‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 46 sur 433 · LE COMTE DE GACÉ ' A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

LE COMTE DE GACÉ ' A MONTESQUIEU

Original. Arch. de La Brède.

A Gacé, le i8 novembre 1723.

Je ne fais que de recevoir dans le moment, mon cher Président, votre lettre du 5 de ce mois datée de Bordeaux, qui m'a fait, je vous assure, un plaisir bien sensible; nous parlâmes de vous hier toute la journée, ma sœur- et moi, et le résultat de notre conversation fut que nous vous aimions de tout notre cœur, et que je vous écrirais aujourd'hui ; ainsi, quand je n'aurais pas reçu votre lettre, vous auriez eu celle-ci.

Vous serez bien étonné, je crois, de nous savoir encore à la campagne ; mais pour vous mettre au fait de ce qui m'y retient, je vous dirai que mes travaux ne sont pas encore achevés. M. de Grave est parti pour s'en aller à Montpellier 5 sur la nouvelle de la mort de son homme de confiance et d'un grand dégât que lui a fait un orage; en partant, il m'a laissé sa femme, qui craint infiniment la petite vérole et qui, par conséquent, n'est point pressée de s'en retourner à Paris, que l'air ne soit purifié. La liberté dont je fais grand cas et dont on ne jouit

1. J.-B. Goyon de Matignon, comte de Gacé, né en 1682, gouverneur d'Aunis.

2. Marie-Anne Goyon de Matignon, mariée le 7 février 1719 a Henri- François de Grave.

3. M. de Grave était < seigneur du fief de Coupes et de la part antique de la ville de Monpellier ». Cf. le P. Anselme, V, 3r)3.

qu'à la campagne peut bien encore entrer en ligne de compte. Voilà, mon cher Président, les raisons au plus juste qui me retiennent ici.

Je voudrais de tout mon cœur, je vous assure, que la Cour me jugeât nécessaire à mon gouvernement ; je profiterais avec grand plaisir du beau champêtre de votre campagne, mais ce n'est plus le temps où chacun fait sa charge; je trouve que c'est beaucoup que l'on m'ait accordé jusques à présent de n'y en avoir point envoyé d'autre.

Il est vrai qu'à mon dernier vo3"age à Paris j'ai soupe avec Dodart et que nous avons bu plusieurs coups à votre santé ; je lui sais très bon gré de vous l'avoir mandé puisque cela m'a attiré des marques de votre souvenir. Vous remettez bien loin votre voyage de Paris; je m'étais flatté d'y passer une partie de l'hiver avec vous. La grâce que je vous demande est de continuer à me donner de vos nouvelles, et d'être persuadé, mon cher Président, que vous n'avez point d'ami plus sincère que moi, et qui vous aime plus tendrement.

Gagé.

^|me ^Q Grave est très sensible aux marques de votre souvenir; elle vous assure que l'absence n'altérera point le goût décidé qu'elle a pour vous. Dès que je verrai M""' de Valentinois ', je ne manquerai pas de l'assurer que vous modérerez à la première occasion votre gain à quadrille.

I. Louise-Hippolyte Grimaldi, duchesse de Valentinois, mariée le 20 octobre 171 5 à Jacques-François Goj'on de Matignon, à condition que son mari et leurs enfants seraient substitués aux noms et armes de Grimaldi. Ce sont les cousins crermains du comte de Gacé.

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