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MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS
Lille, 30 mai 1820^.
Me voici arrivée, mon cher enfant, et assez promptement rentrée dans mon repos favori. Ce que j'ai vu de Paris m'a donné du goût pour le silence qui m'environne. Il me semble qu'ici je rasseois mes pensées hors des influences haineuses qui m'ont paru s'être emparées de tous les partis. Votre père se porte bien, et est content de me revoir. Albert a pleuré de joie en m'embrassant ; mon ménage, bêtes et gens, me faisait bonne mine; cette bienveillance a soulagé mon âme oppressée de quelques petites injustices parisiennes. Je serai très heureuse quand je vous tiendrai ici, d'autant que je crois que ce repos vous fera aussi du bien. Après une pareille tourmente d'opinions, de paroles, de sentiments ou contenus ou échappés, l'esprit a besoin de se rafraîchir, de
1. Ma grand*mère était partie le samedi 27 mal pour Lille» lais* sant soa fils à Paris.
^e retourner vers lui-même, de compter les pas qu'il a faits, peut-être les écarts où il s*est emporté, et, pour ne pas s'exposer à ne voir, qu'une face des choses, il est assez utile quelquefois de changer de point de vue. Après avoir observé de près les mouvements des acteurs, après avoir peutêtre aussi joué un petit bout de rôle, vous viendrez voir ici quel est ce public qui vous regarde et vous juge, et, quoique le spectacle qu'il vous donnera soit bien moins piquant^ il peut aussi avoir quelques avantages pour vous. Votre jeunesse vous appelle à profiter de tristes et instructifs débats qui nous dévorent tous, nos erreurs travaillent pour vous autres qui pourriez bien être un jour des héritiers assez ingrats sans qu'on dût vous le reprocher trop amèrement.
Je vous dirai, mon ami, que j'ai été charmée d'avoir échappé aux paroles qu'auront fait dire les discours de samedi. Je les ai lus avec émotion au coin de mon feu, et j'en ai causé à l'aise avec votre père. Le discours de M. de Lafayette m'a paru tout à fait révolutionnaire, et je conçois qu'il ait excité le mouvement de M. de Serre ^; cepen-
1 . C'est, en effet, en interrompant le discours de M. de Lafayette que M. de Serre reparut à la tribune, accusant l'orateur
dan t j'aurais bien désiré que celui-ci fût moins violent et moins personnel. Je suis convaincue qu'il avait un .peu de fièvre en montant à la tribune; ses paroles sont l'accent d'une âme blessée, avec quelque raison, dans un corps faible et irrité par la maladie. Ce qu'il a dit sur le drapeau national est de trop et blessera peut-être, et j'ai peur que sa véhémence ait un peu manqué d'habileté ; mais je n'en aime pas moins le sentiment qui Ta emporté, et il y avait dans le discours de M. de Lafayette une affectation à ne point parler du roi qui méritait une leçon. Il se pourrait qu'on eût mieux fait de la donner autrement. Il me semble que M. Pasquier a recouru après l'impétuosité de M. de Serre avec assez d'adresse, et que Benjamin Constant a été, de son côté, passablement habile.
Nous sommes, votre père et moi, fort contents du dicours de Royer. Cette déclaration élevée de son système, cette franche ouverture de ses principes, cette rupture avec les jacobins, tout cela est
de professer la doctrine de la souveraineté du peuple, et cette souveraineté, disait M. de Serre, n*cst autre chose qu'un appel à la révolte, un manifeste pour la justifier. Il ajoutait que les couleurs du drapeau tricolore ne pouvaient plus être que les couleurs de la rébellion. Benjamin Constant lui répondit très vivement.
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bien, et élève comme un drapeau derrière lequel il est honorable de marcher, si la conscience y conduit.