‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 91 sur 489 · LE CHEVALIER D'AYDIE A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER D'AYDIE A MONTESQUIEU

Autographe. Arch. de La Brède.

A Paris, ce 8 février 1749.

Voici encore une lettre, mon cher Président, mais pour celle-ci c'est votre faute : vous m'avez chargé de faire vos compliments à vingt personnes, qui exigent à leur tour que je vous fasse les leurs et que je vous dise qu'ils ont lu et relu, qu'ils liront et reliront sans cesse V Esprit des lois. Jamais livre n'a été reçu avec tant d'applaudissement; c'est, dit-on, l'ouvrage d'un bon citoyen, d'un homme d'état, d'un bel esprit et d'un philosophe. M. de Fontenelle ajoute que cet auteur répand tant d'agrément sur

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tout ce qu'il écrit qu'il en mettrait même dans un livre de géométrie, s'il s'avisait d'en faire un.

Voilà la vérité, voilà l'impression générale qu'a faite VEsprit des lois. Les remarques de quelques pédants, les sophismes de quelques esprits tortus et les murmures de nos financiers n'ont encore pu se faire entendre. Qu'ils crient après tant qu'ils voudront ; je les défie d'ébranler le jugement que tous les honnêtes gens ont unanimement porté.

Si vous voulez, mon cher Président, que je continue à faire valoir votre imbécilHté, venez ici. La modestie, la naïveté, la simplicité ne s'aperçoivent que de près. Dès qu'on ne vous voit pas, j'ai trop de peine à persuader qu'on peut trouver dans la même personne les lumières d'un ange et l'ingénuité d'un enfant; il existe pourtant, cet être admirable, et c'est mon Président, mon cher Président, que j'aime à la folie, que j'embrasse de tout mon cœur et auquel je serai toute ma vie inviolablement attaché.

Le chevalier d'Aydie.

A Monsieur, Monsieur le président de Montesquieu, — à Bordeaux.

Autographe. Arch. de La Brède.

A Paris, ce 8 février 1749.

Je n'entreprends pas, Monsieur, de louer votre excellent ouvrage, je ne veux que vous remercier

I, Louis-François Crozat, marquis Du Châtel, fils du financier, lieutenant général en 1744, mort en 1750. Il avait épousé Marie-Thérèse Gouffier, et leur fille devint la duchesse de Choiseul.

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du plaisir extrême qu'il m'a fait. Ce témoignage sincère de ma reconnaissance pourra peut-être vous tlatter, puisque le livre de VEsprit des lois est digne de vous attirer autant d'amis que d'admirateurs. Recevez donc mes sentiments et non mes jugements et soyez sûr, Monsieur, que personne au monde n'est avec un plus sincère attachement que moi votre très humble et très obéissant serviteur.

Du Chatel.

M™^ Du Châtel me charge de vous dire mille choses pour elle; elle est au désespoir de n'avoir pas l'usage de ses yeux pour vous lire et relire sans cesse, mais j'y supplée de mon mieux et, depuis que votre livre paraît, nous n'avons d'idées que celles que vous nous fournissez.

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