‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 110 sur 489 · MONTESQUIEU A DOMVILLE · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A DOMVILLE

Minute autographe. Arch. de La Brède.

A Bordeaux, ce 4 mars 1 74g.

"J'espère, Monsieur, que vous n'avez point oublié les bontés que vous aviez pour moi lorsque nous étions à Paris et l'amitié que je vous avais vouée et, quoique je dusse principalement à M. de Bulkeley l'amitié d'un homme tel que vous, j'en étais flatté comme si je la tenais de la première main. M. de Bulkeley vous a fait tenir des errata de Y Esprit des loiSy au nombre de deux à trois cents. Je vous les ai envoyés sur ce que vous avez marqué qu'on voulait faire l'honneur à l'auteur de le traduire en anglais. Cela étant, je ne serais pas fâché de paraître à un si beau et si grand jour avec deux ou trois cents fautes de moins. Vous remarquerez que cet errata se rapporte à la première édition de Genève seulement et point aux autres, je crois. Je joins à cette lettre un autre^ petit errata^ que je vous prie de communiquer aussi. Tout ceci dans la supposition que vos libraires n'aient pas changé d'avis, ce qui dépendra du bon ou du mauvais succès que ce livre aura en Angleterre, qui est, en fait de raisonnement^", le grand tribunal de l'Europe.

Quand vous verrez Milord Chesterfield' assurez-le,

a) Entête, quatre lig-nes biffées: Vous devez avoir reçu, Monsieur, par M. de Bulkeley un exemplaire des errata, au nombre de deux oa trois cents, du livre de VEsprit des lois, qui a été estropié à Genève. Mais, avant de vous en parler... — b) Biffé : Deux autres. — c) L'original est orthographié : qui ait tant fait de raisonnement...

I. Sur le détail des relations de Montesquieu et de Chesterfield, cf. Churton CoUins, Voltaire, Montesquieu et Rousseau en Angleterre (Hachette, 191 i), p. Ii3 et suiv.

je VOUS prie, de mes respects; remerciez-le des bontés qu'il a eues pour mes amis; dites-lui combien j'en suis orgueilleux et demandez-lui pour moi la continuation de son souvenir.

Je voudrais bien que M. le duc de Richmond partît pour la France et que je pusse lui faire ma cour à Paris.

Nos négociants nous disent ici que vos négociations avec l'Espagne ne vont pas fort bien; je n'en suis point du tout surpris, avec votre Gibraltar qui, je m'imagine, est un crible par où passent en Espagne les hérétiques, les Juifs et les Maures'. Ce lieu, qui était autrefois la contrée où l'on plaçait les Champs- Elysées, est aujourd'hui un lieu infernal.

Ne reviendrez-vous point à Paris ? faudra-t-il aller en Angleterre pour vous revoir? J'ai l'honneur, Monsieur, de vous saluer et de vous présenter mes respects.

M. Domville.

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