Ma graDd'mère était arrivée ]e mercredi 11 novembre
pi et. L'organisation du parti indépendant est fort remarquable.L'argenldeLafnttearéellement servi : des estafettes ont été envoyées; les marchands de Paris étaient harcelés et bien gagnés; quelquefois les agents de la police se trouvaient nez à nez avec ceux de l'opposition, et voyaient faire la besogne devant eux. Il y a eu des billets des maires contrefaits, dans lesquels on disait : c Monsieur, le gouvernement vous prie de nommer M. Benjamin Constant, » lors de la réunion du collège du Mans.
Hier soir, la jeune duchesse de Broglie a attaqué M. de Mézy sur les élections du Nord, c Elles sont très bonnes, disait M. de Mézy, et ministérielles. — Ah! tant pis, reprit la petite femme; nnais je n'en crois rien. M. de Brigode, M. Revoire ne sont pas ministériels, etc. > M. de Mézy était bien surpris de lavoir si parfaitement informée. Le sang de madame de Staël coule dans ses jeunes veines, et en fait une personne tout habile à la politique.
On cite un joli mot du roi. On lui parlait de Manuel, nommé dans la Vendée : c Allons, dit-il, les amis de nos amis sont nos amis ; à la bonne heure I » et en riant. Il a pris plus sérieusement la nomination de M. de Lafayelte, qui Ta affligé.
La grande vivacité des salons est contre les élections. Il ne parait cependant pas qu'on y touche. M. Guizot demandait, l'autre jour, à un ministre : € Quand vous êtes avec vos collègues, parlez-vous par hasard politique? » Le général Mathieu, qui est à Lyon, et M. Courvoisier ont tous deux mandé : ^ c Benjamin Constant sera nommé ici. Puisque vous ne voulez pas le croire, nous sortirons de la ville, tous deux, le jour des élections, aûn de n'être point présents au camouflet que recevra le gouvernement. > Et ils l'ont fait.
Vendredi.
J'ai donc été, hier vendredi, chez M. Mole ; j'y ai vu beaucoup de monde, et n'y ai guère entendu causer. On m'a très bien reçue, et fort demandé de tes nouvelles. J'ai trouvé là M. Laurislon, qui m'a annoncéun régiment delà Garde pour Lille, et précisément celui de M. de la Potherie. J'ai dit, tout bas, à M. Mole nos craintes à ce sujet ; il m'a promis d'en parler à M. Decazes, et, ce matin, je lui en parlerai moi-même, car je dois aller le voir, à une heure. Le chevalier de Panât avec quelques autres
ont un peu entrepris de . causer sur l'état des choses. M. Portai, qui arrive de Montauban, nous a dit tout haut : < J'ai vu, ce matin, M. Laine, et je lui ai dit que ce qui se passe en France, à présent, est un peu de notre faute ; que, partout où on avait laissé des traces de Tadministration de 1815, l'esprit était devenu mauvais. > Là-dessus, H. de Panât disait : < Le ministère aura encore, cette année, une belle majorité; mais il ne faut pas s'endormir là-dessus ; il faut de la vigueur, i M. Portai reprenait : c II faut surtout de l'activité, et voir juste, i II a été question de Manuel. C'est un homme qui aura moins de talent et de puissance qu'on ne croit.. M. Mole écoutait et ne disait rien ; mais il paraissait un homme qui a envie de hausser les épaules à ces pensées. M. Pasquier est arrivé, et alors la conversation s'est éteinte, car il a l'air de ne vouloir parler, ni laisser parler.
On remarque, dans cemoment, plusieurs ouvrages qui font beaucoup de bruit. D'abord les derniers numéros de la Minerve et du Conservateur qui sont violents; une petite brochure de M. de Villeneuve, de Toulouse, qui attaque directement le roi, et qui annonce un 10 août; une de M. de Bonald contre le livre de madame de Staël; celle-ci est très spiri-
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tuelle, mais sL niaise sur le regret de ne point voir en France le gouvernement despotique, qu'on craint qu'elle ne donne trop occasion aux opposants de dire : < Voilà où on veut nous mener, i
Vendredi.
J*ai vu le ministre, hier matin, et je suis bien restée une demi-heure avec lui *. Voici notre conversation : Premièrement, ta santé et les élections. Ensuite, j'ai abordé la question du Conseil d'État*, c Nous avons adopté, nous a-t-il dit, ce système de faire des maîtres des requêtes; nous le croyons bon ; il va déplaire souverainement à messieurs de Brosses et de Tournon, mais cependant nous y tenons, et on finira par s'y accoutumer. M. de Rémusat a passé vite au plus beau département de France; qu'il y prenne donc un peu patience, et qu'il compte sur nous. Cependant, comme je suis franc, il faut que je vous dise que nous avons quelques griefs contre lui. 11 semble que, depuis