DXXI
MADAME DS BÉMUSAT A SON' IMtS CHARLES DS RéMUSAT, A PAHIS.
Lille, jçudj 10 murft 1S20.
Vous avez toute raison, rtion cher enfant, de pen ser que, cette fois, c'est vous qui me contraignez A ce voyage. J'ai besoin de vous voir; vous ne voulez pas venir; force est bien que j'aille vous trouvei-. Aussi, ce sera à vous à me dédonmiager de toutes les contradictions que vous m'annoncez. Je les ai à peu près prévues, et j'espère que la petite provision de philosophie chrétienne que j'emporte m*aidera aies supporter* Je n'ai point la prétention d'Être entendue, ni écoulée, cette fois, et j*évilerai de mon mieux les froissements, du moins ceux que je m'attirerais par ma faute. J'ai perdu bien des illusions, aussi quelques espérances; cela a jeté de la tristesse dans mon àme, tristesse â laquelle je
d'tfo maître ombrageux, ni retenu pour lut complaire riijnocôn:^? i\m& {'i\%\\ et dan» les fers ; nous soi a mes purs do ttjute cou* aitetice, et itolrû courage est cotitiu. >
me soumets, s'il s'y joint un peu de repos. Le divan va me trouver silencieuse et contrainte ; il en jugera comme il lui plaira, mais Dieu m'entend, et vous aussi, mon enfant, et cela me suffit. Quant à ces avances que vous m'annoncez, sans doute j'y serai sensible, parce qu'elles me viendront par et à cause de vous, mais vous me permettrez de n'y répondre qu'avec mesure. Je ne sais si ma disposition présente tiendra ; du moins, en ce moment, je me sens assez de répugnance pour des liens nouveaux. J'ai souffert par des relations dont j'avais droit à n'attendre que des sentiments doux, et cela m'a rendue craintive. Avec une certaine apparence de force, il y a pourtant en moi quelque chose qui est trop accessible au mal qu'on peut lui faire, et toute amitié nouvelle me trouverait inquiète et défiante. Mon cher enfant, ma vie est comme fondue dans la vôtre; tout ce qui m'est personnel ne me touche guère ; aujourd'hui, il me semble que c'est à Dieu que je veux donner désormais tout ce dont vous me laisserez la liberté.
Je crois que le voyage, le changement d'air et le plaisir de vous voir me feront du bien. Il me semble que vos paroles dissiperont quelquesuns des brouillards de mon esprit, et je me sens en
force, c'est-à-dire en train de silence à l'égard de qui ne m'entendra pas. D'ailleurs, nous ne sommes point dans un temps de conversions; c'est aux événements à justifier les opinions, et ils n'y manquent point. Voilà un royaume d'Espagne en bel étal, et un pauvre roi dans l'impossibilité à peu près de faire le moindre bien.Tl'est pis, hélas I que la position de Louis XVI en 1 790 ; car la défiance ici est toute fondée. Ce qui m'afflige, c'est que cette nation, comme toutes les nations, commencera par s'égarer, avant d'arriver à ce qui lui doit être vraiment utile; et ce temps, ces générations, ces vertus, et j'ajouterai même ces crimes, perdus, tout cela fait faire de sombres réflexions. Plus j'ai lu ces discussions de la Chambre, plus je me suis convaincue que c'était une faute d'avoir présenté cette loi^ Je ne la redoute pas dans la main de nos ministres; je crois qu'elle leur sera un instrument très inutile, et dont ils se débarrasseront avec joie, comme ils l'ont fait des cours prévôtales. Je suis bien aise qu'ils aient eu cette petite majorité, car il serait fâcheux qu'ils se retirassent; mais je déplore la vanité ou l'aveuglement