GonieUler de préfecture à LiUe
queM.Decazes lient encore; mais ils paraissent se flatter que ceci amènera une secousse nouvelle et qu^enfin se lèvera, disent-ils, le moment de M. de Yillèle. La Garde royale est enchantée du départ du maréchal, et le dit bien haut. Ce que nous avons d'armée de ligne en est fâché, et le dit tout aussi haut.
Quant à la ville, c'est-à-dire le commerce, il a montré à Champié une extrême inquiétude. A tort ou à raison, on est monté sur l'idée que Dessoles, le maréchal et Louis étaient des citoyens. Ils sortent par respect pour Fintcgrité de la Charte; voilà les paroles qui frappent. Dans le foyer du spectacle, un assez grand nombre de commerçants ont entouré Champié; il a cherché doucement à calmer les agitations ; on lui a répondu toujours par ces paroles : < Vous verrez que nous n'aurons aucune des lois constitutionnelles qu'on nous avait promises, et qu'on va tout changer I > Et tout cela accompagné d'une grande défiance des individus. Voilà, mon ami, un effet certain, et un récit que tu peux regarder comme exact. Il est à souhaiter que la Chambre s'ouvre promptement, que le ministère se montre ouvertement ce qu'il doit être, et surtout
qu'il remporte la victoire. Je n'ose compter sur ce VI. u
dernier point, et alors dans quelle situation nous laisserait sa retraite? Je t'avoue que je le blâmerais, dans mon petit jugement, d'avoir entrepris ceci sans espoir certain de succès.
Ce que tu me dis de Charles ne m^élonne pas du tout; j'ai eu lieu souvent d'être convaincue de son impartialité sur les individus. C'est une de ses plus nobles et de ses plus utiles qualités. Qu'il les conserve bien toutes, qu'il demeure attaché toujours là où il y a honneur, franchise et bons sentiments ; c*est le plu s sûr dans tous les cas. On n'obtient pas toujours prompt succès, mais on est conséquent dans sa conduite, on se fortifie de sa propre estime, et cela donne un courage positif qui s'allie avec la modération des paroles et la prudence des actions. Le courage de ses amis est remarquable; mais il s'élève contre eux des haines si violentes, qu'elles me donnent une extrême inquiétude .
CGCCXCIII.
CHARLES DE RBMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE
Paris, mercredi 24 novembre 1819.
Voici, ma mère, un petit résumé historique : Nous méditions tous, plus ou moins, depuis quelque temps, les changements constitutionnels et législatifs dont il s'agit. M. le duc de Broglie en était surtout vivement préoccupé, et il avait communiqué son ardeur à M. le Garde des sceaux qui s'était mis de toutes ses forces à faire du tout un projet de loi. Cependant, les événements marchaient de leur côté, et présageaient la nécessité de renforcer, pour la session, le personnel du ministère. Quoique tous ces messieurs, fort à tort, ne fussent pas bien convenus de leurs faits, cependant, dans l'esprit de la plupart, et particulièrement dans le mien, le projet de changer la Charte et le besoin de fortifier le ministère étaient inséparables. M. de Serre se mit à faire part de ses projets à M. Decazes, qu'il y décida, et au reste du Conseil, qui n'y
fit point d'opposition. M. Royer-fiollard se trouvait au premier rang des candidats ministériels, et ce fut à lui, il y a eu lundi huit jours, que le ministère fut proposé. Par malheur, on le lui proposa sans bien lui expliquer le projet législatif, peut-être de peur de le dégoûter avant d'entrer. De son côté, il ne provoqua point une discussion complète, et se tint sur une excessive réserve. Il fît des conditions, elles étaient sévères, on les accepta, ou du moins on montra qu'on les accepterait. En même temps, voilà que, M. de Serre ayant définitivement consulté le Conseil sur son projet, la division s'y mit, non pas précisément, comme on ledit, sur le projet même, mais sur l'époque où il le faudrait présenter, et M. Royer apprit que, en même temps qu'on lui offrait le ministère, le maréchal et M. Louis se retiraient.il voulait les garder ; il voulait surtout qu'ils ne fussent pas remplacés par des complaisants de qui vous savez. Cependant, où leur trouver des remplaçants ? Ajoutez que M. Royer apportait dans cette affaire son indécision, qu'en qualité de doctrinaires nous appelons du scepticisme. On ne s'entendait pas.
La nécessité de remplacer M. Dessoles fit adresser des offres au duc de Broglie. On lui propo-