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pour leur petite part, à l'expression de la raison publique. J'ai employé plusieurs fois certaines formes qui semblent demander pardon pour moi. J'ajouterai, d'après vos conseils, quelque chose encore dans ce sens. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de faire4)luô. Je suis jeune, et au fait assez peu de chose; mais enfin, par bonheur et par bon sens, je me trouve attaché à une opinion si peu commune, si précieuse, et je dirai si supérieure, que j'ai une valeur propre, non pas tant comme homme d'esprit, si vous voulez, que comme doctrinaire. Ainsi, mon ouvrage, qui paraîtra peut-être mauvais en luimême, en ce qui me regarde, arrivera cependant avec une certaine autorité comme expression, incomplète si l'on veut, mais réfléchie de notre opinion. C'est ce qui rend ma situation différente de celle d'un jeune homme qui, dans d'autres temps, ferait une tentative au-dessus de son âge et de ses forces. Je sais que le monde des salons ne sentira pas cela; mais cela est pourtant, et il faut toujours raisonner d'après ce qui est.
Je puis donc, beaucoup plus librement, beaucoup plus tranquillement, essayer ce que j'essaye que M. Mole, par exemple, lorsqu'il a fait son livre. Le mien, d'ailleurs, est si austère, si moral,
j*ose le croire du moins, enfîa si calme, qu'il déplaira peu; car les gens à qui il déplairait ne le liront pas. Ils le déclareront lestement obscur et ennuyeux, et ils n'auront pas tort. Je vous assure qu'il est Tun et Tautre, et je ne le dis point par modestie; car, au fait, j'en suis content.
En voilà beaucoup sur une chose qui n'est que ma seconde pensée. Nous sommes dans une situation déplorable, avec le risque presque certain de tomber, ce qui ne serait rien, mais de tomber deshonorés, ce qui est tout. On fait courir ici les bruits les plus alarmants sur la santé de M. de Serre, et de là beaucoup de nouvelles de change^ ment de ministère. Voici ce que je crois le vrai : Gomme homme, il continue à être assez bien; mais tous les médecins, et il en a vu une demi-douzaine, disent unanimement qu'il ne pourra parler de l'hiver; tous lui recommandent le repos, le lait, le silence, et un voyage au printemps dans le Midi. Il ne veut pas accepter cet arrêt; il leur a dit: c Je ne vous demande pas de vivre, mais de parler seulement quinze jours! »
Enfin, frappés de son émotion, ils lui ont dit qu'en restant un mois tranquille, souvent couché, et en gardant le mutisme le plus absolu, il se
pourrait qu'il fût en état de parler, avec un grand danger, il est vrai; mais enfin, c'est la force et non la santé qu'il demande. Nous assistons dans sa personne à l'un de ces malheurs qui révoltent contre la vie. C'est là une de ces contrariétés terribles contre lesquelles l'homme est sans force, et dont là destinée se sert pour insulter à notre faiblesse. Je ne sais ce que je donnerais pour prendre sa maladie à l'instant même. Au point où nous sommes, on attend. Il ne veut point se retirer, et, s'il y était obligé, ses amis croient qu'il en mourrait de chagrin. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne sait que faire ; c'est une dissolution uni- 'verselle.