MONTESQUIEU A L'ABBÉ VENUTI
Lettres familières (XXXIV), p. 134. — Laboulaye, VII, 340.
De Paris, ce 18 mai lySo.
Je suis bien fâché, mon cher Abbé, que vous partiez pour l'Itahe' et encore plus que vous ne soyez pas content de nous. Je vois pourtant, sur ce qui m'est revenu, qu'on n'a pas pensé à manquer à la considération qui vous est due si légitimement. Je souhaite bien que vous ayez satisfaction dans votre voyage d'Italie et je souhaiterais bien qu'après ce temps de pèlerinage, vous passassiez dans une plus heureuse transmigration, et telle que votre mérite personnel le demande. Si vous pouvez retirer votre dissertation de chez le président Barbot, qui la garde comme des livres sibyllins, j'en ferai usage ici à votre profit: mais votre lettre ne le fait pas espérer. Faites, je vous prie, mes compliments
I. t M. l'abbé Venuti, après s'être retiré de l'abbaye de Clairac, avait fixo son séjour à Bordeaux, attaché [comme bibliothécaire] à l'Académie des sciences et belles-Lettres de cette ville; mais l'Empereur l'ayant nomme prévôt de Livourne, il fut obligé d'en partir et son dépari fut regarde comme une grande perte pour l'Académie. Pendant son séjour à Livourne, il a continué d'enrichir la république des lettres de différentes bonnes dissertations. Le mauvais état de sa santé vient de l'obliger de renoncer à sa place pour se retirer à Cortone dans sa famille. » (Guasco.)
28o CORRESPONDANCE
à notre comtesse' et à M""= Duplessy. Si vous faites votre voyage entièrement par terre, vous verrez à Turin le commandeur de Solar, qui y viendra de Rome.
Adieu, mon cher abbé : conservez-moi de l'amitié, et croyez qu'en quelque lieu du monde que je sois, vous aurez un ami fidèle.
A l'abbé VenuH, — à Bordeaux.