‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 6 sur 489 · MONTESQUIEU A GUASCO · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A GUASCO

Lettres familières (XXIV), p. 93. — Laboulaye, VII, 3oo,

De Paris, ce ig octobre 1747.

Je vous demande pardon de vous avoir donné de fausses espérances de mon retour; des affaires que j'ai ici m'ont empêché de partir comme je l'avais projeté. Je suis aussi en l'air que vous. Je serai pourtant au commencement de mars à Bordeaux. Faites, en attendant, bien ma cour à la charmante comtesse de Pontac, chez qui je crois que vous êtes à présent, et d"où j'espère que vous descendrez à Bordeaux, où nous disputerons politique et théologie.

J'enverrai le livre à M. Le Nain. Je peux bien envoyer un roman' à un conseiller d'état. A vous, il faut les Pensées de M. Pascal ; quoique dix-huit ou vingt dames que le prince de Wurtemberg m'a dit que vous avez sur votre compte en Languedoc et en Provence vous auront sans doute beaucoup changé, et rendu plus croyant touchant les

I. € Le Temple de Gnide, qu'il lui avait fait demander. » (Guasco.)

aventures galantes'. Vous ferez comme cet hermite que le diable damna en lui montrant un petit soulier; car je vous ai toujours vu enclin aux belles passions, et je suis persuadé que dans votre dévotion vous enrao-iez de bon cœur. Mais il faudra vous divertir à Bordeaux, et je chargerai ma belle-fille d'avoir soin de vous.

Je vis l'autre jour M. de Boze, avec qui je parlai beaucoup de vous. Quand vous serez ici, vous entrerez à l'Académie par la porte cochère; mais je vous conseille d'écrire encore sur le sujet du prix proposé pour l'année prochaine-. Comme ce sujet tient à celui que vous avez traité, et que vous tenez le fil des règnes précédents, vous trouverez moins de difficultés dans vos nouvelles recherches. Si les mémoires sur lesquels je travaillai V Histoire de Louis A'/ n'avaient point été brûlés 5, j'aurais pu vous fournir quelque chose sur ce sujet.

1. t Ceci a rapport à la difficulté que celui-ci montrait toujours à croire, lorsqu'on débitait quelque aventure galante, soutenant qu'on était fort injuste à l'égard des femmes. Quelqu'un qui a beaucoup vécu avec ces deux amis m'a dit que M. de Montesquieu le plaisantait souvent ià-dessus, lui donnant par celte raison le titre de protecteur du beau sexe. Disputant un jour ensemble avec quelque chaleur, au sujet d'un conte de galanterie qui courait et que ce dernier s'efforçait d'excuser, un de leurs amis communs entra, et M. de Montesquieu se tournant subitement vers lui : « Président, lui dit-il, voilà un abbé qui croit qu'on ne f... point, » (Guasco.)

2. « Le sujet proposé était VÉtal des lettres en France, sous le règne de Louis XI. Le conseil de M. de Montesquieu ayant été suivi, son correspondant remporta un troisième prix à l'Académie. Nous ne connaissons pas cette dissertation, qui n'est point imprimée dans l'édition faite à Tournay de dissertations de cet auteur. » (Guasco.)

3. « A mesure qu'il composait, il jetait au feu des mémoires dont il avait fait usage. .Mais son secrétaire fit un sacrifice plus cruel aux flammes : ayant mal compris ce que AL de Montesquieu lui dit, de jeter au feu le brouillon de son histoire de Louis XL dont il venait de terminer la lecture de la copie tirée au net, il jeta celle-ci au feu ; et l'auteur, ayant trouvé, en se levant, le brouillon sur sa table, crut que le secrétaire avait

Si VOUS remportez ce troisième prix, vous n'aurez besoin de personne, et votre réception n'en sera que plus glorieuse. Vous aurez tant de loisir que vous voudrez à Clairac et à La Brède, où les voyages' et les dames ne vous distrairont plus. Vous êtes en haleine dans cette carrière, et y trouverez plus de facilité qu'un autre.

Adieu ; je vous embrasse mille fois.

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