‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 100 sur 489 · MONTESQUIEU AU PRÉSIDENT HÉNAULT · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU AU PRÉSIDENT HÉNAULT

Minute autographe. Arch. de La Brède.

[Février 1749.]

Mon illustre Président, De grâce, par bonté, par amitié', envoyez-moi vos remarques sur VEsprit des lois. Écrivez, faites écrire objections, critiques; envoyez-moi tout cela. Si l'ouvrage est bon, il appartient à tout le monde; S'il est écrit sur des matières importantes, il convient que tous les bons esprits aident les auteurs de leurs remarques et de leurs réflexions. Les vérités que je trouve sont à vous et celles que vous trouvez sont à moi. La vérité est comme la mer, que M. Locke appelle la grande commune de l'univers; ce n'est

a) Biffé: Par l'amour que vous avez pour la vériié, par les connaissances fines que vous avez des choses.

qu'avec la raison des autres qu'on devient soi-même raisonnable. Mon illustre Président, ne m'abandonnez point et dites-moi beaucoup de choses. Vous m'avez dit mille choses obligeantes sur ce qu'il peut y avoir de bon dans mon livre; vous avez parlé à mon orgueil; parlez à ma modestie: je regarderai les objections que vous me ferez comme venant d'un homme qui sait au souverain degré juger et sentir", mais aussi d'un homme que la nature a formé le protecteur de la liberté des jugements des autres.

Dites, je vous prie, à M""^ Du Deffand que j'irai lui parler, puisqu'elle ne veut pas m'écrire, et c'est bien à moi à qui il appartient de choisir l'un préférablement à l'autre. Assurez-la, je vous supplie, d'un souvenir qui est toujours joint avec mes regrets.

J'ai l'honneur d'être, avec les sentiments les plus tendres et les plus respectueux...

Autographe. Arch. de La Brède.

A Paris, ce 2 2« février 1749.

Je suis occupé. Monsieur, à lire le nouvel ouvrage qui a paru cette année sans nom d'auteur, mais que l'on sent partir de la main de quelqu'un qui pense dans le grand, qui a réfléchi profondément, qui donne au public partie de ses réflexions et lui

a) Biffé: qui a infiniment d'esprit et des connaissances.

I. Philippe Thomé, seigneur de Ferrière, conseiller au Parlement de Paris eu 171 3, mort en 1752.

laisse deviner, s'il le peut, toutes celles qu'il a faites au delà et qu'il ne dit pas. L'accueil avec lequel il a été reçu, l'empressement de tout le monde pour l'avoir en fait l'éloge et, s'il est permis d'y ajouter mon faible suffrage, je dirai que, pour moi, je le trouve admirable. Quoique vous soyez plus difficile qu'un autre, avouez que vous êtes forcé de penser de même. Vous ne devez pas douter, Monsieur, que, pensant comme je fais, je ne sois infiniment flatté que vous vouliez bien me conserver quelque part dans votre souvenir. Je vous demande la continuation de cette grâce avec instance et vous jure d'être persuadé que je la mérite par tous les sentiments avec lesquels je suis le plus respectueusement. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Thomé.

M™® Thomé me charge de vous offrir mille compliments de sa part.

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