M""^ DE LAMBERT A MORVILLE
Original. Arch. de La Brède.
A Claniart, ce 5* août 1726.
Le mérite, Monsieur a ses charges et vous en allez convenir; il faut, s'il vous plaît, que vous acceptiez la place de protecteur de l'académie de Bordeaux. Dès qu'il se forme une assemblée de gens de lettres et d'esprit, on ne la croit pas dignement remplie si vous n'êtes à la tête et les Gascons, qui pensent si hautement, ne croient pas leur gloire satisfaite si vous ne leur accordez votre protection.
Le président de Montesquieu, dont je vous envoie la lettre, m'a chargée de savoir si vous voulez bien accepter cette place. C'est un homme de beaucoup d'esprit, l'auteur des Lettres Persanes^ quoiqu'il n'en convienne pas; je ne sais si vous avez eu le temps de les lire, mais il y en a de si fines, si profondément pensées qu'elles vous feraient un grand plaisir. Souvent il nous apporte des manuscrits de sa façon, infiniment approuvés par MM. de Fontenelle et de La Motte. Mais, Monsieur, il a pour moi un grand mérite : c'est qu'il connaît tout votre prix. A mesure que votre gloire s'étend et que votre mérite fait du bruit, mon amour-propre s'en remercie; j'ai été la première à sentir votre mérite naissant, sur lequel j'ai formé des présages de votre grandeur future, que vous remplissez heureusement. Je vous demande, Monsieur, le secret sur tout ceci et une réponse, afin que je fasse savoir vos intentions.
Je suis, Monsieur, avec l'attachement du monde le plus sincère, votre très humble et très obéissante servante.
La marquise de Lambert.
Vous voulez bien, Monsieur, que j'assure M""^ de Morville que personne ne l'honore et ne l'aime plus que moi. Ma fille vous prie l'un et l'autre de recevoir mille compliments de sa part.