‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 83 sur 489 · SOLAR A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

SOLAR A MONTESQUIEU

Autographe. Aroh. de La Brède.

Rome, le 22 janvier 1749.

J'allais vous écrire, mon très aimable et respectable ami, lorsque j'ai reçu votre lettre du lO septembre. J'ai attendu à vous remercier d'ici du volume de la nouvelle impression de votre livre des Romains^ que j'ai reçu peu de jours avant mon départ de Turin. L'amour que vous avez pour ces Romains devrait vous attirer ici, pour admirer les beaux restes de leur grandeur, qui ont passé des siècles de destruction et de barbarie. Je gémis de la fureur qui nous a enlevé tant de merveilles et j'admire ce qui a résisté à tant de désastres. On se sent le courage aussi élevé que ceux qui ont construit des ouvrages si magnifiques et on se sent bien petit quand on se trouve entouré de petits collets et de moines. Que ma philosophie ne vous effraie pas ; elle n'est pas sombre et ne saurait l'être quand on se sent le plaisir de se trouver avec vous. Je vous dis très sérieusement que vous aurez ici un appartement, un carrosse à votre disposition et toute l'aisance qui peut vous satisfaire. Je me donnerais

lOb CORRESPONDANCE

une grande réputation si je pouvais vous y attirer. Je vous assure pourtant que ce n'est pas ma vanité que je consulte ; c'est mon plaisir et le vôtre.

Vous savez tout sur les Romains; il faut les admirer sur les lieux et jouir de la satisfaction complète de les avoir si bien connus. Si je savais quelque chose de mieux pour vous engager à faire ce voyage, je vous le dirais; je crois que je vous prends par votre faible. Je puis encore ajouter que vous avez ici un ambassadeur et une ambassadrice fort aimables', qui vous feraient retrouver les agréments de votre nation. Si tout cela ne suffit pas, il faut que vous ayez des raisons qui ne vous permettent pas de renoncer à Paris. Je les devinerais si M"''' de Mirepoix y était; un cruel mari vous l'enlève. Que je vous aie l'obligation de lui faire parvenir mes respects ; je suis très sensible à l'assurance que vous me donnez qu'elle se souvient de moi.

J'ai dévoré un livre qui tient ce qu'il promet quoiqu'il promette beaucoup: on n'a jamais eu un dessein plus grand et plus élevé et on ne l'a jamais mieux rempli et avec plus de force et de précision. Il n'était pas à moi; j'ai pourtant eu le moyen de remporter de Turin pour avoir le plaisir d'en méditer quelques articles tous les jours et apprendre à penser avec élévation. Je ne sais de qui il est et sais qu'il n'y a qu'une personne à laquelle je puis l'attribuer, ce qui ne fait pas grand honneur à mon jugement; je suis pourtant fort empressé de savoir

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