‹ Correspondance de M. de Rémusat pendant les premières années de la restauration; (volume 2)Chapitre 20 sur 91 · L'empereur Napoléon · texte numérisé non relu

L'empereur Napoléon

pour le lui dire. Personne ne rend mieux que vous compte de ses impressions; j'ai envie de me vanter de les comprendre mieux que qui que ce soit.

Nos ultràj comme de coutume, demeurent audessous de la question et veulent un coup d'État. Le reste raisonne assez bien, et moi, après avoir souhaité de toute la force de mon indignation qu'on chassât Grégoire, je pense avec ma raison que cela est difficile, que le ministère ne peut s'empêcher de le soutenir, parce qu'il ne peut s'écarter de ce qui est légal. Mais je crois qu'on peut parler de manière à écraser cet homme sous le poids du scandale qu'il s'entête à produire. Tout cela m'émeut beaucoup. Ce qu'on va faire, cette année, me parait devoir décider de noire avenir. Vous êtes lié dans ma pensée à tout ce que j'espère ou je crains, et c'est assez pour que chacune de mes réflexions deviennent une émotion qui trouble mon repos. Je n'en bénis pas moins le parti auquel vous vous êtes attaché; du moins la conscience est satisfaite. La conduite de vos amis est si courageuse, si pure; elle impose si bien l'estime, leurs intentions sont si bien développées, que, quoi qu'il arrive ce ne sera jamais pour eux que sera le repentin

Mon enfant, je n'aime plus rien au monde que la vertu et la vérité. Belle nouvelle, n'est-ce pas? Peut-être en est-ce une pourtant.

Je remercierai Dieu de tout mon cœur quand les Missions seront passées de mode. J'ai appris à m'en défier à Técole de mes amis de Port-Royal. Benjamin Constant leur a volé l'expression à^Église errante dont ils se servaient pour représenter ce clergé nomade qui vient détruire, en passant, l'autorité des curés. Vous savez, pour nous, de quelle importance est la paroisse, que nous voudrions qu'on n'entendît la messe que là, qu'on ne se confessât qu'au curé. Ah! que l'Église de France serait belle et forte, si elle se pénétrait aujourd'hui de ces principes ! Mais, à la vérité, qu'elle serait peu temporelle!

ÇCCCLXXXIX.

CHARLBS DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE

Paris, lundi 8 novembre 1819.

J'espère que vous m'enverrez mon père; j'ai grand besoin de lui parler, pour affaires et pour

plaisirs. Je le mènerai voir M. Decazes, le Musée et les Vêpres SicilienneSy et je lâcherai qu'il soit content de ces trois choses. 11 nous trouvera ici toujours dans le même état^ attendant notre sort de la session, et prolongeant encore la situation peu commode où nous sommes; car on dit que les Chambres sont prorogées.

11 paraît qu'on a trouvé une nullité légale dans réleclion de Grégoire; cela ferait tomber bien des paroles, et dissiperait bien des embarras. 11 faut, aux termes de la Charte, que la moitié au moins des députés de leur département y aient leur domicile politique, et il paraît que, lorsque H. Grégoire a été élu, le quatrième, deux des députés déjà nommés avaient été pris hors de Tlsère, et par conséquent les électeurs avaient épuisé leur droit à cet égard. 11 y a des gens qui croient qu'il sera présenté une loi pour ordonner que les fonctions ecclésiastiques ne puissent être exercées que par les prêtres résidents et administrateurs; ce serait une loi d'exception contre les Missions.

L'afifaire du C/ut. paraît être un peu usée ici; au fond, presque tout le monde est content de la clôture. Tous ceux qui n'y allaient plus étaient embarrassés pour ne plus y aller. Constant, qui n'a pas

eu seulement le petit courage de se taire, et qui a profité de ce qu'il était débarrassé de cette société pour en faire Téloge, en disait le diable, il y a quinze jours. Cet événement est venu tout à point pour empêcher sa conversion sur laquelle nous comptions. Nous avions tort, au reste. Elle n'a jamais été complète. Il n'auraitjamaîs eu le courage d'écouter sa raison, et puis qu'y gagnerait-on ? « Son esprit, me disait l'autre jour cette Anglaise* qui loge chez madame de firoglie, qui a été si dévouée à madame de Staël et qui le déteste, son esprit est tombé au niveau de son caractère, d

A propos, j'oubliais la grande affaire ! Nous marchons de spectacles en spectacles ; vrai, l'on n'y peut plus tenir. Voici maintenant le tableau de Girodet. Il faut que je tâche de vous en donner une idée : Figurez-vous d'abord tout ce que vous ne vous figuriez pas; représentez-vous le contraire de ce que vous attendiez, et partez de là. C'est un tableau plus long que large, pas beaucoup moins étroit qu'un grand portrait en pied où il y aurait une femme, ou un roi avec une queue. La scène repré-

1. Mademoiselle Randal était une demoiselle anglaise, amie ou dame de compagnie de madame de Stacl, et qui était restée dans la maison, après la mort de celle-ci.

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