La comtesse de Pontac
491. — MONTESQUIEU AU DUC DE NIVERNAIS. Minute autographe. Arch. de La Brède.
Paris, ce 26 de janvier lySo.
J'importunerai donc encore Votre Excellence : il m'est revenu que les tracasseries qui m'ont été faites à Paris ont été portées à Rome et qu'on y parle de faire mettre mon livre à l'index. Je vais avoir l'honneur d'exposer à Votre Excellence les raisons qui doivent empêcher cela.
Il parut, il y a environ un an, une lettre dans le Journal de Trévoux\ par laquelle on prétendait prouver qu'il y avait dans le livre de V Esprit des lois des choses qui intéressaient la religion; comme les objections ne me paraissaient pas fondées, je crus qu'il était plus sage de ne pas répondre. Depuis ce temps, les Nouvelles ecclésiastiques- ont fait, sur le même livre, une terrible sortie; j'ai fait une réponse 5 qui paraîtra dans quatre jours d'ici; j'y détruis si bien toutes les objections qu'on m'a faites, qu'il ne reste pas pierre sur pierre et, comme les deux ouvrages critiques ne contiennent que les mêmes objections, la réponse qui fait tomber l'un fait tomber tous les deux. Votre Excellence la recevra par le courier prochain.
Si l'on demande comment il se peut faire que mon livre ait trouvé des critiques dans les deux partis
I. Lettre au P. Berthier sur l'ouvrage intitulé l'Esprit des lois dans Iz Journal de Trévoux d'avril r74g, p. 718.
2. 9 et 16 octobre 1749; les deux articles parurent en brochure sous le titre à'Exavien critique de l'Esprit des lois. Amsterdam, 1751, in-i2.
3. Défense de l'Esprit des lois, Genève, Barrillot et fils, [Paris], 1750, in-i 2 .
qui combattent en France, cela est aisé à expliquer. J'ai eu occasion dans mon quatrième livre, chapitre G, de parler du Paraguay : j'ai absous les Jésuites des imputations mauvaises qu'on leur fait là-dessus; cela a déplu à l'auteur des Nouvelles ecclésiastiques . D'un autre côté j'ai employé quelques expressions, dans cet endroit, qui n'ont pas paru aux auteurs du Journal assez respectueuses pour les Jésuites; il n'en a pas fallu davantage et je me suis trouvé comme celui qui habite le second étage d'une maison, qui était incommodé, disait le grand Cosme de Médicis, par la fumée d'en bas et par le bruit d'en haut.
Cela supposé, je dois espérer de la sagesse reconnue de cette Cour, et surtout du gouvernement présent', qu'on ne s'y déterminera pas à rien décider sur cette affaire avant d'avoir vu si mes réponses sont satisfaisantss.
Il y a toutes les apparences du monde que, dans quatre jours d'ici, il n'y aura pas un homme à Paris qui ne dise que ceux qui m'ont attaqué ont tort : serait-il convenable que, dans le même temps que le bruit cessera à Paris, on le recommençât à Rome?
11 y a vingt-deux éditions de mon ouvrage répandues dans toute l'Europe; les gens les plus savants et les plus éclairés ont jugé que le livre était bon : cela ne doit-il pas engager les ministres ou les officiers de cette Cour à ne prononcer qu'en grande connaissance de cause?
Je travaille à une édition dans laquelle j'ôterai jusqu'aux prétextes qu'on a pris pour faire des