. Dieu m'en garde! Je dé-

truîraîs ce titre, et je lui donnerais pour collègues des gens à principes de morale, travailleurs et surveillants. Voilà comme j'imagine qu'il serait possible de l'employer, et je crois bien qu'il est de nature à déterminer le cabinet autrichien sur lequel il a toujours eu crédit. Je m'amusais dernièrement à composer un gouvernement capable de neutraliser la portion intrigante et parfumée de ce curé. C'était une vraie composition chimique ; cela ressemblait à de la thériaque, tant j'y faisais entrer d'ingrédients divers. Peut-être que vous autres, après ce beau travail, me diriez que la thériaque est un vieux remède dont la médecine, devenue plus simple, ne veut plus.

A propos de médecine, je veux vous conter qu'il y a ici un médecin d'hôpital, fort habile, dit-on, venu de Paris, assez spirituel, beaucoup trop libéral, car il écrit dans VÉcho, tant soit peu bonapartiste, avec lequel je suis fort bien, par la rhubarbe et le séné. J'ai pourtant tort de dire que je suis bien avec lui par ces remèdes, car il est contre tout remède. Il m'a racopté que l'école de Broussais, dont il est et qui se propage beaucoup à Paris, proscrit presque tous les remèdes; elle ne veut plus ni purgatifs, ni vomitifs, ni noms aux mala-

ANNÉE 1819. ISl

dies. Force boissons et la saignée, voilà son système. On revient au temps de Louis XIV par cette saignée. H y a ici un vieux médecin de quatrevingt-sept ans qui en est encore à cette ancienne répugnance pour Témétique, contre lequel il fallut un arrêt du Parlement, et qui dit que c'est un remède mortel. Notre jeune médecin S par suite de sa science, conclut comme ce vieux ignorant. Que pensez-vous de ce cercle où les hommes sont & peu près forcés de tourner ? Si, par hasard, on voulait l'appliquer à autre chose, que de réflexions à faire, que de doutes à concevoir ! Je vous assure que j'ai été un moment interdite de toutes mes pensées.

Mais j'en ai bien d'autres qui me préoccupent et m'agitent, jour et nuit. Vous ne pouvez vous imaginer quelles émotions me donnne ce Coufier. J'admire le noble courage avec lequel vos amis s'arment contre toutes les fausses opinions. Plus le poste où ils se placent me parait périlleux, plus je les honore, et je suis émue de leur belle conduite. Mais aussi, mon cher enfant, je suis poursuivie par mille inquiétudes. Je vois bien

'1. Ce médecin était le docteur Vaidy, Tua des plus ardents propagateurs de la médecine de Broussais.

des gens irrités; les demi>soldes du Constitution^ net et les doubles-soldes du Drapeau blanc poursuivent mon imagination. Mon âme se sent élevée et satisfaite, mon cœur est froissé de soucis, et je suis souvent épuisée par les combats intérieurs que je livre, et dont personne ne reçoit la confidence. Il est au-dessus de mes forces de vous les cacher entièrement. Madame de Sévigné dit que l'excessive tendresse cause d'excessives douleurs. Il semble que cette chère femme s'est d'avance rendu compte de tout ce que je devais éprouver un jour.

Si vous jetez les yeux sur nos pâles journaux, vous y verrez quelques articles qui vous paraîtront renfermer, pour vous, de vrais lieux communs, et qui ont ici un effet prodigieux, je veux dire ces lettres sur nos révolutions. J'admire comme la multitude provinciale a peu besoin de juger et d'expliquer ce qu'elle a vu, et avec quel naïf plaisir, quand on le lui montre, elle s'écrie : c C'est pourtant vrai, c'est celai :» Il serait très facile de faire un très bon journal de province ; il ne faudrait qu'un peu de bon sens etd*indépendance. L'autorité ne peut s'en mêler qu'avec précaution; car, si elle était devinée, tout serait perdu. Son crédit baisse

dans le pays. Nos Flamands ont une extrême répugnance pour toute injure, et particulièrement tout ce qu'on écrit sur les prêtres les blesse tout à fait. Si on veut, dans ce pays, donner crédit aux jésuites , il n'y a qu'à les insulter. Nous sommes assez ultramontains, et notre conseil municipal, où il y a bien des commerçants, vote des fonds pour les frères ignorantins, par humeur contre VÉcho du Nord. Cependant, d'ici à quelques mois, grâce à la peine que prend votre père, nous allons avoir une belle école d'enseignement mutuel; mais il a fallu y épuiser ses paroles, et y mettre son argent. Je voudrais que les bons journaux traitassent sérieusement les articles religieux. Les prêtres tirent parti des injures, et se présentent comme des martyrs. Il faudrait combattre leur petit fanatisme avec l'Évangile et la belle morale de mes amis de Port-Royal.

CCCCLXXXVII.

CHARLES DE RÉMUSAT , A HADAMB DB RÉHUSAT. A LILLE

Paris, mercredi 3 novembre 1819.

Nos petites drôleries vont leur train : celle de la Société de la liberté de la Presse comipence à s'user. J'espère que vous aurez été contente de la lettre du duc de Broglie S et que vous aurez compris les douces allusions du Constitutionnel avec Walpôle et son cousin. Madame de Broglie s'afflige un peu de tout cela; car elle voudrait toujours que la liberté fût une petite sainte qui eût boncœur, bon esprit, bon goût. Elle a souvent de grands déboires.

Il parait que, réellement, les missionaires ont causé une émeute à Brest, et Tévéque s'est vu obligé de les renvoyer. Ceci porte un grand coup aux Missions. II y a espoir que l'on va, enfin, y mettre

1. M. de Broglie avait approuvé, dans une lettre rendue pu« bltque, la dissolution de la Société de la Liberté de la Preste, et. cette lettre était considérée comme un témoignage de sa rupture nvoc l'extiôme gauche, ce qui lui valait de vives attaques de ce

cdié.

AHMÉB 1819. 185

ordre. On ne sait pas encore ce que fera Grégoire ; on ne sait guère ce qu'on en fera. Il y a bien des probabilités qu'il sera chassé. A la bonne heure ! Mais il faut le bien faire^ car la défense sera vive et ne sera pas difficile. Il règne toujours sur tout une grande incertitude. Le public attend, et ne sait trop sur quel pied danser. ..

Une des interruptions qui m'a dérangé est une belle gravure encadrée du portrait de madame de Staël, qui m'est arrivée de je ne sais quelle part. Dans le premier moment, je n'ai eu aucun doute, et j^ai écrit étourdiment une belle lettre bien tournée à Auguste de Staël. Maintenant, j'ai peur d'avoir fait une gaucherie ; j'ai des scrupules; je trouve cent invraisemblances ; enfin, me voilà au désespoir, jusqu'à ce que j'éclaircisse la vérité. Ce qui m'a trompé, c'est que le tableau est venu de chez le graveur même, par un de ses ouvriers. Plaignez-moi, je vous en prie, et compatissez à ma douleur, qui est très vive.

J'ai, à propos, été hier voir Cinna avec madame de Broglie. Talma jouait Auguste. Je commence à m'impatienter de ces impressions qui vous plairaient si fort, et qu'il faut se résoudre à vous envoyer par la poste. Mais, enfin, toujours est-

il que c'est une nouvelle preuve de la nouvelle forme du talent de Talma, de cette simplicité si grave^ si profonde, qu'il cherche à donner aux rôles un peu âgés qu'il prend maintenant. Je vous jure qu'il a été très peu clément, et très méchant, très dédaigneux, très faible, très égoïste. Son agitation pendant le monologue, ses promenades à grands pas et les bras croisés, ajoutez à cela cette couronne, sa pâleur, sa tête simple, son calme qui lui donnaient d'une manière e£frayante l'air d'un écu de cent sols^ la voix faible et souffrante, et le dégoût physique avec lequel il dit :

Mais quoi! toujours du sang et toujours des supplices!

Voilà ce qu'il faut vous représenter. Puis, après tant d'incertitudes, il revient au cinquième acte, et comme un homme décidé, comme un homme d'affaires et d'esprit qui sait bien faire ce qu'il a résolu, il détaille du ton le plus familier, le plus spirituel, le plus humiliant, tous les souvenirs qu'il rappelle à Cinna. Penché sur le bras gauche de son fauteuil , presque de profil, d'une seule main, et un doigt en l'air, il dit à faire sourire :

Conte-moi tes vertus, dis-moi ce que tu vaux...

Quant au pardon, c'est une chose toute nouvelle, et d*un effet admirable, qu'Auguste faisant grâce à Cinna du ton dont on la demande. Ce qui perce dans tout son jeu, c'est la lassitude d'un homme chez qui la vieillesse a affaibli la fureur de la vengeance, qui a besoin de repos, qui, en apprenant qu'Emilie en est aussi, prévoit avec désespoir la solitude el l'abandon de ses vieux ans, et qui, méprisant assez les hommes pour se fier aux soins de ceux mêmes qui ont conspiré contre lui, pardonne à Cinna par compassion pour lui-même, à peu près comme M. Dubriage à madame Evrard ^ Ce qui relève cela, c'est la politique, la fureur de vengeance qui le reprend quelquefois, qui est presque toujours son premier mouvement et qu'il dompte admirablement en disant : c Je suis maître de moi, comme de l'univers. » Le public a bien compris et bien applaudi.

1. Ce sont deax personnages du Vieux Célibataire de CoUin d'HarlevilIe.

CCCCLXXXVIII.

MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT. A PARIS

Lille» vendredi 5 novembre 1819.

Mon enfant, je vous en demande pardon, mais j'ai ri de Tétat dans lequel vous a mis ce portrait de madame de Staël, parce que vous me peignez très bien votre incertitude et votre souci. Il me semble que vous avez reçu là un bouquet qui doit vous plaire, de quelque main qu'il vienne. Quand vous aurez découvert celui, ou celle, qui vous a fait un tel présent, ne manquez point de me le mander. Au reste, il n'y a point grand inconvénient à avoir écrit à M. de Staël. Je suppose que vous Pavez vu depuis; vous lui aurez conté vos incertitudes, et il vous aidera à chercher. Les femmes savent assez bien mutuellement quelles impressions elles reçoivent dans une occasion qui serait la même pour toutes, et je vous assure que madame de Broglie, au fond, sera touchée que vous ayez pensé à elle en recevant ce cadeau; c'est une idée

obligeante pour elle et un jeune premier-mouvement de vous^ qui n*est pas sans grâce, croyez-en ma parole.

J*ai relu trois fois de suite ce que vous me mandez sur Cînna, et je vous dirai tout naturellement que j'en ai été charmée. C'est un déplaisir réel pour moi que de ne point assister à ces représentations, mais vous m'en dédommagez autant que possible. Vous me faites voir Auguste tel que, trois que nous sommes, nous l'avons conçu, et pour le coup Talma à très bien retenu tout ce qui lui a été dit sur ce rôle. Que je lui sais gré de n'avoir pas dit le € Soyons amis > du ton d'Henri IV à Sully! C'est pourtant ce que tous les acteurs ordinaires faisaient, et à quoi^ nous autres, ne manquions pas de pleurer. Monvel, le premier, changea cette tradition. Cet autre S que vous savez, saisit au vol l'intention de cet acteur qui se devinait plutôt qu'elle ne se laissait voir, parce qu'il était faible de moyens; il la développa, endoctrina Talma et moi. Vous voyez comme il joue, et vous savez comme je pense. En lisant votre récit, je m'écriais : € C'est cela ! ) J'étais ravie. J'attends votre père

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