M«- DE TENCIN A MONTESQUIEU
Original, avec le dernier alinéa autographe. Arch. de La Brède.
Ce 4 mars 1769-
Votre lettre, mon petit Romain, à M. de Boucainville a été rendue; comme je ne le crois pas aussi connu de la Renommée que vous, je me suis adressée à d'autres qu'à elle pour exécuter votre commission.
a) Biffé: Tenez-vous à Gibraltar une nichée d'hérétiques qui ne font que rire lorsqu'ils voient passer en Espagne les Juifs et les Maures qui y vont troubler la pureté de la foi?
En voici une dont je suis chargée pour vous: on travaille à deux ou trois éditions de votre ouvrage, l'une in-quarto et l'autre in-douze; les libraires avant que de la commencer veulent savoir si vous n'avez aucun changement ou aucune augmentation à y faire. Je vous envoie d'abord V errata; vous verrez si vous en êtes content et si [vous] n'avez rien à y ajouter; en un mot donnez-moi vos ordres sur cette édition et je tâcherai de les faire exécuter ponctuellement.
Vous devez juger, par la promptitude avec laquelle la première a été enlevée, du succès de l'ouvrage; il est au-dessus de ce que vous en pouvez penser. Il y a pourtant eu par-ci par-là quelques critiques. En voici une par exemple : dans le second volume, au sujet de Bayle', on prétend qu'il y a une phrase obscure; comme j'ai prêté mes deux exemplaires, je ne puis vous la marquer positivement; mais, en parcourant le chapitre, vous la trouverez infailliblement. S'il m'en revient quelques autres, je vous les dirai de même. L'ouvrage est trop beau pour craindre de vous y montrer quelques petites négligences.
Est-il vrai que nous ne vous verrons qu'au mois d'août? Mandez-le-moi, je vous prie: j'ai besoin d'un terme pour fixer mon impatience.
Il n'y a ici aucune nouvelle digne de vous. A propos, j'oubliais que les Génois qui sont ici prétendent que vous n'avez pas parlé exactement sur leur banque-; mais je m'en rapporterais plus volontiers à vous qu'à eux : vous voyez mieux que personne