I. Laboulaye donne le texte de ces réflexions
« L'auteur du livre intitulé l'Esprit des lois a fait cet ouvrage dans la seule vue d'exposer quelques idées purement politiques sur les différentes lois des gouvernements anciens et présents.
» Le public paraît avoir applaudi à ce projet digne d'un bon citoyen, dont le but était l'utilité publique, et il y a déjà eu vingt-deux éditions de ce livre.
> Cependant quelques personnes, donnant des sens détournés et forcés à quelques-unes de ses expressions, ont prétendu y trouver des principes dangereux sur la religion. Cette matière est au-dessus des lumières de l'auteur, qui n'a ni dû, ni prétendu la traiter.
» Il a travaillé à un ouvrage où il se justifie pleinement de ces imputations et montre qu'elles viennent de ce qu'on n'a pas entendu sa pensée. ou qu'on donne à ses paroles un sens tout autre que le naturel. Cependant, quoiqu'il y ait lieu d'espérer que cet ouvrage, qui doit avoir paru à Paris depuis quelques jours, dissipera jusqu'aux moindres nuages qu'on voudrait élever sur ses sentiments, comme il veut éviter même de scandaliser les simples, il supprimera et expliquera, dans une nouvelle édition qu'il ne tardera pas à donnera, les endroits qu'on s'est efforcé de rendre suspects par une interprétation sinistre. Dans ces circonstances, il se flatte que, si la Congrégation de l'Index voulait faire examiner son livre, elle attendrait au moins, pour porter un jugement, qu'elle eût vu les réponses de l'auteur et la nouvelle édition et qu'elle daignerait faire attention qu'il ne s'agit point d'un ouvrage de doctrine et de théologie, mais d'un traité de politique, dont la matière est absolument étrangère aux matières de doctrine et de dogme.
» L'auteur, digne de considération par sa naissance et par la charge du président à mortier dont il est décoré, a mérité en Italie et à Rome, lorsqu'il est venu, l'estime et l'amitié de tous ceux qui l'ont connu. Il semble digne par là, qu'on ait quelques égards pour lui et qu'on soit moins prompt à flétrir son livre et à condamner ses sentiments, qui ont toujours été et seront toujours ceux de la plus saine et de la plus pure doctrine et exempts de tout soupçon à cet égard. Au reste, comme on l'a déjà dit, la réponse qu'il y a laite, dissipera toutes les objections qui se sont élevées contre le livre; et l'édition à laquelle il travaille, préviendra toutes celles qu'on pourrait faire à l'avenir. »
a) C'est celle de Londres, 1757, 4 vol. in-i».
choses; et telle est la disposition de mon esprit et de mon cœur qu'en m'en remettant toujours entièrement à vous et à lui, je respecterai toujours de si grandes lumières et, si je désire que l'on soit content de moi dans les autres pays, ce désir est infiniment plus ardent à l'égard de Rome, par la raison qu'il n'arrive point que l'on veuille offenser ce qu'on aime.
Je supplie Votre Éminence de m'accorder la continuation de ses bontés et, parmi tant de personnes qui en connaissent le prix, je puis dire que je tiens un rang distingué.
J'ai riionneur d'être, avec un respect plein de la plus parfaite admiration, iMonseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Montesquieu.