Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fol. 92.)
A Monsieur de Chantelou^ en sa maison^ à Paris.
[M. Poussin, 23^ Sepi"-' 1643.
Mande les mesmes choses quaux précédentes tou-
chans les coppies de Farnèie^ quil est prest de finir le
S^ Paul., que si les cartons de la gallerie ne l'occupent
point il aura moyen de me seruir avec commodité.,
quil se sent bien dhumeur de faire quelque chose de
bon.]
de Rome ce 23'^™^ Septembre. 1643.
Monsieur J'ai repseu la vostre du 27'«^« Aust qui me confirme ce que vous m'auiés desià escript par vos précédentes, desquelles je m'émerueille que vous n'aués point eu de response. Je nay poutans jamais maqué de vous escrire à toutte les fois que jai repseu de vos nouuelles Je vous ay par plusieurs fois escript ce qui se passoit autour de vos coppies tant de farnèse comme de S' Pierre in Montorio de sorte que il seroit superflu de vous en dire dauantage. Je n'atens autre chose pour vous les enuoyer, que la coppie du Napolitain et les Chandeliers qui ne sont pas finis
1643] DE NICOLAS POUSSIN. 2l3
de dorer. J'eusse esté très aise sil eust esté possible de vous "enuoyer le tout deuant que l'incommodité de l'Hiuer fust venue, mais nous auons afaire à du monde qui ne finit jamais, et je vous jure que la solicitation ni sert de rien. Jespère pourtant vers la fin de ce mois d'auoir la susdite coppie et les Chandeliers. Ausi tost que je les aurei, je les ferei emballer auec toutre les autres choses et vous les ferai tenir par la voye la plus assurée.
Je vous ay fet scauoir comme le Sieur Chapperon auoit laissé et abandonné la coppie du tableau de la transfiguration. Je vous jure deuans dieu que je nay jamais cogneu un homme d'un si déshonneste procéder ni le moins raisonnable ni le plus menteur.
Je crois quil vous aura fet escrire des mensonges dont il est le père. Mais Monsieur Errard qui scait une bonne partie de la chose et qui est témoins comme Ton a tasché par tout moyens de le bien traicter, vous dira de bouche tout le fet. Je crois qu'il ariuera à Paris plustost que la présente, il vous dira par mesme moyen comme Antoine sculpteur' s'est porté enuers vous mesmement il vous dira se quil a fet des modelles de cire que vous prétendiés qui fussent vostres.
Pour ce qui est du bon Monsieur Tibaut ' il est honneste homme et fort affectionné à vous seruir vous fettes une charité de luy aider des vint escus que vous
I. Cf. sur cet obscur» Antoine sculpteur » la lettre suivante du 5 octobre 1643.
2 Thibaut Poissan, né à Estrées, envoyé à Rome par. la protection de M. de Noyers (1642), mort à soixante-dix ans en i668. — « C'est le sculpteur à tout faire, si utile dans les siècles de grands travaux » (Ph. de Chennevières, la Peinture française, p. 202). — Voir Guillet de Saint-Georges, Mém. de l'Acad. de peinture, t. I, p. 319).
m'ordonnes que je luy donne il ne restera pas ingrat je m'en assure bien. Je luy ferei scauoir la bonne volonté que vous aués pour luy et les espérances que vous luy donnés si les choses des bastimens se remettent.
Je ne manquerei pas de voir le signeur Vitellesque et tascherei partons moyens d'auoirles huit bust que vous vistes Je scaurei au parauant quel moyen il faudroit tenir pour les faire sortir et pour les enuoyer.
Si Monsieur Rémy vous aura dit quelque chose touchant mon retour il ne s'est pas trompé car j'irois au bout du monde pour seruir Monseigneur et pour vous obéir mais je ne pourois pas si tost me résoudre à me partir ma famé estans assés mal disposée et mon beaufrère Jan^ a vouleu perdre la vue. dont il n'est pas enquore bien guary. Si je vis jusques au printemps qui vient plus volontiers je me disposerei au voyage. Se pendans je ne scaurois à suffisance remercier Monseigneur des offres qui me va fesant et de ce quil luy plaira me conseruerle logement qui m'a esté donné à son istanse et par sa bonté. Je luy rens une infinité de grâces de ces témoignages de bonne volonté, et à vous Monsieur je vous suis redeuable de tans de faneurs.
Les coppies de chés Monsieur le Cheuallier du puis ne sont pas commensées. Je nay trouué que [fr] françois le Napolitain qui m'ayt promis d'en coppier deux la Confirmation et l'extréme-oncion. Mais j'apréhende sa longueur.
Bientost je finiray vostre petit rauissement de S* Paul
I. Jean Dughet, beau-frère de Poussin. C'était un graveur estimé (voir Ph. de Chennevières, La peinture française^ p. 296).
et incontinent fini je vous l'enuoyerei. Si les cartons de la gallerie ne m'occupent point j'aurei moyen de vous seruir avec commodité Je me sens bien d'humeur à faire quelque chose de bon. Si l'on continue la gallerie ainsi comme me le mande M"^ Remy et que l'on veille que je mande les cartons à l'acoustumé je le ferei volontiers si Monseigneur en est content car autrement je suis bien plus content de m'employer à faire des tableaux où jay du contentem' et du plaisir joint avec l'utilité que jen recois.
L'oppinion que vous auésde répéter les termes qui sont fets, est conforme à ce que j'auois proposé dès le commensem' Cela estans nous pouuons suiure et promptement et facillem^ le reste.
J'atens que vous m'ordonniés ce que vous voudrés que je face de l'argent qui vous aduansera.
Je ne me souuiens pour maintenant d'autre chose qui soit besoin de vous faire scauoir. Sinon que toute ma vie je vous demeurerei.
Monsieur Vostre treshumble et trèsobligé seruiteur
Poussin.