‹ Correspondance de M. de Rémusat pendant les premières années de la restauration; (volume 2)Chapitre 80 sur 91 · M. Royer-CoUard · texte numérisé non relu

M. Royer-CoUard

le parti qu'elle a elle-même déchaîné. Pour moi, je penche à croire que c'est la droite qui remportera, et que, bien qu'elle ait donné beaucoup d'embarras au ministère, cependant, dans l'impossibilité de faire la majorité à lui tout seul, il aimera mieux encore voter avec elle qu'avec la gauche.

Il me reste peu de place pour vous parler de la résurrection bonapartiste à laquelle nous assistons*. C'est un symptôme d'opinion assez fâcheux. Rien de mieux qu'un grand souvenir, une impression profonde et sérieuse ; mais ces panégyriques, ces justifications menteuses du caractère et du système, voilà ce que je ne puis souffrir, non plus que cette inviolabilité qu'on prétend donner à sa mémoire.

Champlâtreux *, 3 août.

Comme vous voyez, mon cher père, j'ai enfin

1. L'empereur Napoléon était mort le 5 mai 1821, ce qui avait donné lieu à des manifestations sympathiques et platoniques à sa mémoire.

2. Le château de Champlâtreux, près de Luzarches, appartenait, comme on sait, à M. Mole.

émigré de Paris; ma tante et moi, nous sommes partis, hier jeudi, elle pour aller chez M. de Frémilly, moi pour venir ici ; et j'y suis fort bien, comme on y est toujours. Il y a peu de monde et de celui qui me convient le plus. M. MoIé est en bon train. Frédéric * est gai et aimable comme à son ordinaire; on m'y traite avec bienveillance, et si j'osais, je dirais avec distinction. Ce qu'il y a dans le tour de mon esprit, dans mon choix de vie, d'un peu singulier, m'est assez utile. J'ignore si je ne me fais point une illusion d'amour-propre, mais il me semble qu'on ne me traite pas comme les autres, et précisément peut-être parce qu'on a trouvé en moi à blâmer, on me sait gré de beaucoup de choses que, dans d'autres, on ne remarquerait pas. Je ne dis point cela tout à fait pour le maître de la maison, qui, dans toutes les circons* tances a été soigneux et bon pour moi. Tout en me raillant d'une manière douce sur ma manière d'être, il me semble qu*il la prise assez; il est bien aise qu'il y ait des gens qui aient pris la condition que j'ai choisie, pourvu, cependant, qu'on le dispense d'en faire autant. C'est une nature d'opinions et

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