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MADAME DE RÉUUSAT A CHARLES DE RÉMUSAT, A^ PARIS
Lille, vendredi 26 octobre 18il .
Vous avez bien raison, mon enfant, de ne rien comprendre à mes maux. Assurément, il dépend de vous de croire que votre présence était ma santé: car, depuis votre départ, j'ai toujours souffert. Je suis faible, maigre et triste; je voudrais m'en aller. Pendant ce temps, la saison devient mauvaise, et je ne vois plus comment je pourrai échapper à notre excessive humidité. Mon enfant, je suis un bien pauvre reste de créature.
Votre père a décidément mordu à ce théâtre allemand, et particulièrement depuis quelques jours à la Morl de Wallenstein. Pour mon compte, la seconde lecture m'a tout à fait charmée. Celte fatalité de la situation, cette répugnance du caractère, ce combat de l'orgueil et de la magnanimité, me paraissent admirablement conduits; enfin, j'aime jusqu'au mélange d'exaltation et de critique
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qui fait le fond du dialogue, parce qu'au fait, je trouve qu'il a quelque analogie avec ma disposilion particulière.
M. de Barante a mis beaucoup d'esprit, de raison et de goût dans son morceau; mais c'est toujours quelque chose d'étrange de voir comme, en écrivant, il a peine à enfanter les paroles de ses pensées. Ensuite, il me parait par trop impartial, ou plutôt trop partial, pour le dédain personnel que lui inspire ce qu'il appelle des solennités. Il reproche à Schiller de parler de lui-même avec trop d'importance. Ehl bon Dieu, la pauvre vie humaine serait bien peu de chose, s'il nous était défendu d'exalter à nos propres yeux celles de nos pensées qui déterminent nos actions sérieuses. Je ne sais si c'est parce que je ne puis bouger; mais je me sens plus disposée que jamais à ne pas faire grand cas des faits, et je pardonne au contraire Torgueil qui s'applique à la pensée. En tout, mes souffrances et mes lectures m'ont tenue dans un cercle d'habitudes et d'idées pendant tout ce mois, qui m*ont fort séparée des allures d'esprit et de corps de tout ce monde-ci.
Je crains un peu que l'ouvrage de Guizot ne soit retenu à la poste. Vous savez que cela arriva
as CORRESPONDANCE DE M. DE RÉMUSAT.
l'année dernière. Celui de la femrae* fera de très jolies élrennes pour celte année. Je voudrais bien que vous n'eussiez (jue dix ans, el pouvoir encore vous les offrir. Je ne sais, cependant, s*il n'est pas un peu hardi de présenter si tôt à de jeunes esprils, la possibililô de la réhabilitation après une faute déshonorant»', c]csl donner la Nouvelle Hélo'i.^e à des jeunes iilles. J'aurai un avis plus arrêté quand j'aurai tout lu.