‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 67 sur 489 · HELVÉTIUS A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

HELVÉTIUS A MONTESQUIEU

Autographe. Arch. de La Brède.

[Fin décembre 1748.]

A la manière dont vous me traitez dans votre lettre, je suis. Monsieur, presque toujours tenté de

8o CORRESPONDANCE

VOUS rendre ce que je vous dois, de mettre un « Monsieur » au haut de la page, et de commencer ma lettre au bas de mon papier, car vous savez que l'impertinence ne m'est pas naturelle. Je ne manque au respect que je vous dois que parce que je crains encore plus de manquer à l'amitié qui rend tout égal et qui ne connaît point de protocole.

Je ne puis donner par écrit l'ordre que vous me demandez '. Si j'étais sur les lieux, rien ne serait plus facile. J'écris donc à Pelletier-, qui est mon ami et un homme sûr, d'insinuer à M. de Pressigny^ que je voudrais bien qu'il m'indiquât le moyen de faire ce que vous désirez. J'attends par ce moyen autant de sa vanité que de l'amitié d'un autre. Vous aurez donc la bonté de voir Pelletier dans trois ou quatre jours, pendant lesquels il aura eu le temps de faire sa négociation.

Tout le monde a dit du mal de Catilina'^^ et réellement, il y en a à dire: cette pièce est absolument sans action et sans plan. Mais il faut avouer aussi qu'il y a des choses sublimes, que le caractère de Gatilina est, selon moi, le plus beau qu'il y ait au théâtre, et, en vérité, ces beautés sont d'un ordre bien supérieur à celles de Voltaire. Tout le monde ne pense pas comme moi: tous les Voltairiens, sans y trouver de beautés, la trouvent pleine de défauts.

1. Il s'agit du pUcement d'une protégée de Montesquieu. Cf. la lettre 378.

2. Pelletier, receveur général des fermes à Bordeaux {Almanach royal, 1748, p. 337).

3. Mesnage de Pressigny, directeur des fermes pour les traites, gabelles et tabacs, à Bordeaux (Ibid., p. 356).

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