Marc de Beauvau, prince de Craon (i
2. «Ancien médecin de M. le Régent et le meilleur oculiste qu'il y eût en France. Il s'était retiré à Auteuil, dans la maison de M. Despréaux, son ami, qu'il avait achetée après sa mort. C'est par allusion à ces deux hôtes, que M. de Montesquieu, se promenant un jour avec M. Gendron, fit ces deux vers, qu'il faudrait mettre, dit-il en badinant, sur la porte :
Apollon dans ces lieux, prêt à nous secourir, Quitte l'art de rimer pour celui de guérir.
M. de Voltaire avait fait quatre vers sur le même sujet. Ce médecin n'exerçait plus sa profession que pour quelques amis; il n'aimait pas àc parler de médecine et il avait une très médiocre idée des médecins en général. Il vivait d'une honnête rente viagère qu'il s'était faite, faisant beaucoup d'aumônes aux pauvres, aux malades indigents qu'il voyait tous les jours et aux persécutés pour cause de jansénisme. » (Guasco.)
DE MONTESQUIEU 3l
excellent homme vive encore, et nous aurions perdu beaucoup vous et moi. Il commence toujours avec moi ses conversations par ces mots : « Avez-vous des nouvelles de M. Cerati ? »
L'abbé de Guasco est de retour de son voyage de Languedoc ou de Provence. Vous l'avez vu un homme de bien ; il s'est perdu comme David et Salomon : le prince de Wurtemberg m'a dit qu'il avait vingt et une femmes sur son compte. Il dit qu'il aime mieux qu'on lui en donne vingt et une qu'une; et il pourrait bien avoir raison. Au milieu de la galanterie vagabonde, il ne laisse pas de remporter des prix à l'académie de Paris : il a gagné le prix de l'année passée, et il vient de gagner celui de cette année. Je dois quitter Paris dans une quinzaine de jours, et passer quatre ou cinq mois dans ma province; et je mènerai l'abbé de Guasco à La Brède', faire pénitence de ses dérèglements.
M""^ Geoffrin- a toujours très bonne compagnie
1, c II était allé à Bordeaux pour y passer un hiver et la compagnie de M. de Montesquieu l'y retint trois ans, l'un et l'autre s'occupant beaucoup à l'étude et s'amusant à l'agriculture. » (Guasco.)
2. « Femme de M. Geoffrin, entrepreneur des glaces, qui par le caractère de son esprit et par l'état de sa fortune est parvenue à attirer chez elle une société de beaux esprits, de gens de lettres et d'artistes, auxquels elle donne à dîner deux fois par semaine, se rendant par là une manière de dictateur de l'esprit, des talents, du mérite et de la bonne compagnie. Sa maison est aussi le rendez-vous de plusieurs seigneurs et dames qui s arrangent pour aller souper chez elle. La société que l'on trouve dans cette maison fait que les étrangers cherchent à y être introduits. La maîtresse du logis ne néglige pas d'attirer ceux qui peuvent lui donner du relief. Elle est très officieuse pour ceux qui lui conviennent et sans miséricorde pour ceux qui ne lui plaisent pas. Elle dit qu'elle tient toujours sur sa table une aune pour mesurer ceux qui se présentent chez elle pour la première fois, et c'est par cette aune qu'elle juge, dit-elle, à l'oeil s'ils peuvent devenir des meubles qui conviennent à sa maison. On prétend néanmoins que cette aune est quelquefois fautive. Tout cela lui a mérité de jouer un rôle dans la comédie des Philosophes., dont on dit quelle n"a pas été fort flattée. > (Guasco.) — Cette note a été modifiée comme il suit,
chez elle; elle voudrait bien fort que vous augmentassiez le cercle, et moi aussi. Vous me feriez un grand plaisir si vous vouliez faire un peu ma cour à M. le prince de Craon, et lui dire combien je serais content de la fortune si elle m'avait par hasard, dans quelque moment de ma vie, approché de lui. En attendant, je fais ma cour à un homme qui le représentera bien: c'est M. le prince de Beauvau ' ; soyez sûr qu'il y a en lui plus d'étoffe qu'il n'en faut pour faire un grand homme. Je me pique de savoir deviner les gens qui iront à la gloire, et je ne me suis pas beaucoup trompé.
A regard de mon ouvrage, je vous dirai mon secret : on l'imprime dans les pays étrangers. Je continue à vous dire ceci dans un grand secret : il aura deux volumes in-4°, dont il y en a un d'imprimé ; mais on ne le débitera que lorsque l'autre sera fait. Sitôt qu'on le débitera, vous en aurez un, que je mettrai entre vos mains, comme l'hommage que je vous fais de mes terres. J'ai pensé me tuer depuis trois mois, afin d'achever un morceau que je veux y mettre, qui sera un livre de l'origine et des révolutions de nos lois civiles de France-. Gela formera trois heures de lecture; mais je vous
dans l'édition mutilée des Lettres familières (Bibliographie, n" 3): « Femme aimable, qui par le caractère de son esprit et par l'état de sa fortune est parvenue à attirer chez elle une société de beaux esprits, de ijens de lettres et d'artistes, auxquels elle donne à dîner deux fois par semaine, se rendant par là une manière de dictateur de l'esprit, des talents, du mérite et de la bonne compagnie. Sa maison est aussi le rendez-vous de plusieurs seigneurs et dames qui s'arrangent pour aller souper cliez elle. » — Dans la Nouvelle édition de 1767 et dans celle de 1768 (Bibliographie, n°' 4 et 5), la note est supprimée.
1. Gharles-}ust de Beauvau, maréchal de France (1720-1793), fils du prince de Craon.