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MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS, CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS
Paris, mardi 22 février 1820.
Écoutez-moi bien, mon enfant : Ma tendresse pour vous combat le désir que j'éprouve de vous
tirer de Paris dans ce moment, parce que je sens que c'est un sacrifice que je vous demande. Si vous veniez, je vous atteste bien que nous reviendrions ensemble au bout de quinze jours. Cependant, regardez où vous et nous en sommes! Consultez froidement la position générale et particulière, et que, samedi au plus tard, j'aie une réponse devons. Si M. Decazes est forcé de céder, je vous demande, j'exige même qu'ayant pris d'avance un passeport, qu'il faut toujours avoir tout prêt dans ces tempsci, vous reveniez sur le champ.
Si les événements continuent à suivre la marche commencée, alors, après avoir laissé passer celle semaine, je rassemblerai mes forces et mon courage, et j'irai à Paris. Je vous conjure, cependant, devons tenir un peu en retraite. Voyez M. Guizot, le matin; mais, pour prix de mes concessions qui me coûtent des jours pénibles et des nuits douloureuses, n'allez point le soir, pendant quelques jours, chez le duc de Broglie. Je suppose que, dans ce moment de rapprochement, il s'y trouve bien des gens dont on se sert forcément, en les suspectant un peu, et, pour vous comme pour nous, il est inutile de vous trouver constamment parmi eux. Je désirerais qu'on ne vous nommât point dans le monde, que
VOUS n'entreprissiez aucune discussion, hélas ! bien inutile, et qu'en songeant à votre pauvre mère, vous comprimiez la force de vos impressions, les explosions de vos pensées. Songez toujours que ce qui vous parait sage, modéré, et ce qui l'est en effet, devient incendiaire à l'égard de gens effrayés ou d'un autre parti. Je vous dis à peine : « Veillez sur votre vie, > car il se joint à cette idée pour moi une telle conviction que le malheur que je ne pourrais écrire me tuerait sur-le-champ, qu'il me semble que je suis plus calme sur ce point que sur tout autre. Au moment où on se sera aperçu du retour du côté gauche, l'explosion sera terrible. N'entreprenez la justification, ni des principes, ni des actions, ni des individus. Laissez dire, vivez à part, dites-vous toujours que votre jeunesse nuit à vos paroles, et, loin de servir, elle porterait à croire qu'il se mêle des passions emportées à la conduite qu'on lient. Vous devez passer pour être un peu dans les confidences; il faut donc vous taire, car il y a des gens qui doivent chercher à vous faire parler.
Votre père est inquiet de l'avenir; nous devons nous entendre pour le consoler, et ne point joindre à ses soucis ceux qui nous regardent; sa santé n'y
33i CORRESPONDANCE DE M. DE RÊMUSÂT.
tiendrait pas. Il a beaucoup à faire : Un ramassis peu nombreux, mais ardent protecteur des auteurs de V Écho y la jeunesse de la ville, la Garde royale, une légion bretonne, et la peur de M. de Jumilhac de se compromettre avec tous les partis lui taillent de la besogne. Si je le laisse privé de la consolation d'avoir près de lui quelqu'un à qui il puisse se livrer, il faut au moins que nous n'ajoutions rien à ses soucis, qui toujours altèrent sa santé. Il désire beaucoup, ou que vous reveniez, ou que je sois près de vous.