Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fol. 167.)
A Monsieur Dechantelou, Rue 5' Thomas du Louure^ à paris \
[M. Poussin 7« octobre 1 646.
1. L'adresse porte, au-dessous, la mention : franc pour Paris, et au-dessus, à gauche, d'une écriture très fine : 3 fr. a M' legendre (sans doute le nom du receveur de la poste).
// enuoye des gants
Parle du siège de Porto Longone.]
De Rome Ce Septiesme Octobre 1646.
Monsieur
Je vous aurois enuoyé par l'ordinaire passé les gants de frangipane que vous désirés mais ma santé n'estant encore bien assuré et le temps estant fort incOmode je fus contrainct de remettre la partie à set ordinaire. Jei employé un mien ami cognoissant en matière de ses gants à celle fin de n'estre pas trompé et que vous fusiés bien serui, il y en a la moitié pour homme et la moitié pour famé et une douzeine en tout, il ont cousté demi pistole le paire qui sont dishuit escus et un Jule pour la toille cirée. Je vous les enuoye auec le paquet de M"^ Gierico banquier et vous les recepuerés de son père à Paris il demeure tout deuant la grand porte de S'. Inocent à l'enseigne du bras d'or vous en payerés le port de Rome à Paris (Je l'use payé icy. car il m'auanse encore du vostre onze escus et quelques Jules) mais le dit Sieur Gierico m'a dit qu'il estoit mieux de le payer de delà.
Quan vous aurés repseu lesdits gants escriuésmoy franchement sil ont réusi comme vous désiriés. Je vous assure quelque dilligence que l'on puisse faire il y a tousiours danger d'estre trompé par cet Infâme peuple icy.
Maintenant que je me porte bien je me dispose à reprendre les pinceaux pour la suitte de vos Sacrements.
Monsieur de La Mailleraye bat la forteresse de port Longon qui est en l'isle de Lebbe. On a opinion quil le prendra bientost, ce qui fet ouurir les yeux
aux Italiens, et aux Spagnols serrer la bouche car ils
ne disent pas un mot^
Monsieur
Vostre trèshumble et trèsobéissant
Seruiteur
(Ms. 12347, fol. 169.)
A Monsieur de Chantelou, A Paris.
[M. Poussin 21' octobre 1646.
Il mande quil Jinist le 3' Sacrement.]
A Rome Ce ai"»' Octobre 1646.
Monsieur
Je vous supplie de ne croire pas que se soit ma
faute si vous ne recepués pas vos douze paire de
gants au temps que je vous ay escrit que vous les
debuiés recepuoir chez monsieur Giericot. J'ai eusé
toutte la dilligense à moy possible pour vous les
enuoyer promtement. hier il me fut dit pour chose
assurée que les dits gants auoint esté retardés en
cette ville pour un autre ordinaire, de manière que
vous les recepuerés quinze jours plus tard que vous
ne croyés et huit plus tard que je ne pensois. La
faute est venue du sieur Giericot qui demeure icy
lequel ne peut faire son paquet pour le dépat du
Courrier.
I. La France prenait sa revanche de l'échec d'Orbitello. Le 8 octobre 1646, les maréchaux de la Meilleraye et du Plessis- Praslin enlevèrent Piombino, qui appartenait au prince Ludovisio, neveu d'Innocent X, et Porto-Longone, dans l'île d'Elbe, le 29 octobre. Le pape, effrayé de ces succès, rétablit les Barberjni -dans leurs biens et leurs charges.
Je suis Journellement apliqué à l'auansement de vos Sacremens. Si se n'eust esté ma maladie je vous aurois enuoyé par cet ordinaire le tableau que je finis* maintenant, lequel j'espère vous fere tenir à la fin de nouembre. et incontinent je me promés de mettre la main à l'autre. Je m'estois bien promis de vous en enuoyer deux cette année. Se que j'eusse fet si se n'eust esté mO indisposition qui m'a fet perdre le plus beau temps de toute l'Anée.
Je vous ay escrit il y a longtemps que Monsieur Tibaut repassoit en france cet automne, et que il seroit fort à propos de luy ordonner à Lion de l'argent pour le port de vos bust de Lion à Paris. Monsieur Serisier que vous cognoissés bien est maintenant audit Lion vous pourries vous seruir de luy en cet affere là. Si non je crois que le dit Tibaut seiournera quelque temps en la ditte ville de Lion que si sela est^ vous vous pourrés faire entendre facillement.
Je n'ay autre chose à vous escrire maintenant sinon que à tousiours je demeurerei
Monsieur Vostre trèshumble et obligé Seruiteur
Le Poussin