Les Considérations
pour VOUS presser là-dessus, au cas que vous différiez à me la donner.
Je reçois d'Angleterre, de Suisse, de tous côtés, des mémoires pour l'ouvrage que je prépare sur les coquillages'; ne recevrai-je rien de Bordeaux, c'est-à-dire de vous? 11 me semble que vous avez travaillé là-dessus-. Tout ce qu'on me communique, j'en fais honneur à ceux qui me l'ont communiqué, ainsi qu'il convient : observations, descriptions, dissertations, tout aura sa place, surtout venant de vous. Mon système commence à me donner de grandes relations dans toutes les parties de l'Europe, surtout à Londres, où j'ai quelques bons amis. Voyez si par là je puis vous être de quelque utilité, comme par tout autre endroit. Vous n'avez personne qui s'estime plus honoré d'exécuter vos ordres.
Du reste, il pleut des objections de tous les côtés; une critique imprimée m'a donné lieu d'éclaircir surtout un point que je ne croyais jamais porter au point de développement où je l'ai mis: c'est la pesanteur du feu. Je suis tout étonné de trouver au bout de bien des analyses que le feu, qu'on a cru le plus léger, est justement le plus pesant de tous les corps'' ; je me crois en état de démontrer ce point à quiconque, comme je l'ai démontré à l'auteur de la dernière critique. J'ai trente expériences, comme celle du fourneau, où je fais voir aux
1. Le Père Castel avait publié sur ce sujet un article dans le Journal de Trévoux, 1722, pp. 1089-1102.
2. Aucun des travaux scientifiques de Montesquieu connus de nous n'a pour objet les coquillages.
3. Voj'ez dans la lettre de Voltaire à Rameau (éd. Moland, XXXIII, 439), comment il apprécie ces « découvertes » du Père Castel.
DE MONTESQUIEU I r I
3'eux que le feu descend, et à l'esprit qu'il doit descendre. Je mêle de l'air, de l'eau, de la terre et du feu, et je fais voir l'air qui prend le dessus de l'eau, l'eau le dessus de la terre et la terre qui surnage le feu. Cela est fort, mais vrai, à la lettre, et cela en tout et partout. Je voudrais que de bonnes critiques me donnassent lieu de développer divers autres points de mon système, sur lequel j'ai plus à dire que je n'ai dit. Vous m'aviez conseillé de faire un extrait un peu étendu et à la portée de tout le monde de mon système : je le fais actuellement en dialogues pour le duc et la duchesse d'Orléans. Je travaille à une belle expérience qui vient d'Allemagne : ce sont deux miroirs concaves et, comme je l'ai découvert, paraboliques, qui ne sont ni de verre ni de métal, mais de plâtre verni ou doré ou enduit de talc, qu'on met vis-à-vis l'un de l'autre à la distance de 10, 20, 3o, et, comme je l'espère, 40, 5o, 100 et 200 pieds; on met au fo3^er de l'un de la poudre et au foyer de l'autre un petit charbon enflammé qui met le feu à cette poudre. L'expérience est certaine; MM. de l'i^cadémie viennent de la faire, mais seulement à 5 pieds de distance; j'espère un peu plus de succès.
J'ofifre mes respects à M™^ la Présidente et à toute la famille, étant avec respect, estime et attachement. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Gastel, jésuite.
Entre autres preuves de la pesanteur du feu, je suis parvenu à faire une expérience facile, dans laquelle on voit le feu tomber comme une pierre.