‹ Correspondance de M. de Rémusat pendant les premières années de la restauration; (volume 2)Chapitre 38 sur 91 · Casimir Delavigne · texte numérisé non relu

Casimir Delavigne

jugez comme ils y étaient à Taise! Mon petit officier est arrivé y nous avons parlé poésie, il s'est animé ; c'est une vi-aie imagination à la René. Tout à coup, il s'est levé, et nous a récité une scène A' Œdipe; il se passionnait; il pleurait, et moi aussi ; je pensais à mille choses en l'écoutant. Vei*s la fin, j'aurais été assez embarrassée de dire à qui ou à quoi s'adressaient mes larmes. Enfin, elles me soulageaient; et tout cela, mon cher ami, est une parenthèse. Je reviens : Ce jeune homme m'a donc dit que, l'année dernière, dans un château, avec quelques personnes, il avait joué Manfredj et qu'il avait produit le plus grjand effet. Je suis sûre que, si Delavigne le mettait en vers, vous vous plairiez fort à un pareil spectacle. Mais je ne vous conseille pas de le proposer au Marais! Ce serait une représentation toute faite pour le salon de madame de Gatellan. J'aime extrêmement que ce malheureux soulève toutes les puissances de l'enfer, appelle à lui toutes les destinées pour leur demander seulement le moyen d'oublier. Cela m'a tellement saisie, que je suis partie comme un trait du coin de mon feu. J'ai couru, mon livre à la main, jusqu'au cabinet de votre père; il était entouré de ses commis qui apportaient la correspondance à sa signature;

AMMÊE 1820. 289

je nie suis mise à leur suile. Votre père ne savait ce que je voulais; je lui faisais signe que je parlerais à mon tour ; enfin, j'ai eu mon audience, et, disant : « Écoutez ! > comme au Parlement, j'ai commencé à lire Manfred. Si je veux être vraie, mon fils, il faut que je convienne d'abord que M. le préfet a débuté par se moquer de moi ; mais je lui ai représenté doucement que j'étais en fonds pour le lui rendre; qu'il y avait quelques jours qu'il était venu chez moi, tout mélancolique du chapitre de madame de Staël sur Tamour. Il n'avait pas un mot à répondre. Il m'a écoutée, et il a tout à fait partagé mon impression. Voilà de beaux détails! Ditesmoi pourquoi je vous conte tout cela?

Mardi 25.

Je ne sais, mon enfant, quel effet produira votre livre; je penche assez à croire, comme vous, qu'il passera à peu près inaperçu, et qu'un bien petit nombre de personnes s'appliqueront & l'étudier . Je vous avoue qu'il me semble que je n'en suis pas trop fâchée; car, dans ce moment, la publicité d'une bonne action, celle même d'une utile parole, me causent presque un mouvement d'effroi, par rap-

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