‹ Correspondance de M. de Rémusat pendant les premières années de la restauration; (volume 2)Chapitre 23 sur 91 · M. Guizot · texte numérisé non relu

M. Guizot

curé ne les lui épargnera pas, mais le triomphe fortifie contre tous ces coups des vaincus. Ne manquez point de voir tous ces nouveaux ministres, dès qu'ils seront placés. Il faut toujours, quand on est à Paris, tirer parti de tous ces mouvements, secouer l'ennui, repousser l'engourdissement ; car faire un tel voyage pour n'en point tirer parti serait un bien mauvais calcul. Si on y écoutait ses répugnances, on se tiendrait tranquille, je le sais; mais ce n'est ni le cas ni le moment de s'épargner les courses inutiles. Je prie instamment Charles de ne te passer aucun découragement.

Dimanche 21.

Me voici rentrée, mon ami, de quelques visites que je viens de faire. Je suis toute fuie, seule; je ne crois pas qu'il y ait dans la ville une personne qui pense en ce moment que je sois au monde, et je ne m'en plains nullement; car, de mon côté, je me sens bien plus occupée de cette petite chambre où je vous suppose tous deux devisant à qui mieux mieux. Charles me paraît charmé de ce qu'il appelle votre conversation de parti priSj quand vous êtes ensemble : < Et ce qu'il y a de bon dans tout cela,

mon fils, c'est que votre père le ferait comme il le dit. Quant à vous, je n'en suis pas si sûre; nous le verrons plus tard, si Dieu nous prête vie. • Mais ce n'est point à ce garçon que je veux parler, et je l'eviens à toi, mon ami, pour te dire que, malgré la solitude et la monotonie de mes journées, je crois qu'une fois à Paris, tu ferais bien d'y demeurer jusqu'à l'ouverture des Chambres et les débats sur l'Adresse au roi. Il est curieux et important de rapporter ici des idées nettes sur ce qui se passera pendant ce temps.

On répand toujours des bruits assez fâcheux. Cette opinion du rapprochement de M. Decazes avec les uUrày la retraite du ministère, des ministres mixtes qui céderaient la place à la droite un peu plus tard, tout cela s'écrit de Paris, se propage, se joint à la baisse des fonds, à laquelle on donne peut-être plus d'importance qu'il ne faut, et fait, un tant soit peu, reverser notre commerce vers la gauche. J'en conclus que, si, en voulant frapper les ultràrlibérauXy on prenait sen point d'appui sur l'exagération opposée, il ne se passerait pas beaucoup de temps sans que la réaction de droite, ou même du centre, à gauche, ne fût violente. Ce qui se passe ici,. dans un pays si terne, donne une

idée des mouvements des autres départements.

J'ai vu, ce soir, cette petite madame d'A. qui arrive de Rouen ; elle y était pendant les élections. Elle m'a dit qu'elle avait vu assez intimement tout ce qu^il y a de noblesse dans cette ville, et qu'elle était confondue de lui entendre dire qu'il fallait nommer des jacobins tant qu'on pourrait, et contrarier le préfet et le ministère avant tout. Elle ajoute que le préfet a fait beaucoup de gaucheries. Ces pauvres préfets, c'est toujours eux qui ont tort !

Je n'ose pas croire à l'illégalité de la nomination de Grégoire, et j'attendrai que tu me la confirmes, tant j'ai peur de me flatter. On en parlait, hier, et je voyais quelques-uns de nos royalistes qui s'en affligeaient, et qui préféreraient le scandale à cette mesure trop simple pour euxl

Te voilà bien courant, bien allant, mon pauvre ami, mettant les morceaux et les affaires doubles, pour avoir plus tôt fini. Je te plains de tant de visites à faire pour accrocher un seul mot en passant; mais les petits quarts d'heure, matin et soir, avec ce garçon réconfortent un peu.

Puisque je suis sur son compte, je te prie de lui demander instamment de ma part d'éviter tant qu'il pourra toute discussion religieuse avec

sa tante. Elle va arriver montée sur les Missions de Bourgogne, et grippée contre le protestantisme de Guizot. Ce Guizot fait bien un peu tort aux articles du Courier, et je voudrais toujours qu'on en bannit les plaisanteries et les attaques trop directes, à cause de cette circonstance. Mais, sur de telles matières, il faut, en conversation, se livrer fort peu, n'avoir ni aigreur ni raillerie dans la parole, et je conseille à Charles une grande douceur de ton, et une extrême gravité.

Mardi 23 novembre.

Mon cher ami, je t*avoue que je suis assez triste et assez inquiète au coin de mon feu. Je n'ai pas grand'chose à faire. Je ressasse ce qui se passe, et je trouve que tout ceci n'a rien fini, au contraire.

J'ai envoyé, hier soir, Champié * au spectacle pour recueillir les on-dit de nos Flamands. Il a d'abord fait causer quelques-uns de ses amis uî^rd. Ceux-là n'ont point dissimulé leur joie du départ de M. Gouvion Saint-Cyr, et leur humeur de ce

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