VI
sente une espèce de temple. 11 y a, au fond, à gauche, dans une niche, une statue de Vénus, très vêtue, avec un autel aux pieds ; à droite, au fond, une balustrade qui donne sur un paysage d'où vient le jour; puis, au milieu, sur un piédestal Galathée blonde, rose, blanche, nue, les yeux baissés, fermés même, à peu près semblable à la Vénus de Médicis, sauf que sa figure est plus noble, quoiqu'elle ne le soit guère. Ses pieds, tout encore en marbre, de ce marbre transparent, de cet albâtre un peu jaune qui ressemble à Tagathe, comme dans certaines statues antiques; et c'est dans le cours de la jambe, au-dessus de la cheville, mais au-dessous du genou, je ne sais bu, partout et nulle part, que l'animation commence; et il est sûr que les contours de la chair ne sont pas les mêmes que ceux du marbre. Il y a par là une différence sensible et cependant inexprimable. A droite de cette statue, est Pygmalion, de profil, qui n'a point les bras en Tair, ni une figure troublée, vêtu seulement d'un énorme manteau d'un rouge laque, ne montrant que son épaule. Il a la main droite assez bas, et dans cette main, il y a plutôt de l'incertitude que de rétonnement. C'est une figure de profil, de peu d'expression; mais je ne sais si ce n'est pas une
bonne idée d'avoir fait Pygmalîon tellement transporté dans un monde idéal qu'il n'est pas très étonné de voir se réaliser le prodige qu'il vient de demander ardemment à Vénus. Il rêve, et n'en est pas encore à se demander : a Est-ce un songe? » Il est ravi, mais peut-être aussi ne Test-il pas assez.
Entre Pygmalion et Galathée, est suspendu un tout petit Amour, tout pelotonné, parce que, apparemment, il a lu dans Figaro*^ que, lorsqu'on saute on se pelotonne. Il vole cependant; mais, comme d'un doigt il touche dans le creux de la main de Galathée, et que de l'autre il touche celle de Pygmalion, il a un peu l'air suspendu au bras de celuici, et, comme on voit très peu ses ailes, on ne sait trop comment il se tient en l'air. Mais, écoutez, voici le beau, et, ici, il faut que vous me permettiez des explications un peu crues. Ceci est un véritable système d'androgénésie. Cet Amour est transparent et lumineux; les contours n'en sont pas plus terminés que ceux de la flamme tremblotante d'une bougie. Il rayonne horizontalement, et ses rayons qui, par lahauteur où il est placé, sedirigent,