‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 216 sur 489 · I. Ce bruit était inexact · texte numérisé non relu

I. Ce bruit était inexact

étage des maisons, qui sont incommodés par le bruit d'en haut et la fumée d'en bas. Ici, l'inimitié des deux partis est le prix que j'ai remporté de ma modération. Les Jésuites commencèrent par m'attaquer dans leur Journal de Trévoux^ les Jansénistes en firent de même dans leurs Nouvelles ecclésiastiques et, quoique le public ne fît que rire des sottes choses qu'ils disaient, je ne crus pas devoir en rire moi-même et je fis ma Défense qui, quoiqu'elle ne parût regarder que les Jansénistes, regardait de même les Jésuites, parce que les imputations étaient les mêmes.

De vous dire que cette Défense eut un succès prodigieux, qu'il n'y eut qu'un cri général, à la Cour et à la ville, que j'avais raison et que mes adversaires avaient tort, je puis vous le dire sans offenser la

parlais pas d'eux avec assez de respect et que je les accusais de manquer d'humilité. Ainsi j'ai eu le destin de tous les gens modérés et je me trouve être comme les gens neutres que le grand Cosme de Médicis comparait à ceux qui habitent le second étage des maisons, qui sont incommodés par le bruit d'en haut et par la fumée d'en bas. Aussi, dès que mon ouvrage parut, les Jésuites l'attaquèrent dans \q\ix Journal de Trévoux et les Jansénistes en firent de même dans leurs Nouvelles ecclésiastiques ; et quoique le public ne fît que rire des choses peu sensées qu'ils disaient, je ne crus pas devoir en rire moi-même et je fis imprimer ma Défense^ que Votre Excellence connaît et que j'ai l'honneur de vous envoyer: et comme les uns et les autres me faisaient à peu près les mêmes impressions, je me suis contenté

modestie, parce que vous le savez et que cela s'est passé sous vos yeux. Je croyais être tranquille, lorsque j'ai appris que les Jésuites ont été porter à Vienne les querelles qu'ils se sont faites à Paris et qu'ils y ont eu le crédit de faire défendre mon livre, sachant bien que je n'y étais pas pour dire mes raisons. Tout cela n'est fait que pour pouvoir, dans six mois, venir dire ici que ce livre est bien pernicieux, puisqu'il a été défendu à Vienne, se prévaloir de l'autorité d'une si grande Cour, et se couvrir du respect et de cette espèce de culte que toute l'Europe rend à une si grande Impératrice'. Je ne veux point prévenir les réflexions de Votre Excellence; mais peut-être pensera-t-elle qu'un ouvrage dont on a fait, dans deux ans de temps, vingt-deux éditions et qui, par consé-

de répondre aux Jansénistes, à un seul article près, qui regarde en particulier le Journal de Trévoux. Votre Excellence est instruite du succès qu'a eu ma Défense et qu'il y a eu ici un cri général contre mes adversaires. Je croyais être tranquille, lorsque j'ai appris que les Jésuites ont été porter à Vienne les querelles qu'ils se sont faites à Paris et qu'ils y ont eu le crédit de faire défendre mon livre, sachant bien que je n'y étais pas pour dire mes raisons. Tout cela dans l'objet de pouvoir dire à Paris que ce livre est bien pernicieux, puisqu'il a été défendu à Vienne, de se prévaloir de l'autorité d'une aussi grande Cour et de faire usage du respect et de cette espèce de culte que toute TEurope rend à l'Impératrice. Je ne veux point prévenir les réflexions de Votre Excel-

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