‹ Correspondance de M. de Rémusat pendant les premières années de la restauration; (volume 2)Chapitre 79 sur 91 · DXXXIII · texte numérisé non relu

DXXXIII

CHARLES DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A LILLE

Paris, mardi soir, i7 juillet 1821 *.

C'est à vous, mon cher père, que j'écris; car, si j'adressais ma lettre à ma mère, elle serait tentée de ne pas vous attendre pour la lire, et je veux lui éviter tout emploi précoce et inutile de sa vue. J'espère qu'elle est arrivée sans accident à Lille. Le temps a été passable les deux jours de son voyage, el, quoiqu'elle soit partie assez souffrante,

1. Mon père, revenu à Lille le 20 novembre 1820, y resta plusieurs mois auprès de ses parents, n'étant retenu à Paris ni par un journal, ni par ses travaux, ni même par un intérêt politique très vif. G*était le plus Ion; séjour qu'il eut fait auprès de sa mère, depuis qu'il avait rftge d'homme, et cette vie lui fUt très

j'espère que la route n'aura point ag^avé son mal. Elle craignait le voyage, et maintenant j'ai peur que ce ne soit le séjour qui lui soit un peu difficile. Elle aura des moments de solitude et d'oisiveté qu'elle ne saura comment remplir. Je voudrais bien qu'elle acquît le talent de dicter ; elle regorge d'idées et d'émotions depuis sept mois, et, pour une personne habituée à les rédiger par écrit, c'est une bien longue abstinence. D'ailleurs, quand elle a l'âme triste, je lui dirai que c'est une expérience mille fois faite que

douce. Ils travaillaient, d'ailleurs, beaucoup tous deux, lui a un Essai métaphysique sur la nature du pouvoir, qui n'a jamais été imprimé, elle à ses Mémoires et à son livre sur l'éducation. Leur bonheur, à tons trois, fut troublé par un mal d*ycux qui atteignit assez subitement ma grand*mère, et devint très vite douloureux, irritant et inquiétant On a vu que sa santé avait toujours été faible, et cotte souffrance d*un genre nouveau l'attrista plus qu'aucune autre. Elle se décida à partir avec son fils, pour consulter les médecins de Paris, le 5 mars 1821, et pendant plusieurs mois les lettres écrites chaque jour par mon père à mon grand-père sont uniquement remplies par des détails de santé, le récit de ses inquiétudes ou de ses espérances qui auraient aujourd'hui peu d'intérôt. Elle était soignée par Dupuytren qui la considérait comme rhumatisante, ainsi qn'on dit aujourd'hui, et croyait que le rhumatisme s'était porté sur les yeux. Elle vécut plusieurs mois dans une obscurité presque complète, et ne put partir que dans les premiers jours du mois de juillet 1821. La correspondance recommença, mais d'une façon triste et intermittente, après une interruption de près d'une année.

le soulagement qu'on trouve à exprimer même des préoccupations pénibles, et que le travail de la composition, l'analyse de ce que l'on éprouve, la recherche des paroles propres à en rendre compte, sont une consolation sans distraction, la seule possible dans certains cas, puisqu'elle a sa source dans la tristesse même. On s'acquitte, en général, envers ses sentiments en les exprimant; on les adoucit sans les affaiblir ; c'est une véritable satisfaction pour la conscience.

Je n'ai pas grand' chose à vous mander. Je n'ai vu presque personne, que le Thaumaturge * qui m'a un peu rabâché les mêmes choses. Il croit, et en cela je suis assez de son avis, que tous les mouvements de notre gouvernement n'aboutiront à rien, que le statu quo se perpétuera, au moins jusqu'aux élections, qui seront peut-être soumises à deux ou trois directions se donnant toutes pour ministérielles. Vous savez mieux que nous, dans vos provinces, si Textrême-droite présente et active aura plus d'influence que l'administration agissant sous main contre elle, et n'osant pas, après tant de variations, rompre ouvertement avec

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