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port à ceux qui m'intéressent. Mais enfin, quoi qu'il en soit, je vous remercie du plus tendre et du plus élevé de mon âme d'avoir écrit cet ouvrage. Je suis heureuse et fière de lire, avec toute l'attention dont je suis capable, ce développement si noble, si net^ si calme, de vos idées et de vos observations. J'aime rimpartialiléquile distingue, et surtout cette force de raison qui fait que c'est réellement, de vousmême, que vous êtes impartial. Nous faisons cette lecture ensenjj)le, votre père et moi, attentifs, recueillis, quelquefois émus, non seulement parce que c'est vous qui dites, mais par ce que vous dites. Vous m'avez élevée, un moment, à ce point d^émotion que j'aime tant, par votre définition de la justice, par votre manière de représenter la conscience. Vous savez comme je me transporte dès qu'on jette, à Taide d'une idée nouvelle, une clarté de plus dans mon esprit. J'ai donc été saisie de vos réflexions sur les idées générales. Je n'avais jamais senti tout cela que confusément, et me voilà convaincue que c'est par la misère de notre faiblesse humaine que nous nous y arrêtons, sans pouvoir, la plupart du temps, distinguer les modifications individuelles qui apparaissent clairement à une intelligence supérieure à nous.
Il y a une extrême mesure et une grande justesse dans la manière dont vous représentez les embarras et les précautions à prendre pour faire passer d'un pays à un autre les institutions, comme vous le dites, convoitées par les nations. Un peu plus tard, nous nous sommes arrêtés sur cette marche de la civilisation qui complique d'abord, pour simplifier après ; tout ce morceau est excellent, et particulièrement bien écrit. Votre livre est grave, et demande la préoccupation d'une attention éclairée ; mais il n*est point obscur, et nullement sec. Quand vous avez pu, vous avez jeté des réflexions plus légères dans la forme, et des comparaisons gracieuses, telle que celle des jardins d'autrefois et de ceux d'aujourd'hui. Il y a des .citations heureuses ; vous appuyez sur des autorités tout ce qui aurait quelque apparence de hardiesse. Enfin, ce qui me plait de cet ouvrage, c'est qu'il doit donner bonne opinion de son auteur, qu'on doit conclure qu'il est animé par son sujet même, c'est-à-dire par la justice, qu'il écrit de bonne foi, et avec un désir sincère d'être utile.
Voilà mon opinion motivée, et, je vous le jure, très impartiale. Puisque vous m'assurez, ce dont je vous remercie tendrement, que vous aviez envie
de réussir auprès de moi, vous pouvez compter que vous avez déjà réussi dans tous ces premiers chapitres que j'ai lus.
Je suis toujours bien noire sur notre avenir, et c^t état m'est excessivement pénible. La mauvaise foi des uns, l'orgueil des autres, cette fantaisie antinationale de diriger une opposition factieuse, la faiblesse, les ignorances, et, pour achever, les maladies, tout cela me froisse le cœur et l'esprit. Je vous avoue que, quand je veux saisir une espérance, il faut que je regarde bien loin dans l'avenir. Or, je me soucie peu du mien, mais je ne vais pas au delà du vôtre, et l'incertitude à cet égard m'assomme. Sans aimer nullement ce qu'on appelle les coups d'État, je suis convaincue que le gouvernement a besoin de renouveler son existence par quelque acte un peu ferme. Il a si fort disparu, depuis un temps, que ce n'est plus de sa force, mais de sa vie, qu'on doute dans nos provinces. La peur s'accroit, les turbulents prennent de l'insolence, et les anciens moyens, ou tout au moins les anciennes paroles, renouvellent les anciennes terreurs. En vérité, le plus malheureux des ministres n'est pas celui qui va chercher le repos et le soleil loin d'ici.
AN>'ÊK ISSU.
DYIIL
CrrABLES DE RÉtfUSAT A MA0AME DE BéMUSAT, A LILLE.
ParJSp jeudi 31 j&nvior 1^30.
Je suis encore dans la lune de miel, par rapport à mon ouvrage. C'est le moment des éloges. Mais bientôl/mdèpendamTnent des injures des journaux qui viendronlj arriveront les critiques grandes et petiles, fausses et justes, rénéchies et frivoles : « Tout eelaj c'esLîmpraticablOjC'estdela métapliysique, c*est de i'anglomanie, c*est obscur, c'est incomplet, etc. i> El des objections de détail contre des phrases incidentes qui n'ont de sens que par Fensemble! Je vois venir tout cela, et JeRuîs assez en fonds pour Tattendre; car j'ai déjà passé les défilés qui me tenaient le plus au cœur. Je sais que le Garde des sceaux a été charnié. Je vous^ transmets les mois comme on me les a dits. Il Fa emporté pour le relire en route, et il soutient que je lui ai appris beaucoup de choses. M. de Broglie m'a fait le compliment que je voulais, et il en a causé avec moi, en homme qui n'avait pas
manqué de Tétudier et de se rapproprier, et je sais qu'il a dit à quelqu'un que c'était ce qu'il avait lu de mieux sur le jury. Je ne sais l'avis de personne autre. Il me reste à passer par l'avis de M. de Barante. Quand j'aurai eu son opinion, si elle est favorable, me voilà debout et ferme contre le reste. Je vous remercie, ma mère, je vous remercie de tout mon cœur, car mon cœur est pour beaucoup dans mon ouvrage ; c'est pour moi une véritable action, et je crois que ce n'est pas une mauvaise action. Si j'avais pu parvenir à prouver le calme de mon esprit et cette impartialité dont je suis sûr, et que j'espère conserver, j'aurais réussi. Il me semble vous avoir frappée ainsi, et j'en suis heureux. J'ai beaucoup, depuis quelque temps, considéré mes opinions sous le rapport de la morale, je les ai vérifiées et rectifiées dans ce sens là, et j'en éprouve un vrai contentement, plus de sécurité et plus de confiance. Des conversations sérieuses avec mes amis, surtout avec l'un d'eux, l'obligation de me mettre en mesure de n'avoir point tort à mes propres yeux, tout cela m*a conduit à beaucoup examiner, et à apprendre assez de nouvelles choses. Mon ouvrage, quoique conçu indépendamment, et même antérieurement à cette disposition, n'anul-
lement contredit le résultat de mes réflexions, et c'est ce qui me fait braver, avec assez de quiétude, tout ce qu'on en pourra dire.
Lundi 31.
Je ne crois point que Ton fasse aucune proposisition contre la liberté de la Presse ; on n'oserait. Nous serions perduSi si nous la perdions; elle nous a déjà tant servis, et elle est destinée à nous tant servir encore! Quels que soient les dégoûts qu'elle vous inspire, et ces dégoûts sont universels et populaires, je suis persuadé qu'elle a empêché bien des choses, et elle en empêchera encore. Quant au mauvais usage qu'on en fait, je puis vous atlcster qu'en la désirant, en la demandant, je n'ai point espéré qu'on s'en servît mieux. Au contraire, je croyais qu'on irait plus loin encore. De ce qu'un gouvernement n'est point assez fort pour porter la liberté de la Presse, il ne s'ensuit pas qu'elle soit mauvaise; il s'ensuit que ce gouvernement doit être fortifié, et c'est la liberté de la Presse qui nous rend le service de l'y obliger. Vous me dites : c Hais, si on prenait telle et telle marche forte et nationale, on pourrait se passer de la liberté de la Presse? > C'est précisément parce qu'on n'a point
encore celte marche que la liberté de la Presse est bonne, et, si on la prenait, on n'aurait pas peur de la liberté de la Presse.