‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 352 sur 433 · MONTESQUIEU A GUASCO · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A GUASCO

Lettres familières (Vil), p. 28. — Laboulaye, VII, p. 257.

De Paris, [février-mars] 1742.

Je suis fort aise, mon cher ami, que la lettre que je vous ai donnée pour notre ambassadeur vous ait procuré quelques agréments à Turin, et un peu dédommagé des duretés du marquis d'Orméa-. J'étais bien sûr que M. et xM"'^ de Senecterre^ se feraient un plaisir de vous connaître et, dès qu'ils vous connaîtraient, qu'ils vous recevraient à bras ouverts. Je vous charge de leur témoigner combien je suis sensible aux égards qu'ils ont eus à ma recommandation. Je vous félicite du plaisir que vous avez eu de faire le voyage avec M. le comte d'Egmont^: il est effectivement fort de mes amis, et un des seigneurs pour lequel j'ai le plus d'estime. J'accepte l'appointement de souper chez lui avec vous à son retour de Naples; mais je crains bien que, si la guerre continue, je ne sois forcé d'aller planter des choux à La Brède. Notre commerce de Guyenne

1. Octavien Guasco, comte de Clavières, chanoine de Tournai (1712- 1781). Cf. son éloge par Dacier, Histoire de l'Académie des Inscriptions, t. XLV, p. 18Ô.

2. « Cet ami de M. de Montesquieu avait passé quelques années à Paris où il était allé pour une maladie des yeux. Son père étant mort, il fut obligé de retourner à Turin, pour l'arrangement de ses affaires domestiques. En passant par cette ville, j'ai ouï dire qu'ayant besoin de l'intervention du ministre pour arranger quelque intérêt, il ne put jamais obtenir audience de M. le marquis d'Orméa, par une suite d'une ancienne inimitié de ce ministre avec son père. C'est aussi par une suite de cette inimitié que ses deux frères avaient pris la résolution de se transplanter dans les pays étrangers, se vouant au service de la maison d'Autriche, où ils n'oni pas eu lieu de se repentir du parti qu'ils avaient pris. » (Guasco.)

3. Jean-Charles de Senecterre, ambassadeur à Turin, mort en 1771. Il avait épousé en 171 3 Marie-Marthe de Saint-Pierre.

4. Léopold Pignatelli, comte d'Egmont, mort à Naples en 1743.

sera bientôt aux abois; nos vins nous resteront sur les bras, et vous savez que c'est toute notre richesse. Je prévois que le traité provisionnel de la cour de Turin avec celle de Vienne' nous enlèvera le commandeur de Solar; et, en ce cas, je regretterai moins Paris. Dites mille choses pour moi à M. le marquie de Breille. L'humanité lui devra beaucoup pour la bonne éducation qu'il a donnée à M. le duc de Savoie, dont j'entends dire de très belles choses. J'avoue que je me sens un peu de vanité de voir que je me formai une juste idée de ce grand homme, lorsque j'eus l'honneur de le connaître à Vienne-,

Je voudrais bien que vous fussiez de retour à Paris avant que j'en parte; et je me réserve de vous dire alors le secret du Temple de Gnide^. Tâchez d'arranger vos intérêts domestiques le mieux que vous pourrez, et abandonnez à un avenir plus favorable la réparation des torts du ministère contre votre maison: c'est dans vos principes, vos occupations et votre conduite que vous devez chercher, quant à présent, des armes, des consolations et des ressources. Le marquis d'Orméa n'est pas un homme à reculer; et, dans les circonstances où l'on se trouve à votre cour, on fera peu d'attention à vos représentations. L'ambassadeur vous salue "*. Il commence ^ ouvrir

1. Convention du i" février 1742, entre Marie-Thérèse et Charles- Emmanuel III, roi de Sardaigne.

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