‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 351 sur 433 · Frédéric II · texte numérisé non relu

Frédéric II

cela pour demander à l'intendant Sechel qu'il lui fournît du pain pour ses troupes, de façon que nous en sommes pour cent mille écus par mois, pour donner du pain de munition à ce roi. Quand la France et l'Angleterre auraient tous les trésors de l'univers, ces gueux d'Allemands les leur tireraient. Et moi je ne puis assez admirer la démence qui nous fait envoyer cent millions et quatre-vingt mille hommes hors de chez nous, dont la moitié n'a presque plus de vie, pour exécuter le projet qui tourmentait la tête d'un homme que le diable berce depuis qu'il est au monde.

Adieu, mon cher Président, je vous parle comme un bon Français et comme un Français qui n'est point ivre.

Montesquieu.

J'ai oublié le principal sujet de ma lettre : il n'y a eu que dix ou douze exemplaires du livre sur l'origine des langues imprimés'. Ce n'est point Maupertuis, à ce que je crois, qui l'a fait ; on soupçonnait un autre homme dont le nom se terminait à peu près de même ; le fait est que l'auteur n'est pas connu. Le sujet du livre n'a aucun rapport avec le titre; il s'agit de la plus haute métaphysique: il croit que ce sont les langues qui ont créé la plupart des êtres, ce qui fait que l'on n'est pas sûr de leur existence.

M. le président Barbot.

I. Le livre de Mauptrtuis ne fut, en effet, imprimé qu'à douze exemplaires. Cf. la note de Barbier.

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