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reposer un peu de ce qu'il pense et de ce qu'il sent. Incapable de haine et de colère, il ne peut trouver, comme la plupart des gens du monde, de soulagement dans la violence des paroles et Vâcreté des injures ; mais il est froissé par ses propres sentiments, par ses attachements, par ses admirations et ses mécomptes. Je m'attriste de ce qu'il éprouve, et je suis fière cependant de l'élévation de toutes ses émotions.
Je t'enverrai sous'deux jours l'ouvrage de M. de Chateaubriand sur le duc de Berry*. C'est une fort médiocre chose, à mon avis et à celui de beaucoup de gens, du moins de ceux qui veulent conserver leur libre arbitre dans le jugement. La division du livre en très petits chapitres, tous vides, l'entassement des citations, le gonflé des éloges, le tendu du style et la sécheresse qui règne sur tout^ en fait à mon avis une lecture désagréable. Ce qui est bien, naturel et naïf, c'est la correspondance de ce malheureux prince et de sa femme depuis le moment où ils ont été mariés jusqu'à l'instant où ils
1. Mémoires, leUres et pièces authentiques touchant la vie et la mort de S, A.R. monseigneur Charles-Ferdinand d'Artois, fils de France, duc de Berry, par M. le vicomte de Chateaubriand, in-8, Paris, 1820.
se sont vus; leurs lettres valent mieux que tout le pathos de M. de Chateaubriand.
Samedi, 13 mai.
Madame de M..., qui est venue me voir hier, m*a parlé assez longuement de mon amitié pour M. Guizot. Elle m'a appris qu'on s'étonnait fort dans le monde que nous fussions liés avec lui, et là-dessus, dans la tendresse de son amitié et dans l'aveuglement de ses préventions elle m'a étalé tous les griefs qu'on a contre lui. On l'accuse d'avoir mené M. Decazes, tandis que je lui ai entendu dire souvent qu'il avait bien peu de crédit, et que, d'ailleurs, les faits sont au bout, puisque rien de qu'il a souhaité n'a été fait. Elle se le figure comme ayant dirigé je ne sais quelles menées contre la religion catholique, tandis que Guizot m'a conté qu'au moment où il arriva au ministère, M. Decazes lui signifla que, comme il était protestant, il ne le laisserait s'immiscer dans aucune affaire religeuse, précaution qui me paraît très raisonnable. Enfin, elle le croit le plus intolérant des hommes, tandis que, depuis que je suis ici, je ne vois réellement que lui qui rende justice à tout
le monde, et qui sache faire les éloges mérilés des hommes qui ne sont point dans son parti. J'ai répondu à madame de M..., que je ne me croyais point enrôlée à la suite de toutes les opinions de qui que ce soit, pas plus de M. Guizolque d'autres; que je l'estimais fort, parce que je le connaissais bien; que j'avais un grand fond d'amitié pour lui; qu'il y avait quinze ans que je lui voyais suivre une marche droite et morale, et que je ne pouvais pas mettre à la place de mes observations les accusations et les injures des personnesquî ne pouvaient jamais intenter de faits contre lui, et qui se contentaient d'énoncer la haine qu'elles lui portaient.
Tout cela vient en partie de ma pauvre tante, car j'ai fort peu nommé M. Guizot depuis que je suis ici, parce que je n'ai assurément l'envie d'aucune conversion; mais elle le hait fortement, sans trop savoir pourquoi. Il n*y a pas une personne de ma société à laquelle elle ne le dénonce; elle nous représente comme entièrement séduits par lui. A qui veut l'entendre, elle dit qu'il a perdu Charles, et elle fait de tout cela beaucoup plus de bruit qu'il ne faudrait si son amitié avait un peu plus de raison et ses paroles plus de mesure. Son texte favori est de le représenter toujours désolé, au
fond, de tout cela, et supportant par condescendance pour ton fils son amitié pour Guizot. Il n'y a rien à faire à de telles pauvretés, que de ne point les relever, et de les mettre dans le gros volume des inconséquences humaines. Je commence à devenir une digne élève de tes doctrines, et à me peu soucier de ce qu'on dit.*Qiianl à Charles il n'est grâce au Ciel nullement perdu; il se tient tranquille ; il est sincère dans ses opinions, mais point^rrogant, ni injurieux.
Voiciuneanecdote: Il y a quelques jours, M. Ternaux dînait chez le maréchal Oudinot, avec M. de Fitz-James. On parle de la situation présente. Ternaux la conte telle qu'il la voit. M. de Fitz-James est effrayé : a Diriez-vous tout cela à Monsieur ? demanda-t-il. — Sans doute ; pourquoi pas? — Eh bien, venez chez Monsieur! — Je ne puis y aller sans y être appelé. — Et si Monsieur vous invite? — A la bonne heure ! »
Avant-hier, Monsieur envoie chercher Ternaux, qui répond qu'il a du monde à dîner et qu'il ne peut y aller. Monsieur renvoie hier. Ternaux fait dire qu'il ira après que la réunion qui a lieu chez lui aura fini sa séance. Et, en effet, il y a été à dix heures. Je n'en sais pas davantage. Cette quinzaine
va être importante. J'aurais voulu que lu pusses venir, pour assister à tout cela; c'est un spectacle trisle et curieux : On s'échauffe, on s'agite. La volonté de la Providence, les hasards imprévus feront peut-être aulre chose qu'on ne croit. Quant à moi, mon ami, je ne sais en vérité ce que je souhaite, ni ce que jfe crains. Jamais, depuis que je suis au monde, seule avec moi-même, je n'ai éprouvé pareille incertitude.
Dimanche, 14 mai.
Mon pauvre ami, je suis triste, car les temps de partis font voir l'humanité sous un si misérable aspect, que, peu à peu, ou se sent détaché d'une foule de choses. J'admire comment on s*enflamme sur une multitude de pauvretés, de paroles échangées dans le monde et qui, disons-le franchement, n'ôtent ni n'ajoutent à la situation. Les faits demeurent, la force de choses continue de pousser, et ce qu'on a dit n'y a rien fait du tout. Je ne sais ce qui adviendra de la loi; les ministres, vraiment modérés dans celte tourmente, ne répondaient point hier qu'elle passât; tu ne t'attends pas que j'en dise plus qu'eux. Je les plains, et je ne puis
assez te dire à quel point je suis contente du calme et de la tolérance que j'ai été à portée de remarquer chez M. Pasquier, au travers de Feraportement général. Quoique je ne sois pas de son avis sur tout; nos dissidences ne nous ont point empêchés de causer doucement, de parler sans aigreur sur tout le monde. Il a le grand mérite de louer certaines qualités chez des hommes qui marchent dans une ligne opposée; c'est un genre de modération que je n'ai pas rencontré beaucoup depuis que je suis ici. Je le lui ai dit à lui-même.
Malgré cela, il est l'objet d'une haine violente; je vois des uUrà d'une injustice extrême pour lui. J'en entendais, hier, qui disaient, qu'après ceci, il fallait l'écarter du ministère, ainsi que M. Siméon, et que ces deux hommes de moins, bien remplacés^ on irait. Je suis très convaincue que, la bataille des élections gagnée, on y travaillera. Pendant ce temps, il m'est arrivé de rencontrer un militaire d'assez haut grade, de nos connaissances d'autrefois, qui m'a montré une haine tout aussi passionnée contre mon cousin. Il m'a dit, entr'aulres, ces paroles : c Si les Gardes du corps ont voulu sévir contre M. Decazes, les demi-soldes pourraient bien sévir contre votre cousin. » Je t'assure qu'il y
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a des moments où toutes ces passions me soulèvent l'âme au point que je voudrais être absolument hors de toute société.
Demain commencent à la Chambre des pairs le procès de Louvel, et â l'autre Chambre notre grand procès national. Peut-être s'agira-t-il de vie ou<ie mort dans les deux questions; car il y a de la vie ou de la mort politique dans une loi qui peut décider du repos ou du trouble de la France. C'est le général Foy qui parlera le premier. Il doit rendre compte de ce qui s'est passé à la commission. On dit que, dans l'opposition, lui, Benjamin Constant, Royer-Collard, Camille Jordan, Courvoisier, Bignon, Delessert, et j'ai oublié le huitième, se sont entendus pour déployer toutes leur armes, et qu'ils se sont montré leurs discours. Il y a un peu de scission dans le côté gauche: Les vingt derniers du parti sont dans un système d'opinion que repousse B. Constant, qui, en tête de quarante-' cinq membres, a demandé à passer dans ce qu'on appelle la réunion Ternaux. Si le gouvernement n'avait pas des engagements pris avec le côté droit, peut-être pourrait-il tirer parti de cette rupture, et se donner, par quelques concessions habiles, une attitude un peu populaire; mais il lui est difficile de
reculer. Souhaitons-lui bon courage et prévoyance; il en a grand besoin.
Noire cousin Bastard va lire son rapport à la Chambre des pairs. Il était si déterminé à parler selon sa conscience, à dire le vrai dans sa plus grande simplicité, que je parie bien qu'il va être attaqué par les violents d'un parti, et qu'on lui saura mauvais gré de démontrer jusqu'à l'évidence que Louvel est sans complices ; au reste, il est préparé à ce blâme. Tu sais comme sa conscience de magistrat est sincère, et les hésitations de son caractère disparaissent devant ce qui lui parait, et qui est réellement, un devoir. Je crois qu'en somme l'attitude qu'il va garder lui fera beaucoup d'honneur. Je t'assure que, dans des moments aussi difficiles que ceux-ci, on aurait un grand avantage si on se déterminait, comme lui, à ne pas s'écarter de la vérité; elle déjouerait bien des manœuvres. Mais, au contraire, il me semble qu'on s'empêtre un peu dans une foule d'intrigues et de petits mensonges, et on accroît les haines et les défiances qui font tout le mal. Je te reviendrai, mon ami, un vrai petit philosophe, assez tristement détrompée sur une foule de choses, plus dégoûtée de la vie du monde que jamais, et con-
vaincue surtout que nos affaires vont mal, parce qu'elles se traitent encore beaucoup trop au milieu de la société. Il y a chez certains hommes un mélange de vie de salon et de vie publique qui grimace, qui les gène, les compromet et les aigrit.
Mardi, 16 mai.
Quel temps, mon cher ami! Quelles vilaines passions ! Voilà que tout est en feu dans la Chambre des pairs, à cause du rapport de M. de Bastard ! Noire cousin a fait un rapport vrai, naïf, dans lequel il a mis sa conviction tout entière; et cette conviction est que Louvel est un fanatique buté à une seule idée, frappé du départ de Bonaparte et de l'entrée des étrangers; qu'il n'a rien lu, qu'il ne sait ni ne se soucie de ce qu'on a écrit depuis quatre ans. 11 a appuyé ses convictions sur des faits; il a de plus rendu compte des précautions que M. Decazes avait prises, précisément ce jour déplorable du dimanche gras. Il a, pied à pied, conté et éclairci toutes les petites tentatives et menées que Tesprit de parti a inspirées à certaines personnes, pour exploiter le malheur à leur profit. Et voilà
qu*aussitôt les pairs uUrà et même les pairs ministériels se sont tout à fait enflammés. MM. de Fitz- James et de Polignac sont hors des gonds, et ont fait une scène à Bastard. Le parti ministériel dit : c On attaque M. de Richelieu de cette manière, car il a appuyé les lois d'exception sur le crime de Louvel! » Cependant^ un magistrat devrait-il donc imposer silence à sa conscience, et taire la vérité? Je ne sais si le ministère prendra l'affaire ainsi; j'espère que non, car il est composé d'hommes honnêtes, et ils doivent comprendre qu'un magistrat, avant tout, doit être sincère.
Le roi s'est expliqué assez fortement sur la loi ; il a dit publiquement qu'il désirait qu'elle passât, et qu'il regardait comme mauvais Français tous ceux qui parleraient contre. G*est du moins la parole qu'on répète. Il me semble que ce ne sont pas trop les expressions d'un roi de gouvernement représentatif. Au reste, j'ignore ses paroles expresses, parce qu'elles sont redites et exagérées selon les partis. Je t'avoue que je suis un peu troublée de tout ceci, et je le suis d'autant plus qu'hier, malgré mes efforts pour demeurer en repos, une extrême douceur à écouter les injures vraiment grossières dont ma tante prenait plaisir à couvrir,
devant moi, des personnes que j'estime, il a fallu que je finisse par me défendre des duretés dont elle m'accablait. Je parlais de M. de Serre avec le respect qu'il m'inspire, du désir que j'aurais de l'aller entendre, et de sa vie honorable, de l'admiration que m'inspirait la sincérité de ses convictions. Je ne croyais point que ces paroles dussent choquer matante ; car elle venait de me dire que M. de Serre arrivait tout monté contre les doctrinaires, déterminé à rompre avec eux, décidé à s'unir aux ultrày et il me semble qu'elle eût dû me savoir gré de ce que je lui exprimais cette estime et cette confiance pour un homme qu'elle annonçait gagné par ce qu'elle appelle son parti. Loin delà, je crois que ma douceur l'a irritée. Elle s'est mise alors, tout aussitôt, à me disputer les qualités de M. de Serre, à le représenter comme un intrigant ambitieux qui avait été indigne^ l'année dernière, qui se repentait cette année; qui a mis tout en combustion, qui, par sa maladie, a leurré le ministère, ne voulant point quitter sa place l'hiver dernier, et aimant mieux risquer de mourir que de s'en aller; ce que tout le monde souhaitait.
Tout cela a été accompagné d'invectives violentes contre moi et contre mon fils, de reproches de ce
que nous n'aimions que la société des petites gens et des misérables; de ce que, ton (ils et moi, nous fabusions sur le caractère de M. Guizot, comme si tu ne le connaissais pas toi-même, et que tu ne fusses pas en état de juger le caractère et l'esprit d'un homme ! Enfin, je n'avais de ma vie, je l'avoue, ouï quelque chose de si insultant pour nous trois : Charles, un esprit tortu; moi, une exaltée; toi, un bonhomme que nous tournions à notre fantaisie. J'aurais eu besoin de force et de courage pour répondre; mais j'étais un peu malade et je me sentais une forte envie de pleurer. Je sentais audedans de mon âme tous les mouvements de la raison, et, comme je ne voulais pas céder à une sorte d'indignation excitée en moi par la douleur de me voir ainsi mal jugée, et travestie par une personne qui devrait mieux me connaître, qui m'insultait, à la lettre, avec une sorte de plaisir, je ne savais que lui répondre, j'hésitais dans le choix de mes expressions, et elle peut se vanter d'avoir eu plein succès, car elle m'a assommée, et j'ai été tout à fait imbécile. Pour être à la mesure de la disposition du moment, il faudrait pouvoir se mettre en colère, et tout ce qui se passe m'émeut tellement, que j'en suis incapablq. Aussi Charles me
dit qtfil n'aurait pas cru que je pusse être aussi victime que je le lui parais. Et cependant, si tu savais à quel point, intérieurement, depuis huil jours, je me suis appliquée avec moi-même à réprimer en moi toute passion, à chercher la vérité, à rendre justice à qui il appartient, à louer par exemple M. de Serre, qui va peut-être prendre le parti de ce qui ne me parait pas la raison, mais qui mérite qu'on l'attende pour le juger, qu'on l'admire même en ne l'approuvant point, et qu'on comprenne ses sentiment personnels, la loyauté, le dévouement qui le font agir !
Mercredi, 17 mai.
Il y a bien de la colère contre le rapport de Bastard. La puissance de la vérité, la force de sa conviction, la netteté de sa conscience l'ont porté A dire que Louvel, seulement fanatique de Bonaparte, avait été entraîné par la disposition passionnée et criminelle de sa nature, et qu'il ne lisait rien, qu'il était étranger aux discussions politiques, et n'était pas conduit par les mauvaises doctrines ni les feuilles incendiaires ^ Il se trouve
1. M. de Ronald écrivait, dans le Défenseur, que les opinions
que cet exposé fidèle de la vérité annule les motifs sur lesquels le ministère a appuyé la demande de ses lois d'exception; ce qui prouve, en passant, qu'il eût dû s'occuper tout de suite de la repressions de la Presse et de la loi d'élections, et ne pas repousser les conseils qu'on lui donnait alors. Cette faute a été grande, car elle a mis l'opposition sur un terrain en apparence raisonnable. D'ailleurs, on pouvait certes motiver les inconvénients de la liberté de la Presse autrement que par l'assassinat du duc de Berry. Enfm, quoi qu'il en soit, on sait mauvais gré à ce pauvre Bastard d'avoir dit la vérité; les grands uUrà sont furieux, d'autant que ce rapport découvre les tentatives que quelquesuns d'entre eux ont faites pour rattacher quelque chose à ce meurtre, et particulièrement y impliquer M. Decazes. La sincérité de Bastard lui fera honneur parmi les honnêtes gens; mais elle le brouillera avec beaucoup de monde. Quel temps, mon ami, que celui où la vertu jette plus d'embarras dans la conduite que le vice! J'ai vu, hier matin, M. Pasquier. 11 est fermement convaincu qu'on ne peut se sauver que par
énoncées par M. Guizot avaient une singulière reê$emblance arec les doctrines professées par Louvel.
la marche qu'on suit. II se plaint amèrement des doctrinaires qui fortifient, dit-il, Topposilion, en lui prêtant leur mérite et leur talent. Il dit encore qu'on leur a offert de s'entendre, et qu'ils ne s'y sont pas prèles. Il a du courage contre les dangers qui le menacent; ses discours sont fort honorables pour lui; j'ai en tête qu'il se trompe, et je crois que, dans nulle époque de sa vie, il ne s'est montré si estimable.
Si on pouvait envisager d'un regard tranquille ce qui se passe sous nos yeux, on trouverait à chaque pas des incidents tellement curieux à observer, qu'on attacherait en quelque sorte un intérêt et un plaisir à tout ce qui se déroule ainsi; mais l'inquiétude a le dessus, Uesprit est troublé, le cœur souvent serré, et la souffrance devient un état habituel. « Qu'adviendra-t-il? > est le mot de chacun. Toutes les paroles sont menaçantes ; le mal s'accroît encore par les paroles ; il faut dont compter sur quelque bon hasard qui, après tout, n'est pas impossible. Quant à moi, je porte mes propres émotions et celles de Charles. Aujourd'hui, j'ai reçu un petit billet de M. de Laboulaye *, ami intime de M. de Serre. Je
1. M. Froc de Laboulaye était un député distingué du centre gauche, qui passa peu de temps après au centre droit.
me suis assez liée avec lui depuis que je suis ici, parce que nous nous rencontrons souvent et que nous nous entendons dans nos admirations du Garde des sceaux. Il m'a donc écrit que M. de Serre arrivait fort souffrant; ce billet était daté du cabinet du ministre. En lisant ce peu de lignes, Charles est devenu pâle d'émotion. Son attachement pour le Garde des sceaux, les opinions de ses amis, les siennes propres, la pensée que la grande question de la liaison ou de la rupture de personnes qu'il estime également allait se déterminer dans vingt-quatre heures; ce dévouement d'un homme mourant peut-être, ou du moins menacé gravement, qui vient s'associer à des mesures qu'il n'a point prises et les soutenir au nSépris de sa raison, tout cela se croisant dans la pensée de notre enfant le jetait dans un état qui m'a fait venir les larmes aux yeux. Je viens de l'envoyer prendre l'air pour le remettre un peu, et, moi, je t'écris pour t'associer à des sentiments que personne ne comprendrait.
J'ai vu ce matin M. Siméon, il m'a laissé voir une profonde inquiétude sur les suites de tout ceci, et peu de consflance dans ce qu'il entreprend, M. de Mézy me disait, hier : « Je conviens qu'on a