‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 256 sur 433 · I. Les îles Borromées. Cf. Voyages, I · texte numérisé non relu

I. Les îles Borromées. Cf. Voyages, I

Pensées et fragments inédits de Montesquieu, I, p. 256.

Je suis désolé. Figure- toi que je suis encore dans l'horrible état où nous étions quand nous nous séparâmes. T'en souviens-tu bien, ma chère enfant? Ton trouble te permit-il de t'apercevoir de tout le mien? Je ne te parle plus de ce jour que nous passâmes dans les larmes, mais de ce cruel moment où on nous arracha et la douceur de pleurer et la consolation de nous plaindre. Te souviens-tu de cette Junon qui nous étudiait sans cesse et cherchait nos soupirs jusque dans notre cœur? Te souviens- tu de ce corsaire qui portait la cruauté jusqu'à vouloir nous réjouir? Que je souffris! Encore, si j'avais pu, en te quittant, te bien peindre mon désespoir, j'aurais trouvé de la consolation à te faire voir que je ne suis pas indigne de tout ton amour. Je crains toujours de ne t'avoir pas fait connaître tout le mien. Je t'ai dit un million de fois que je t'aime avec fureur; je crois toujours ne te l'avoir pas assez dit, et je voudrais mourir en te le disant.

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