‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 163 sur 489 · MONTESQUIEU A GUASCO · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A GUASCO

Lettres familières (XXIX), p. 119. — Laboulaye, VII, p. 323.

De Bordeaux, 2 juillet 1749.

Pour vous prouver, illustre abbé, combien vous avez eu tort de me quitter et combien peu je puis

être sans vous, je vous donne avis que je pars pour vous aller joindre à Paris; car, depuis que vous êtes parti, il me semble que je n'ai plus rien à faire ici.

Vous êtes un imbécile de n'avoir point été voir l'archevêque' puisque vous vous êtes arrêté quelques jours à Tours. C'était peut-être la seule personne que vous aviez à voir et il vous aurait très bien reçu. Vous auriez aussi dû faire un demi-tour à gauche à Véretz : M. et M"'* d'Aiguillon vous en auraient loué. Cela valait bien mieux que votre abbaye de Marmoutiers-, où vous n'aurez vu que des choses gothiques et des vieilles paperasses qui vous gâtent les yeux.

Votre Irlandais de Nantes m'a beaucoup diverti. Un banquier a raison de se figurer qu'un homme qui s'adresse à lui pour chercher des académie parle de celles de jeu et non d'académies littéraires, où il n'y a rien à gagner pour lui. Le curé voit en songe le clocher et sa servante y voit la culotte.

Je savais bien que vous aviez fait vos preuves de coureur, mais je n'aurais pas cru que vous pussie ; faire celles de courrier. M. Stuart dit que vous l'avez mis sur les dents. Quand vous vous embarquerez une autre fois, embarquez votre chaise avec vous, car on ne remonte pas les rivières comme on les descend.

J'espère que vous ne vous presserez pas de partir pour l'Angleterre; il serait bien mal à vous de ne pas attendre quelqu'un qui fait cent cinquante lieues pour vous aller trouver. Je compte d'être à Paris

1. L.-J. Ghapt de Rastignac, archevêque de Tours, de 172? à ijSo.

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